Où sommes-nous

L’Iran, dangereux ? Tu parles !

Pris dans les contradictions iraniennes, nous ne pouvons quitter l’Iran sans vous faire partager ce témoignage de nos amis cyclistes Annick et Bruno , les Roulmaloute, qui ont traversé l’Asie et bien d’autres continents à vélo, et ce n’est pas fini !

Leur vision de l’Iran est en parfaite adéquation avec la notre, alors nous leur laissons le mot de la fin. C’est sans photos, brut de décoffrage, mais il faut le lire jusqu’à la fin, histoire de sortir des clichés balancés sur ce pays tant décrié et si loin d’être un repaire de terroristes.

En venant en Iran, nous avons réalisé un de nos rêves. L’Iran n’est pas un pays comme les autres. Il fascine certains, en effraie d’autres, mais il ne laisse jamais indifférent. Nous ne le quittons pas de gaieté de cœur car nous avons vraiment adoré….

Nous repensons à notre appréhension avant d`y entrer, aux articles de journaux, à l`axe du mal… Nous avions oublié que les relations politiques des gouvernements sont soumises à leurs intérêts économiques et ne reflètent pas la réalité et la complexité d`un pays. Derrière ces enjeux et ces tensions, nous oublions que des hommes vivent.

L’Iran, c’est tout d’abord un peuple – aux origines ethniques diverses : Persans, Azéris, Kurdes, Loris, Arabes, Turkmènes… – un peuple extrêmement attachant. Les Iraniens sont curieux et aiment parler. Ils sont amicaux et charmants. L’accueil et l’hospitalité font ici partie de la culture et du mode de vie. Le nombre de fois où nous avons été invités dépasse tout ce que l’on a pu connaitre dans les autres pays où nous avons voyagé. Parfois, c’ est même trop pour nous occidentaux habitués à plus de réserve et aimant notre tranquillité.

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, on se sent tout se suite en sécurité dans ce pays. On sent que tout le monde ne nous veut que du bien (à condition de ne pas enfreindre la loi… nous avons quelques témoignages cuisants à ce propos…).

Nous avons côtoyé des gens de différentes couches sociales, et à chaque fois, ce fut la même chose, la même curiosité, le même plaisir d’échanger. Evidemment, les villageois et les bergers sont plus éloignés des influences politiques et religieuses que les habitants des grandes villes. La rudesse de leur condition de vie les rapproche au plus près des choses essentielles et simples de la vie, peut être un peu comme nous, voyageurs à bicyclettes et cette combinaison d`éléments est propice à l`échange.

Peut être que dans ces brefs instants de partage et dans ces échanges de regards, parvenons nous à oublier la culture, la religion et l`environnement de chacun pour apercevoir cette parcelle d`humanité et de vérité que nous avons tous en commun.

L’isolement de l’Iran sur le plan international entraine une immense curiosité des Iraniens, envers les étrangers qui visitent le pays. Mais ils ne l’expriment pas de la même manière.

Il y a ceux qui nous ont ouvert leur porte, ceux qui nous ont donné de la nourriture, des friandises, des fruits, il y a ceux qui nous ont escorté en mobylette en baladant leur téléphone portable à 10 cm de notre nez pour nous prendre en photo en roulant, il y a aussi tous ceux qui nous ont juste salué d’un "khasta na bashi" (ne sois pas fatigué) ou d’un "Salam" agrémenté d’un large sourire et d’un geste de la main. Il y a ceux qui se sont contentés de nous reluquer des pieds à la tête lorsqu’ils ont compris que nos maigres compétences en Farsi ne les mèneraient pas loin, ceux qui nous ont bombardé de « kojai, kojai » ? parfois en remuant les mains comme des marionnettes et en secouant la tête, ce qui peut vouloir dire : "Comment ça va ?", "Tu viens d’où ?", "Tu vas où ?", "Comment tu t’appelles ?", "Qu’est-ce que tu fais là ?", "T’es qui ?", ou bien d’autres choses encore.

Beaucoup de jeunes parlent anglais et nous avons donc communiqué en anglais avec de très nombreuses personnes, nous amenant à des questions plus fondamentales. Les jeunes sont bien élevés, beaucoup ont un bon niveau d’études, mais malheureusement il y a peu de débouchés technologiques dans le pays. Les vieilles bagnoles Paykan boivent entre 12 et 15 L d’essence aux 100km, et polluent un max. Les ressources en pétrole sont immenses, mais la technologie ne suit pas, l’Iran manque de raffineries, et de ce fait, rationne l’essence (en prétextant la pollution). On a quand même vaguement le sentiment que le gouvernement est plus occupé à tenir son monde sous le joug islamique et à emmerder les femmes pour un bout de tissu que de se préoccuper de problèmes plus fondamentaux, emploi, pollution, accidents de la route…

Le peuple iranien est aussi un peuple fier. Fier de ses origines, de son histoire et de sa culture. Ne les confondez surtout pas avec les Arabes ; ils les haïssent ! Et leur culture est effectivement bien différente. Les Iraniens insistent souvent sur l’ancienneté et la richesse de la culture Perse, ironisant, comme en Turquie, sur les arabes qui ne sont que des bédouins incultes. Mais cette culture dont ils se prévalent est très ancienne (les poètes, mosquées étant antérieurs pour la plupart au 16ème siècle).

Les gens avec qui nous avons discuté religion (fort peu en fait) sont profondément croyants mais avec des différences sur l’aspect culturel : prières, fréquentation de la mosquée, pèlerinage à la Mecque , etc … (Le concept d’athéisme ou d’agnosticisme est d’ailleurs purement occidental). Quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais été confrontés à du prosélytisme mais au contraire à une grande tolérance.

Mais l’Iran n’est pas non plus un pays idyllique où le peuple opprimé attend calmement plus de libertés individuelles. La situation est bien plus complexe et encore difficile à décanter entre les positions des ultrareligieux, de certains jeunes qui rêvent d’Europe ou d’Amérique, en passant par ceux qui tout en étant fiers de leur pays et heureux d’y vivre, désapprouvent complètement la politique du pays.

Bien sûr la situation des droits humains, et parmi eux la condition des femmes, ternissent le tableau que l‘on vous a brossé. Il est vrai par exemple que les femmes doivent être voilées et certaines d’entre elles portent souvent le tchador (cette immense robe noir) mais cette obligation est vite oubliée dés que nous passons le pas de la porte d’une maison. Les femmes sont également assises à l’arrière dans les bus et de manière générale elles sont dans la vie publique séparées des hommes, mais il ne faut pas en conclure pour autant que les Iraniens les considèrent comme des êtres inférieurs. Ils sont pour la plupart juste obligés d’appliquer les règles islamistes et sont contrôlés de près par les policiers.

A propos du tchador, nous vous invitons à lire l’article d’un cycliste Français assez truculent : le chat dort pendant que le chien veut tirer son coup

Concernant nos déplacements, nous avons finalement davantage utilisé le vélo que nous l’aurions pensé. En effet, les renseignements obtenus par d’autres cyclistes nous avaient un peu refroidis car les descriptions mentionnaient toujours une circulation abominable et dangereuse. L’Iran détient le record mondial des accidents de la circulation. Sur les routes que nous avons parcourues, nous sommes quasi toujours restés hors de ce trafic intense (à part dans les villes évidemment). Nous avions repéré sur la carte les petites routes et les pistes. La circulation en vélo sur l’autoroute n’a rien de kamikaze, mais juste désagréable à cause du bruit. En fait ce sont les routes « intermédiaires » qu’il faut éviter…et franchement, faut être barjo pour faire du vélo à Téhéran (nous n’y sommes pas allés… mais on imagine, on a vu Mashhad aux heures de pointe…)

Voilà, le mieux est encore d’aller voir sur place ! L’hospitalité des iraniens, les monuments, les paysages, et toute l’ambiance générale sont difficilement imaginables…

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Et pour prouver qu’on peut “presque” tout oser en Iran, une petite photo d’Esfahan en compagnie de deux iraniennes :

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Welcome to Iran

Comme le disent les Roulmaloute, reprenant Léo Ferré parlant de la mort, Iran, “le mot seul jette un froid aussitôt qu’il est dit !”. Dictature théocratique extrémiste gouvernée par des mollahs fanatiques et où règles et interdits sont nombreux, bafouant souvent le respect de la personne en particulier de la femme (le port du voile obligatoire, les bras et jambes couvertes, vélo réservé aux hommes, alcool et jeux d’argent prohibés, impossibilité pour les jeunes de faire la fête en public, discothèques inexistantes, conversion d’un musulman à une autre religion passible de la peine de mort … la liste est encore longue). Pourtant, tous les voyageurs que nous avons croisés et qui ont visité ce pays avant nous sont unanimes : “Il faut aller en Iran, vous y serez accueillis comme nul part ailleurs”.

