Où sommes-nous

Nem-route de Van à Diyarbakır

Par Michèle et Jacques

Ascension du Nemrut Daǧi de TatvanDans le sud-est de la Turquie, au nord de l’ancienne Mésopotamie, deux sommets portent le même nom de Nemrut. L’un est un formidable volcan, le Nemrut Gölü, culminant à 2900 mètres, dont le cratère contient un grand lac bleu, Bouge pas on revientet un plus petit aux eaux vertes car sa température plus élevée à cause de sources d’eau chaude, favorise le développement d’algues; il est situé sur la rive ouest de l’immense lac de Van. L’autre, le Nemrut Daǧi, est dominé par un immense tumulus abritant le mausolée du roi Antiochos 1er, encore un mégalo. Quelle idée de faire installer des statues de plusieurs tonnes là-haut ! Hélas, suite à un tremblement de terre, ces statues ont perdu la tête.

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Apéro à notre premier lieu de camping, sur la terrasse d'un hôtelC’est dans cette région que nous avons retrouvé Manon et Etienne en pleine forme malgré une entrée un peu rocailleuse en Turquie (voir l’article Une drôle d’entrée en matière). Quelle ne fut pas notre surprise de les voir en sortant de l’aéroport de Van, alors que nous avions rendez-vous au centre ville ! Et quel plaisir de les revoir après de longs mois de séparation.

Première visite : l'église de la sainte Croix, Akdamar, île sur le lac de Van

Une semaine avec eux, ce n’est pas de tout repos !

Chez nos hôtes du village du Nemrut, on a l'air chouette non ?En arrivant sur un site à visiter, il faut d’abord trouver un endroit où laisser les bicyclettes et les sacs, mais pas d’hôtel, c’est contraire à l’éthique du voyage. Et comme il y a peu de campings organisés dans cette région, on demande dans une mosquée, ou on squatte chez l’habitant. Une exception à Diyarbakir où on ne trouvait rien, on dort à l’hôtel (même qu’il y a la clim !!).

Nos hôtes du village du Nemrut

Pour aller d’un site à l’autre, il faut arriver à rentrer ces fichus vélos dans les minibus. Trois places, rien que ça !Mais, bon, les Turques sont gentils et très bien organisés, au moins pour les voyages, et tout se passe pour le mieux. Le téléphone turque n’a rien a envier au téléphone arabe, il fonctionne, et quand on arrive à une correspondance, on a l’impression que tout le monde sait déjà où nous devons aller, et nous montre le minibus suivant.

Descente du Nemrut, vue sur le lac de VanEt puis, il fait chaud dans ce pays, même si on s’est pris une orage avec de la grêle en atteignant le sommet du Nemrut (le 1er). Pas de grasse matinée possible quand le soleil vient taper sur la toile de tente dès 6 heures du matin, sauf pour Etienne. Mais avec la quantité de glaces qu’il avale dans la journée, ça doit être un vrai frigo là-dedans !

Saveurs kurdes

Ceux qui sont allergiques aux tomates et concombres (turques !!) devront choisir une autre destination, puisqu’ils sont systématiquement servis en salade avec le plat de résistance. Impossible d’y échapper.

Un repas mémorable à MardinSauf si on se permet d’aller dans un restaurant « chic » (merci), comme au Cercis Murat Konaǧi de Mardin. Alors c’est une explosion de parfums. Menthe, épices, cannelle (ah !! la crème !!), caramel (ah !! la glace !!) houmous, et diverses viandes cuisinées et arrosées d’ayran (yaourt), le thé final accompagné d’une liqueur (sans alcool) mais délicatement parfumée à la cannelle . Pour clore le tout, le serveur, vêtu d’une tenue princière, Un repas mémorable à Mardinnous rince les mains à l’eau de rose. La perfection. Il faut aussi poser le cadre : une belle terrasse avec vue plongeante sur la Mésopotamie, une douce température, un ciel pur, le chant du muezzin, une musique orientale très douce et eux. Comment ne pas trouver la vie belle !!!

La "mer" de Mésopotamie

Vue sur la MésopotamieMardin, ville médiévale du sud de la Turquie (35 km de la frontière syrienne) est accrochée à la pente d’un piton rocheux et dominée par une citadelle non-visitable car propriété de l’armée turque. Depuis la terrasse du restaurant précédent, on découvre une plaine immense qui paraît sans fin : la Mésopotamie. Bazar de MardinCurieuse sensation, on a l’impression que c’est la mer qui est au pied de cette montagne. Pas un arbre, pas une ombre. C’est écrasant. Est-ce le contraste avec la ville où de nombreuses ruelles étroites, sombres, souvent avec des escaliers, qui montent vers la citadelle, perpendiculairement à la rue principale ?

