Où sommes-nous

Çay, çay ?

La montagne et le verre de thé.

Préambule. Depuis que nous sommes entrés en Chine, un mot est devenu rituel et persistant malgré les langues différentes, mandarin, ouïgour, turc, farsi … Et pas question de l’oublier : Choy ou chay, le thé !

Dernier repas avant les séparations11 juin. Karadut, sud du Nemrut Daǧi. Plein de gros mimis lancés à la volée alors que la voiture s’éloigne emportant Michèle et Jacques vers la France un peu plus rapidement que nous. Nous voilà à l’entrée de la dernière ligne droite, traverser la Turquie, un bout de Grèce, un bout d’Italie, et puis, et puis le retour… 

C’est le bazar autour des vélos. Nous venons de vider les sacoches pour ne garder que l’essentiel et rentrer légers. Fini la gore-tex, et autres bricoles devenues inutiles, nous nous sentons prêts à décoller, mais il faut tout empaqueter, comme chaque jour avant de quitter le campement. Camping à l'auberge, le luxe !Le matos de camping dans une sacoche arrière, les vêtements et l’ordi dans l’autre. A l’avant la popote, le réchaud, les victuailles en quantité toujours deux fois supérieurs au nécessaire … on ne sait jamais, des fois qu’il faille pédaler 200 km sans croiser un troquet, la Turquie est développée, oui mais bon, nous craquons systématiquement une fois devant les présentoirs de l’épicier. Résultat, il va encore falloir traîner les cacahuètes pour l’apéro sur une étape de plus, on finira bien par les avaler ; les friandises, c’est toujours utile pendant l’effort alors deux kilos ce n’est pas de trop !

Aprés 2 heures de route à 13,5% de moyenneAllez, on se bouge et on range, il est plus que temps de filer. C’est du gros qui nous attend, l’ascension du Nemrut Daǧi avec traversée du sommet. A peine retardés par l’averse de grêle qui s’abat sur le camping, Des fois on se demande s'ils ne sont pas un peu zinzins !nous attaquons la montée sous un ciel clément. A l’instar des iraniennes, il s’est voilé de nuages pour nous permettre de supporter la chaleur. Les pentes sont démentes : 11 à 12 % de moyenne sur Des comme ça on en fait pas tous les jours12 km avec quelques côtes à 18 % si ce n’est plus. Mais après une semaine sans pédaler et avec nos sacoches allégées, nous nous acquittons de la tâche plus facilement que prévu. Le gros morceau est au sommet : On pousse, on pousse et on souffleun sentier empierré et raide comme tout permet de terminer l’ascension avant de basculer de l’autre côté du sommet. Il faut pousser les vélos un par un et soulever la roue avant à chaque marche, tâche éreintante qui aurait été interminable sans l’aide de touristes turques de passage.

Vue à l'est, au loin le bassin de l'Euphrate

Terrasse estMais au sommet, nous pouvons souffler, la vue sur les alentours est fantastique et la lumière du soir magnifie les massifs hiérarques de pierre qui nous regardent passer sans sourciller. Le vent froid nous pousse dans la descente sans tarder. DSC_0712-1Alors que nos sacoches sont garnies comme un caddie sortant du prisunic, nous craquons pour le souper proposé à l’auberge juste en-dessous. Voilà comment on se retrouve à trimballer un melon sur des kilomètres. Mais nous ne crachons pas dans la soupe de lentilles brûlante.

12 juin. Çayköy, au nord du Nemrut Daǧi. Nous venons, au terme d’une magnifique journée de vélo, de traverser des zones montagneuses qui longent l’Euphrate. Un village perduA midi, nous avons fait la pause dans un camping situé sur un point haut. Le jeune qui bosse là attend désespérément les clients qui ne viennent pas. Avec nous c’est râpé, cette fois nous avons sorti le pique-nique des sacoches, il était temps de manger les tomates avant les avaries. Cela ne l’empêche pas de nous offrir le thé, idéal avant la sieste au soleil.

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Avant d’arriver dans la plaine, il reste un dernier col à franchir, une longue ascension que nous décidons de couper en deux. Ca c'est pas faux, mais ça dure un peu plus que 150m !Au pied de la montée, nous tentons de faire le plein à la station-service… il faut bien alimenter le réchaud, pour ce qui est des jambes, nous nous en sommes occupés peu avant. Si la pompe est vide, le samovar est plein, alors nous acceptons les verres de thé que nous offre le pompiste. Un ou deux sucres, puis on tourne, on tourne, on souffle pour faire refroidir le liquide fumant avant de s’y brûler les lèvres. Une fois le verre vide, on est resservi immédiatement, jusqu’à plus soif. La discussion est limitée, notre turc plafonnant aux “Tesshekür” (merci) et “Güzel” (c’est bon).

Puis nous nous remettons en route. Toujours difficile de repartir lorsque la fin de journée approche, pourtant, on trouve la motivation dans les dénivelées que l’on sait épargnées pour le lendemain. Hello MisterEtape rituelle de la fin de journée : trouver de l’eau pour remplir les poches qui nous servent de réserve pour la douche et la popote du soir. En Turquie, ce n’est pas un soucis, l’eau est potable et dans ces montagnes il y a des sources de partout. Sur le bord de la route une ferme se dresse avant que la route ne s’engages dans des pentes plus raides. Le paysan nous offre l’eau claire qui coule à son tuyau, par contre il ne comprend pas notre demande de planter la tente sur une terrasse herbeuse qui entoure sa maison. Tant pis, il faut poursuivre et trouver un autre terrain.

Mais la montagne est trop abrupte et plus aucun endroit ne se prête au camping hormis le macadam. Très peu pour nous. Ce genre de situation est si fréquent que nous en ferions une loi si elle n’existait déjà. C'est jouliiiiMais comme toute loi a ses exceptions, nous trouvons l’exemple pour nous contredire : une piste plonge dans la pente et nous offre quelques dizaines de mètres plus bas un petit carré d’herbe sympathique. Alors que nous attaquons le plantage de tente, un type sort de la caravane qui est à côté et sur le terrain duquel nous empiétons. “Tchador ? Tamam !” (Tente ? C’est bon !) Ouf ! “Chay ?” Pourquoi pas ? Le gars qui nous gratifie d’un large sourire est garde forestier et passe une bonne partie de son temps à se balader dans le coin. Un çay ?Il est visiblement heureux de nous accueillir dans son abri et nous vidons le samovar en sa compagnie tandis qu’il apprécie de me voir apte à rouler une cigarette avec le tabac qu’il m’offre. Du vrai tabac de cow-boy, du genre à ne pas taxer une clope deux fois de suite (mes victimes sauront à l’avenir comment se prémunir de mes chapardages chroniques). Mais nous apprécions ces instants précieux et simples en même temps, il font la particularité d’une journée qui pourrait ressembler à tant d’autres. Notre homme veut discuter alors nous échangeons des bribes d’idées au moyen d’un petit dictionnaire. Les sujets rituels reviennent parmi d’autres : enfants, élections nationales, métier …

Le lendemain matin, alors que nous ne le voyons que quelques instants, notre rencontre se ponctue par un dernier plaisir, il nous invite à déjeuner à sa table : du pain, des olives, du beurre et du fromage … sans oublier le chay !

Une drôle d’entrée en matière

1er juin. Doǧubayazit. Nous sommes en Turquie depuis trois jours. Aujourd’hui, lorsque nous nous réveillons, tout est réuni pour faire une magnifique journée de vélo : il fait un temps superbe, le ciel est bleu et nous révèle la silhouette parfaite du mont Ararat, le géant de neige qui domine les centaines de kilomètres à la rondeCampagne, sur fond d'Ararat ; la région n’a rien à envier à nos alpages : de vases étendues verdoyantes bordées de collines à la pierre volcanique colorée ; la route est bonne, peu fréquentée et la température est agréable. Il ne reste qu’à grimper sur les pentes du col qui nous fait face. Quel est le grain de sable qui vient gripper une machine si bien huilée ? En peu de temps, quelques événements nous donnent envie de fuir l’endroit aussi vite que possible.