Sur la route vers le caravansérail Rubat SharafSur la route vers le caravansérail Rubat Sharaf

C‘est avec beaucoup de curiosité que nous avons rencontré ce peuple iranien très souvent éloigné de son gouvernement et des préjugés qui ont cours à l’extérieur du pays. Voici un florilège des moments les plus délicieux qui nous ont été donnés à vivre dans ce pays au raffinement particulier.

Art de vivre à l’iranienne.

1er mai. Premiers tours de roue dans l’est du pays

Caravansérail Rubat SharafLe premier soir passé en Iran, nous nous écartons de la route pour rejoindre le caravansérail Rubat-Sharaf. Nous sommes seuls pour  visiter cet ancien lieu symbolique de l’accueil des voyageurs. L’atmosphère est propice à remonter au temps des caravanes de la routes de la soie. C,aravansérai Rubat Sharaf, on est seul, on laisse tomber les artificesAlors nous plantons la tente aux abords de l’édifice pour profiter nous aussi de l’accueil persan. Le lendemain, alors que nous nous faisons rincer à la recherche d’un endroit pour nous abriter, nous sommes interpellés par des jeunes adultes du villages qui nous emmènent chez eux pour nous offrir le couvert et le gîte pour la nuit. Nous voilà au milieu d’une famille iranienne, débordant de bonne humeur et de générosité.

La famille au complet

Le jour suivant, notre arrivée à Mashhad se fait en fanfare : tout d’abord un gars en scooter vient à notre niveau puis s’excuse pour nous tendre un paquet. Pas le temps de lui dire merci que le voilà parti dans l’autre sens, il vient de nous offrir des friandises et des boissons fraîches au moment où l’envie s’en faisait sentir, le pied ! Puis la fête continue lorsque nous croisons un groupe de cyclistes locaux, photos, accolades, invitations répétées. Merci pour le sandwich, on reviendraVient le moment de s’acquitter de notre repas pris dans un fastfood du coin, mais ce ne sera pas possible, nous bénéficions encore du statut d’invités. DSC_0055Vient la rencontre avec Ali qui nous offre des sodas, nous paie l’internet puis nous emmène chez son ami glacier, bien vu Ali, on dirait qu’il nous a cernés. Avant de se quitter il nous accompagne dans la ville à la recherche de nos hôtes Saeed et Tayebbe, Nos premières Bastaniesce même Saeed qui n’hésitera pas à prendre un jour de congé pour nous faire visiter sa ville, nous faire goûter à nos premières bastani saffron (glaces au safran), nous présenter à la famille au grand complet puis se lever quatre heures avant le boulot pour nous suivre jusqu’à la gare, au cas où … il a bien fait car une crevaison aurait pu nous coûter le départ du train.

 

8 mai. Escapade au centre du pays

Shiraz, Bagh-e Naranjestan fondé au 19ème, salle de réception puis résidence du gouverneur sous les QadjarsUn soir à Shiraz, nous suivons les cohortes d’Iraniens venus réciter quelques vers d’Hafez ou Saadi dans les jardins fleuris qui commémorent les grands poètes Iraniens. Puis nous faisons un bond en arrière de 2500 ans en traversant les ruines de Persépolis, la magistrale capitale perse de Darius le Grand.

DSC_0266Persépolis édifiée sous le règne de Darius 1er le Grand vers 518 av. JC, vestiges de l'Empire achéménide (550-330 av. JC)DSC_0255

DSC_0514Puis à Yazd, nous nous suivons la piste des tours du vent, larges édifices venus apporter un peu d’air frais dans les vastes demeures en torchis de la plus vieille cité du monde, un système de climatisation ingénieux  et écologique indispensable dans cette ville du désert ou la chaleur du midi vous étouffe. Les lumières du soir se goûtent sur la place Chakhmaq.

 Yazd, ensemble Amir Chakhmaq, façade à trois étages

DSC_0788Lors d’une journée dans la “moitié du monde” à Esfahan (Ispahan), nous nous perdons dans les allées interminables du Bazar-e Bozorg, puis nous pénétrons sur la majestueuse place de l’Imam avant de nous imprégner de la fraîcheur d’une mosquée (mosquée Jameh, de Sheik Lotfollah ou de l’Imam) et parcourir les jardins des madrasas ornées de mosaïques pluri-centenaires. Avant le crépuscule, nous nous dirigeons vers le marchand de glaces traditionnelles pour déguster une bastani saffron et admirer le coucher de soleil qui illumine la place.

Esfahan, mosquée Jameh aux styles qui se sont succédés du 11ème au 18ème siècle

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Esfahan, dôme de la mosquée Sheikh Lotfollah, édifiée début 17ème s sous Shah Abbas 1erEsfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam

Quittant Abyaneh, nous nous retrouvons en milieu de journée à faire la fête dans un mini-bus d’étudiants transformé en disco-mobile, l’autoradio hurle une techno orientale qui entraîne les jeunes gens à danser d’un bout à l’autre du trajet.

DSC05095Voilà comment cette jeunesse débordante d’énergie trouve des moyens et des lieux pour s’amuser. En fin d’après-midi, à Kashan, nous entrons dans le Bagh-e-Fin, de magnifiques jardins arrosés de fontaines. C’est le lieu de la promenade dominicale (ici, le vendredi) et l’endroit est bondé, mais l’atmosphère est douce et les iraniens se ruent sur les délices glacés que vous connaissez, alors pourquoi ne pas en faire autant.

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesUn groupe de collégiennes nous aperçoit et c’est l’agitation générale, nous croulons sous les questions formulées dans un anglais digne de Cambridge. Nous sommes assaillis par les photographes en herbe armées de portables dernier cri (même si l’embargo retarde un peu les avancées high-tech).

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesKashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantes (très favorables au voile)

Si on regarde du bon point de vue, ce voile n’est pas si visible … presque caché, non ?

Kashan, kalian, thé et petits gâteaux ... ça ira ?Le soir venant, nous prenons place dans une maison de thé pour fumer un Qalyan (narguilé) en sirotant un choy, et déguster son cortège de petits gâteaux, nous prenons notre pied à vivre à l’iranienne, à l’aise dans nos costumes d’épicuriens.

De retour à Téhéran, nous retrouvons nos vélos garés dans notre petit hôtel. Le proprio est derrière son comptoir en train d’étudier le français. Dans un mois il doit aller sur Paris et passer un entretien afin de pouvoir émigrer au Québec. Téhéran, sur le toit de notre hôtel Mashhad, avec Jérome et Noémie, deux cyclistes français, à déguster la bère interditeC’est le cas de nombreux jeunes Iraniens qui cherchent à quitter leur pays pour les Etats-Unis ou le Canada. Lui nous demande quelques ficelles et nous poursuivons la soirée sur le toit de l’hôtel,  une “bonne” bière à la main. Bonne dans le fait d’enfreindre l’une de leurs nombreuses lois pourries, car son goût insipide et son prix exorbitant auraient détourné bien des assoiffés.