La disparition d’Hasankeyf

La forteresse d’Hasankeyf a été construite sur la falaise qui borde le Tigre. Elle est maintenant en ruine, même si des gens y vivaient encore il n’y a que 50 ans. Mais ils ont dû déménager vers la nouvelle ville, sur la rive du Tigre. C’est un site extraordinaire, car l’accès à la citadelle se fait par des rues taillées dans la falaise qui abritait quantité de maisons troglodytes.
HasankeyfUn pont, lui aussi en ruine, permettait de traversé le Tigre. Son arche centrale, d’une portée de 40 m, pouvait être retirée en cas d’invasion. Mais dépêchez-vous d’y aller, car la construction du barrage d’Ilısu devrait noyer une partie de ce joyau. On l’annonce pour les prochaines années bien qu’il soit très controversé, tant localement, car il devrait déplacer 60000 personnes, qu’internationalement, car il contrôle l’eau du Tigre qui passe ensuite en Syrie et en Irak.

Diyarbakır

On révise avant d'entrer dans la mosquée ?Sentiment mitigé sur cette ville. Bien sûr, c’est une ville fortifiée au patrimoine riche avec ses remparts, ses mosquées, ses églises, ses caravansérails… la plupart avec des murs faits de bandes de pierres noires volcaniques, peintes de motifs blancs. Dans les rues de DiyarbakırMais, il y a aussi, comme souvent dans les villes en pleine expansion, beaucoup de pauvres. Est-ce normal qu’une fillette d’à peine cinq ans traîne dans les rues à 11 heures du soir pour vous vendre un paquet de mouchoirs ? C’est une pauvreté extrême qui se dégage de cette ville.

DSC_0516“Hello ! What is your name ? Where do you come from ? Money, Money.” N’avons nous pas entendu ces quelques mots un millier de fois dans la semaine !

Un peu d’émotion au moment de la séparation. Nous rentrons sur Diyarbakır pour prendre l’avion, ils remontent à vélo au Nemrut (le 2ème) pour continuer leur périple. Même le ciel est triste : nous nous prenons un orage carabiné sur la route. Mais plus que quelques semaines, et ils seront de nouveau avec nous.

Merci Manon et Etienne pour cette semaine inoubliable.

2011-05-28 Turquie

Sur un air de Java, un peu soufré

18 octobre. Coupons court à notre série noire de Yogya. Nous allons opter pour la solution de facilité avec le peu de temps qui nous reste à passer sur Java. A la sortie de la gare de Probolinggo, nous sommes attrapés par deux triporteurs. DSC_0071 Ils nous déposent devant la “tourist information”, rien d’autre qu’une agence pouvant effectivement donner des informations touristiques. Nous sautons sur l’occasion et acceptons le pack pour un tour de deux jours sur le Bromo et le Kawah Ijen, les deux volcans actifs et sites majeurs de l’île. Dans la précipitation, nous sautons l’étape négociation et payons le prix fort, dommage.

Nous empruntons une route sinueuse sous un ciel chargé et sombre, dont le terme nous offre un magnifique panorama se dévoile devant nos yeux : une immense caldera au milieu de laquelle se dresse le Bromo et ses acolytes, trois volcans dans un ancien volcan effondré. Malgré ses 2392m, le Bromo reste les plus petit des trois mais le seul en activité.DSC02035Quand on a testé, on y prend goût : réveil à 2h30 du matin. Après une petite heure de marche à la frontale, nous  faisons une halte au premier point de vue signalé. Une deuxième heure doit nous conduire vers un deuxième poste, d’où sont prises tous les clichés des cartes postales. Mais, mais … telles des fourmis e file indienne, nous apercevons le défilé des jeeps chargées de touristes qui traversent le fond de la caldera pour venir s’amasser vers notre objectif. Petit calcul rapide (que serions-nous sans les petits calculs ?), à vue de nez, cinq cents touristes s’élançant sur la piste, ce qui rappelle une chanson de l’ami Renaud. Dans l’instant, nous décidons de rester calés au premier point de vue : pas un chat à la ronde et une vue qui n’a presque rien à envier au second.

