Où sommes-nous

Les porteurs de cocarde

DSC_0059Nous voilà de retour en Turquie depuis quelques jours. En entrant dans ce pays, nous avons retrouvé ce qui fait la marque de tant de pays que nous avons traversés dont la Malaisie, la Chine, l’Ouzbékistan le Turkménistan et la Turquie : le drapeau. En Malaisie, planté au milieu des jardins avec ses bandes rouges et blanches, DSC_0095-1ses étoiles, on se croirait sur un autre continent, dans un autre pays. En Chine, dressé au sommet des édifices publics, dans les villages d’une autre culture, en terrain conquis, on est en pleine colonisation. DSC_0071En Ouzbékistan, au Turkménistan, affiché sur les véhicules, sur le moindre emblème, sur les affiches de propagande, tissant la trame colorée du pays, on est en dictature. En Turquie, hissé au plus haut, en plus grand, en plus large, en immense, arboré aussi fièrement que la moustache, on est en plein délire nationaliste.

Alors que revoilà le président, avec un beau stylo et du papier blanc, trop fort !

Partisans kurdes pour la campagne aux législativesCes porteurs de cocarde, fiers comme des coqs et brandissant les doigts de la victoire, finalement on en rencontre partout. Il paraît que, pendant ce temps là, dans les salles d’attente des cabinets médicaux français, on s’informe sur les tribulations des politiques délurés, on apprend que le petit Nicolas va donner un petit frère à son grand Jean. Est-ce pour consoler ce dernier de sa présidence avortée à l’EPAD ou pour préparer une autre présidence ? Argument de campagne d’un nouveau genre, jusque là inenvisageable pour nos présidents ayant passé l’âge d’engendrer quoi que ce soit de nouveau.

Quel est le juste milieu ? Nos démocraties vacillantes qui échouent à promouvoir l’intérêt collectif ou ces nations de demain qui agressent tous azimuts la culture et les particularismes ? Courtes interrogations dubitatives sur l’avenir de notre monde…

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L’Iran, dangereux ? Tu parles !

Pris dans les contradictions iraniennes, nous ne pouvons quitter l’Iran sans vous faire partager ce témoignage de nos amis cyclistes Annick et Bruno , les Roulmaloute, qui ont traversé l’Asie et bien d’autres continents à vélo, et ce n’est pas fini !

Leur vision de l’Iran est en parfaite adéquation avec la notre, alors nous leur laissons le mot de la fin. C’est sans photos, brut de décoffrage, mais il faut le lire jusqu’à la fin, histoire de sortir des clichés balancés sur ce pays tant décrié et si loin d’être un repaire de terroristes.

En venant en Iran, nous avons réalisé un de nos rêves. L’Iran n’est pas un pays comme les autres. Il fascine certains, en effraie d’autres, mais il ne laisse jamais indifférent. Nous ne le quittons pas de gaieté de cœur car nous avons vraiment adoré….

Nous repensons à notre appréhension avant d`y entrer, aux articles de journaux, à l`axe du mal… Nous avions oublié que les relations politiques des gouvernements sont soumises à leurs intérêts économiques et ne reflètent pas la réalité et la complexité d`un pays. Derrière ces enjeux et ces tensions, nous oublions que des hommes vivent.

L’Iran, c’est tout d’abord un peuple – aux origines ethniques diverses : Persans, Azéris, Kurdes, Loris, Arabes, Turkmènes… – un peuple extrêmement attachant. Les Iraniens sont curieux et aiment parler. Ils sont amicaux et charmants. L’accueil et l’hospitalité font ici partie de la culture et du mode de vie. Le nombre de fois où nous avons été invités dépasse tout ce que l’on a pu connaitre dans les autres pays où nous avons voyagé. Parfois, c’ est même trop pour nous occidentaux habitués à plus de réserve et aimant notre tranquillité.