Nous avons à peine débuté l’ascension qu’un bruit retentit sur la chaussée. Village pas coolA une cinquantaine de mètres, trois gosses gardent un troupeau de moutons, ou devraient. Leur occupation est en fait centrée sur leurs frondes et les voilà en train de nous lancer des cailloux gros comme le point et avec une précision étonnante. Descendre de vélo et brailler suffit à les faire décamper. Nous poursuivons notre chemin sur le goudron fondu qui vient engluer nos pneus tandis que les camions roulant à vive allure nous doublent en faisant retentir les célèbres klaxons de bonjour.

Un peu plus loin, d’autres gamins nous interpellent par de sympathiques “hello, hello” ponctués par des “money, money”, fait qui avait complètement disparu depuis l’Asie du sud-est. Manon apprécie la caillasse jetée sur ses sacoches après son passage, dans le dos évidemment, c’est tellement plus facile. Au moment de traverser un village, trois gros molosses l’encerclent, des Sales cabots, kangalskangals, chiens de troupeau réputés pour leur agressivité. Unique solution, descendre du vélo puis s’éloigner en marchant à côté. Nous remettons ça avec des gosses qui nous attendent sur le bord de la route, les mains recroquevillées sur des pierres. Je leur fais lâcher, mais ce n’est pas assez. Lorsque Manon passe à leur niveau, ils réclament des sous, des cigarettes, lui chipent le torchon qui sèche sur le porte-bagage avant de l’arroser d’un jet de graviers, le tout sous la bienveillance des parents complètement indifférents à nos vitupérations. On adore !

DSC_0013Couronnons la montée avec le plus affreux. Au moment de doubler un camion arrêté sur le bas côté, Manon a tout le loisir d’observer le conducteur qui en est descendu pour se livrer à des occupations obscènes ostensiblement. Où sommes-nous tombés ? Nous peinons à croire que ce soit la règle générale et pourtant, en moins d’une heure, nous venons de faire une sinistre moisson d’échanges avec les locaux. Heureusement, nous croisons trois gones souriants et enthousiastes de nous voir passer. Fin de la montée, peinard !Puis un camion nous double lentement, juste de quoi attraper les poignées à l’arrière de la remorque et se faire emmener sur les deux derniers kilomètres du col. Au sommet le chauffeur nous offre une bouteille de coca et son large sourire. Il fallait bien ça pour nous remonter le moral et profiter de la vue magnifique qui nous entoure.

Col Tendurek Geçidi, 2644 m

Que se passe-t-il ici, est-ce le hasard qui “s’emmêle”, faut-il attribuer ces démonstrations d’hostilité aux tensions entre Kurdes et Turcs ou plus simplement au manque d’éducation de ces gosses qui grandissent entre eux en gardant les troupeaux ?

Descente du col, les coulées de lave pétrifiées

Faut-il décrire la suite de la journée ? Peut-être, car il reste quelques couleuvres à avaler. La descente mémorable entre les coulées de lave pétrifiées nous fait presque oublier les mésaventures de la matinée. Mais à Çaldıran, bourgade animée, les embûches réapparaissent. Nous y faisons quelques achats pour les repas à venir ; au moment de payer, le primeur a remplacé deux belles tomates, choisies par nos soins, par deux vertes sûrement insipides. Drôle de commerce ! Peut-être est-il de mèche avec la bande de jeunes qui tourne autour de nos bicyclettes. Quelques secondes d’inattention et lorsque nous remontons en selle c’est mon compteur qui a disparu. Les “sauvageons” (J’aimerais bien voir Chevènement conserver son sang-froid à ce moment !) ont filé et nous ne reverrons plus leurs trombines. Terminons prestement pour quitter ce bled ; nous faisons le plein d’eau chez un bistrotier. Le môme qui nous a montré le robinet réclame ensuite cinq liras (2,5€). Il lâche rapidement l’affaire devant ma tête exaspérée. “Tamam, tamam” (“C’est bon, c’est bon”). Allez on s’casse !

Quelques dix kilomètres plus loin, nous sommes surpris par un énorme mâtin qui surgit de derrière une maison. Je me crispe sur les freins, mauvaise idée ! Manon, postée juste derrière moi, ne peut m’éviter et fait une belle cabriole sur le goudron. Je fulmine contre cet imbécile de clébard ou plutôt contre ses imbéciles de maîtres qui ne sont pas foutus de lui apprendre à distinguer un gentil cycliste d’un dangereux brigand. Heureusement, rien de cassé, la famille s’attroupe et l’un des mioches lance à la cantonade “Money, money”. Je bondis, tandis que le père essaie de me tempérer avec son visage rigolard en m’expliquant que ce n’est qu’un enfant et qu’il faut le comprendre. Ben voyons, son enfant réclame de l’argent et il trouve ça normal l’animal ! Allez, on s’casse !

Chutes de MuradiyeCamping à Muradiye

La fin de journée approche et ce n’est pas dommage, nous espérons en rester là pour les emmerdements. Juste un petit bonus pour se régaler. Au moment où nous trouvons le lieu de camping, assez sympa, la roue de madame est à plat. Chouette, un peu de bricolage, rien de tel pour se décrisper les zygomatiques ! Il y a des jours, on préférerait se trouver dans les embouteillages, en route pour le turbin, … euh, pas sûr !

PREUVE !!!

Welcome to Iran

Comme le disent les Roulmaloute, reprenant Léo Ferré parlant de la mort, Iran, “le mot seul jette un froid aussitôt qu’il est dit !”. Dictature théocratique extrémiste gouvernée par des mollahs fanatiques et où règles et interdits sont nombreux, bafouant souvent le respect de la personne en particulier de la femme (le port du voile obligatoire, les bras et jambes couvertes, vélo réservé aux hommes, alcool et jeux d’argent prohibés, impossibilité pour les jeunes de faire la fête en public, discothèques inexistantes, conversion d’un musulman à une autre religion passible de la peine de mort … la liste est encore longue). Pourtant, tous les voyageurs que nous avons croisés et qui ont visité ce pays avant nous sont unanimes : “Il faut aller en Iran, vous y serez accueillis comme nul part ailleurs”.

Sur la route vers le caravansérail Rubat SharafSur la route vers le caravansérail Rubat Sharaf

C‘est avec beaucoup de curiosité que nous avons rencontré ce peuple iranien très souvent éloigné de son gouvernement et des préjugés qui ont cours à l’extérieur du pays. Voici un florilège des moments les plus délicieux qui nous ont été donnés à vivre dans ce pays au raffinement particulier.

Art de vivre à l’iranienne.

1er mai. Premiers tours de roue dans l’est du pays

Caravansérail Rubat SharafLe premier soir passé en Iran, nous nous écartons de la route pour rejoindre le caravansérail Rubat-Sharaf. Nous sommes seuls pour  visiter cet ancien lieu symbolique de l’accueil des voyageurs. L’atmosphère est propice à remonter au temps des caravanes de la routes de la soie. C,aravansérai Rubat Sharaf, on est seul, on laisse tomber les artificesAlors nous plantons la tente aux abords de l’édifice pour profiter nous aussi de l’accueil persan. Le lendemain, alors que nous nous faisons rincer à la recherche d’un endroit pour nous abriter, nous sommes interpellés par des jeunes adultes du villages qui nous emmènent chez eux pour nous offrir le couvert et le gîte pour la nuit. Nous voilà au milieu d’une famille iranienne, débordant de bonne humeur et de générosité.

La famille au complet

Le jour suivant, notre arrivée à Mashhad se fait en fanfare : tout d’abord un gars en scooter vient à notre niveau puis s’excuse pour nous tendre un paquet. Pas le temps de lui dire merci que le voilà parti dans l’autre sens, il vient de nous offrir des friandises et des boissons fraîches au moment où l’envie s’en faisait sentir, le pied ! Puis la fête continue lorsque nous croisons un groupe de cyclistes locaux, photos, accolades, invitations répétées. Merci pour le sandwich, on reviendraVient le moment de s’acquitter de notre repas pris dans un fastfood du coin, mais ce ne sera pas possible, nous bénéficions encore du statut d’invités. DSC_0055Vient la rencontre avec Ali qui nous offre des sodas, nous paie l’internet puis nous emmène chez son ami glacier, bien vu Ali, on dirait qu’il nous a cernés. Avant de se quitter il nous accompagne dans la ville à la recherche de nos hôtes Saeed et Tayebbe, Nos premières Bastaniesce même Saeed qui n’hésitera pas à prendre un jour de congé pour nous faire visiter sa ville, nous faire goûter à nos premières bastani saffron (glaces au safran), nous présenter à la famille au grand complet puis se lever quatre heures avant le boulot pour nous suivre jusqu’à la gare, au cas où … il a bien fait car une crevaison aurait pu nous coûter le départ du train.