 

18 mai. Traversée des montagnes, entre Caspienne et Kurdistan.

Prés de Rasht, dur dur pour planter la tente...

Nous quittons Téhéran pour retrouver la mer Caspienne. Voilà deux jours que nous longeons la côte qui borde une immense zone marécageuse transformée en rizières, un petit retour en Asie du sud–est auquel nous ne nous attendions pas et qui complique nettement le plantage de tente. Un matin, nous avons à peine parcouru une trentaine de bornes qu’un gars nous fonce dessus en mobylette à toute allure pour nous éviter au dernier moment. Une bonne gueulante pour tenter de nous soulager de cette frayeur mais sans succès. C’est alors qu’une voiture s’arrête devant nous, le conducteur venant s’excuser pour le comportement inadmissible de son compatriote dont il a été témoin. Voilà Yaser. Il sait que nous sommes dans les parages, car des connaissances à lui nous ayant vu pédaler sur la route l’ont prévenu de notre existence. DSC05212Yaser est donc à notre recherche depuis la veille au soir, il a parcouru plus de 100 km pour nous retrouver. Il nous propose de venir prendre le petit déjeuner chez lui. Il n’a pas besoin de beaucoup insister pour que nous acceptions. Arrivés chez lui, un couple de polonais est déjà présent, et nous comprenons rapidement que nous sommes tombés dans une auberge espagnole. Il n’en faut pas plus pour stopper nette notre progression. Tacitement, nous prenons rapidement la décision de rester une nuit, puis une deuxième, le temps de faire le tour de sa famille, de participer aux cours d’anglais de Yaser.

Repas chez Yaser

Sur la route entre Astara et Ardabil, le vendredi, les bas côtés de la route sont envahis pour pic-niquerEtant enfin montés sur nos bicyclettes, échappant de justesse à la tentation de confire dans le confort de sa maison, nous attaquons une longue ascension en direction d’Ardabil. Mais le jour est vraiment mal choisi, nous sommes vendredi, jour de repos pour les iraniens. Les espaces verts longeant les routes sont envahis par les nombreuses familles en goguette pour un déjeuner sur l’herbe. La route est du même coup encombrés de bagnoles. DSC_0369Mais, mais … nous nous trouvons propulsés tels de vraies stars du peloton, encouragés (voire exaspérés) par les klaxons, photographiés sous toutes les coutures, harcelés par les invitations, réconfortés par les friandises tendues à travers les fenêtres ouvertes des véhicules. Au sommet, un routier nus attends pour nous offrir de l’eau fraîche et se propose de nous escorter pour la traversée du tunnel, tous feux allumer pour éclairer la route. Sympa, mais on vous raconte pas les décibels ! Oui, on fait les difficiles.

Lors des pauses casse-croute, nous trouvons toujours un petit troquet sympathique où se rassasier d’un P1020035dizi, spécialité du pays consistant à déguster le jus de la viande cuisinée absorbé entièrement par du pain trempé dedans, puis la viande et sa garniture de pois-chiche-patates, écrasés au pilon. Nous réitérons les réponses désormais rituelles : “Français, depuis l’Indonésie, à vélo, enfin pas toujours. Mariés ? vouivoui. Chrétiens ? Ben non. musulmans, juifs, bouddhistes ? Non, plus. Ben quoi alors ? Ben rien”. Pas toujours évident à comprendre, mais pas l’ombre d’un reproche, ici c’est l’Iran, on est à l’aise, chacun ses opinions tant que ça reste entre nous. “Bon les gars (c’est sûr qu’on n’y croise pas des donzelles dans les bistroquets), c’est pas tout ça, mais comme on vous l’a dit, on n’est pas d’ici, et puis le camping on préfère faire ça hors de la ville”. Ben tiens, en voilà une drôle d’idée, parlons-en.

Dix kilomètres plus loin nous nous esquivons dans la cambrousse, un coin d’herbe au poil devant un paysage d’enfer. On est peinard. Vite dit ! Deux gars en mob rappliquent et nous indiquent sans équivoque que dormir ici, ce n’est pas possible. Tchador, no ! (Précision, tchador désigne aussi bien la tente de camping que le voile noir horrible couvrant les femmes et sensé nous préserver de pensées impures, nous les hommes pas foutus de nous tenir à carreau – nous, on a choisi le tchador version Quechua, c’est bien plus classe). Route vers Meshgin ShahrDonc pas question de planter la tente ici. Pourquoi, pourquoi ? Cela reste un mystère, et le pouce passé sur la gorge laisse libre cours à l’imagination. Mais que nenni, ils sont coriaces les p’tits Frenchies, ils ont trouvé un super spot de camping et ils veulent y rester. Il ne va quand même pas nous égorger celui-là ! Alors nous insistons, puis nous jouons notre joker, l’appel à un ami, un jeune iranien francophone rencontré dans le bled précédent. Nous comptons sur lui pour nous aider à traduire la conversation. Mais voilà qu’il s’en mêle en nous suppliant de revenir à la ville pour dormir chez lui plutôt que dans la campagne ou le danger rôde. Ben voyons, c’est connu, les loubards adorent se promener dans la campagne pendant la nuit ! Mais rien à faire, voilà notre ami qui rapplique en taxi. Meshgin Shahr, ancienne forteresse, avec Soheyl et son amiC’est un complot ou quoi ? Nouvelle proposition : venir camper dans le parc public, sous la surveillance des policiers, nous seront en sécurité. Quelle charmante idée ! Merci bien, mais les parcs publics on a testé, ça sent mauvais, c’est bruyant et pour se faire un brin de toilette, c’est pas vraiment le coin tranquille. Alors on reste là et puis c’est tout. On risque quoi ? A la sortie de Meshgin Shahe dans des prairies TRES dangereuses ... on a le gout du risque, nous !De se faire réveiller par une brebis égarée ? Après une demi-heure de palabres, nous parvenons à gagner notre ticket pour la nuit en échange de la promesse d’un coup de fil rassurant le lendemain. Tout le monde plie bagage, et nous pouvons enfin nous consacrer à notre bivouac de rêve. Jusqu’au lendemain, nous avons eu beau chercher, nous n’avons pas trouvé les dangereux malfaiteurs qui devaient nous faire la peau. Ah l’hospitalité je vous jure ma p’tite dame, y a des jours où on se la mettrait bien dans la poche.

Que penser du gugusse qui nous a réveillé en pleine nuit, m’obligeant à me retrouver en tenue d’Adam devant son fusil de chasse dans une main et une assiette de pastèque juteuse dans l’autre. Que son sourire et ses excuses répétées ont vite rabattu mon clapet de râleur !

DSC_0570-1Loshan, sur la route entre Qazvin et Rasht

Incroyable, cet Iran est un pays hors du commun, bourré de contradictions mais dont le peuple, en premier lieu, en fait peut-être le pays le plus extraordinaire pour un touriste, quel qu’il soit. Nous étions impatients de goûter à l’hospitalité perse et ce fut une expérience au-delà de ce que nous pouvions imaginer, dépassant parfois ce que nous pouvions accepter, notre besoin d’intimité finissant par reprendre le dessus. Ce fut une énorme bouffée de générosité ; lors de ces rencontres, chacun d’entre eux se fit un devoir de se plier en quatre pour nous accueillir … en “bon iranien”.

Au coeur du chiisme

4 mai. Iran. La nuit va bientôt tomber. Nous sommes en Iran depuis quatre jours, quatre jours dans un paysage de plaines arides. Nous venons d’arriver dans le saint des saints, le principal lieu de pèlerinage du chiisme, l’une des deux branches de l’Islam. C’est dans un petit village que l’Imam Reza, un des personnages majeurs de ce courant religieux, fut assassiné pour devenir martyr et faire du même coup de ce petit village une énorme ville organisée autour du sanctuaire renfermant le tombeau de l’imam révéré : Mashhad.