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, on se sent tout se suite en sécurité dans ce pays. On sent que tout le monde ne nous veut que du bien (à condition de ne pas enfreindre la loi… nous avons quelques témoignages cuisants à ce propos…).

Nous avons côtoyé des gens de différentes couches sociales, et à chaque fois, ce fut la même chose, la même curiosité, le même plaisir d’échanger. Evidemment, les villageois et les bergers sont plus éloignés des influences politiques et religieuses que les habitants des grandes villes. La rudesse de leur condition de vie les rapproche au plus près des choses essentielles et simples de la vie, peut être un peu comme nous, voyageurs à bicyclettes et cette combinaison d`éléments est propice à l`échange.

Peut être que dans ces brefs instants de partage et dans ces échanges de regards, parvenons nous à oublier la culture, la religion et l`environnement de chacun pour apercevoir cette parcelle d`humanité et de vérité que nous avons tous en commun.

L’isolement de l’Iran sur le plan international entraine une immense curiosité des Iraniens, envers les étrangers qui visitent le pays. Mais ils ne l’expriment pas de la même manière.

Il y a ceux qui nous ont ouvert leur porte, ceux qui nous ont donné de la nourriture, des friandises, des fruits, il y a ceux qui nous ont escorté en mobylette en baladant leur téléphone portable à 10 cm de notre nez pour nous prendre en photo en roulant, il y a aussi tous ceux qui nous ont juste salué d’un "khasta na bashi" (ne sois pas fatigué) ou d’un "Salam" agrémenté d’un large sourire et d’un geste de la main. Il y a ceux qui se sont contentés de nous reluquer des pieds à la tête lorsqu’ils ont compris que nos maigres compétences en Farsi ne les mèneraient pas loin, ceux qui nous ont bombardé de « kojai, kojai » ? parfois en remuant les mains comme des marionnettes et en secouant la tête, ce qui peut vouloir dire : "Comment ça va ?", "Tu viens d’où ?", "Tu vas où ?", "Comment tu t’appelles ?", "Qu’est-ce que tu fais là ?", "T’es qui ?", ou bien d’autres choses encore.

Beaucoup de jeunes parlent anglais et nous avons donc communiqué en anglais avec de très nombreuses personnes, nous amenant à des questions plus fondamentales. Les jeunes sont bien élevés, beaucoup ont un bon niveau d’études, mais malheureusement il y a peu de débouchés technologiques dans le pays. Les vieilles bagnoles Paykan boivent entre 12 et 15 L d’essence aux 100km, et polluent un max. Les ressources en pétrole sont immenses, mais la technologie ne suit pas, l’Iran manque de raffineries, et de ce fait, rationne l’essence (en prétextant la pollution). On a quand même vaguement le sentiment que le gouvernement est plus occupé à tenir son monde sous le joug islamique et à emmerder les femmes pour un bout de tissu que de se préoccuper de problèmes plus fondamentaux, emploi, pollution, accidents de la route…

Le peuple iranien est aussi un peuple fier. Fier de ses origines, de son histoire et de sa culture. Ne les confondez surtout pas avec les Arabes ; ils les haïssent ! Et leur culture est effectivement bien différente. Les Iraniens insistent souvent sur l’ancienneté et la richesse de la culture Perse, ironisant, comme en Turquie, sur les arabes qui ne sont que des bédouins incultes. Mais cette culture dont ils se prévalent est très ancienne (les poètes, mosquées étant antérieurs pour la plupart au 16ème siècle).

Les gens avec qui nous avons discuté religion (fort peu en fait) sont profondément croyants mais avec des différences sur l’aspect culturel : prières, fréquentation de la mosquée, pèlerinage à la Mecque , etc … (Le concept d’athéisme ou d’agnosticisme est d’ailleurs purement occidental). Quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais été confrontés à du prosélytisme mais au contraire à une grande tolérance.

