Où sommes-nous

Retrouver la valeur des choses

Partir et voyager à vélo, c’est se donner le temps d’aller lentement, de porter sur notre environnement un regard différent, de visiter un pays avec ses attractions touristiques ainsi que le reste, souvent moins attirant, En approchant de la Cappadocemoins spectaculaire, moins charmant, mais qui est souvent plus proche de ce qui en fait sa réalité quotidienne. Ainsi, avant de pénétrer dans un lieu féérique, nous avons le temps de nous imprégner de ses abords, banlieues industrieuses et délaissées pour les grandes villes, Paysans du coinrues cernées de garages auto, un peu comme si le village duquel nous approchons n’avait pas encore lavé ses mains pleines de cambouis, décharges à ciel ouvert qui brûlent sur les bas-côtés de la route. DSC_0619Nous pouvons aussi nous imprégner de la campagne et de sa douceur, plus calme, moins tape-à-l’œil, que le spot mondial qu’elle recèle. Pas de cars de touristes, pas de baraques à souvenirs made in China, souvent des larges étendues cultivées, Dans les rues de Diyarbakırparfois couvertes de coquelicots si nous pédalons au bon moment. Nous traversons aussi tant de ces petits villages, où seule une mosquée pourrait faire figure d’attraction. Dans la campagne de CappadoceMais, bien souvent, l’intérêt n’est pas là, il se trouve dans les scènes que nous chapardons depuis nos selles, trois gosses qui tapent dans un ballon crevé, une femme qui transport son paquetage en longeant les murs des ruelles, Ekmek, du vrai pain, à nouveauun groupe d’hommes assis sur des petites chaises et partageant le thé, les boulangers qui préparent le pain et dont l’échoppe exhale un fumet tentateur, Entre Varzaqan et Kharvanala vue lointaine de silhouettes courbées sur les cultures, le capharnaüm matinal autour d’un marché, un môme campé sur son âne et qui d’un œil surveille son troupeau tandis que de l’autre, il vous observe passer, hilare bien qu’un peu dubitatif. Et tous ces sourires, tous ces Salam ou autre.

Hello MisterDans les rues de Diyarbakır

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Avant de se séparerIl y aussi le plaisir de croiser un-e autre cyclo qui bien sûr passe dans l’autre sens, de stopper sa course pour quelques instants ou un peu plus, apprendre qui elle ou il est, sa provenance et sa destination, un petit bout de son histoire, échanger deux trois infos utiles, quelques combines, se refiler des morceaux de cartes. Salut JérémieParfois, on trouve le temps de le partager, préparer le repas ensemble, boire une bière en terrasse, visiter le château du coin, apprendre à faire des crêpes en camping. Le temps d’espérer que la rencontre se fera à nouveau, un peu plus tard, dans un avenir semblable ou plus sédentaire. Là encore, la simplicité donne la saveur.

Compagnon de route éphémèreApprentis cyclistes

De temps en temps, nous retrouvons un peu de confort, un certain luxe. Lorsque on bouge tous les jours, on pose sa tente un peu comme cela chante, souvent avec bonheur, mais la toilette est des plus rudimentaires : Camping prés de Yowlagaldiun gant savonneux, quelques litres d’eau froide et on expédie. Alors comment décrire le bonheur de sentir l’eau brûlante de la douche alors qu’on vient de se faire rincer sur les derniers kilomètres ? Cette douche-là vaut tellement plus que les autres, ou plutôt, nous rappelle la chance que c’est de l’avoir à domicile. Comme de pouvoir entrer dans sa cuisine, ouvrir son frigo, y choisir les ingrédients pour le repas du soir. Se glisser dans les draps de son lit sans avoir à soufflerToilette, à l'abris des regards indiscrets dans le matelas pour ne pas sentir les cailloux dans le dos. Poser son postérieur sur le trône sans s’inquiéter de son hygiène intime, être assis plutôt qu’accroupi. S’assoir autour d’une table si possible en bonne compagnie. Bien plus que ça, pouvoir appeler ses amis et sa famille quand on veut pour se retrouver et passer du temps ensemble !

C’est sûr, tout n’est pas rose chez les cyclos. Il y a les galères, les incidents, les pneus crevés alors qu’on en a ras la casquette. Il y a ces montées interminables, ces routes vraiment dégueulasses Au moins un yak, ça ne crève pas !où il n’y a rien mais rien à voir, les camions infectes qui trimballent des yaourts sur des millions de kilomètres, les imbéciles qui veulent vous écrabouiller comme un vulgaire canidé. Il y a les regards suspects, les odeurs de poubelle, les nuits sur des terrains pourris. Puis aussi le quotidien qui des fois vous pèse en même temps que de penser à tout ceux que l’on sait laissés à la maison. Alors on lève le casque, on regarde la route un peu plus loin devant, on jette un œil sur la carte et on voit que la route n’est pas si longue. Alors profitons encore de ces derniers kilomètres de lenteur avant que tout ne s’accélère…On va là où il n'y a plus de neige

Nem-route de Van à Diyarbakır

Par Michèle et Jacques

Ascension du Nemrut Daǧi de TatvanDans le sud-est de la Turquie, au nord de l’ancienne Mésopotamie, deux sommets portent le même nom de Nemrut. L’un est un formidable volcan, le Nemrut Gölü, culminant à 2900 mètres, dont le cratère contient un grand lac bleu, Bouge pas on revientet un plus petit aux eaux vertes car sa température plus élevée à cause de sources d’eau chaude, favorise le développement d’algues; il est situé sur la rive ouest de l’immense lac de Van. L’autre, le Nemrut Daǧi, est dominé par un immense tumulus abritant le mausolée du roi Antiochos 1er, encore un mégalo. Quelle idée de faire installer des statues de plusieurs tonnes là-haut ! Hélas, suite à un tremblement de terre, ces statues ont perdu la tête.