Mausolée de l'Imam Reza avec Tayyebe et Saeed, tchador obligatoireNous nous engouffrons dans l’immense parking sous-terrain du mausolée. Ce qui se passe au dessus de nos têtes reste encore mystérieux. Avant de mettre le pied sur l’escalator qui nous mènera dans ce lieu de pèlerinage, nous revêtons les tenues exigées : Etienne se contente de cacher ses jambes, pour ma part, me voici “déguisée” en fantôme noir parmi tant d’autres. Nous passons à la fouille (pas d’appareil photo, pas d’explosif, pas de terroriste), puis nous débouchons sur une large place entourée par une succession d’arches décorées de mosaïques en céramique et de miroirs ; au-dessus, un imposant dôme brille de mille feux dorés.

Dôme surmontant le mausoléeAujourd’hui c’est la fête commémorative de Fatima, la sœur du Prophète. Les fidèles arrivent des quatre horizons de l’islam, le lieu revêt une importance particulière pour les Chiites (adorateurs de l’Imam Ali, gendre du Prophète) sans être délaissés par les Sunnites (qui révèrent Abou-Bakr, cousin du Prophète). Nous nous mêlons à la masse, guidés par Saeed et sa femme Tayeb. Des groupes de prières se sont formés, et l’appel du muezzin raisonne du haut des minarets qui nous entourent. Nous pouvons palper la ferveur qui s’exprime en chaque endroit du site.

Cours Azadi, entrée du sanctuaireLe flot des pèlerins se dirige vers le sanctuaire au centre du mausolée, nous aspirant dans un dédale de salles et de cours. Les salles sont immenses, chaque parcelle est décorée, des mosaïques, des marqueteries, et des milliards de miroirs étincellent. A l’extérieur, toutes les décorations sont finement sculptées puis recouvertes d’or. Devant la magistrale porte ouvrant l’accès au tombeau de l’Imam Reza, nous devons nous scinder, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, pas de mélange au moment d’approcher du tombeau.

Dans le saint des saints, ça s'agite, au fond le tombeauPuis nous pénétrons dans l’édifice principal. Tout est disproportionné, les fidèles trop nombreux tentent difficilement de progresser vers le tombeau. C’est un peu la bousculade, et tout le monde est logé à la même enseigne : les enfants et les vieilles femmes se font bousculer par le flot trop dense. Nous approchons du cœur du mausolée, le tombeau de l’Imam magnifiquement décoré, à l’instar de la salle qui l’entoure. C’est la cohue, chacun tente à tout prix de toucher ou de baiser la grille qui protège le tombeau, ne serait-ce qu’en l’effleurant de sa main, ou par l’intermédiaire de son enfant porté à bout de bras ; à se demander si l’on va en ressortir indemne. Je suis moi-même saisie par l’émotion qui submerge les femmes qui m’entourent. De nombreux fidèles gémissent, les larmes roulent sur les visages, les mains jointes viennent embrasser les visages.

Tayyebe et SaeedChacun à sa raison pour venir se prosterner sur le lieu où l’imam disparut plus de mille ans auparavant. Demander le pardon pour des fautes commises, demander la bénédiction, la chance pour une union ou une naissance, accomplir son chemin de croyant ou peut-être participer aux pleurs de cette foule en quasi-folle. Qu’on soit musulman ou non, difficile de ne pas être bouleversé tant par la beauté des lieux, que par la ferveur quasi délirante des fidèles. Nous restons abasourdis par la grandeur qui s’exhale d’un monument pareil, incrédules devant ce que l’homme, animé par la foi, est capable de bâtir.

On voit tous les tapis et c'est beau, isn't it ?Dehors, la nuit est tombée, et les spots d’éclairage rendent le lieu encore plus féérique. La cours qui s’ouvre devant nous est magnifique, entièrement recouverte de tapis sur lesquels les hommes d’un coté et les femmes de l’autre s’installent pour la prière du soir. En peu de temps la place est comble. A l'heure de la prièreAu rythme de la prière qui retentit, 3000 à 4000 personnes s’inclinent et s’agenouillent sous nos yeux. Nous restons là, tentant de nous imprégner de cette ambiance si particulière et éloignée de notre quotidien. A travers nos esprits non-croyants, nous ne mesurons certainement qu’une mince part de ces moments, mais il n’en resteront pas moins fort en émotion.

Nous ne pouvons retenir une interrogation : comment peut-on croire que bâtir de tels chefs d’œuvres ouvre les portes d’un paradis ou d’une vie meilleure après la mort, tandis que les sacrifices consentis pour la religion se font au détriment de nombreux besoins élémentaires ? Il reste certain que les dieux auront au moins poussé l’homme à édifier, siècles après siècles, des joyaux dont la beauté dépasse l’imagination. Et ceci, nous en profitons avec ravissement !Inspiration divine ?

Melting-pot givré

Un mélange saisissant.

26 février. Urümqi, Urumchi, Wulumuchi, Wulumuqi, Wushi ou comme il vous plaira. Nous descendons du train en provenance de Chengdu, avec, dans nos bagages, tout un univers : les faciès ronds au yeux bridés, pour chapeaux, des casquettes communistes, une langue omniprésente et inaccessible aux idéogrammes indéchiffrables, les temples multicolores, les toits de tuiles, un monde de discipline, de compétition, une cuisine faite de nouilles, de soupes, de riz, une religion omniprésente le bouddhisme, un culte de Mao encore bien présent …

Vue sur UrümqiL’énorme pas de géant accompli grâce au train nous propulse aux confins de cet univers dans une ville devenant le creuset d’un melting-pot fascinant. Urumqi est la capitale d’une immense province, la plus grande par la taille, la plus occidentale du pays, essentiellement un immense désert traversé par les Routes de la Soie : le Xinjiang, la “Nouvelle Frontière”. Ancienne cité-étape de ces routes, Urumqi se trouve enlisée entre des zones désertiques impitoyables, torrides Toute la ville est gelée, des agents armés de pelles un peu partoutl’été comme la dépression de Turpan où le thermomètre peu monter à presque 50°C et glaciales l’hiver comme les Tian Shan, massif où le thermomètre descend allégrement sous les -50°C. Urumqi possède d’ailleurs une particularité géographique assez remarquable. Elle est la ville la plus … réponse plus bas.

By night, ambiance givréeAmateurs que nous sommes, nous y débarquons saisis par un froid sibérien, légèrement habillés, comme nous l’étions au départ. Mais ce sont aussi des odeurs de brochettes de mouton qui nous accueillent et cela résonne comme un son nouveau. En quelques jours nous nous ouvrons à une autre culture. Loin des idées reçues, cette une ville, dont le nom signifie “pâturage idyllique”, est d’une modernité étonnante.  La ruée vers l’or noir en a fait une citée en plein essor, Urümqi, parc publiclargement développée, peuplée de buildings et largement colonisée par les populations de la chine orientale. Mais nous ne sommes pas loin du grand frère russe et le plan de la ville en porte l’empreinte : de larges avenues encadrées de buildings staliniens, une architecture moscovite, des parcs publics où l’ont peut s’adonner aux joies du patinage sur les lacs gelés.