 

8 mai. Escapade au centre du pays

Shiraz, Bagh-e Naranjestan fondé au 19ème, salle de réception puis résidence du gouverneur sous les QadjarsUn soir à Shiraz, nous suivons les cohortes d’Iraniens venus réciter quelques vers d’Hafez ou Saadi dans les jardins fleuris qui commémorent les grands poètes Iraniens. Puis nous faisons un bond en arrière de 2500 ans en traversant les ruines de Persépolis, la magistrale capitale perse de Darius le Grand.

DSC_0266Persépolis édifiée sous le règne de Darius 1er le Grand vers 518 av. JC, vestiges de l'Empire achéménide (550-330 av. JC)DSC_0255

DSC_0514Puis à Yazd, nous nous suivons la piste des tours du vent, larges édifices venus apporter un peu d’air frais dans les vastes demeures en torchis de la plus vieille cité du monde, un système de climatisation ingénieux  et écologique indispensable dans cette ville du désert ou la chaleur du midi vous étouffe. Les lumières du soir se goûtent sur la place Chakhmaq.

 Yazd, ensemble Amir Chakhmaq, façade à trois étages

DSC_0788Lors d’une journée dans la “moitié du monde” à Esfahan (Ispahan), nous nous perdons dans les allées interminables du Bazar-e Bozorg, puis nous pénétrons sur la majestueuse place de l’Imam avant de nous imprégner de la fraîcheur d’une mosquée (mosquée Jameh, de Sheik Lotfollah ou de l’Imam) et parcourir les jardins des madrasas ornées de mosaïques pluri-centenaires. Avant le crépuscule, nous nous dirigeons vers le marchand de glaces traditionnelles pour déguster une bastani saffron et admirer le coucher de soleil qui illumine la place.

Esfahan, mosquée Jameh aux styles qui se sont succédés du 11ème au 18ème siècle

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Esfahan, dôme de la mosquée Sheikh Lotfollah, édifiée début 17ème s sous Shah Abbas 1erEsfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam

Quittant Abyaneh, nous nous retrouvons en milieu de journée à faire la fête dans un mini-bus d’étudiants transformé en disco-mobile, l’autoradio hurle une techno orientale qui entraîne les jeunes gens à danser d’un bout à l’autre du trajet.

DSC05095Voilà comment cette jeunesse débordante d’énergie trouve des moyens et des lieux pour s’amuser. En fin d’après-midi, à Kashan, nous entrons dans le Bagh-e-Fin, de magnifiques jardins arrosés de fontaines. C’est le lieu de la promenade dominicale (ici, le vendredi) et l’endroit est bondé, mais l’atmosphère est douce et les iraniens se ruent sur les délices glacés que vous connaissez, alors pourquoi ne pas en faire autant.

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesUn groupe de collégiennes nous aperçoit et c’est l’agitation générale, nous croulons sous les questions formulées dans un anglais digne de Cambridge. Nous sommes assaillis par les photographes en herbe armées de portables dernier cri (même si l’embargo retarde un peu les avancées high-tech).

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesKashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantes (très favorables au voile)

Si on regarde du bon point de vue, ce voile n’est pas si visible … presque caché, non ?

Kashan, kalian, thé et petits gâteaux ... ça ira ?Le soir venant, nous prenons place dans une maison de thé pour fumer un Qalyan (narguilé) en sirotant un choy, et déguster son cortège de petits gâteaux, nous prenons notre pied à vivre à l’iranienne, à l’aise dans nos costumes d’épicuriens.

De retour à Téhéran, nous retrouvons nos vélos garés dans notre petit hôtel. Le proprio est derrière son comptoir en train d’étudier le français. Dans un mois il doit aller sur Paris et passer un entretien afin de pouvoir émigrer au Québec. Téhéran, sur le toit de notre hôtel Mashhad, avec Jérome et Noémie, deux cyclistes français, à déguster la bère interditeC’est le cas de nombreux jeunes Iraniens qui cherchent à quitter leur pays pour les Etats-Unis ou le Canada. Lui nous demande quelques ficelles et nous poursuivons la soirée sur le toit de l’hôtel,  une “bonne” bière à la main. Bonne dans le fait d’enfreindre l’une de leurs nombreuses lois pourries, car son goût insipide et son prix exorbitant auraient détourné bien des assoiffés.

 

18 mai. Traversée des montagnes, entre Caspienne et Kurdistan.

Prés de Rasht, dur dur pour planter la tente...

Nous quittons Téhéran pour retrouver la mer Caspienne. Voilà deux jours que nous longeons la côte qui borde une immense zone marécageuse transformée en rizières, un petit retour en Asie du sud–est auquel nous ne nous attendions pas et qui complique nettement le plantage de tente. Un matin, nous avons à peine parcouru une trentaine de bornes qu’un gars nous fonce dessus en mobylette à toute allure pour nous éviter au dernier moment. Une bonne gueulante pour tenter de nous soulager de cette frayeur mais sans succès. C’est alors qu’une voiture s’arrête devant nous, le conducteur venant s’excuser pour le comportement inadmissible de son compatriote dont il a été témoin. Voilà Yaser. Il sait que nous sommes dans les parages, car des connaissances à lui nous ayant vu pédaler sur la route l’ont prévenu de notre existence. DSC05212Yaser est donc à notre recherche depuis la veille au soir, il a parcouru plus de 100 km pour nous retrouver. Il nous propose de venir prendre le petit déjeuner chez lui. Il n’a pas besoin de beaucoup insister pour que nous acceptions. Arrivés chez lui, un couple de polonais est déjà présent, et nous comprenons rapidement que nous sommes tombés dans une auberge espagnole. Il n’en faut pas plus pour stopper nette notre progression. Tacitement, nous prenons rapidement la décision de rester une nuit, puis une deuxième, le temps de faire le tour de sa famille, de participer aux cours d’anglais de Yaser.

Repas chez Yaser

Sur la route entre Astara et Ardabil, le vendredi, les bas côtés de la route sont envahis pour pic-niquerEtant enfin montés sur nos bicyclettes, échappant de justesse à la tentation de confire dans le confort de sa maison, nous attaquons une longue ascension en direction d’Ardabil. Mais le jour est vraiment mal choisi, nous sommes vendredi, jour de repos pour les iraniens. Les espaces verts longeant les routes sont envahis par les nombreuses familles en goguette pour un déjeuner sur l’herbe. La route est du même coup encombrés de bagnoles. DSC_0369Mais, mais … nous nous trouvons propulsés tels de vraies stars du peloton, encouragés (voire exaspérés) par les klaxons, photographiés sous toutes les coutures, harcelés par les invitations, réconfortés par les friandises tendues à travers les fenêtres ouvertes des véhicules. Au sommet, un routier nus attends pour nous offrir de l’eau fraîche et se propose de nous escorter pour la traversée du tunnel, tous feux allumer pour éclairer la route. Sympa, mais on vous raconte pas les décibels ! Oui, on fait les difficiles.

Lors des pauses casse-croute, nous trouvons toujours un petit troquet sympathique où se rassasier d’un P1020035dizi, spécialité du pays consistant à déguster le jus de la viande cuisinée absorbé entièrement par du pain trempé dedans, puis la viande et sa garniture de pois-chiche-patates, écrasés au pilon. Nous réitérons les réponses désormais rituelles : “Français, depuis l’Indonésie, à vélo, enfin pas toujours. Mariés ? vouivoui. Chrétiens ? Ben non. musulmans, juifs, bouddhistes ? Non, plus. Ben quoi alors ? Ben rien”. Pas toujours évident à comprendre, mais pas l’ombre d’un reproche, ici c’est l’Iran, on est à l’aise, chacun ses opinions tant que ça reste entre nous. “Bon les gars (c’est sûr qu’on n’y croise pas des donzelles dans les bistroquets), c’est pas tout ça, mais comme on vous l’a dit, on n’est pas d’ici, et puis le camping on préfère faire ça hors de la ville”. Ben tiens, en voilà une drôle d’idée, parlons-en.