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DSC_0199Le moment du lever de soleil et les couleurs qui l’accompagnent ont beau se répéter quotidiennement, cela reste toujours un instant saisissant, aujourd’hui magnifié par le décor qui se révèle sous nos pieds. La brume matinale semble se déverser dans la vallée à travers les rizières qui la bordent. En redescendant de notre perchoir, nous nous immergeons dans cette brume qui s’avère être le nuage soufré échappé du Bromo. Sensation acre que de sentir ces vapeurs venir se loger dans les bronches. C’est pourtant le lot quotidien des habitants de la région.

DSC_0268Retour un court instant au niveau de la mer dans la chaleur moite du pays ; on ne s’y habitue toujours pas. La destination suivante est le massif volcanique situé à l’extrême est de Java et qui s’atteint à l’aide d’une route dévastée par les pluies. La végétation parait de plus en plus fournie : bambous, palmiers, plantations de cafés, fleurs exotiques en tout genre.

20 octobre. Au petit matin, nous commençons l’ascension du Kawah Ijen, volcan encore en activité rendu célèbre grâce à Nicolas Hulot. L’endroit est d’ailleurs infesté de Français. Un large sentier rejoint la lèvre du cratère puis redescend à l’intérieur de la bouche béante qui crache d’épaisses fumées jaunes. DSC02116Des porteurs remontent le sentier d’un pas lent pour assurer le bon équilibre de leurs charges écrasantes : 80kg de blocs de souffre qui sont minutieusement répartis dans deux paniers reliés par une latte en bambou reposant sur leurs épaules déformées. Nous longeons leur chemin de croix, aux appels des “Photo, photo Mister” des forçats en quête d’une clope ou de quelques roupies.

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Au fond du trou, un lac aux eaux vertes et laiteuses donne une note de fraîcheur à la solfatare, machine infernale qui rejette ses richesses toxiques à proximité. L’idée que des hommes travaillent ici chaque jour avec un simple foulard sur le nez est terrifiante. Rudesse de la tâche, air irrespirable, espérance de vie limitée, sans doute une des pires conditions qui soit. C’est sur cette expérience humaine marquante que nous quittons l’île de Java.DSC02156

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Cap vers Bali, l’île des temples, des cérémonies, l’île aux mille couleurs. Nous allons côtoyer du touriste en masse.

Pédalage en stand by

15 septembre. Nous voilà partis de Sofia, dans un bon bol de pots d’échappement. L’unique route qui conduit dans les Rodop, massif montagneux au sud de la Bulgarie, nous fait profiter d’un trafic dense et bruyant. DSC_0072Sans tarder, nous rejoignons une section de la route en plein chantier, ce qui oblige les véhicules à suivre un contournement d’une dizaine de kilomètres. Mais à vélo, nous pouvons rejoindre sans difficulté l’autre coté de la zone de travaux, 150 m plus loin, et voici une route à 2 voies qui s’ouvre à nous … rien qu’à nous !

16 septembre. Cinquante kilomètres et une nuit plus tard, nous entamons notre grande ascension de la journée. Nous suivons une gorge verdoyante ponctuée de petits estancos vendant du miel, du miel ou du miel. Les maisons des villages sont faites de briques ou de moellons, comme inachevées, mais la vigne est toujours présente et bien soignée …

DSC00973Nous arrivons enfin devant l’entrée de ce site que l’on nous a tant recommandé : le monastère de Rila. Dans un cadre montagneux, se dresse cet imposant et somptueux édifice fondé au Xème siècle. Au centre, une église orthodoxe aux voutes extérieures ornées de peintures aux couleurs vives, relatant la vie du Christ et autres scènes bibliques. Autour, en forme de trapèze, des bâtisses blanches sur trois étages faites d’arcades peintes, servent à l’hébergement et à la vie des moines. DSC_0163Il n’y a pas beaucoup de visiteurs, des fontaines issues des sources avoisinantes coulent à différents endroits du monastère, la végétation est soignée. Baignés dans cette ambiance reposante, nous sommes en admiration devant ce joyau de la foi orthodoxe. Ca va mitrailler … et les photos vont être difficiles à sélectionner!

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L’après-midi avance vite. En quelques minutes, au vu de la carte des environs, nous concoctons un circuit de randonnée pour les deux journées à venir. Nous nous équipons pour passer la nuit dans les hauteurs du coin. Mais pas de sac à dos ! Pas de problème: prenez une sacoche avant de vélo, enlevez les petits bitoniaux qui finirons par vous gêner dans le dos, fixez une écharpe en guise de ceinture ventrale autour de la base de la sacoche et de votre taille, puis un tendeur finira de sangler la partie haute à vos épaules. Vous êtes prêts pour marcher deux jours avec cet attirail. Il y a 700m de dénivelée à faire pour arriver à la cabane où nous avons décidé de passer la nuit. DSC_0269 Le soleil nous fait le plaisir d’attendre que nous sortions du sous-bois. Les couleurs se dorent peu à peu. Nous tombons avec bonheur sur une foison de fruits de bois en bordure de sentier … groseilles, framboises et myrtilles dont nous ferons notre dessert. Enfin, nous arrivons à notre fameuse hutte de bois. L’extérieur est plein de détritus, comme de nombreux endroits en Bulgarie (comportement post-communiste parait-il, mais très consumériste également), mais l’intérieur est bien équipé: poêle, matelas, couvertures, tables et bancs. Tout est là, on est aux anges. On est juste bien, heureux d’être là.