Pourtant elle reste la capitale du Xinjiang, terre des Ouïgours, dont la langue fait le mélange du turc, du russe, du mongol, du chinois, En Français, en Ouigour ou en Chinois ?du kirghiz, de l’ouzbek, de l’ourdou, et de l’arabe. Après avoir été écrite dans l’alphabet latin, elle se calligraphie maintenant avec l’alphabet arabe. On compte en turc ou presque, Bière se dit Pive comme en bulgare, Bonjour se dit “Asalamu aleykum”… Nous tendons l’oreille et les paroles se font plus gutturales,Les pains ouigours, au sésame, aux oigons, ou aux graines de pavos rocailleuses. Sur les enseignes apparaissent alphabets arabes, cyrilliques, idéogrammes chinois. Carrefour, notre enseigne nationale, en est témoin. Les faciès sont multiples, turques, russes, persans ; des visages cuivrés, des yeux ouverts, la moustache est de retour en même temps que des voiles, des toques, des chapkas, des calots musulmans ; dans les rues, les devantures chinoises garnies de baozi alternentLe pulao (riz pilaf), spécialité ouïgoure avec les étals des boulangers ouïgours débordant de pains ronds au cumin ; le mouton est cuisiné à toutes les sauces, garni de riz pilaf ; sur les trottoirs, dans un froid de canard (ou de mouton), les étalages captivent avec leurs dizaines de variétés de raisins secs de noix, des dates, des figues séchées, des pistaches par monceaux ; des minarets apparaissent derrière les tours.

Le pain et son dévoreurUne bonne partie de la population d'Urümqi est OuigourMarrons chauds, maïs, ou patates chaudes... de quoi se réchauffer les papilles par -15°

Loin de nous l’idée de rejeter ce que nous avons vécu peu de temps avant en Chine, au contraire, ce mélange est plein de saveurs, nous offrant mille variations de visages, d’odeurs, de goûts, une multitude de couleurs allant d’une extrémité à l’autre de la palette asiatique et nous sommes plus que conquis par ce mélange. Quel amusement que de voir des couples chinois danser un genre de mazurka sur des vocalises orientales aux rythmes technoïdes. Quel plaisir de voir les inscriptions déclinées dans toutes ces écritures, se laisser saliver avant de choisir le type de cuisine désiré allant d’un boui-boui à l’autre.

A cet instant, tout un univers qui s’ouvre à nous. Nous regardons désormais vers l’ouest, en direction de notre Orient, des pays des Mille-et-une-nuits…

Ah oui, la devinette, on ne va pas vous laisser mariner jusqu’au prochain article ! Déjà que vous avez fait l’effort de lire celui-ci complètement. Et bien, Urumqi est l’endroit le plus continental qui soit, autrement dit, elle est la ville la plus éloignée d’un océan à 2250 km de ??? Et bien c’est la devinette suivante, à vos claviers ;)

Une autre ! Une autre !

Bon d’accord …

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… tentez de trouver le nom de ce chat qui nous a bien fait marrer dans une guesthouse d’Urümqi.

“Same, same, but different”

Impossible de quitter le Myanmar sans évoquer la religion. Nous voici au pays des stupas, des bouddhas, des temples et autre pagodas.

Bagan

Evidemment, un endroit rêvé pour les marchands de camelote, vendeurs de pacotille ou artistes de la place du Tertre. Le pays des fous de Bouddha, mais de doux dingues. Du genre à lui construire des monuments de toutes tailles, de partout et dans les lieux les plus insolites. Il y a deux types de construction :

  • Baganles temples massifs renfermant souvent quatre bouddhas observant les directions cardinales ;
  • les stupas simples flèches de briques en forme de cloche effilée ne se distinguant pas par l’aspect général ni la couleur mais offrant une variété infinie de profils, de décorations et de nuances. BaganBach serait jaloux devant tant de variations. C’est simple, en deux bonnes semaines, nous avons du avaler plusieurs dizaines de milliers de stupas différents et bien sûr, pas deux pareils. Limite indigeste. 

DSC_0065Nous avons commencé par du lourd, sans jeu de mot : Kyatkhio, le rocher d’or. Pas un monstre le caillou ! Il étonne plutôt par sa situation en équilibre sur un soubassement, à la limite de la dégringolade, le tout perché au sommet d’une large montagne dominant les environs jusqu’à perte de vue. Certains disent même qu’il serait en lévitation, mouais, on est allé voir de près, on a des doutes ! Le site en lui-même est superbe offrant la vue sur le golfe du Bengale. La pavasse, elle, est recouverte d’une épaisse couche dorée qui le rend visible de très loin et d’une pile de rondelles très effilée, un stupa quoi.    Cessons de blasphémer. Ceci n’a rien d’inoubliable, heureusement que la vue compense. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’ambiance qui se dégage du lieu, une des principales destinations de pèlerinage pour les bouddhistes du pays. DSC00442 Du coup tout est aménagé pour : – un sentier de 11km qui donne accès au site, mais la plupart des pèlerins préfèrent se tasser dans les pick-up grimpant par la route en une petite heure. Bouddha mérite des efforts mais pas n’importe lesquels, s’esquinter le croupion sur une banquette en bois sera bien assez pour lui. – Quantité de magasins, d’oratoires, de temples tapissent l’échine de la montagne. tout ce qui peut s’offrir à Bouddha se vend, on n’est jamais trop dévot. Mais pas seulement, le best-seller ici c’est la mitraillette en bambou et pas du 9 mm, non du gros calibre, plutôt 45. Ca va dérouiller sévère bande de petits jocrisses ! – DSC_0053Le clou, pour nous, reste l’arrivée au Kyatkhio. L’esplanade sous le rocher est quasi-déserte, incroyable ! Pourtant il y en a du monde là-haut, mais chacun fait ses emplettes, contente ses appétits pendant que, peinards, nous pouvons faire les andouilles au pied du rocher. Ca commence fort !

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Etape suivante dans le mysticisme, Bago. Là, on expédie, on fait dans le Bouddha-stage. Le plus grand stupa du Myanmar et même du monde, DSC00495allez hop c’est toujours ça de pris, le plus long bouddha couché de .. le plus long quoi (ne le dites pas trop fort, y en a un plus long, pas très loin d’ici), puis le jardin de bouddhas, la plus grande concentration de bouddhas assis, mouais pas très convaincant. DSC00517Tout cela en mobylette, clic-clac, c’est dans la boîte. A nos yeux, le plus stupéfiant est la visite du monastère de Bago où plus de 700 moines vivent en permanence (le deuxième plus grand … blabla). L’un d’eux, nous invite à assister à l’étude. Des centaines de jeunes moines accroupis dans une grande salle, en train de psalmodier sous la surveillance étroite de … Bouddha ! Assez spectaculaire.

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Au hasard de nos pérégrinations, nous croisons encore nombre de temples, monastères, stupas – on notera, au passage, le record de la plus grosse pile de briques du monde pour le stupa inachevé de Mingun. On cesse de prier une seconde et on applaudit des deux mains.

DSC_0105-1La dernière étape, le must, se trouve à Bagan, stupaland. Une large plaine déforestée au bord de l’Ayeyarwady où se concentrent plus de 4000 pagodas (bâtiment religieux, essentiellement des stupas). La forêt a vraisemblablement disparu du fait de la quantité de bois nécessaire pour alimenter les fours à briques. C’est que les stupas, ça ne pousse pas tout seul ! L’endroit est spectaculaire surtout au coucher du soleil … paraît-il … car sur les trois jours passés sur place, BaganBuddha ne nous accordera pas une fois sa clémence. Nuages et pluies quasi tout le temps, mais comme nous pouvons louer des vélos, nous nous en foutons, nous sommes heureux, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il nei… Hého! Ça ne va pas? nous ne sommes pas en Europe ! Non mais… A vélo sur les pistes à la terre ocre, les visites deviennent un vrai jeu : trouver les plus belles peintures, la pagode la plus haute, la  plus ancienne, celle offrant la plus meilleure vue.  Bagan, "Same same but different "   Nous nous amusons aussi avec les vendeurs de pacotille : “c’est joli, c’est pas cher, c’est moi qui l’ai fait !”. C’est surtout invraisemblable la quantité de trucs potentiellement vendables aux touristes. Evidemment d’une pagode à l’autre les vendeurs ont tous les mêmes articles à vendre, à un détail près : “Same, same, but différent !” Nous voyons bien que ce sont les mêmes qui ont bâti les stupas! Nous passons de belles journées dans ce site exceptionnel où nous grimpons sur des dizaines de ces monuments de briques, sans oublier, à chaque fois, d’ôter nos claquettes. BaganRespect Buddha! Tes fanatiques sont capables de grandes choses et nous en ont mis plein la vue!