Mais l’Iran n’est pas non plus un pays idyllique où le peuple opprimé attend calmement plus de libertés individuelles. La situation est bien plus complexe et encore difficile à décanter entre les positions des ultrareligieux, de certains jeunes qui rêvent d’Europe ou d’Amérique, en passant par ceux qui tout en étant fiers de leur pays et heureux d’y vivre, désapprouvent complètement la politique du pays.

Bien sûr la situation des droits humains, et parmi eux la condition des femmes, ternissent le tableau que l‘on vous a brossé. Il est vrai par exemple que les femmes doivent être voilées et certaines d’entre elles portent souvent le tchador (cette immense robe noir) mais cette obligation est vite oubliée dés que nous passons le pas de la porte d’une maison. Les femmes sont également assises à l’arrière dans les bus et de manière générale elles sont dans la vie publique séparées des hommes, mais il ne faut pas en conclure pour autant que les Iraniens les considèrent comme des êtres inférieurs. Ils sont pour la plupart juste obligés d’appliquer les règles islamistes et sont contrôlés de près par les policiers.

A propos du tchador, nous vous invitons à lire l’article d’un cycliste Français assez truculent : le chat dort pendant que le chien veut tirer son coup

Concernant nos déplacements, nous avons finalement davantage utilisé le vélo que nous l’aurions pensé. En effet, les renseignements obtenus par d’autres cyclistes nous avaient un peu refroidis car les descriptions mentionnaient toujours une circulation abominable et dangereuse. L’Iran détient le record mondial des accidents de la circulation. Sur les routes que nous avons parcourues, nous sommes quasi toujours restés hors de ce trafic intense (à part dans les villes évidemment). Nous avions repéré sur la carte les petites routes et les pistes. La circulation en vélo sur l’autoroute n’a rien de kamikaze, mais juste désagréable à cause du bruit. En fait ce sont les routes « intermédiaires » qu’il faut éviter…et franchement, faut être barjo pour faire du vélo à Téhéran (nous n’y sommes pas allés… mais on imagine, on a vu Mashhad aux heures de pointe…)

Voilà, le mieux est encore d’aller voir sur place ! L’hospitalité des iraniens, les monuments, les paysages, et toute l’ambiance générale sont difficilement imaginables…

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Et pour prouver qu’on peut “presque” tout oser en Iran, une petite photo d’Esfahan en compagnie de deux iraniennes :

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Vive le vent

27 avril. Turkménistan. Après de longues journées passées à Tachkent (capitale d’Ouzbékistan) et de nombreuses visites au ambassades, nous sommes enfin en possession du précieux sésame qui nous autorise à nous présenter à la frontière turkmène. Nous possédons un visa de transit, cinq jours pas un de plus pour traverser le pays et entrer en Iran. Le Turkménistan est, paraît-il, le second pays le plus fermé au monde (après la Corée du nord), alors nous sommes très curieux de voir ce qui se passe dans cette zone du monde presque affranchie du tourisme.

Depuis la chute du communisme (même un peu plus) et jusqu’à 2006, le pays a été dirigé par l’égo-mégalo-autocrate Saparmurat Nyazov, qui a imposé sous sa domination un culte de la personnalité délirant et d’un narcissisme qui serait risible s’il n’était au détriment de son peuple. Après sa disparition, peu regrettée par la population, il a été remplacé par son bras droit et fils supposé qui s’est rapidement senti à l’aise dans le costume du père. Alors que revoilà le président, avec un beau stylo et du papier blanc, trop fort !Dès la frontière nous faisons connaissance avec lui, sa trombine est affiché de partout, dans toutes les tailles et toutes les situations, en particulier en statue grecque, stylo à la main, arborant cravate verte s’accordant avec la couleur fétiche du drapeau national. Ce n’est qu’un début.

En passant, une devinette : quel est le nom de ville qui apparait le plus souvent sur une carte du Turkménistan ? Si, si la question mérite vraiment d’être posée et la réponse se trouve un peu plus loin.