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Apéro à notre premier lieu de camping, sur la terrasse d'un hôtelC’est dans cette région que nous avons retrouvé Manon et Etienne en pleine forme malgré une entrée un peu rocailleuse en Turquie (voir l’article Une drôle d’entrée en matière). Quelle ne fut pas notre surprise de les voir en sortant de l’aéroport de Van, alors que nous avions rendez-vous au centre ville ! Et quel plaisir de les revoir après de longs mois de séparation.

Première visite : l'église de la sainte Croix, Akdamar, île sur le lac de Van

Une semaine avec eux, ce n’est pas de tout repos !

Chez nos hôtes du village du Nemrut, on a l'air chouette non ?En arrivant sur un site à visiter, il faut d’abord trouver un endroit où laisser les bicyclettes et les sacs, mais pas d’hôtel, c’est contraire à l’éthique du voyage. Et comme il y a peu de campings organisés dans cette région, on demande dans une mosquée, ou on squatte chez l’habitant. Une exception à Diyarbakir où on ne trouvait rien, on dort à l’hôtel (même qu’il y a la clim !!).

Nos hôtes du village du Nemrut

Pour aller d’un site à l’autre, il faut arriver à rentrer ces fichus vélos dans les minibus. Trois places, rien que ça !Mais, bon, les Turques sont gentils et très bien organisés, au moins pour les voyages, et tout se passe pour le mieux. Le téléphone turque n’a rien a envier au téléphone arabe, il fonctionne, et quand on arrive à une correspondance, on a l’impression que tout le monde sait déjà où nous devons aller, et nous montre le minibus suivant.

Descente du Nemrut, vue sur le lac de VanEt puis, il fait chaud dans ce pays, même si on s’est pris une orage avec de la grêle en atteignant le sommet du Nemrut (le 1er). Pas de grasse matinée possible quand le soleil vient taper sur la toile de tente dès 6 heures du matin, sauf pour Etienne. Mais avec la quantité de glaces qu’il avale dans la journée, ça doit être un vrai frigo là-dedans !

Saveurs kurdes

Ceux qui sont allergiques aux tomates et concombres (turques !!) devront choisir une autre destination, puisqu’ils sont systématiquement servis en salade avec le plat de résistance. Impossible d’y échapper.

Un repas mémorable à MardinSauf si on se permet d’aller dans un restaurant « chic » (merci), comme au Cercis Murat Konaǧi de Mardin. Alors c’est une explosion de parfums. Menthe, épices, cannelle (ah !! la crème !!), caramel (ah !! la glace !!) houmous, et diverses viandes cuisinées et arrosées d’ayran (yaourt), le thé final accompagné d’une liqueur (sans alcool) mais délicatement parfumée à la cannelle . Pour clore le tout, le serveur, vêtu d’une tenue princière, Un repas mémorable à Mardinnous rince les mains à l’eau de rose. La perfection. Il faut aussi poser le cadre : une belle terrasse avec vue plongeante sur la Mésopotamie, une douce température, un ciel pur, le chant du muezzin, une musique orientale très douce et eux. Comment ne pas trouver la vie belle !!!

La "mer" de Mésopotamie

Vue sur la MésopotamieMardin, ville médiévale du sud de la Turquie (35 km de la frontière syrienne) est accrochée à la pente d’un piton rocheux et dominée par une citadelle non-visitable car propriété de l’armée turque. Depuis la terrasse du restaurant précédent, on découvre une plaine immense qui paraît sans fin : la Mésopotamie. Bazar de MardinCurieuse sensation, on a l’impression que c’est la mer qui est au pied de cette montagne. Pas un arbre, pas une ombre. C’est écrasant. Est-ce le contraste avec la ville où de nombreuses ruelles étroites, sombres, souvent avec des escaliers, qui montent vers la citadelle, perpendiculairement à la rue principale ?

La disparition d’Hasankeyf

La forteresse d’Hasankeyf a été construite sur la falaise qui borde le Tigre. Elle est maintenant en ruine, même si des gens y vivaient encore il n’y a que 50 ans. Mais ils ont dû déménager vers la nouvelle ville, sur la rive du Tigre. C’est un site extraordinaire, car l’accès à la citadelle se fait par des rues taillées dans la falaise qui abritait quantité de maisons troglodytes.
HasankeyfUn pont, lui aussi en ruine, permettait de traversé le Tigre. Son arche centrale, d’une portée de 40 m, pouvait être retirée en cas d’invasion. Mais dépêchez-vous d’y aller, car la construction du barrage d’Ilısu devrait noyer une partie de ce joyau. On l’annonce pour les prochaines années bien qu’il soit très controversé, tant localement, car il devrait déplacer 60000 personnes, qu’internationalement, car il contrôle l’eau du Tigre qui passe ensuite en Syrie et en Irak.

Diyarbakır

On révise avant d'entrer dans la mosquée ?Sentiment mitigé sur cette ville. Bien sûr, c’est une ville fortifiée au patrimoine riche avec ses remparts, ses mosquées, ses églises, ses caravansérails… la plupart avec des murs faits de bandes de pierres noires volcaniques, peintes de motifs blancs. Dans les rues de DiyarbakırMais, il y a aussi, comme souvent dans les villes en pleine expansion, beaucoup de pauvres. Est-ce normal qu’une fillette d’à peine cinq ans traîne dans les rues à 11 heures du soir pour vous vendre un paquet de mouchoirs ? C’est une pauvreté extrême qui se dégage de cette ville.