Dix kilomètres plus loin nous nous esquivons dans la cambrousse, un coin d’herbe au poil devant un paysage d’enfer. On est peinard. Vite dit ! Deux gars en mob rappliquent et nous indiquent sans équivoque que dormir ici, ce n’est pas possible. Tchador, no ! (Précision, tchador désigne aussi bien la tente de camping que le voile noir horrible couvrant les femmes et sensé nous préserver de pensées impures, nous les hommes pas foutus de nous tenir à carreau – nous, on a choisi le tchador version Quechua, c’est bien plus classe). Route vers Meshgin ShahrDonc pas question de planter la tente ici. Pourquoi, pourquoi ? Cela reste un mystère, et le pouce passé sur la gorge laisse libre cours à l’imagination. Mais que nenni, ils sont coriaces les p’tits Frenchies, ils ont trouvé un super spot de camping et ils veulent y rester. Il ne va quand même pas nous égorger celui-là ! Alors nous insistons, puis nous jouons notre joker, l’appel à un ami, un jeune iranien francophone rencontré dans le bled précédent. Nous comptons sur lui pour nous aider à traduire la conversation. Mais voilà qu’il s’en mêle en nous suppliant de revenir à la ville pour dormir chez lui plutôt que dans la campagne ou le danger rôde. Ben voyons, c’est connu, les loubards adorent se promener dans la campagne pendant la nuit ! Mais rien à faire, voilà notre ami qui rapplique en taxi. Meshgin Shahr, ancienne forteresse, avec Soheyl et son amiC’est un complot ou quoi ? Nouvelle proposition : venir camper dans le parc public, sous la surveillance des policiers, nous seront en sécurité. Quelle charmante idée ! Merci bien, mais les parcs publics on a testé, ça sent mauvais, c’est bruyant et pour se faire un brin de toilette, c’est pas vraiment le coin tranquille. Alors on reste là et puis c’est tout. On risque quoi ? A la sortie de Meshgin Shahe dans des prairies TRES dangereuses ... on a le gout du risque, nous !De se faire réveiller par une brebis égarée ? Après une demi-heure de palabres, nous parvenons à gagner notre ticket pour la nuit en échange de la promesse d’un coup de fil rassurant le lendemain. Tout le monde plie bagage, et nous pouvons enfin nous consacrer à notre bivouac de rêve. Jusqu’au lendemain, nous avons eu beau chercher, nous n’avons pas trouvé les dangereux malfaiteurs qui devaient nous faire la peau. Ah l’hospitalité je vous jure ma p’tite dame, y a des jours où on se la mettrait bien dans la poche.

Que penser du gugusse qui nous a réveillé en pleine nuit, m’obligeant à me retrouver en tenue d’Adam devant son fusil de chasse dans une main et une assiette de pastèque juteuse dans l’autre. Que son sourire et ses excuses répétées ont vite rabattu mon clapet de râleur !

DSC_0570-1Loshan, sur la route entre Qazvin et Rasht

Incroyable, cet Iran est un pays hors du commun, bourré de contradictions mais dont le peuple, en premier lieu, en fait peut-être le pays le plus extraordinaire pour un touriste, quel qu’il soit. Nous étions impatients de goûter à l’hospitalité perse et ce fut une expérience au-delà de ce que nous pouvions imaginer, dépassant parfois ce que nous pouvions accepter, notre besoin d’intimité finissant par reprendre le dessus. Ce fut une énorme bouffée de générosité ; lors de ces rencontres, chacun d’entre eux se fit un devoir de se plier en quatre pour nous accueillir … en “bon iranien”.

Un avant-goût d’éternité*

Par Biljana et Patrick

Samarkand, plus que toute autre ville de la route de la soie, évoque la légende des voyages au rythme lent des caravanes, les oasis inattendues, perdues de bleu, de sable et de fraîcheur. En voyageurs – touristes que nous fûmes pendant 2 jours à Samarkand – c’est au cours d’une déambulation rythmée par les explications de notre guide, Malika, que nous avons découvert cette ville suspendue entre passé et présent, entre aube et éternité.

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DSC_0274-1C’est aux premières lueurs du jour que nous découvrons Samarkand dans sa globalité, perchés comme des oiseaux migrateurs en haut du minaret de la Medersa d’Ulug Beg, sur la place du Registan. Samarkand émerge de la nuit. Inconfortablement installés sur notre perchoir, nous entrevoyons, à tour de rôle, la DSC_0319-1déclinaison des couleurs de l’aube sur les toits et les coupoles.

Le soleil apparaît rapidement sous la forme d’une grosse boule orangée, juste annoncée par un vent frais qui nous fait frissonner. Puis le disque orange laisse échapper des rayons lumineux qui viennent lécher le haut des medersa de la place et commencent à mettre en lumière le théâtre majestueux du Registan. Les trois monuments se font face comme des acteurs géants dont le jeu surprend par son élégance et son harmonie.DSC04333

DSC_0106Moment suspendu d’infini bien-être, tandis que le soleil continue sa lente caresse de la Medersa d‘Ulug Beg, et les étoiles chéries du Khan astronome illuminent la façade. Difficile d’imaginer qu’elles ont failli ne plus briller après le tremblement de terre de 1898 qui a en grande partie détruit le monument. Les grands travaux des annéesDSC04361 30 ont laissé la place à une restauration patiente. C’est dans la fraîche pénombre d’une des salles de la Medersa Chri Dor que nous assistons au minutieux travail des artisans pour reproduire la beauté des motifs ancestraux.

DSC_0144-2 Nos pas nous portent ensuite vers la Mosquée de Bibi Khanoum, que Tamerlan fit construire pour la 4ème de ses femmes, la plus aimée. La taille du monument devait être un hommage à son amour et témoigner de la force de ce sentiment à travers le temps. L’éternité de l’amour d’un couple se perpétue-t-elle à travers de telles réalisations architecturales ou plutôt au travers de ce qui se construit au jour le jour, avec le partage des bonheursDSC_0061-3 et des difficultés de la vie, les enfants qui naissent et qui grandissent ? C’est dans ce lieu qu’un couple d’éternels amoureux-voyageurs se tenant par la main raconte sa vie bien remplie, ses 72 enfants et petits-enfants et prédit à Manon et Etienne que 4 enfants viendront bientôt embellir leur jeune amour.

DSC04372Voyageurs en quête de réponses, nous consultons le ciel de Samarkand, et nous cheminons vers l’Observatoire d’où Ulug Beg scrutait les étoiles cinq siècles auparavant. Seule une partie du cadran monumental – moyen de mesure de la course du soleil – a pu être restaurée, suite à son excavation par les Soviétiques au début du siècle. DSC_0205Comment un instrument d’observation du soleil a-t-il pu se retrouver enterré sous plusieurs mètres de terre ? Le temps qui passe a des ironies… En sortant de l’observatoire, c’est la morsure du soleil qui nous ramène à Samarkand, Belle du désert, écrasée de chaleur. Monter les escaliers raides qui mènent à la Nécropole de Shahi-Zinde nous demande des efforts. Il faut en compter les marches à l’aller, nous dit Malika, puis les compter à nouveau au retour. Si on ne trouve pas le même nombre, cela signifie que l’on a certainement pêché. Mais arrivés sur la dernière marche s’ouvre devant nous un étroit couloir bordé du bleu des mausolées qui se succèdent sur des dizaines de mètres. Etourdis par les motifs, par les variations de couleurs, DSC_0263-1qui rendent chaque mausolée unique, nous figeons sur nos yeux numériques le maximum d’images. Voyageurs curieux nous pénétrons sans frapper dans ces demeures des morts pour voler un peu de la beauté qui les enveloppe. Autour de nous, les guides expliquent les époques et les détails architecturaux des monuments, mais que sait-on de ceux qui reposent là ? Rien du tout, parfois même pas leur nom.

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Dans la mosquée, la prière soudain nous interrompt dans notre avidité touristique et nous nous retirons sur la pointe des pieds. C’est dans le cimetière attenant à la nécropole que nous nous posons enfin, savourant le calme et la fraîcheur du lieu. Mausolées prestigieux et tombes actuelles anonymes se mêlent à tout jamais dans l’éternité et les portraits gravés dans le marbre nous regardent tranquillement.