Bazar Zelyony à Turmenabat, gros succèsNotre rencontre avec la population turkmène est toute autre. A Turkmenabat, seconde ville du pays, les habitants nous accueillent avec de grands sourires emplis de curiosité. A la station-service, le pompiste nous offre l’essence pour le réchaud – il faut dire que le pays est l’un des plus riches au monde en hydrocarbures (3ème en gaz et 4ème en pétrole) et que l’essence y a un prix dérisoire – à l’entrée de la ville, une commerçante nous rattrape pour nous offrir une bouteille de yaourt puis au bazar nous sommes assaillis par les marchands et les badauds. Marchand de noixEn quelques minutes, c’est l’attroupement, une fois de plus les vélos sont la meilleure des mains tendues et on veut tout savoir de nous. Quelques mots pour se comprendre, oui nous arrivons d’Indonésie, un long voyage, un an, nous allons en France, destination difficile à situer pour certains mais toujours appréciée. L’appareil photo est lui aussi un formidable moyen de communiquer, chacun se prête volontiers au jeu des portraits. Unanimité de sourires, pouces tendus, Marchandes d'épices et de graines mots échangés sous cape en nous regardant, nous sommes l’objet d’une montagne de gentillesse, un déferlement de sympathie inattendu qui nous retient alors que le désert nous attend aux portes de la ville. Les sacoches remplies de quelques victuailles offertes, nous quittons le bazar en célébrités locales et débordant de joie, encouragés par les klaxons (amicaux cette fois, hein Boubou !) des automobilistes qui nous dépassent. Expérience rapide mais puissante, l’étranger est ici si rare qu’il est accueilli à bras ouverts. En voilà encore des leçons de vie.

Record explosé !A deux heures de l’après-midi, nous quittons donc Turkmenabat, à l’assaut du Karakum, vaste désert couvrant la majeure partie du Turkménistan. Dans cinq jours, nous devons avoir quitté le pays après avoir franchi quelques 500 km et tenté de faire un peu de tourisme. Alors il faut rouler et avaler les kilomètres de plat, de bitume, entourés de sable à perte de vue. Heureusement le ciel est avec nous, un large voile de brume couvre le soleil et la température est douce ; de plus, un sérieux vent de nord-est nous pousse vers notre objectif à vive allure si bien que nous avalons les kilomètres et les dunes plus rapidement que prévu. A peine le temps de s’arrêter pour serrer la pince aux dromadaires du coin. En fin de journée, le compteur lui même n’en revient pas : 159 km affichés. Record explosé et qui sera difficile à renouveler.

Et c'est pas des histoiresMais oùkiva ?

Forteresse de 2500 ans, Blabla-QalaLe lendemain, après une nouvelle journée avec gros kilométrage, nous posons notre tente au milieu du site historique de Merv – ancien carrefour majeur des routes commerciales – entre des remparts vieux de 2500 ans. Personne aux alentours, un petit coin d’herbe fraîche, le coucher de soleil, pur instant de bonheur.

On n'est-y pas beau ?DSC_0296

Encore un peu de propagade, ça faisait longtemps29 avril. Mary. Nous entrons dans une des principales villes du pays. Ici, nous pouvons admirer l’œuvre de Nyazov autoproclamé Turkmenbachy, le guide des Turkmènes : pas de publicités mais des affiches gigantesques placardées dans les rues montrant le leader du pays en bienfaiteur de l’Humanité. Quelques bâtiments officiels sont aussi bien visibles : Pas peu fier de lui l'imbécile (Nyazov)d’énormes constructions en marbre blanc, du clinquant, du mégalo, de l’exorbitant (du Bouygues aussi, vive la France) qui devrait ravir la population. Ici c’est comme cela qu’on investit pour le futur du pays, l’éducation, la santé, l’emploi, c’est de la politique de bas-étage. Mary, tout en marbre en blancQuand on pense que ce pays devrait être prospère grâce aux énormes ressources pétrolifères dont il dispose, on a envie d’étrangler ces hommes sans vergogne qui volent les peuples plutôt que de les gouverner. Sans parler de l’état des routes ! Le principal axe de communication du pays est une route goudronnée mais dans un état lamentable. Et quand on est cycliste, on trouve ça révoltant. C’est important l’état des routes, non ?