DSC_0516“Hello ! What is your name ? Where do you come from ? Money, Money.” N’avons nous pas entendu ces quelques mots un millier de fois dans la semaine !

Un peu d’émotion au moment de la séparation. Nous rentrons sur Diyarbakır pour prendre l’avion, ils remontent à vélo au Nemrut (le 2ème) pour continuer leur périple. Même le ciel est triste : nous nous prenons un orage carabiné sur la route. Mais plus que quelques semaines, et ils seront de nouveau avec nous.

Merci Manon et Etienne pour cette semaine inoubliable.

2011-05-28 Turquie

Il faut attendre …

Allez chercher une tasse de café, coupez la radio, installez vous confortablement dans votre fauteuil, le train va partir.

Billet pour 50 heures de galère, 3335 km19h00 pétantes ! Le train s’ébranle avec la ponctualité d’une horloge suisse. Destination : Urumqi à 3026 km de Chengdu notre point de départ, ce qui signifie 50 heures de trajet ininterrompues ; nous allons traverser la Chine du sud vers le nord ou d’est en ouest. Un voyage ferroviaire comme celui-là, nous n’en avons jamais connu, ni d’aucune autre sorte. Mais il vous manque quelques précisions indispensables pour mieux en cerner l’ambiance. Faisons un petit retour dans le temps.

Dès le début de la matinée, nous avons déposé nos vélos et les trois-quarts des bagages au service de fret. Nous les avons accompagné du vœu de les retrouver en l’état et aussi tôt que possible. Puis c’est l’attente. A quelle sauce serons nous mangés ? Le parvis de la gare est une marée humaine en perpétuel remous. Nous observons le ballet des véhicule au dépose-minute … complètement congestionné le ballet ; la multitude des lignes de passagers qui attendent aux billetteries … enchevêtrée la multitude ; les processions dociles s’écoulant à travers les portiques de sécurité … impénitentes les processions. Nous progressons peu à peu dans cette nuée, jusqu’à la salle d’attente, l’avant-dernière étape : patienter derrière les grilles aluminées menant au quai et se positionner pour le galop final. Gare ferrovière de ChengduUn groupe s’ébroue et toute la mêlée s’agite se serrant au plus près de la grille, crispée, espérant le coup de feu. La pression monte. Soudain, une porte s’ouvre, puis deux, puis trois, les fauves sont lâchés. La meute vient s’étrangler sur les barreaux. On rue dans tous les sens, on tire, on pousse, on se cabre. Une fois la ligne de départ franchie, nous détalons jusqu’au quai où le train est déjà pris d’assaut par les hordes de voyageurs en partance.

Désarmés, nos montons dans le premier wagon venu, ou plutôt, nous nous débattons pour y pénétrer et, tournant la tête vers l’allée centrale, nous assistons à une lutte acharnée pour l’espace. Train pour UrumqiL’intelligence collective est définitivement anéantie. Chacun se démène pour transpercer un amoncellement de corps et de paquets d’une densité incroyable. Cinq à six personnes au mètre cube exécutent un gymkhana exténuant. La sueur perle à tous les fronts, certains esprits s’échauffent, on marque son territoire autant que possible. Train pour UrumqiNous avançons péniblement dans la rangée, observant autour de nous : des dizaines de personnes sont debout, les autres agglutinées sur les banquettes. Il nous faut abandonner tout espoir de ne pas sentir un bout de chaire étrangère contre la notre. Il faut attendre un peu, pour trouver notre place. Les gens circulent encore en tous sens. On organise les porte-bagages, on bourre, on tasse, on déplace. Les corps s’agglomèrent en d’oppressantes étreintes. Il faut attendre …

19h00 pétantes ! Le train s’ébranle. Rien ne va changer. Nous renonçons à l’idée de trouver une Train pour Urumqi, départ du trainplace assise dans ce salmigondis, chacune est âprement défendue. Nous qui pensions trouver un espace libre où nous installer, un coin de rangée, un bout de wagon où reposer nos postérieurs, peine perdue ! Nos malheureux tickets de “place-debout” sont tout juste bons à nous offrir de rester debout ! Il faut attendre … Urumqi … dans deux jours … et deux nuits !

A peine le train est-il en mouvement que les tables se garnissent de sacs recelant des trésors pour le voyageur chinois. Yaourts, thermos de thé brûlant, liqueurs fortement alcoolisées, morceaux de viandes graisseuses, cartilagineuses, à sucer, ronger, croquer, biscuits multicolores, graines de tournesol à décortiquer puis crachouiller. Train pour UrumqiD’un côté, on trinque, de l’autre, on nourrit le gamin fesses à l’air. Les blisters passent de main en main : nouilles-minute, pates de poulet ; on se racle la gorge bruyamment, on crache les résidus sur le sol, les emballages terminent à la fenêtre. Un charriot opulent tente de se frayer un chemin dans la rangée obstruée, puis un autre, puis un autre. Et nous jouons la sérénade du piston : accroupi-debout-accroupi-debout. Quelques arrêts en gare sont l’occasion de redynamiser les convections intra-wagonniennes un temps assoupies, tout le monde monte, personne ne descend (à l’occasion, une valise mal calée tente une chute à l’improviste).