Notre déambulation dans Samarkand, guidée par la gentillesse de Malika, se termine dans l’éblouissement de la nécropole resplendissant au soleil devant nos yeux et la fraîcheur de ce havre de paix. Peu importe si le nombre de marches au retour n’est pas identique, nous avons eu nous aussi « un avant-goût d’éternité ».

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* Un avant-goût d’éternité : Qualificatif employé par Mitterrand pour décrire sa promenade à travers la nécropole de Shahi-Zinde peu de temps avant la fin de son deuxième mandat.

Tien-tien et Manou au Sichuan

10 février. Luding. Nous voici donc en selle. Le temps est maussade et ce début de vallée qui doit nous donner accès au Sichuan tibétain n’est vraiment pas très plaisant. Si l’article précédent vous a dépeint un tableau peu reluisant de notre passage ici, il convient de vous livrer les quelques trésors que nous y avons amassé.

En chemin vers Kangding, une "petite" famille d'accueilDont acte. Nous nous échappons de cette “zôôône” et empruntons un chemin de traverse pour monter vers Kangding. En route, nous sommes hébergés par une grande famille. Une adresse très chaleureuse, idéale pour goûter les pates de poulet au piment et la soupe sucrée d’œufs pochés en guise de petit déjeuner. Nous repartons, l’estomac quelque peu brassé, mais nous engrangeons les dénivelées à mesure que nous perdons des degrés Celsius. Partagés entre le froid de plus en plus mordant et l’effort source de transpiration, nous finissons notre ascension avec bonnet, gants, écharpes aux extrémités et T-shirt détrempé sur le dos. Un vrai bonheur, de quoi attraper la mort comme on dirait dans les chaumières.

La ville de Kangding n’est pas particulièrement charmante, mais nous y sentons se rapprocher le Tibet. Nous n’y trouvons pas Tintin mais le reste y est : quelques maisons traditionnelles, des drapeaux à prière s’effilochant sur toutes les montagnes alentours et deux monastères imposants perchés aux abords de la ville. En pénétrant dans le temple Jingang…. nos yeux s’écarquillent et nous nous empressons de faire tourner les moulins à prière. Un bâtiment massif trône devant une large cour sous un ciel rayé par les drapeaux multicolores.

Temple JingangTemple JingangPrès du temple Jingang

Il renferme en son sein … un bouddha, entouré de décorations à profusion. Nous ne boudons pas notre plaisir à déambuler dans les coursives, mais l’endroit est étrangement calme, comme déserté. Seule une vieille femme maintient activement la rotation d’un gros moulin, creusant inlassablement le sillon qui l’entoure tout en l’accompagnant de prières.

Dans le coeur du monastèreNous poursuivons nos découvertes au monastère Nanwu, principale lamaserie de la région. Guidés par un murmure grave et régulier, nous pénétrons au cœur de l’édifice. Un moine nous invite à pousser la porte, puis il soulève une large tenture et nous introduit dans la pièce centrale du monastère. Une atmosphère solennelle nous enveloppe et nous transporte dans nos Mesdames et messieurs, le gong !bande-dessinées d’enfance. Osant à peine, nous sommes encouragés par les sourires et les signes de tête. A pas de velours, nous longeons les murs et prenons place discrètement sur quelques cousins. Au centre, les moines sont réunis en une large assemblée. Il portent les Moine Gelugpabonnets jaunes typique de la secte des Gelugpa, le principal courant du bouddhisme tibétain. Le gong vient rythmer les prières monocordes qui résonnent, psalmodiées par les voix graves des moines et soutenues par le son de la corne. Un dernier coup annonce la fin de la cérémonie. Tout le monde se précipite à l’extérieur pour se distraire, se sustenter, les jeunes plaisantent et se prêtent aux portraits, les téléphones mobiles sortent des robes. Cet univers de sacré n’est pas, lui non plus, épargné par la modernité.

DSC_0829Kangding est à 2600m ; le lendemain au réveil, partagés entre stupeur et excitation, nous découvrons les rues couvertes d’une mince couche de neige. Il nous faut faire 20 km d’une descente “rafraichissante”. Nous nous calfeutrons : doudounes, gore-tex, moufles et cagoules. Echaudés par quelques glissades passées, nous effectuons nos premiers coups de pédales sur la neige. A peine sortis de la ville, la routes est à nouveau sèche et à peine plus bas, la fraîcheur bien supportable. Pas de quoi fouetter un chien en définitive.

13 février. Danba. C’est pour nous le deuxième pont avec la culture tibétaine. Après un arrêt au poste de soudure local (c’est ça d’être un lourd), nous circulons dans les montagnes environnantes. Une jolie balade à travers les villages traditionnels qui se composent de solides bâtisses ; de vraies petites forteresses assorties de leurs tours de guet, des maisons au toits plats et crénelés, bâties avec des pierres massives, chacune soigneusement ornée de boiseries peintes en de multiples couleurs.

Tours de guet de SuopoFenêtre tibétaineDSC_0857

On sent qu’elles sont conçues pour tenir le siège face à l’hiver rigoureux. Dans une guesthouse, on nous offre le couvert. Le lendemain, quittant la ville, nous sommes surpris par une procession : toute la panoplie des costumes tibétains défile devant nous, au pas. Quelle en est la raison ? Mystère, mais nous sommes ravis de cette profusion de chapeaux, de fourrures, de broderies, de colifichets.

Procession tibétaineProcession tibétaineProcession tibétaineProcession tibétaine

Sur la route vers JinchuanNous roulons encore quelques jours, allant de chortens (stupas tibétains) en temples, stoppant dans des villes où nous faisons, à chaque fois, office d’attraction locale. Le dialogue s’établit toujours difficilement mais surtout avec la jeunesse Sur la route vers Ma Erkangqui s’essaie alors aux bribes d’anglais étudiées. Ou bien, nous rencontrons une professeur d’Anglais dont le niveau (pas vraiment meilleur que le notre) et l’accent à couper au couteau nous causent quelques difficultés. Et pourtant, ici, elle a clairement sa place, affichant une maîtrise de la langue de Shakespeare bien supérieure à la moyenne.

C’est là que nous vivons nos premières tribulations avec la police chinoise. Sur la route, un demi-tour nous est imposé pour cause d’enregistrement obligatoire au village précédent. Revenir en arrière, difficile à accepter pour le cycliste, mais la manoeuvre est de courte distance et le fonctionnaire se fait largement pardonner par la suite en nous offrant un roboratif repas de midi. Et oui, on ne se refait pas. Le soir même, à Ma Erkang, c’est la fin des réjouissances, la police locale nous fait tourner en bourrique pendant des heures pour tenter de nous trouver un hôtel à chaque fois bien trop onéreux. Nous ne sommes pas des touristes chinois que diable !Même en hiver il y a de quoi se nourrir Une fois débarrassés de leur encombrante compagnie, nous trouvons ce qu’il nous faut en moins de dix minutes. Mais ce n’est pas finit. Le lendemain, nous avons de nouveau à faire à eux car nous devons prolonger nos visas. Peine perdu, LE fonctionnaire en charge ne travaille pas ce jour là, il suffit de revenir le lendemain et de patienter une petite semaine. Quand on connait le charme bétonnesque de la ville, on forme vite le projet de déguerpir pour aller se faire prolonger ailleurs ! Mais, mais, mais … il nous rattrapent peu avant de partir : il faut se faire … enregistrer avant de partir. DSC02618OK, photocopies, blabla, allez, on se tire. Ah oui mais non ! Quoi encore ? Pas possible de prendre la route jusqu’à Chengdu, elle va être fermée dans deux jours, donc il faut attendre la réouverture, c’est à dire … mi-avril !!! QUOI !!!!! Ou bien, prendre le bus … ah bon, ben on va plutôt rester deux mois à Ma Erkang à faire connaissance avec la police locale et tailler le bout de gras trempé dans une soupe de nouilles. Allez, jette ton vélo dans la soute, ON SE CASSE !