 Regardez-moi, je suis le président Berdimuhamedow, je sais tout faireCa c'est le prédécesseur, Turkmenmachin, sur tous les timbres

MiragesNous poursuivons donc notre chevauchée héroïque à travers le Turkménistan en se faisant secouer par le macadam en forme de tôle ondulée, mais qu’importe puisque le vent nous porte toujours. Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin et, le lendemain, la punition tombe : nous devons avaler 100 km d’une asphalte défoncée, dans le désert, avec le vent de face. Dur … dur … dur. Il faut encaisser. Vents de sableOn se passe le baladeur, on chante, on souffle, on fait une pause … on recommence à pédaler, on a chaud, on crache le sable des bourrasques, on a chaud, on fait une pause … allez on fait une sieste, On se protège, on se protègeça c’est une idée, mais avec le vent et le sable on se retrouve enterré alors on dépoussière, on remonte sur les vélos, on a chaud, on se plaint, si si on se plaint faut bien s’occuper et on avance, on avance. Puis le soir approche avec la douceur, les belles lumières et les kilomètres alignés au compteur. Sur la route en direction de Sarahs (frontière avec l'Iran)Ca, c’est fait ! Nous voilà enfin à Sarahs, la frontière iranienne que nous passerons le lendemain. Quatre jours et près de 500 km. Fini la traversée du désert turkmène, pas mécontents, mais on est prêts à recommencer … dès que le vent soufflera … dans le bon sens !

 

Nyazov, c'est surtout le nom du président précédent, pas mégalo du toutRéponse de la devinette :

Parmi les noms de villes les plus fréquents, on trouve Turkmenbashi, Saparmurat, mais c’est Nyazov ou encore Saparmurat Nyazov qui remporte la palme. Rien que sur notre carte, partielle, on peut trouver ce nom 4 fois et c’est sans compter les petits villages qui n’y figurent pas. A quand les villes françaises au nom de Nicolas, ou Sarkozy ou les deux c’est encore mieux !

Au Cambodge en famille, par Marie-Jo

Pour cet article, nous laissons la plume à Marie-Jo.

Manon & Etienne partent un an. Cela risque d’être long pour nous alors nous décidons vite de profiter de l’occasion pour les rejoindre à mi-parcours. Ce sera pour nous, Olivier, Rachel, Nicole, Marie-Annick, Bruno et moi, un grand voyage. Le rendez-vous a été fixé à Siem Reap, ville inconnue de nous tous avant que Manon & Etienne nous disent que c’est la ville de séjour de tous les touristes qui visitent Angkor.

DSCN6936 28 décembre. Arrivée au petit aéroport de Siem Reap, premières impressions : Manon & Etienne nous attendent, bronzés, en pleine forme ; grand soleil, des arbres en fleurs, de nouvelles odeurs. Trois tuk-tuk nous emmènent dans une guesthouse confortable et accueillante à huit dollars la nuit. Nous sommes d’emblée dans un autre monde. Seules les guirlandes électriques et les sapins de Noël qui décorent les magasins et les hôtels nous rappellent que nous sommes à la fin décembre et qu’en France, c’est toujours l’hiver.

Les trois premiers jours sont consacrés à la visite d’Angkor, glorieuse capitale de l’empire Khmer pendant 500 ans. Deux millions de visiteurs par an. Nous essayons d’ éviter la foule. Ce ne sera pas possible pour les temples les plus visités comme celui d’Angkor Vat, mais l’émerveillement devant tant de beauté et de talent artistique nous fait vite oublier que nous ne sommes pas seuls.