DSC02764La nuit s’approche, les cartes sont distribuées. Sur les banquettes, on patiente, on joue, on moule son popotin dans son siège et celui du voisin. Dans la rangée, on se cale, on s’observe,  chacun joue des coudes, des genoux et du postérieur pour dégager sa niche. Une vraie partie d’échecs ayant pour enjeu la liberté des ses propres mouvements. Chacun avance ses pions savamment ou brutalement, c’est selon. Peu à peu, les discussions cessent. DSC_0010Nous maintenons une position à l’égyptienne, les muscles noués, le dos endolori. Le rythme des passages ralenti, offrant un peu de répit pour s’installer : le nombre de coups de pieds reçus diminue. Nous finissons plus ou moins accroupis, pliés en douze, tentant de s’assoupir. La nuit passe par grappes de vingt minutes, en variant maintes fois l’assise. A deux heures du matin, un agent armé d’un haut-parleur se plante au milieu de la voiture, débitant une litanie qui semble ne jamais finir. Quelques passagers maugréent, puis cela prend fin comme c’est arrivé, dans des vapeurs ensommeillées.

Train pour Urumqi, situation normale pendant qu'on rouleAu petit jour, le manège reprend de plus belle : corps, charriots proposant des brouets peu appétissants. C’est aussi l’heure d’aller faire la queue pour les toilettes. Il y en a deux à chaque extrémité du wagon, mais le temps nécessaire aux ablutions matinales de chacun provoque des congestions massives sur les plateformes déjà encombrées par les “voyageurs-debout”. On progresse à pas de fourmi, profitant à l’avance des subtiles fragrances émanant des cabinets. On appréciera tout particulièrement les gougnafiers qui en profitent pour fumer leur clope du matin, sans se presser voyons !

DSC02740Retour au centre du wagon, il faut se faire à nouveau une place, puis attendre, encore … Les trois-quarts du trajet sont à venir (pas de l’article rassurez vous). Les heures s’égrènent lentement, rythmée par les passages des charriots qui, tels des brise-glace, fendent la masse des voyageurs. Les employés rabattent les clients de leur voix stridente. Leur va-et-vient commence à 6h00, cinq passages dans un sens (à plein), cinq passages dans l’autre sens (à vide), on charge puis on y retourne. Et tout cela jusqu’à 23h00. Ils ont du mérite les employés … même si on les maudit.

Train pour UrumqiAu dehors, la terre défile, des zones urbaines sinistres cèdent la place à de grandes landes désertes et rocailleuses, le tout pris sous la chape d’un ciel morose. Le train trace la ligne d’horizon entre ces océans de gris et de beige. Il faut attendre … la prochaine occasion de casser une graine, cela occupe, comme de répondre à l’attention de nos voisins, C'est l'heure de la salade de tomatessusciter les questions, les sourires, les rigolades. La curiosité des Chinois est sans pudeur mais toujours sympathique, presque naïve. Régulièrement, un petit coup de balai dans la rame permet d’y voir clair et de récupérer la partie des déchets qui n’a pas été virée par dessus bord et qui vient joncher le sol. Pas vraiment du luxe ! Pour passer le temps, il y a toujours le rituel aller-retour aux WC, ou bien aller chercher de l’eau chaude à la bonbonne, de quoi maintenir l’activité dans le wagon jusqu’à ce que la nuit approche.

Après le grand déballage des victuailles, retour au calme. A nouveau, on s’imbrique, on se ratatine sur le sol et on ferme les yeux, avec la fatigue accumulée en plus. Nous sommes encore dans la rangée, avec un peu moins d’espace cette fois-ci, DSC02779mais toujours autant de coups reçus ; la nuit est plus longue, plus pénible. Il faut attendre … le réveil du wagon et la première occasion de s’asseoir sur un siège, en particulier grâce à la bienveillance de Li Yan, un de nos jeunes camarades d’aventure. Il se fait vite notre parole malgré son incapacité à aligner deux mots d’anglais et la notre de chinois. Nous mimons, dessinons pour tenter de répondre à la curiosité de l’assemblée qui nous encercle à plusieurs reprises. Au dehors, toujours plus de caillasse, de terre et de désolation. De quoi considérer notre situation sous un jour plus positif : Train pour Urumqi et ça se bat encore pour le bout de grasdans le train, il fait bon, on peut se nourrir, les km s’accumulent rapidement. De l’autre côté de la vitre, un froid de canard, aucun signe de vie et des distances démesurées. Il faut attendre … la prochaine halte prétexte offert à la moitié masculine du train pour aller s’intoxiquer consciencieusement sur le quai. Pour l’autre moitié, un laps de temps salvateur durant lequel on se lève, on s’étire, on s’étend, on se distend.

Le train stoppe à Turpan. Cela ne vous dit, rien, mais pour nous cela signifie un changement radical. Plus de la moitié des voyageurs se bouscule à la porte du wagon, laissant quantités de places inoccupées. De plus, il ne reste que deux heures de trajet. Qui descendra le premier ??La fin du marathon s’approche à grands pas. Nous goûtons à ces derniers moments dans le train avec un plaisir de pacha : nous avons une banquette pour deux, nous pouvons circuler librement dans l’allée. Une dernière surprise nous attend. Quelques dizaines de kilomètres avant la destination, le paysage blanchit radicalement, le froid s’abat violemment sur le pays, pénétrant jusqu’à l’intérieur de la voiture. Les derniers occupants du train se couvrent chaudement, les capuchons sont de sortie. Nos voisins rient doucement en observant nos accoutrements d’estivants. De fait, à peine descendus, nous grelottons, la vapeur gèle sur les moustaches, nous sommes scotchés par le froid glacial qui nous accueille.

Bienvenue à Urumqi, – 20°C !

Va donc, eh, patate !