Dégats du tremblement de terre de 2008Bon, la fin de cette aventure Sichuanesque nous laisse un peu sur notre faim. Calés dans le car, roulant vers Chengdu, nous ruminons nos envies de revenir pédaler vers ces hauteurs. Peu à peu, nous nous prenons à apprécier le départ précipité : la route que nous devions emprunter et qui défile sous nos yeux est défoncée, et la vallée complètement chamboulée par le tremblement de terre dévastateur de 2008. Ils n’avaient peut-être pas tort ces messieurs de la police …

Pour conclure, nous passons une semaine au chaud, à Chengdu, chez Dhane Blue un couchsurfer patenté et en compagnie de Margo et Ben, deux autres cyclotouristes, à se faire des gueuletons d’enfer : petit déj’ gargantuesques,Alentours de Chengdu pour une balade à vélo avec Margo et Ben repas crêpes, pizzas maisons, chili con carne… et à faire un peu de vélo et quelques messages sur le blog pour vous. Quand même ! Dernier fait d’arme dans la région, acheter des billets de train pour nous et nos vélo à destination d’Urumqi, dans le grand nord-ouest. Et là c’est du lourd ! Mais … patience … éhéh …

 

Au fait, la devinette ?? Dans la bonne souplette (voir un petit tour en cuisine), il y avait :

C'est quoi ?Alors ?Et oui ! Ca vous dit de ronger les ongles ?

Et oui, ce sont des pattes de poulet, ils adorent ça les chinois, mais pas nous !

 

PS : Manou pardonne nous ce petit emprunt en titre d’article ;)

En quête de hauteur

La route ballote sacrément, le chauffeur ne fait pas dans la douceur. Coups de frein nerveux, virages brutaux, nous nous réveillons de nombreuses fois avant d’arriver à Dali. C’est là que nous allons enfin solliciter de nouveau nos mollets à la découverte de cet empire immense et intriguant qu’est la Chine. Le temps qui nous est imparti ne nous permettra d’en découvrir que quelques miettes … peut-être les meilleures ?

Sur la route vers le Lac LuguDSC_0503

Rempart du vieux DaliDu 27 au 31 janvier. Dali. Cette petite ville fortifiée campée entre montagnes enneigées et le lac Erhai nous plonge dans une ambiance hivernale. Ca y est ! Nous voilà enfin emmitouflés dans nos bonnets et nos écharpes, une buée encore discrète sort de notre bouche lorsque nous respirons et les nuits sont vraiment fraiches. Vieille ville fortifiée de DaliNous faisons quelques pas dans les rues bordées de maisons traditionnelles et clinquantes, au petit marché local où quelques clichés se confirment : à l’ombre de leur chapeau chinois, les vendeurs proposent des produits en tout genre, de nombreux légumes inhabituels, des poissons et de gros crapauds s’agitant dMarché du vieux Dalians leur bassine, des œufs aux formes et aux couleurs suspectes, multitudes de nouilles … Nous flânons tranquillement pour nous imprégner de cette atmosphère sereine. Dans un square,A Dali, jeux populaires chinois des grappes de gens sont réunis, courbés au-dessus de tables. Debout derrière eux, d’autre les observent, commentent la partie de dominos, de cartes, ou de dames qui se déroule sous leurs yeux. Des images de Sofia nous reviennent à l’esprit : ambiance calme et conviviale.

Nous profitons de cette petite visite pour apprécier notre premier contact direct avec la cuisine chinoise. Autant vous dire que nous n’y sommes pas allés de main morte, voilà ce que c’est de répéter qu’ “il faut vivre l’instant présent comme si c’était le dernier”. Baozi, petits fourrés à la viandeNous avons testé raviolis à la vapeur, Baozi (petits pains farcis de viande et de légumes), crêpes de riz à la crème de cacahuète et sésame, patates frites au piment, feuilletés au lait de chèvre … ou de yak, pâtisseries diverses et variées, soupes de nouilles. Et tout cela en seulement … une journée ! Mais uniquement pour être en mesure de vous raconter fidèlement, tels Marco Polo (hem…), la culture chinoise. Fourbis de bonnes résolutions, nous nous plongeons dans notre guide linguistique pour mémoriser quelques rudiments de conversation. Hummm … avez vous déjà tenté d’apprendre le chinois?  Nos ambitions ont subitement été revues à la baisse. Nous nous contentons pour aujourd’hui de bien prononcer le mot “Zàijàn” (au revoir). 

Trooop bon !Nous traversons une campagne assez tranquille et de nombreux villages. A ce stade, la circulation n’est pas pesante. Nous nous arrêtons au grés des odeurs aillées pour un bol de soupe, une poêlée de légumes ou une crique (bonne surprise, la crique est une spécialité locale). Peu à peu, le relief devient plus escarpé, et qui dit escarpé, dit montées, tout mollet de cycliste vous le dira. Premier soir, nous nous trouvons vers 2500m d’altitude lorsque la nuit s’approche. C’est là que vous nous imaginez, aventuriers que nous sommes, dans notre tente à endurer de froides nuits : “Les pauvres petits, ils doivent se les geler”, “Ont-ils un équipement suffisant pour Shaxi, porte estle froid ?” … de notre côté, nous avons bien apprécié … les couvertures électriques dans de petits hôtels de bords de route, plutôt douillet ! Nous approchons même la neige, au point que, dans un virage un tantinet verglacé, Manon se prend d’une envie de flirter avec le goudron. A Shaxi, ancienne cité caravanière de la route du Thé et de chevaux, nous sommes charmés par les vieilles maisons, la place pavée et le vieux théâtre. Encore quelques coups de pédales, et nous arrivons près d’un immense lac bordé par les superbes montages blanches du Yùlong Xueshan (5500m), de larges champs d’arbres roses (je ne sais pas leur petit nom), et Lijiang.

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Gorges du saut du tigreDu 1er au 3 février. Lijiang. Nous prendrons le temps de visiter l’endroit à notre retour d’expédition : deux jours de randonnée aux Gorges du saut du tigre. Situées à 80km plus au nord, ces gorges prennent en étau le plus grand fleuve de Chine, le Yangzi. Un corridor somptueux à la végétation mi-bambous mi-sapins et encadrée pGorges du saut du tigrear des sommets culminants à plus de 5000m. Nous nous élevons progressivement au dessus des gorges sur un chemin taillé à la dynamite, le long de lignes électriques, de tuyaux d’irrigation et de publicités pour les guesthouses peintes à même la roche. La vue sur le Yùlong Xueshan et ses voisins n’en reste pas moins sublime. Sans doute nos montagnes alpines nous manquent-elles, Yulong Snow mountaincar nous avons de temps en temps le sentiment de nous retrouver dans la vallée de La Grave, face à la Meije. Loin de nous l’idée de nous lancer à l’assaut de ces sommets acérés aux parois lisses et abruptes… peut-être le terrain idéal pour des pros de la grimpe. Dommage, nous sommes de pauvres cyclistes ;)

Dans les rues du vieux LijiangA Lijiang, le touriste vient pour déambuler dans les ruelles pavées de la vieille ville, pour se laisser porter par son atmosphèreDSC_0360 médiévale, ses maisons de bois encerclées par de petits canaux. Ca bouillonne de péquins chinois charmés par le vieux quartier traditionnel exclusivement composé de boutiques bien achalandées mais avantageusement restaurées. C’est ici que vivent Hutch et ses “colocataires” chez qui nous passons quelques jours. Hutch est un homme remarquable, pas seulement parce qu’il a eu la gentillesse de nous accueillir chez lui ;) mais surtout parce qu’avec ses 71 ans, il continue de parcourir le vaste monde sur son vélo. Promis, juré, nous aussi nous aurons la même pêche à son âge ! La Hutch Team

Le soir du réveillon du nouvel an chinois, nous traversons la vieille ville qui parait être en plein léthargie. Nous qui avions prévu d’être en Chine spécialement pour l’occasion, nous sommes surpris et un peu déçus. Nous guettons, mais les boutiques sont en majorité fermées, les rues semblent s’être vidées, comme si le froid régnant en cette saison avait glacé toute animation. Puis à minuit, c’est l’explosion ! Une multitude de pétarades retentit à travers la ville, des feux d’artifices apparaissent au-delà des toits et cela dure sans discontinuer pendant près d’une heure avant que tout ne retombe dans le silence nocturne. Voilà c’est le nouvel an chinois, une grande communion pétaradante où petits et grands Stigmates du nouvel anallument les mèches soufrées. D’ailleurs, plus on est grand, plus le pétard est gros, plus le vacarme est retentissant. En fait, nous avions été prévenu, c’est une fête qui se déroule dans les chaumières, en famille, et il n’y a rien de spectaculaire sinon la quantité de poudre brûlée à travers tout le pays. Le lendemain, nous trouvons des confettis rouge vif dans les moindres recoins de la ville, certains lieux sentent encore la poudre. Et durant le mois suivant, nous serons régulièrement surpris par les claquements d’une grappe de pétard, jusqu’à Chengdu où, le soir de notre arrivée, des feux d’artifice innombrables bien qu’individuels éclairent les quatre coins de la ville.