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DSC01506Seuls les chinois et les japonais qui prennent systématiquement la pose devant tous les monuments nous agacent un peu. Nous découvrons aussi sur le site d’Angkor des centaines d’enfants qui nous assaillent avec des cartes postales, des livres ou des foulards à vendre. Difficile de résister. Nous finissons par leur acheter quelques bricoles.

PSE : distribution de riz aux familles en compensationQuelques jours plus tard nous retrouvons cette situation à Phnom Penh et nous apprendrons par quelques associations de défense des enfants qu’il ne faut surtout pas encourager ces pratiques. Ces associations se battent pour les sortir des rues et les scolariser. Pour cela il faut aussi “dédommager” les parents de ce manque à gagner en leur donnant de l’argent et du riz. Il s’agit bel et bien d’une situation d’exploitation des enfants avec maltraitance possible en cas de gain insuffisant.

DSC_0098Cette mendicité omniprésente dans les grandes villes du Cambodge nous interroge. Les deux associations que nous avons rencontrées (“Pour un Sourire d’Enfant” et “Child Save”) et qui gèrent chacune près de 2000 enfants peuvent redonner de l’espoir. Mais le phénomène a l’air de s’étendre, alors que les 4X4 flambants neufs prolifèrent dans le pays. Ce genre d’inégalités nous révolte mais nous gardons un sentiment d’impuissance.

Le Cambodge est en fait un pays qui a du mal à se relever d’une longue période de guerre suivie d’une tragédie ou la folie et la cruauté ont atteint l’inimaginable. Entre 1975 et 1979, les Khmers rouges ont exterminé, directement en torturant et assassinant et indirectement par la déportation et le travail forcé, plus de deux millions de leurs concitoyens, le tiers de la population cambodgienne à l’époque. Pour tous les gens de notre génération, cette histoire est très présente dans nos mémoires : une longue guerre menée par les Français, puis les Américains ; les Américains mis au ban de l’opinion mondiale perdant la guerre au Viet-Nam et au Cambodge ; les Khmers Rouges entrent dans Phnom Penh. Suivra ensuite la désillusion pour les gens de gauche en Europe, une inquiétude grandissante sur ce qui se passe à l’intérieur du pays désormais fermé à tous les étrangers. Les témoignages des rares Cambodgiens qui ont réussi à franchir les frontières sont alarmants. L’évidence est arrivée lors de la libération du pays par les troupes vietnamiennes : les Khmers Rouges ont commis dans leur propre pays une abomination, un auto-génocide.

Phnom Penh, S21 ou Tuol SlengPhnom Penh, S21 ou Tuol SlengPhnom Penh, S21 ou Tuol Sleng, "Ne pas rire"

Après Siem Reap, notre passage à Phnom Penh devait obligatoirement comporter une visite du musée du génocide : S21, un ancien lycée que les Khmers Rouges avaient transformé en centre de torture. La visite fut rude mais nécessaire. “Plus jamais ça” avait-on dit après la découverte des camps de concentration nazis. Ce ne fut malheureusement pas le cas, il faut toujours garder à l’esprit que les êtres humains sont capables du pire.

Nous voulons rester optimistes, le Cambodge peut se relever en s’appuyant sur l’activité touristique, une des principales ressources du pays. Nous avons été touchés par ce peuple attachant, au passé prestigieux, puis douloureux qui peine à se reconstruire.

Nouvel an familial à Siem Reap

En voilà une belle bande de touristes ;)

Bienvenue en dictature

25 Novembre. Les vélos sont restés à Bangkok, nous voyageons léger, un petit sac à dos chacun. L’avion d’Air Asia (on insiste)atterrit sur le tarmac. Bienvenue à Yangon, principale ville du Myanmar. Oubliez les mots Birmanie, Rangoon et Irrawady, cela fait vingt ans qu’ils ont été bannis du vocabulaire local. Et ne pensez surtout pas que cette ville est capitale, la voilà destituée de ce titre depuis cinq ans. Bienvenue en dictature !