DSC02645Ahh, la Chine, ses routes, ses chantiers, ses camions, ses chauffards. Dans cette circulation d’engins crachant leur épais nuage noir, comment ne pas vous parler de la circulation et des méthodes de conduites chinoises? Il faut les voir doubler dans n’importe quelle situation : virages, côtes, rétrécissements, qu’il y ait quelqu’un en face ou non, ou bien stationner où ça les arrange, dans des endroits les plus invraisemblables, ou les plus dangereux, et bien souvent juste devant nous, s’engager sur la route sans donner le moindre regard sur les véhicules pouvant potentiellement déjà circuler (c’est une vérité frappante !), Et un peu de Kartprendre une voix en contre sens parce que c’est surement plus pratique ainsi… Entre les deux roues qui circulent en tout sens, très confiants ou inconscients, les taxis qui, imperturbables, suivent leur objectif à toute berzingue comptant sur la courtoisie des autres pour éviter tout carnage, et de tous les klaxons ou ”virez de là j’arrive !” émis par chacun d’eux, croyez nous c’est l’instinct de survie qui nous fait nous en sortir vivant !

Chengdu

Leur “mélodieuse sonnette au doux chant” incessant ? On vous en a déjà parlé ? Vous-êtes sûrs ? Pas grave, on r’met ça ! On en rajoute une couche, car de leur coté, ils ne lésinent pas à ce sujet, et ils n’ont pas besoin d’être nombreux pour user nos nerfs. Sans parler du nombre de décibels certainement interdits en France tellement c’est assourdissant et pouvant, à coup sûr, causer l’arrêt du cœur. Tout prétexte est bon pour actionner leur monstrueuses alarmes par l’intermédiaire d’une manette trop accessible et trop facile à enfoncer. On vous donne quelques motifs “justifiant” de tels agissements :

  • Prévenir qu’ils arrivent juste avant un virage, ok, on est d’accord c’est aussi pour notre sécurité. Compter en moyenne 3 coups de klaxon.
  • Prévenir qu’ils arrivent et qu’en tant que cyclistes, nous ferions mieux de ne pas trop prendre de place sur la chaussée. Compter en moyenne 5 coups de klaxon, avant, pendant et après nous avoir doublés.
  • Nous saluer, nous féliciter, ou nous encourager. Là nous sommes partagés entre les engueuler et leur sourire pour les remercier. Compter en moyenne 2 coups de klaxon.
  • Pour écarter de leur chemin chiens, poules, vaches, cochons, chèvres, ou autre spécimen à pattes. Compter seulement 1 coup de klaxon, mais qui dure plus ou moins longtemps en fonction du temps de réaction de l’individu. Et quelques fois, c’est long !
  • Pour écarter de leur chemin les nombreux piétons qui, en ville,  traversent la route sans se soucier le moins du monde de la circulation. Compter seulement 1 coup de klaxon, mais qui dure plus ou moins longtemps en fonction du temps de réaction de l’individu. Et quelques fois, c’est long !
  • Pour saluer le conducteur qui vient en sens inverse. Compter seulement 1 coup de klaxon, là, ils sont sympa.
  • Pour rien, juste comme ça. Compter 1, 2, ou 3 coups de klaxon, c’est suivant l’humeur du moment.

ChengduAlors ? Un petit pétage de feuilles et de nerfs en vélo sur les routes chinoises, ça vous dit ? Pour peu que vous soyez dans une situation conjuguant les 7 cas ci-dessus, soyez parés de vos boules Quiès pour ne pas succomber aux 16 coups de klaxon provenant de l’unique véhicule qui vous double ! De plus sachez que les boules Quiès protègent les tympans, mais pas les nerfs !!!

Alors c’est peut être plus sécurit d’avoir reçu un bon enseignement du code de la route tel que le notre, mais ce qui est sûr c’est que circuler en leur compagnie nous rend étrangement nerveux, au point de les traiter de toutes sortes de noms d’oiseaux.

POUET, POUET, POUET !

14 février. Jinchuan, province du Sichuan. Tranquillement assis dans une chambre d’un petit hôtel, nous pouvons entendre les bruits de la rue, ou plutôt les klaxons qui retentissent en permanence et déchirent les voix qui portent. Si l’on patiente en regardant sa montre, DSC_0098-1moins d’une minutez suffit à entendre déjà une dizaine de coups d’ “avertisseur sonore”. Pour avertir de quoi, la plupart du temps on se le demande, mais sonore, OUI BEAUCOUP !!!!