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17 septembre. Départ au petit matin, 6h00, le programme de la journée est ambitieux d’après les personnes rencontrées la veille. Très vite, le soleil laisse une frange orangée à l’horizon. Nous entamons notre croisière sur un sentier assez bien tracé. Le paysage qui nous entoure se dévoile peu à peu dans des couleurs chaudes. Avant d’atteindre la crête, les premiers rayons de soleil viennent se refléter dans un petit lac. Le spectacle mérite une pause.DSC00895

Bon … déjà 20 mn de retard sur notre l’horaire de la journée! Nous atteignons ensuite la crête pour découvrir un panorama splendide que nous pourrons apprécier pendant une bonne partie de la journée.

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Un peu trop escarpé par endroits, nous dévions de notre itinéraire initial pour un sentier en contrebas des crêtes. Une heure de retard! … Aarggh! Pourrons-nous respecter notre programme de la journée où devrons-nous le raccourcir? DSC_0327Pressons le pas. Un peu de pression re-booste les troupes. Nous croisons de petits lacs de montagne aux eaux d’un bleu si pur qu’il donne envie de la boire ou d’y nager… pas chiches! Allez… nous nous autorisons 15 mn de pause pour grignoter – le fait de porter notre matos nuit et bouffe nous a fait étonnamment diminuer nos rations alimentaires – avant de reprendre notre course. DSC00930Nous avons bien trouvé quelques victuailles à cueillir, de petits champignons magiques réputés dans la région, des psylos pour les connaisseurs. Mais, notre objectif n’est pas encore à portée de nos mollets, alors nous évitons. Le paysage est moins escarpé par la suite, mais n’en demeure pas moins vaste et apaisant. Une heure plus tard, les jambes commencent à se faire un peu lourdes.

Nous arrivons enfin à notre but convoité : un promontoire, à l’extrémité de notre arête, offrant une vue dont on nous a fait tant d’éloges, que nous craignons la déception… nous avançons, tête baissée, repoussant la l’instant de révélation au maximum. De toute façon, le temps et les guiboles nous manquent pour aller plus loin, après, c’est la redescente. DSC_0366 Notre regard se lève enfin sur un ensemble somptueux de lacs bleus 500 m plus bas. Nous profitons de la vue une demi-heure durant. Avant de rebrousser chemin – 3h30 et 1500 m de descente nous attendent (aïe! … les jambes!) -, nous nous imprégnons une dernière fois de tout ce qui nous entoure… Ca va… on a encore le temps d’en profiter, car le chemin de retour est long… assez long… très long… trop long!! D’autant que notre rythme de course, imposé par les douleurs dans les jambes, diminue peu à peu. La fin n’arrive jamais. “Ils” l’ont coupée pour rajouter un bout de chemin, c’est sûr! Georges Brassens a beau faire ce qu’il peut pour nous faire oublier notre interminable chemin, mais en vain. 18h30, nous arrivons. Exténués! Résultat des courses: 2700 mètres D+ et 3000 mètres D- en 26 heures…et des courbatures pendant 4 jours! VIVE LE VELO!!!

18 septembre. Le lendemain, essayant de dissimuler notre déambulation brinquebalante, nous captons les premiers rayons du soleil sur le monastère encore endormi. Etienne a trouvé le bon argument pour faire valoir une nouvelle rafale de photos du site. Sympa le travail de sélection (exemple: passer 10 minutes à choisir entre deux ou trois photos identiques). Mais les touristes arrivent en vague, il est temps de décamper.

Le retour est en descente sur 25 km… et c’est pas dommage! Nous n’en concéderons pas beaucoup plus aujourd’hui. Il est des jours où il fait laisser son corps dicter ses raisons. DSC01002 Au passage, petite dégustation de yaourt au lait de chèvre dans une petite ferme du coin. Les jours qui viennent, direction le sud pour entamer quelques nouveaux cols… et se refaire une santé!