Quelques jours plus tard, nous quittons le Myanmar avec l’image du Schwedagon, l’immense stupa de Yangon, recouvert d’or et d’un nombre invraisemblable de joyaux. Mais avec l’idée que ces dépenses démesurées, en l’honneur du vénérable feraient un peu de bien si elles était en partie consacrées à la santé et l’éducation des Birmans. Ce peuple adorable mériterait sans doute un peu du soin qu’il accorde à ce cher Bouddha.

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Bali, grimpettes entre temples et rizières

Du 20 au 23 octobre. L’arrivée à Bali est pour nous synonyme de retour au voyage à vélo. DSC02169Nous grimpons avec bonheur sur les bicyclettes avec en prime une quarantaine de kilomètres d’asphalte neuve et quasi-plate. Le changement est radical, nous récoltons d’emblée des centaines de sourires et de “Hello Mister”. Vive le vélo ! En même temps, nous sommes plongés dans l’ambiance hindouiste de Bali par la profusion des temples qui bordent les routes. Dans chaque village un temple majeur, dans chaque maison un temple familial. DSC_0028Nous ne savons plus où donner des yeux. Ici, à gauche ! Là, sur la droite ! La tentation est grande de s’arrêter à chaque occasion pour prendre quelques photos, mais résistons ce ne serait pas raisonnable;)

Cependant, en quelques jours nous allons expérimenter les difficultés d’être cycliste sur une île volcanique et équatoriale. Le troisième jour sur place, nous traversons l’île du nord au sud en passant par Munduk et le lac Bratan situé à 1350 m d’altitude et point culminant de la journée. Sur le papier, rien d’insurmontable, 40 km et 1500m de dénivelées, nous avons déjà testé dans les Dolomites, ça doit passer. C’est sans compter sur la médiocrité de la carte combinée à un tracé des routes, disons, assez direct ! DSC_0095Comme dirait l’un de nos anciens gouvernants, “la route est droite, mais la pente est forte !” Ahh ça, on peut dire qu’elle est forte. Nous enchaînons les montées à 15% voire plus pendant cinq heures, le tout, sous une chaleur écrasante. Un effort infernal, en plein cagnard. L’épreuve est si rude que nous craquons tous les 500 mètres, engloutissons les litres d’eau avant de nous faire violence pour remonter sur les machines. Au milieu de l’ascension, un petit panneau sur la gauche de la route joue les sirènes : “Z Waterfall, 500m”. DSC02301Sans l’ombre d’une hésitation, nous reposons les organismes pendant deux heures, petite balade dans l’ombre et la fraîcheur des girofliers, des cacaoyers, des caféiers, des macadamiers … Qu’il est dur de renfourcher nos montures après cela ! Malgré tout, nous venons à bout du supplice, juste à temps pour voir les lacs … dans la brume et se faire saucer abondamment. Revoilà notre amie la mousson désormais rituelle, pour confirmer le côté équatorial de la balade. Nous pensions y échapper sur Bali, mais nous allons devoir l’intégrer dans notre programme. Heureusement le phénomène est assez régulier, ce qui permet de s’organiser, enfin en théorie.DSC02305Mais rassurez-vous, nous avons trouvé la parade. DSC_0289Si vous vous retrouvez coincés à la nuit tombante sous une pluie diluvienne, ne vous affolez pas, rejoignez le poste de police le plus proche. Ces chers fonctionnaires étant relativement peu occupés, ils vous accueilleront volontiers pour une petite nuit en cellule. Il s’agit bien sûr de ne pas être trop regardant sur la propreté des lieux.

Du 24 au 26 octobre. Le sud de Bali est une région très prospère, dotée d’une nature particulièrement généreuse. Il y a tellement d’eau qui coule des montagnes que tout pousse avec facilité, ce qui laisse aux Balinais beaucoup de temps pour se consacrer à la religion et à la fête. Nous pouvons donc visiter des temples magnifiques et croiser, tous les jours, des cérémonies traditionnelles, occasions pour les locaux de célébrer leurs divinités ou leurs ancêtres par des quantités monumentales d’offrandes (fruits, fleurs, poissons, viandes…).

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Chaque événement est un prétexte pour faire la fête, se réunir, danser, jouer de la musique et partager le repas ensemble. Invités à l’un de ces repas, nous assistons au sacrifice d’un cochon, une première pour chacun de nous deux. Image poignante ! L’île parait vivre dans un carnaval permanent, festival de couleurs, d’odeurs et de musiques.

Notre dernière escapade se déroule autour du mont Batur, où l’on retrouve la configuration du Bromo, volcan dans le volcan.DSC02471 Notre scooter nous emmène autour de ce cône sombre, dans une végétation luxuriante, où nous nous égarons dans de petits villages isolés du tourisme qui fait rage dans la majeure partie de Bali. Et ce n’est pas dommage ! Nous redescendons à travers les rizières qui recouvrent les pentes de tous les volcans de l’île. Imaginez des travailleurs coiffés de chapeaux chinois, de l’eau jusqu’au genoux et le dos courbé sur les plants de riz. Et bien, tout pareil. De vraies cartes postales !

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Impossible d’omettre un petit clin d’œil aux premiers copains que nous retrouvons depuis notre arrivée en Asie et cela complètement par hasard ! DSC_0742Dans un spectacle de Legong, danses traditionnelles à Ubud (genre de Katmandou local dévoyé par le tourisme), nous nous retrouvons assis juste à côté de Patricia et Aurélien, une bonne occasion pour aller boire un verre ensemble. Grosses bises les vacanciers.

Après une semaine passée dans ce kaléidoscope, nous fuyons l’agitation incessante de Bali pour sa paisible voisine, Lombok.

Istanbul, le souffle de l’Histoire

Impossible de passer par Istanbul sans parler des innombrables sites historiques à visiter. C’est l’article fastidieux de la semaine, alors gare aux superlatifs, courage, on va tacher de faire court.

istanbul.03Ville traversée par l’histoire, d’abord Byzance sous la coupe romaine, devenue Constantinople capitale de l’empire, qui a laissé de nombreux vestiges : églises, palais, citerne… dont nombre d’entre eux sont encore ensevelis dans les fondations de la ville moderne, enfin Istanbul faite capitale de l’empire Ottoman dès sa conquête par Mehmet II en 1453 (chute de Constantinople).

Cette ville restée cosmopolite tout au long de son histoire, révèle d’emblée sa facette musulmane, de part les mosquées peuplant chacun de ses quartiers. DSC_0390 A Istanbul, les minarets se comptent par milliers. On ne peut pas manquer ceux de la mosquée Süleymaniye, la plus grande de la ville, bâtie par Soliman le Magnifique avec l’aide de Mimar Sinan, le plus glorieux des architectes du monde musulman. Sous leur ère, la cité s’enrichit de bâtiments et de monuments comme jamais.

Les joyaux architecturaux se concentrent dans Sultanahmet, rive sud de la Corne d’Or. Nous nous limiterons à évoquer ceux qui furent pour nous les trois coups de cœur.