Replaçons-nous quelques jours en avant et en milieu de journée. Nous sommes quelque part autour de la frontière entre le Yunnan et le Sichuan – deux magnifiques provinces au sud-ouest de la Chine – en train de pédaler sur des routes sinuant au fond DSC_0098-1de profondes vallées encadrées par des pans montagneux massifs. POUET ! Excusez-moi, je viens de me faire doubler. Les routes sont tantôt roulantes de bonne qualité, tantôt abruptes, chaotiques, voire terriblement casse-pattes. DSC_0098-1Et nous avançons sur notre petit bonhomme de POUET ! Ah tiens, un camion cette fois, difficile de ne pas le voir, mais des fois que, il vaut mieux qu’il klaxonne un petit, heuu… un gros coup, les camions n’ont que des énooormes klaxons. Donc, nous progressons DSC_0098-1en direction du nord-est, ce qui est plutôt sympa parce qu POUET ! Ouaaaais, cDSC_0098-1’est bon on t’a vu, on t’entend, pédaler ne rend pas sourd ! POUET ! C’est bon je me tais. Je disais, que c’est plutôt DSC_0098-1agréable car les vents dominants sont manifestement à peu près POUET ! C’est bon, m… t’es en ligne droite, y a personne en face, la voie de gauche est aussi déserte que le Taklamakan, t’as qu’à passer, je m’en tape que tu me DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1prévienne, je vais bien le voir de toutes façons ! POUET, POUET, POUET ! Ca, ça s’appelle un mini-van, c’est le genre de taxi collectif local, ça transporte plein de monde partout, même des olibrius avec des vélos qu’en ont ras le bol de se faire klaxonner et qui font du DSC_0098-1stop, et ça klaxonne en moyenne cinq fois plus que DSC_0098-1tout autre véhi POUET ! Merci ! Je disais donc … ah oui POUET ! Non, pas exactement. Donc qu’on a bien le vent dans ledosetquec’estsuperagréablepourpédaleratDSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1tentionyauncamionquiarrivetoutlemondeledoigtdansloreille POUET, POUET, POUET ! Aaaaaaaahh mais ils sont maaaaaalades de klaxonner comme ça, mais achetez vous un cerveau, qui tu veux prévenir ?, Moi ? Tu penses que je vais me jeter sous tes roues quand je te croise ? P…… . Pardon, mais ça soulage. Bon, on va essayer de DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1finir notre petite discussion quand même ! POUET, POUET, POUET !DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1 Malades, malades je te POUET, POUET, POUET ! Et moi aussi je te pouet pouet pouet ! Avec ma trompette jaune j’ai l’air de quoi ! D’une trompette, merci d’y avoir pensé, DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1vous allez pas vous y mettre vous aussi ! POUET, POUET, POUET ! Si ? POUET ! Ah bon alors, bon ben j’ai plus qu’à descendre de ma bicyclette et faire du stop, raz-le-bol de ce pays de malades ! Allez merci, bonsoir !

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Ah, une dernière chose :

POUET !

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D’un extrême à l’autre dans l’empire du milieu

26 janvier. Nous y voilà, aujourd’hui nous pénétrons sur ce territoire mystérieux et fantasmatique. Nous sommes impatients de savoir de quoi il retourne, de battre en brèche les idées reçues, de se confronter nous-même à cet immense pays qu’est Zhongguo (prononcer Jong-gwoh), littéralement terre du milieu : la Chine !

Boten, un avant-goût de Chine Avant même d’avoir franchi la frontière sino-laotienne, nous changeons radicalement de décor : dès la ville de Boten, côté laotien, à 2 km de la frontière, nous avons quitté le sud-est asiatique, cette ville a manifestement été bâtie par des Chinois. Aucune erreur possible, nous passons d’un pays qui nous apparait soudainement dans toute sa pauvreté à une opulence affichée en multicolore. La césure se prolonge au passage de la douane. Côté laotien : un simple baraquement poussiéreux garni de fonctionnaires armés de tampons ;A la douane chinoise de Boten côté chinois : un énorme bâtiment climatisé de verre et d’acier, carrelage impeccable, bosquets soigneusement entretenus et des automates douaniers qui vous parlent …. en Français ! Effet garanti. De l’autre côté, les routes sont impeccables, les moindres parcelles des montagnes environnantes sont exploitées, et de hautes constructions colorées et bien alignées nous rappellent l’arrivée sur Istanbul.

Le deuxième effet saisissant se situe du côté – si vous nous suivez de puis longtemps vous allez deviner –, du côté des papilles. Nous avions tant entendu sur les préparations culinaires surprenantes voire rebutantes de ce pays que nous étions parés pour le pire. Mais c’est avec délice que nous avons pu tester la cuisine du Yunnan : nous avons vu réapparaître poivrons, légumes frais à foison, viandes goûteuses, patates bien assaisonnées avec bien sûr des nouilles, mais trop bonnes !!! Peut-être dirions-nous que nous n’avons pas mangé aussi bien et si peu cher depuis le début du voyage.

Et voilà le travail !A la gare de bus Jinghong, un anglais et deux polonais

A Jinghong, avant de reprendre le busBaozi, petits fourrés à la viande

Pour finir notre bascule, il ne restait qu’à se confronter aux transports. Dans le but de rejoindre le nord du Yunnan, nous avons pris des bus près de la frontière. Nous avons enchaîné deux jours et une nuit de bus entrecoupés d’acrobatiques chargements-déchargements pour passer d’un bus à l’autre. Dans le bus pour DaliNous avons fait halte à Jinghong puis Kunming, deux villes chinoises, deux exemples de la démesure du développement de cette énorme puissance. La deuxième, avec ses millions d’habitants, est la capitale de province, desservie par plusieurs gares routières gigantesques. Si vous connaissez, ça vaut bien la gare de la Part-Dieu, les trains en moins mais plutôt des trains de bus, plusieurs centaines, sagement alignés dans l’attente d’un départ ponctuel (l’antithèse du Laos en la matière). DSC02113Les premiers contacts avec les locaux sont variables, entre négociation rugueuse pour faire admettre les vélos dans la soute du car et sourires échangés au-delà de la barrière de la langue. De ce point de vue, nous allons vite tâcher d’apprendre et de comprendre quelques rudiments de mandarin pour éviter de foncer droit dans la “muraille”.

Avant de nous lancer à l’assaut des montagnes du Sichuan occidental, nous voilà plongés dans un bain radicalement différent du précédent, qui nous sort du train-train. Une bousculade déstabilisante et exaltante.

Myanmar, dans les transports en commun

Au Myanmar, pas de vélos pour nous, ils sont restés à Bangkok, alors tant pis, on va prendre cars, train, ferry pour vivre finalement les expériences parmi les plus intéressantes de ce pays. En voiture, et comme ils savent le dire ici, c’est parti mon kiki !