Il va bien nous falloir deux grandes semaines pour découvrir un morceau de ce pays et tenter d’en cerner un peu son fonctionnement, nous avons tant entendu parler de ses beautés, son mysticisme et ses gouvernants autarciques et autoritaires.

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Dès la sortie de l’aéroport, le climat est étrange, un pauvre type nous tend la carte de sa guesthouse – “very good price” – et se fait alpaguer dans la minute qui suit par trois bonshommes en uniforme qui n’ont pas l’air de plaisanter, ils retournent sa carte dans tous les sens, le retiennent, le font mariner, ça ira pour cette fois. Scène nouvelle à nos yeux. Le temps de monter dans un taxi pour rejoindre le centre de la ville, de nuit. En chemin, le chauffeur s’arrête pour nous proposer de changer nos dollars contre des kyats locaux. L’endroit est désert, peu éclairé, on verra plus tard. Mais nous sommes dans l’ambiance : dans ce pays, pas de bureau de change, encore moins de guichet automatique, il faut changer son DSC_0390argent dans la rue avec des types dont on ne sait rien en négociant le taux, en comptant ses billet avec attention sans lâcher du regard les mains de votre interlocuteur. Nombreuses sont les histoires d’escroqueries. Un seul moyen de faire du change de façon officielle, les agences gouvernementales avec un taux de 1$ = 6 Kyats contre 1$ = 900 Kyats dans la rue. Une des nombreuses manières pour ce gouvernement de remplir ses valises.

Yangon, un développement au ralenti.

DSC00441D’emblée le pays semble nettement plus pauvre que tous les autres pays traversés jusqu’alors. Yangon est désorganisée, salle, miséreuse. Pourtant première ville du pays par sa taille, sa population et même son économie, son développement est comprimé dans un étau et ne se fait que sous forme de petites initiatives individuelles : DSC00904la téléphonie mobile arrive doucement mais reste encore loin derrière les téléphones de rue, une ligne fixe posée sur une petite table avec un gugusse qui tient le chrono pour annoncer le tarif.

Beaucoup de gens dorment dehors dans la saleté et les ruines ; de nombreux immeubles sont délabrés, tout paraît abimé, ravagé. DSC00418La nuit, le peu d’éclairage donne à la ville un côté fantomatique et laisse l’impression de se déplacer dans des coupe-gorges. Beaucoup de mendiants, de gens mal en point un peu partout. Le soir, nous croisons quelquefois une file de personnes attendant interminablement un soin devant un centre médical. Sans doute, Nargys, le cyclone passé en 2008, est-il lourdement responsable de ces dégâts. DSC_0030Mais impossible de disculper les pouvoirs publics qui ont largement laissé pourrir la situation. De petits chantiers aux coins des rues tentent de reconstruire, mais les bâtiments publics sont à l’abandon, la voirie d’une saleté innommable, les égouts à ciel ouvert ; les décharges se multiplient au coins des rues et les stands de nourriture prennent place dans cette lie ! Dur d’aimer cette grande ville.

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Pourquoi Myanmar, pourquoi Yangon et où se trouve la capitale ?

En 1989, dans un relent de nationalisme, les généraux au pouvoir veulent affirmer l’identité du pays en supprimant les vestiges de la colonisation britannique. Grand bien, Rangoon devient Yangon, le grand fleuve Irrawady devient Ayeyarwaddy et la Birmanie (Burma en Anglais) devient Myanmar ; nous n’ajouterons pas le préfixe de république officiellement accolé devant.

Quelques années plus tard, en 2005, la capitale est déplacée de Yangon à NDSC00521aypyidaw sur les recommandations d’un diseur de bonaventure et sur ordre des ces messieurs les généraux. Cette ville nouvelle est un amoncellement de casinos et d’hôtels de luxe aux chambres à des tarifs prohibitifs. Point de touriste, point de Birman moyen, tout est bâti pour les diplomates et hommes d’affaires venus commercer au Myanmar. Le coût de cette petite lubie, quelques milliards de dollars. Le gouvernement spolie en permanence la population du pays pour investir ses ressources dans des projets absurdes. Et la Chine veille et surveille, trop contente d’exploiter son cortège de pays satellites en toute quiétude.