Inutile de vous préciser qu’à l’heure où raisonnent les pétarades, nous sommes sagement installés au rang … du fond … de nos duvets. Les feux d’artifice, ça n’est pas pour nous (voir Yogya loose controle) et puis un cycliste, ça se couche avec les poules, non mais !

DSC_0478Du 4 au 7 février. La route se poursuit en direction du Lac Lugu. Ses charmes nous ont été vantés maintes fois auparavant. Ce qui l’a moins été, ce sont les 10 km de montée en route pavée qui mènent au col à 3500m précédant l’arrivée. La route de la mort, si si, les photos le prouvent, c’est pas du chiqué !DSC02405 Bon d’accord on n’a encore rien vu, mais jusqu’à ce jour, c’est une des parties à classer sur le podium de nos difficultés. To be continued… Pour notre plus grand plaisir, la majeure partie de la route s’est révélée magnifique, assortie d’une superbe descente dominant le fleuve Yangzi, Le grand fleuve chinois … on l’a déjà dit ? C’est pour voir si vous lisez tout. L’arrivée vers le Lac est tout bonnement somptueuse, qui dit col à 3500m, dit ras-le-bol des pavés … euhhh non, dit vue imprenable sur le lac aux eaux étincelantes avec coucher de soleil en prime faisant flamboyer les montagnes environnantes. Il faut quand même trouver la motivation quelque part, nous ne sommes pas simplement masochistes. DSC_0544

Le lac nous offre une journée divine à parcourir son pourtour, flânant d’un Chinois jusqu'au bout de doigts !point de vue à l’autre, stoppant au gré des photos à prendre … en compagnie des touristes chinois, on se prendrait presque pour Alain Delon des fois. La cerise sur le gâteau, c’est l’entrée au Sichuan – province frontalière  – et la découverte de la culture bouddhiste tibétaine, avec les chortens, les drapeaux à prière multicolores. Mais ça c’est une autre histoire ;)

Arrivée en bouddhisme tibétain !!!

Myanmar, en vrac

Ca nous a surpris, dérangés, quelques fois dégoûtés :

  • Changer de l’argent par l’unique biais des vendeurs de rue ;
  • Retirer ses claquettes à l’entrée du moindre monument même si le sol est jonché d’excréments de singes, respect de Bouddha oblige ;
  • Le manque de dénivelées à grimper sur notre circuit quasi imposé à tous les touristes ;
  • 99 boutons sur chaque jambe en une nuit, est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous gratouille ?
  • Trier les feuilles de coriandre fraîche qui viennent gâter le goût des bons petits plates traditionnels ;
  • Les routes défoncées qui vous secouent jusqu’à la moëlle épinière jusqu’au bout de la nuit ;
  • Cracher nos dollars à l’entrée des monuments our les voir partir dans les poches du gouvernement ;
  • 99 fois de suite le même stupa – “same, same, but dfferent” – au bout d’un moment, raz le bol des stupas!
  • Les tonnes de biftons glissés sur les statues, les milliers d’urnes – “donation, donation” –, les millions de feuilles d’or collées une à une par les fidèles sur les statues de Bouddha ; 
  • Le manque de produits importés : nous n’avons pas eu notre quota de glaces ;
  • Le bruit insupportable de la télé et la climatisation glaciale dans les cars : nous aurions aussi bien pu passer une année dans le frigo d’une discothèque ; nous bénissons les boules Quies ;
  • Slalomer entre les crachats de Bétel qui parsèment le sol avec neuf chances sur dix d’y poser sa tong avant de quitter le pays ;
  • La saleté omniprésente de Yangon : les bouches d’égouts ouvertes en pleiin milieu des trottoirs, les colonies de rats qui montrent leurs museaux à n’importe quelle heure de la journée et bien sûr, le pompon, le jus de bétel ;
  • La docilité apparente des Birmans qui ne râlent jamais : principes d’éducation peut-être, main de fer du gouvernement surement ;
  • Le cynisme sans vergogne du régime des généraux ;
  • L’Internet muselé, lent, rare, capricieux : promis, juré, craché, c’était pas la flemme qui nous a retenu de vous écrire.

On a aimé, ça nous a fait marrer, on en redemande :

  • Gravir les escaliers interminables pour accéder au sommet des collines où l’on trouve toujours un temple, un stuppa un petit quelque chose pour prier Bouddha ;
  • Les campagnes multicolores, parfait assemblage de cultures variées ;
  • Palabrer avec les bataillons de marchands de pacotille à la sortie des temples, inlassables, bravant notre impatience, mais toujours charmants ;
  • Se pourlécher les babines en observant la préparation des chapatis à Mandalay et en commander trois chacun !
  • Les sculptures ciselées des monastères en bois de tek dans un calme paisible, serein, ça repose !
  • Les longues moustaches des Moustache Brothers, même si leur spectacle a perdu de sa hargne et s’ils sont sous la surveillance étroite du gouvernement : les années de taule, ça calme ! Respect quand même.
  • 99 ou Neing Neing, notre guide autour de Kyauk Me qui nous a émerveillé par ses tours de magie, enchanté par ses devinettes, passionné par son histoire ; si vous venez faire un tour au Myanmar, arrêt obligatoire par sa maison, on a un colis de fromage à lui faire livrer ;
  • Les armées de vendeurs à la sauvette chargés de plateaux sur la tête, de fruits, de marchandises inimaginables ;
  • Les trajets en train, en bateau et même en car, de véritables tranches de vies qui vous en apprennent autant sur le pays que le reste ;
  • Expérimenter la variété de la cuisine traditionnelle birmane …
  • Contempler les myriades de stupas se découpant sur l’horizon de la plaine de Bagan, voir scintiller les tonnes d’or recouvrant l’immense Shwedagon, stupa sacré de Yangon ;
  • Les immenses étendues du Lac Inle, ses jardins, ses villages flottants, son écrin de montagnes, sa promenade en pirogue à moteur (avec des boules Quies), ses fabriques artisanales de cigares, de tissage ;
  • Jouer au chat et à la souris avec les gardes aux entrées des monuments pour limiter notre contribution à la junte militaire ;
  • Les montagnes de sourires parfois édentés, parfois rougis par le bétel, souvent rayonnants, parfois craintifs devant l’appareil, humbles, sincères et toujours généreux !

Pèle-mêle Myanmar

Joyeux Noël

25 décembre. Phnom Penh. Cambodge. Tout est dans la vidéo !

This video was embedded using the YouTuber plugin by Roy Tanck. Adobe Flash Player is required to view the video.

En espérant que vous avez passé de bonnes fêtes, nous pensons très fort à vous tous et vous remercions vraiment énormément pour tous vos messages. Nous en avons tellement reçu depuis notre départ et nous espérons que ça va continuer !

PS : Grâce à une fort sympathique bande de Français en mission humanitaire au Cambodge, nous avons passé un vrai Noël, dans la joie et la bonne humeur et même avec du pain, du bon vin, du fromage, du saumon et du champagne ! Alors nous vous rassurons, tout va bien. En fait, il ne manquait que vous. Vous nous manquez beaucoup !

“How are you going ?”

DSC_0061Voyager à vélo en Indonésie et en Malaisie, c’est rencontrer en permanence des locaux qui nous croisent et cherchent à échanger quelques mots, histoire de faire connaissance, de tailler une bavette. Avant de quitter la Malaisie-Indonésie, nous ne résistons pas au plaisir de vous faire partager une de ces conversation type que nous avons eu sur nos bicyclettes, parfois en plein pédalage.

Pour vous aider un peu à suivre tout, ça on vous redonne le contexte.