A fond dans le car

Fin d’après-midi. Le car est ponctuel, voire en avance, nous grimpons à nos places, on se sert les coudes et le reste avec, on rentre les genoux, on bascule les sièges inclinables. DSC_0031-1Voyage de nuit, nous avons bien l’intention de pioncer avant d’arriver, le lendemain en début de matinée. La télé et les haut-parleurs sont branchés et psalmodient des prières bouddhistes avec en arrière-fond des images de moines et de temples qui défilent au ralenti. C’est parfait pour nous emmener vers le sommeil malgré notre position un peu inconfortable. Le car emprunte une large autoroute, la seule du pays nouvellement bâtie pour la modique somme de cinq milliards de dollars, spécialement pour desservir la capitale nouvellement déplacée à Naypyidaw sur les recommandations d’un diseur de Bonaventure et sur ordre des ces messieurs les généraux. La route est tout confort. Un ciment nickel, peu de virages, quasi-désert. Seuls quelques cars se suivent à distance et de pauvres types errent à pied pour aller de leur champ à leur bled, tirant parfois un buffle.

DSC00941 Nous traversons une immense plaine brune et désolée ; la forêt a disparu entièrement de cette vaste région, coupée, transportée en Chine ou en Thaïlande pour être transformée en mobilier à bas prix exporté … chez vous peut-être (vous avez bien une chaise en teak ?). Dans le car, le ton monte. Les prières ont fait place à un film, disons-le, formidable…ment pourri ! Ce n’est pas une série B, c’est bien plus bas dans la hiérarchie cinématographique. Des acteurs catastrophiques, une intrigue lourdingue, des bruitages risibles et un humour à massacrer votre voisin ! A moins d’être birman. Nos voisins, eux, sont visiblement très réceptifs à ce navet. Du coup, volume au maximum et nous en prenons plein les oreilles. De plus, la séquence est interminable. Impossible de fermer l’œil et nous commençons à avoir les abeilles.

La nuit tombe. Les quelques villes que nous traversons sont à peine éclairées. Quelques néons espacés s’éparpillent dans l’obscurité. Soudain nous entrons à Las Vegas, flash light, guirlandes multicolores, fontaines illuminées entre hôtels de luxe et casinos à profusion. Nous voilà en fait dans cette fameuse capitale. L’impression est surréaliste, une richesse inattendue dégueule sur les trottoirs. Les passagers du cars, de modestes birmans, se pressent aux vitres pour contempler cette abondance de biens qui leur nuit. Le gouvernement spolie en permanence la population de ce pays pour investir ses dollars dans des projets absurdes.

Quelques kilomètres plus loin, suit une ville fantôme, no man’s land de néons en rangées alignées, de rues désertes en parfait quadrillage, de maisons identiques à 90% inhabitées. Ce sont les logements censés être occupés par les nouveaux venus à la capitale. Mais c’est surtout une immense terrain vague, sinistre au possible ou s’éparpillent quelques centaines de familles. Ne cherchons pas à comprendre, encore l’œuvre des généraux au pouvoir, bienvenue au Myanmar.

Trois heures de feuilleton birman plus loin, la télé enchaîne avec des chansons d’amour mièvres au possible en karaoké évidemment, des fois qu’il nous prendrait l’envie de chanter à tue-tête pour s’endormir. Mais pour s’endormir, le mieux est de s’en remettre aux cahots du car qui est maintenant sur une route dégueulasse à une seule voie. Dans ces conditions, c’est le plus fort qui s’impose et le plus fort, ce sont les gros bahuts, alors nous faisons régulièrement des écarts sur les bas-côtés, de quoi nous bercer tranquillement. La fatigue faisant son œuvre, nous finissons par nous assoupir. Soudain, on nous fait signe, le car est arrêté, quelques personnes descendent dans la nuit noire, nous avec, largués sur le pavé avec trois heures d’avances. Nous pensions économiser une nuit d’hôtel en dormant dans le car. En fait, nous avons à peine dormi et il est 2h du matin. Nous voilà dans le froid et les rues désertes à suivre un sympathique moine qui nous indique une guesthouse. Plongée dans un bon lit, allongés, silence, on dort !

Le train-train habituel.

3h30 du matin. Nous traversons les rues quasi-désertes de Mandalay, croisons quelques pauvres chauffeurs de taxi à la recherche d’un client à se mettre sous la dent. Quelques clébards errent, paumés et de nombreux birmans sont allongés de-ci de-là n’ayant pour couchage que le trottoir, un mince bout de tissu en guise de couverture et pour plafond le néon blafard d’un lampadaire. Le gouvernement peut faire n’importe quoi pour la cacher des yeux des touristes, la misère est là silencieuse et implacable. Un feu, quelques bûches à même la rue autour desquels une pauvre famille se réchauffe. La gare est déjà bruissante de l’agitation des birmans qui s’entassent dans les trois wagons d’ordinary class du train. Le wagon de first class est majoritairement occupé par les militaires qui montent à Pyin-oo-Lwin, la mère patrie de la clique des généraux entourant l’abominable Than Shwe. Pas pour nous.

DSC00749Le train est ponctuel. Notre voiture est complète : plusieurs passagers s’agglutinent à trois sur des banquettes pour deux ; la rangée centrale est totalement obstruée par un amoncellement de cabas et de gens repliés tentant de s’allonger. Chacun se déploie comme il peut selon sa place, son envergure ou ses voisins. Un joyeux méli-mélo de marchandises et de corps humains. C’est calme, on tente de dormir comme on peut, on s’endurcit les fesses sur les sièges faits de lattes de bois. Seul le padam padam vient battre la mesure et les cahots des rails nous tirent des brumes fraiches matutinales. Pulls, doudounes ou couvertures, c’est selon, sont de rigueur.