Jeudi 30 septembre. Le premier d’entre eux est le palais de Topkapı (“ı” se prononce “eu”) et son merveilleux harem qui n’ont absolument rien à envier au château de Versailles. DSC_0279 Demeure des Sultans dès sa fondation en 1453 et pendant près de quatre cents ans, ce palais des monarques ottomans se compose d’un ensemble de pavillons à la décoration extrêmement raffinée, et dispersés dans des cours arborées séparées par de larges murailles. Les ornements de chacun d’entre eux sont de vrais chefs d’œuvre. Le plus spectaculaire reste la visite de l’ensembles bâtiments constituant le harem. Voilà déjà votre imagination galopante qui fantasme sur la débauche à laquelle les Sultans étaient supposés s’adonner dans ces lieux entourés de mystère. Que nenni ! Bon, nous aussi on croyait, mais nous avons vite été détrompés par le guide et l’atmosphère des lieux. Le terme de harem, qui signifie “privé”, désigne plus simplement les appartements de la famille impériale. On peut dire que tous ces “braves” gens n’ont pas choisi leur papier peint chez Casto pour décorer leurs chambres.

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Rapidement, nous nous perdons dans un dédale de pièces où nous trouvons des marqueteries, des mosaïques sublimes et, partout sur les murs, des céramiques colorées dont la finesse des motifs n’a d’égale que leur diversité. DSC_0223Et c’est beau ! Bon allez on s’casse ! Sans oublier de prendre plusieurs centaines de photos et de décortiquer les moindres détails. Finalement, la demi-journée passée au milieu de ces trésors n’est pas suffisante et nous nous verrions bien louer un petit deux pièces pour terminer la semaine dans la demeure des dieux. Mais c’est un peu au-dessus de nos moyens. Il n’y a guère que les mille-et-un délices des restaurateurs stambouliotes pour nous chasser des lieux.DSC_0003

DSC_0542-1Samedi 2 octobre. Aujourd’hui ça va envoyer du gros ! Retour à Sultanahmet, jour de fréquentation maximale pour visiter les deux monuments d’Istanbul (hormis Topkapı) les plus prisés par les touristes : Sultanahmet camii, la mosquée bleue et l’église Sainte-Sophie.  La première est encore un lieu de culte, mais elle est largement polluée par les milliers de touristes et les guides vociférant qui s’y entassent. Mais nous sommes bien contents d’en profiter nous aussi. Nous découvrons une coupole immense soutenue par quatre énormes piliers en forme de pattes d’éléphant. Là encore, des trésors d’ornements sur chaque centimètre carré, DSC_0755illuminés par les 260 fenêtres qui en percent les murs. Spectaculaire. Cependant, nous sommes d’avantage subjugués au moment de nous avancer sous la coupole grandiose d’Aya Sofia, Sainte-Sophie. Tels Justinien, découvrant la nef de la basilique qu’il fit réaliser il y a près de mille cinq cents ans, nous restons bouche bée devant la beauté de cette audacieuse construction. L’architecture de la coupole est d’une légèreté stupéfiante lorsqu’on réalise les dimensions extravagantes de l’édifice.

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D’abord basilique pendant près d’un millénaire, puis convertie lors de la conquête ottomane, elle fut finalement transformée en musée par Atatürk afin de financer sa restauration. DSC_0677De grandes fresques jaunes encore en réfection tapissent les murs de la basilique. Sur les montants, on peut voir huit larges médaillons du XIXème siècle renfermant les noms du prophète et des premiers califes, calligraphiés en lettres d’or, tandis que la coupole offre au regard une vaste mosaïque d’un Christ pancrator. Mélange des genres, destin de la plupart des églises érigées avant l’islamisation d’Istanbul. Nous quittons ce joyau d’architecture à reculons, pour ne pas perdre une miette des visions d’extases qu’il nous inspire.DSC_0548-1

DSC_0870 Dimanche 3 octobre. Notre troisième coup de cœur est provoqué par la visite de l’église du Christ de Chora. D’architecture relativement simple, c’est sans aucun doute le bâtiment dont la décoration intérieure est la plus magistrale. Commandée au XIVème siècle par Métochite, elle compte parmi les plus belles fresques et mosaïques du monde. Rien que ça ! Et c’est pas nous qui l’dit !

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Comme dans la plupart des églises byzantines transformées en mosquées, un grand nombre de visages a été effacé, obligation de l’Islam de ne pas vénérer des images d’êtres immortels (information à confirmer). Mais une grande partie des mosaïques dorées sont encore en très bon état. Nous nous échappons des étoiles plein les yeux.

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Suite à ce triptyque, il convient de parler de la citerne-basilique, gigantesque réservoir souterrain alimenté par l’important réseau d’aqueducs qui émaillait la ville du temps de la splendeur byzantine.

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Après avoir été bouchée durant plusieurs siècles, elle est aujourd’hui mise à jour pour le plaisir des badauds qui peuvent y déambuler entre des centaines de colonnes. DSC01303S’ajoutent à cela les palais néo-classiques tape-à-l’oeil des derniers sultans, mais presque grossiers en regard de la finesse d’ouvrage des monuments précédents. Sans oublier de nombreuses mosquées dont la faible fréquentation en fait des havres de paix sans pour autant renoncer au qualités artistiques de leurs illustres voisines.

Trop de beauté, il était temps d’y mettre un terme, comme à cet article, vous ne trouvez pas ? Pour de vrai, nous quittons Istanbul à regret et nous sentons que la ville nous rappelle déjà. Un grand merci à Amaury qui nous aura accompagné dans ces découvertes mémorables.DSC01758

Les Rhodopes, à la croisée des rencontres

DSC_0025-2Du 19 au 26 septembre. Nous voici repartis sur nos montures favorites, bien décidés à pédaler ferme, pour cette dernière semaine en Bulgarie. Celle-ci, nous allons la passer dans les Rhodopes, massif montagneux situé au sud de Rila, peuplé de lacs et parsemé de petits villages et dont les altitudes varient entre 600m en fond de vallée et presque 3000m au point culminant. Cette semaine va se montrer fertile en rencontres.

Dès le passage à Razlog, nous ressentons un changement d’atmosphère. Le pays est toujours aussi vert et gorgé d’eau – nous trouvons des fontaines à tous les carrefours -, mais nous voyons beaucoup de personnes travailler aux champs, femmes et hommes, avec des méthodes manuelles (fauchage, charrue, ramassage…). En Bulgarie les inégalités entre populations rurales et urbaines sont criantes. D’autre part, les clochers ont fait place a des minarets. De ce côté, l’explication est évidente et nous sera confirmée par Emile à Dospat, nous venons d’entrer en terre d’Islam. Dans cette région, la religion du Coran est pratiquée par la grande majorité des habitants.

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Cependant, la frontière n’est pas si nette qu’elle nous est apparue, dans de nombreux villages, se trouve une mosquée ainsi qu’une église. D’après tous les Bulgares avec qui nous pouvons en discuter, la religion ne pose pas de problèmes et n’est pas un instrument pour séparer les populations. On est avant tout Bulgare. De même, il existe quelques villages habités par une grande majorité de Turc, mais la cohabitation avec les Bulgares se fait naturellement. Cette situation est ancienne et ceci explique peut-être cela.

20 septembre. Après quelques journées à pédaler en franchissant de modestes cols pour reposer la mécanique, enfin nos jambes quoi (voir l’article Pédalage en stand by), nous arrivons à Velingrad, ville thermale, où nous sommes alpagués par un sympathique habitant du nom de Vasco, lui-même cyclotouriste de son état. Celui-ci s’occupe d’une organisation ayant en charge la protection d’un site naturel situé sur notre route. Cela tombe à merveille, Vasco nous recommande auprès des ses amis qui sont sur place.

Du 21 au 23 septembre. Nous voilà embarqués en direction de Tchateuma, petit groupe de maisons forestières sur la rive du lac Golyam Beglik.