Le gars arrive en scooter à notre niveau et hurle pour se faire entendre :

Local : – Hello Mister (adressé à Etienne ou Manon, pas de différence ici), how are you going ?

A ce moment, deux options, soit le gars est à pied ou s’arrête et la conversation peut continuer, soit il continue sa route sur son scoot’ sans aucune idée de notre réponse, c’était juste pour demander, s’intéresser, dire bonjour, sympa !

Suite :

DSC_0654VPLV : – Hello, I’m fine to the moon, thank you.

L : – Hoooow, and where are you come from ?

VPLV : – I’m here and I come from France. (Il faut s’accrocher pour comprendre ce qu’ils veulent savoir)

L : – Hooooow, Zidane (ou Platini pour les anciens), very good ! And where do you go ?

VPLV : – I go to France, by bicycle, very long way.

L : – Hooooooow, very long, and where do you go ?

(Je répond quoi là ?)

VPLV : – I go to … (le bled suivant qu’ils connaissent).

L : – Haa ! Very nice ! Good, good.

Dur pour eux d’imaginer qu’on va se balader à vélo jusqu’en France, si des fois ils connaissent, la France … ils connaissent au moins les bleus même si on n’en est pas fier. Le foot ici, c’est une ouverture sur le monde.

 

DSC02666Sur une petite route isolée, avec une seule option rouler droit devant. Le gars nous pointe l’extrémité de la route pendant que nous avançons :

L : – You go there ?

Difficile de résister à l’ironie

VPLV : – No, I go to the other side, but I forgot my brain.

 

Arrivée de nuit dans un petit village pour se poser enfin après une bonne dose de kilomètres. On cherche un “terrain de camping”. Un gars nous approche (ou plutôt dix), questions rituelles, puis la discussion se poursuit :

DSC_0100L : – How many days stay here ?

VPLV : – Only tonight, I just arrive.

L : – Where do you stay ?

VPLV : – I don’t know, I just arrive, I want to camp here, is it possible ?

L : Hooooow, and where do you go ?

VPLV : – I stay here, bicycle finished for today, where can I sleep please ?

L : – Hooooooooow, but where do you go ?

 

DSC02969Au hasard des conversations, quelques questions qui nous surprennent toujours mais traduisent la surprise des locaux de nous voir ici avec nos bicyclettes :

L : – And if you’re flat ?

VLPL : – I repair.

L : Hooow, and if you’re tired ?

VPLP : – I sleep ! Ahh, do you have an idea where I can sleep ? (pas cons les VPLV, maintenant on sait saisir la moindre occasion)

DSC_0152   

Pour conclure, pardonnons leur anglais souvent sommaire et le notre approximatif, mais on aimerait bien vous y voir vous, sans google translate !! Ces petites conversations échangées plusieurs fois par jours traduisent surtout une énorme curiosité à notre égard et beaucoup de gentillesse, elles ont souvent été l’occasion pour nous de se faire aider pour trouver un coin pour crécher, parfois être invité à manger, dormir ou au moins demander notre route. Ces échanges quotidiens sont parmi les meilleurs moments passés en compagnie de ces populations ultra souriantes et vraiment très sympathiques. Une bonne leçon !

Bali, grimpettes entre temples et rizières

Du 20 au 23 octobre. L’arrivée à Bali est pour nous synonyme de retour au voyage à vélo. DSC02169Nous grimpons avec bonheur sur les bicyclettes avec en prime une quarantaine de kilomètres d’asphalte neuve et quasi-plate. Le changement est radical, nous récoltons d’emblée des centaines de sourires et de “Hello Mister”. Vive le vélo ! En même temps, nous sommes plongés dans l’ambiance hindouiste de Bali par la profusion des temples qui bordent les routes. Dans chaque village un temple majeur, dans chaque maison un temple familial. DSC_0028Nous ne savons plus où donner des yeux. Ici, à gauche ! Là, sur la droite ! La tentation est grande de s’arrêter à chaque occasion pour prendre quelques photos, mais résistons ce ne serait pas raisonnable;)

Cependant, en quelques jours nous allons expérimenter les difficultés d’être cycliste sur une île volcanique et équatoriale. Le troisième jour sur place, nous traversons l’île du nord au sud en passant par Munduk et le lac Bratan situé à 1350 m d’altitude et point culminant de la journée. Sur le papier, rien d’insurmontable, 40 km et 1500m de dénivelées, nous avons déjà testé dans les Dolomites, ça doit passer. C’est sans compter sur la médiocrité de la carte combinée à un tracé des routes, disons, assez direct ! DSC_0095Comme dirait l’un de nos anciens gouvernants, “la route est droite, mais la pente est forte !” Ahh ça, on peut dire qu’elle est forte. Nous enchaînons les montées à 15% voire plus pendant cinq heures, le tout, sous une chaleur écrasante. Un effort infernal, en plein cagnard. L’épreuve est si rude que nous craquons tous les 500 mètres, engloutissons les litres d’eau avant de nous faire violence pour remonter sur les machines. Au milieu de l’ascension, un petit panneau sur la gauche de la route joue les sirènes : “Z Waterfall, 500m”. DSC02301Sans l’ombre d’une hésitation, nous reposons les organismes pendant deux heures, petite balade dans l’ombre et la fraîcheur des girofliers, des cacaoyers, des caféiers, des macadamiers … Qu’il est dur de renfourcher nos montures après cela ! Malgré tout, nous venons à bout du supplice, juste à temps pour voir les lacs … dans la brume et se faire saucer abondamment. Revoilà notre amie la mousson désormais rituelle, pour confirmer le côté équatorial de la balade. Nous pensions y échapper sur Bali, mais nous allons devoir l’intégrer dans notre programme. Heureusement le phénomène est assez régulier, ce qui permet de s’organiser, enfin en théorie.DSC02305Mais rassurez-vous, nous avons trouvé la parade. DSC_0289Si vous vous retrouvez coincés à la nuit tombante sous une pluie diluvienne, ne vous affolez pas, rejoignez le poste de police le plus proche. Ces chers fonctionnaires étant relativement peu occupés, ils vous accueilleront volontiers pour une petite nuit en cellule. Il s’agit bien sûr de ne pas être trop regardant sur la propreté des lieux.

Du 24 au 26 octobre. Le sud de Bali est une région très prospère, dotée d’une nature particulièrement généreuse. Il y a tellement d’eau qui coule des montagnes que tout pousse avec facilité, ce qui laisse aux Balinais beaucoup de temps pour se consacrer à la religion et à la fête. Nous pouvons donc visiter des temples magnifiques et croiser, tous les jours, des cérémonies traditionnelles, occasions pour les locaux de célébrer leurs divinités ou leurs ancêtres par des quantités monumentales d’offrandes (fruits, fleurs, poissons, viandes…).

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Chaque événement est un prétexte pour faire la fête, se réunir, danser, jouer de la musique et partager le repas ensemble. Invités à l’un de ces repas, nous assistons au sacrifice d’un cochon, une première pour chacun de nous deux. Image poignante ! L’île parait vivre dans un carnaval permanent, festival de couleurs, d’odeurs et de musiques.

Notre dernière escapade se déroule autour du mont Batur, où l’on retrouve la configuration du Bromo, volcan dans le volcan.DSC02471 Notre scooter nous emmène autour de ce cône sombre, dans une végétation luxuriante, où nous nous égarons dans de petits villages isolés du tourisme qui fait rage dans la majeure partie de Bali. Et ce n’est pas dommage ! Nous redescendons à travers les rizières qui recouvrent les pentes de tous les volcans de l’île. Imaginez des travailleurs coiffés de chapeaux chinois, de l’eau jusqu’au genoux et le dos courbé sur les plants de riz. Et bien, tout pareil. De vraies cartes postales !

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Impossible d’omettre un petit clin d’œil aux premiers copains que nous retrouvons depuis notre arrivée en Asie et cela complètement par hasard ! DSC_0742Dans un spectacle de Legong, danses traditionnelles à Ubud (genre de Katmandou local dévoyé par le tourisme), nous nous retrouvons assis juste à côté de Patricia et Aurélien, une bonne occasion pour aller boire un verre ensemble. Grosses bises les vacanciers.

Après une semaine passée dans ce kaléidoscope, nous fuyons l’agitation incessante de Bali pour sa paisible voisine, Lombok.