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DSC00772Dans la nuit, le train grimpe vers l’est. Puis l’aube dévoile sa palette de couleurs. Les premiers rayons de soleil nous autorisent à relever la vitre et libérer le wagon de la mixture d’odeurs humaines et de poisson séché. Un peu d’air frais ! Premier arrêt en gare et premiers échanges : on monte, on descend, voyageurs, paquets multiples, vendeurs à la sauvette, préparations “fraîches” défilant sous les fenêtres et à déguster de suite. A Pyin-oo-Lwin, surabondance d’uniformes, c’est ici que se trouve la principale école militaire du pays, mais pas d’arme en vue. DSC00755Pause syndicale pour les voyageurs, l’occasion pour eux d’acheter victuailles et friandises tout à fait exotiques pour nous. DSC_0005-1Dans le wagon, de toutes parts, on sort la vaisselle, les plats préparés à l’avance et l’on se met à table, on s’organise et on ripaille, comme un repas du dimanche. L’occasion également de se fourrer dans la bouche une nouvelle feuille de tabac à chiquer, le bétel, cette espèce de drogue quotidienne qui leur bousille les dents et leur fait cracher de partout un jus rouge épais et immonde. Pire que les traces de chewing-gum !

DSC_0077-2Le trajet se poursuit tranquillement tandis que le soleil vient réchauffer la campagne et nous avec. Les collines environnantes sont superbes, couvertes de nombreuses parcelles agricoles parfaitement entretenues et dont les couleurs ocre, jaunes, vertes, brunes forment un camaïeu du plus bel effet. Les arrêts réguliers libèrent peu à peu l’espace dans l’allée centrale du wagon, donnant aux marchands de tout poil la possibilité de faire la promotion de leurs produits miracles aux effets multiples : racines à l’odeur d’eucalyptus, baumes du tigre en tout genre, … De véritables images du temps passé.

DSC_0044-1Vers midi, nous arrivons à la petite ville de Gogteik qui précède les gorges du même nom. Le train emprunte alors un massif viaduc métallique permettant de les enjamber et offrant du même coup une vue exceptionnelle sur le site : le point d’orgue du trajet. Maintenant que nous sommes identifiés dans le wagon, nos voisins nous invitent à venir nous pencher à leur fenêtre. Nous jonglons d’un côté à l’autre du train pour laisser le moins de miettes possibles de ce spectacle éphémère. C’est là que l’on se réjouit de notre rythme de chenille processionnaire. Une profonde veine tapissée de végétation est dominée par de larges falaises oxydées. Pour tout voir, on tend le cou au maximum, mais il n’y a qu’à bien se tenir. En cas de faux pas, la chute du train serait immédiatement prolongée par un saut du viaduc sans élastique, quelques centaines de mètres, ça jette !

Dernier arrêt pour nous : Kyauk Me. En quelques minutes, un comité d’accueil se forme autour de nous.

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Quelques étudiants venus tailler les beefsteak pour “practicer” un peu. Mais la discussion tourne court, il viennent de commencer alors nous déclinons les rituels identité, âge, nationalité et pour parler politique, on attendra. Par contre un gars très vif et sympathique, guide local nous met vite dans sa poche en nous décrivant son programme. Nous sommes séduits et sautons du train en marche pour deux jours de trek avec Naing Naing.

Maman les petits bateaux

DSC00936Réveil en sursaut, grosse frayeur, notre bateau part dans une demi-heure. Nous ramassons les affaires en urgence ; heureusement, il y a toujours un taxi qui guette. En cinq minutes, pied au plancher, l’un d’eux nous conduit jusqu’à l’embarcadère. Il fait encore nuit, le port grouille de monde, tout va bien. Nous montons à bord à l’écart des chaises en plastiques où se vautrent les touristes, de toute façon c’est complet. Nous nous installons avec les locaux, étendus sur des nattes au milieu des paquets. Nous retrouvons l’ambiance du train.

DSC_0029-1Le bateau glisse lentement le long de l’Ayeyarwaddy, principal cours d’eau du pays, boueuse à souhait. Nous admirons des collines parsemées de stuppas. Les heures suivantes ne sont qu’une longue descente entre les berges pelées qui laissent deviner d’immenses plaines sans aucun relief. DSC_0034-1Spectacle complètement monotone qui nous laisse très vite indifférent. Le seul intérêt est à bord, en particulier lors des arrêts où l’énorme barque DSC_0042-1est prise d’assaut par les vendeuses de nourriture : bananas, fruits, samossas, portions de riz, caramels au graines de sésame, … Et ça se dispute la première place pour caser sa marchandise dans les mains du touriste. Cela fonctionne d’ailleurs plutôt bien, les premières montées sont les premières à vendre. On négocie vite, la marchandise fraîche circule entre les mains des intéressés, on tâte, on soupèse, pour faire la meilleure affaire. Puis les billets circulent dans les mains, dans la bouche, sur la nourriture pour atterrir dans la poche une fois le marché conclu. L’apDSC_0050-2rès-midi s’écoule paisiblement au rythmeDSC_0046-1 du fleuve, des ronflements de la barque et des innombrables clichés des chinois sans gêne. Dans le domaine, ils sont largement surpassé nos amis japonais. Dans la nuit, le bateau accoste à Nyaung-Oo. Bagan, le pays aux quatre mille temples et stuppas. On va manger du Buddha !

 

Pour finir et pour le plaisir, quelques photos de transports collectifs.

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