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DSC_0094-1Nous sommes accueillis sur place par un groupe de jeunes baba-cool qui cohabitent de loin avec quelques bûcherons, mélange parfois surprenant. Mais leur hospitalité est sans pareil, nous sommes immédiatement mis à l’aise par de grandes platrées de frites maisons ainsi que de grandes rasades de bière. Ils nous offrent un lit pour la nuit, il ne nous en faut pas plus pour nous sentir à la maison et nous décidons derechef de modifier notre itinéraire futur pour passer un peu de temps dans ce petit coin de paradis. D’autant que leur petite cahute qui sert de cuisine est très conviviale.

DSC_0050-2 A l’extérieur

DSC01041A l’intérieur

Au matin, nous sommes réveillés avec délice par les rayons du soleil qui commencent à lécher la surface du lac et le bout de nos duvets.

DSC_0059 Vue de la maison

DSC_0082 Vue depuis la maison

DSC01053Au programme de la journée, restez ici, mais surement pas ne rien faire. Le contrat est établi: nous décidons de leur filer un coup de main, ils nous nourrissent. Le travail ne manque pas, il y en a pour tous les goûts. On commence par l’équipement: une laaarge blouse, des gants, un pulvérisateur dans une main, et le pinceau dans l’autre, Etienne est prêt pour peindre les cabanes au fond du jardin. La douche et les WC(qui servent déjà… sympa). DSC01054Un coin, une masse, et une hachette, Manon s’attaque de son coté à la fente de buches, sous le regard d’abord moqueur puis surpris d’Alexander.

En attendant, notre hôte nous prépare une bonne soupe lentilles/patates et sa petite sauce poivron/ail qui va bien caler nos estomacs. En temps normal, il s’en suivrait une petite sieste. Mais le temps et les bons moments passent trop vite, alors le repos sera pour plus tard.

Nous enfilons chacun un gilet de sauvetage, puis nous embarquons tous les trois sur un magnifique canoë. Nous voilà partis au grés des vaguelettes du lac pour une petite heure de balade. Nous sommes entourés de forêts de sapin à perte de vue. DSC_0096La saison estivale est terminée et les berges du lac sont désertes. Seul un pêcheur immobile attend patiemment, ainsi que quelques cormorans qui survolent le lac. De retour à la “maison”, nous enchaînons avec un petit parcours d’accro-branche installé à proximité… juste au dessus de la niche du gros chien fou de nos amis! Les installations nous interrogent sur leur fiabilité, mais le parcourt a l’air sympa et nous décidons d’en profiter avec un petit nœud au ventre. Il n’est pas très tard mais le soleil n’est plus bien chaud, et surtout l’eau de la chauffée durant la journée ne pas pas nous attendre bien longtemps.

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Le soir, Alexander, notre compagnon d’aventures du moment, nous mitonne une soupe roborative, de quoi se sentir au chaud pour la soirée en admirant les magnifiques lumières du soleil couchant. DSC_0069-1Les discussions sont très chaleureuses malgré quelques difficultés à se comprendre. Alexander a un anglais très gestuel mais, heureusement, sa bonhomie communicative lui permet de transmettre ses sentiments sans détour.

Le lendemain, la mise en route est relativement longue ; une fois de plus, il est difficile de quitter un endroit où nous nous sommes sentis autant à notre aise. De plus, nous devons déplorer la première crevaison du voyage, gageons que ce soit la dernière. DSC01115Nous reprenons la route sur un chemin plus que chaotique, suivi d’une route à l’image du réseau bulgare. De grandes sections roulantes qui alternent avec des zones au bitume craquelé et parsemé de larges bassines comme autant de pièges à contourner. A Dospat, nous retrouvons Emile (merci les motards), bulgare musulman ayant à son arc nombre de langues européennes, et avec qui nous évoquons les relations entre les différentes composantes de la population bulgare. D’après lui, comme d’après tous les Bulgares que nous rencontrons, la situation est très apaisée et tout le monde semble cohabiter dans la paix. Une longue histoire de mélange qui permet de gommer les tensions sans effacer les différences.

DSC_0030-3Du 24 au 27 septembre. La dernière partie du périple nous conduit à travers des montagnes calcaires au reliefs modérés. Nous y croisons la route de quelques jeunes écoliers avant de découvrir les grottes de Yagodina et de Trigrad, spectaculaires pars leurs formations séculaires et leurs dimensions. Puis nous entamons une grande descente en direction de Plovdiv, la deuxième ville du pays. Au détour d’un virage, nous faisons une halte au monastère de Bogorodichno où nous faisons une rencontre des plus touchantes. Dans ce lieu, au calme typique des lieux de cultes, vit le Père Antim. Celui-ci est habitué à recevoir la visite de nombreux amis de passage et semble réputé pour son ouverture et son humanisme. A peine entrés, il nous suggère avec insistance de rester avec ses amis pour partager le repas. Difficile de refuser, il est tout juste midi et nous venons de pédaler durant un bon moment, mais surtout, son visage affable et accueillant élimine les doutes subsistants quant au chemin qu’il nous reste à parcourir (nous devons prendre le train le lendemain à Plovdiv). Nous nous attablons donc avec un plaisir non dissimulé pour engloutir, après le bénédicité rituel, quelques kebapche (saucisses de viandes hachées mélangées) accompagnées d’olives et de tomates désormais habituelles ainsi que de grandes gorgées de rakia fait maison, apéritif traditionnel assez costaud à base de raisin. Nous sommes vite calés, mais ce n’est qu’un début. Les plats arrivent sur la table lentement mais avec une régularité à toute épreuve. Pèle-mêle, ce sont du poissons grillé, des fruits, des piments, de la friture… et un nombre considérable de bouteilles de vin qui s’enchaînent. Notre hôte semble vouloir saluer la présence de Français à sa table en égrenant les cépages bulgares comme les perles d’un chapelet. DSC_0081-2Evidemment, il est de notre devoir de faire honneur. Si bien qu’à 19h nous sommes toujours à table, grisés par la douceur de l’endroit et les nombreux toasts portés à la santé d’on ne sait qui, car nous trinquons à chaque visiteur arrivant à la table. En effet, Père Antim reçoit de nombreuses visites tout au long de la journée et chaque nouvel arrivant prend sa place autour de la table commune qui est, à présent, achalandée comme une boutique stambouliote. C’est à ce moment que nous rendons les armes, dans un état de douce euphorie. Mais hors de question de quitter les lieux, nous allons simplement prendre nos quartiers dans le monastère. Père Antim nous aménage une petite pièce où nous allons sombrer dans les bras de Morphée sans attendre.

Le lendemain, nous nous réveillons lorsque les premiers rayons de soleil éclairent le monastère. Nous sommes attendus par notre hôte à la table du petit déjeuner avec le lait de chèvre de la ferme et un petit café sympathique. DSC_0085 Cette fois, il n’y a plus personne pour traduire les paroles du Père ni les nôtres, mais la chaleur de son regard et la bonté qui émanent de cet homme nous touchent profondément. Au moment de le quitter, il nous dépose dans les bras une cargaison de paquets remplis de victuailles. Quelle générosité ! Nous avons passé avec lui une petite journée et nous voilà repartant comblés. C’est Noël avant l’heure ! Nous sommes rêveurs, sa chaleur est si communicative, lui qui mène une vie des plus simples. Son image et les moments passés auprès de lui resteront à coup sûr un viatique inestimable pour la suite de notre voyage.

DSC_0115 27 septembre. Plovdiv. Dernière escale bulgare avant de monter dans le train et de tirer encore plus à l’est. Nous passons un après-midi à flâner dans la vieille ville, à travers des ruelles encadrées d’anciennes maisons aux couleurs vives et tout en poussant nos attelages, comme des malheureux, sur de bons gros pavés mal jointés et clairement impraticables pour nous. DSC_0174En fin de soirée, nous voilà installés dans une couchette du Balkan Ekspress, ayant pour nouvelle destination cette grande cité si fertile pour l’imaginaire,

Istanbul.