Dernier fait d’arme : les élections récentes habilement manipulées par la junte. Afin de se racheter une conduite, les première élections législatives depuis 1989 se sont tenues début novembre. DSC00912Evidemment, ce scrutin s’est déroulé en l’absence de la figure de proue de l’opposition Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence. Sa formation, la Ligue nationale pour la démocratie, a été dissoute après avoir annoncé son boycottage du vote.  L’ensemble de l’élection a été une grande mascarade, juste une façon pour la junte militaire de se présenter sous les allures plus respectables d’un gouvernement civil. L’issue du scrutin paraissait prévisible puisque les deux formations liées à la junte militaire présentaient les deux tiers des candidats.

Pourquoi habile ? Vous n’avez pas pu manquer le battage fait autour de la libération d’Aung San Suu Kyi, il y a un mois. Etonnement, pile entre les deux tours, une façon d’effacer des mémoires le deuxième tour et les résultats frauduleux en découlant immanquablement. D’ailleurs, aucun résultat n’est apparu depuis, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Le gouvernement en place est reconduit, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

A la queue leu leu.

DSC00592 Après une dizaine de jours passés dans le pays, nous voilà sur les circuits touristiques traditionnels. Au Myanmar, la grande majorité des touristes se presse sur les sites majeurs à visiter : Lac Inle, Mandalay, Bagan, c’est le tour classique. Ne cherchez pas trop à vous éloigner, cela devient très vite compliqué ou inabordable : contrôles, permis, autorisations avec des droits dont il faut s’acquitter et où vont nos dollars ? Dans la poche du gouvernement. Ce tourisme à la chaîne permet aux militaires de montrer le pays sous un aspect présentable et viendrait même à faire oublier le totalitarisme, pour peu qu’on voyage en tour organisé.

Et les Birmans alors ?

DSC_0194-1 Une schizophrénie générale semble toucher le pays. Dans chaque ville ou village, la population se partage entre maîtres et dominés. Tout est fliqué, l’uniforme reste maître, loin devant la toge safran des moines. Than Shwe domine bien au-delà de Bouddha. La peur dépasse la quiétude et l’apaisement apparemment des Birmans. Les esprits sont divisés entre peur, lassitude et contrôle.

DSC00917Mais la majeure partie de la population semble abattue. Les populations rebelles ont été presque anéanties, privées d’armes par la Chine qui ne fournit plus : trop rentable de faire affaire avec les généraux. Les gens sont surveillés : télévision sous contrôle, internet limité et désespérément lent. Les quelques opposants sont mis sous l’éteignoir et les Moustache Brothers, derniers humoristes politiques connus, n’ont plus la flamme, obligés de servir un spectacle édulcoré dans lequel seules quelques vannes gentillettes viennent brocarder les dirigeants.

Néanmoins, nous sommes régulièrement accostés par de jeunes birmans venus parler de la situation politique de leur pays. DSC_0369A l’abri des regards importuns, on peut parler de ce pays étouffé qui vend ses ressources au grand frère chinois. Le mal-être et l’épuisement face à cette situation déjà ancienne, sont palpables. Et nous avons du mal à percevoir une lueur d’espoir, un éventuel renversement de la situation. Les Birmans n’ont d’ailleurs aucune illusion sur un quelconque appui de la communauté internationale. Certains nous l’ont dit clairement : rien à attendre de ce côté là, ils doivent s’en remettre à eux-même…

Il n’en reste pas moins qu’ils ne se sont jamais départis de leur gentillesse naturelle et de leurs fiers sourires adressés à tous les étrangers, pas de distinction. Ils ont le moral les Birmans, du moins, nous leur souhaitons.

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