Où sommes-nous

Une drôle d’entrée en matière

1er juin. Doǧubayazit. Nous sommes en Turquie depuis trois jours. Aujourd’hui, lorsque nous nous réveillons, tout est réuni pour faire une magnifique journée de vélo : il fait un temps superbe, le ciel est bleu et nous révèle la silhouette parfaite du mont Ararat, le géant de neige qui domine les centaines de kilomètres à la rondeCampagne, sur fond d'Ararat ; la région n’a rien à envier à nos alpages : de vases étendues verdoyantes bordées de collines à la pierre volcanique colorée ; la route est bonne, peu fréquentée et la température est agréable. Il ne reste qu’à grimper sur les pentes du col qui nous fait face. Quel est le grain de sable qui vient gripper une machine si bien huilée ? En peu de temps, quelques événements nous donnent envie de fuir l’endroit aussi vite que possible.

Nous avons à peine débuté l’ascension qu’un bruit retentit sur la chaussée. Village pas coolA une cinquantaine de mètres, trois gosses gardent un troupeau de moutons, ou devraient. Leur occupation est en fait centrée sur leurs frondes et les voilà en train de nous lancer des cailloux gros comme le point et avec une précision étonnante. Descendre de vélo et brailler suffit à les faire décamper. Nous poursuivons notre chemin sur le goudron fondu qui vient engluer nos pneus tandis que les camions roulant à vive allure nous doublent en faisant retentir les célèbres klaxons de bonjour.

Un peu plus loin, d’autres gamins nous interpellent par de sympathiques “hello, hello” ponctués par des “money, money”, fait qui avait complètement disparu depuis l’Asie du sud-est. Manon apprécie la caillasse jetée sur ses sacoches après son passage, dans le dos évidemment, c’est tellement plus facile. Au moment de traverser un village, trois gros molosses l’encerclent, des Sales cabots, kangalskangals, chiens de troupeau réputés pour leur agressivité. Unique solution, descendre du vélo puis s’éloigner en marchant à côté. Nous remettons ça avec des gosses qui nous attendent sur le bord de la route, les mains recroquevillées sur des pierres. Je leur fais lâcher, mais ce n’est pas assez. Lorsque Manon passe à leur niveau, ils réclament des sous, des cigarettes, lui chipent le torchon qui sèche sur le porte-bagage avant de l’arroser d’un jet de graviers, le tout sous la bienveillance des parents complètement indifférents à nos vitupérations. On adore !

DSC_0013Couronnons la montée avec le plus affreux. Au moment de doubler un camion arrêté sur le bas côté, Manon a tout le loisir d’observer le conducteur qui en est descendu pour se livrer à des occupations obscènes ostensiblement. Où sommes-nous tombés ? Nous peinons à croire que ce soit la règle générale et pourtant, en moins d’une heure, nous venons de faire une sinistre moisson d’échanges avec les locaux. Heureusement, nous croisons trois gones souriants et enthousiastes de nous voir passer. Fin de la montée, peinard !Puis un camion nous double lentement, juste de quoi attraper les poignées à l’arrière de la remorque et se faire emmener sur les deux derniers kilomètres du col. Au sommet le chauffeur nous offre une bouteille de coca et son large sourire. Il fallait bien ça pour nous remonter le moral et profiter de la vue magnifique qui nous entoure.

Col Tendurek Geçidi, 2644 m

Que se passe-t-il ici, est-ce le hasard qui “s’emmêle”, faut-il attribuer ces démonstrations d’hostilité aux tensions entre Kurdes et Turcs ou plus simplement au manque d’éducation de ces gosses qui grandissent entre eux en gardant les troupeaux ?

Descente du col, les coulées de lave pétrifiées

Faut-il décrire la suite de la journée ? Peut-être, car il reste quelques couleuvres à avaler. La descente mémorable entre les coulées de lave pétrifiées nous fait presque oublier les mésaventures de la matinée. Mais à Çaldıran, bourgade animée, les embûches réapparaissent. Nous y faisons quelques achats pour les repas à venir ; au moment de payer, le primeur a remplacé deux belles tomates, choisies par nos soins, par deux vertes sûrement insipides. Drôle de commerce ! Peut-être est-il de mèche avec la bande de jeunes qui tourne autour de nos bicyclettes. Quelques secondes d’inattention et lorsque nous remontons en selle c’est mon compteur qui a disparu. Les “sauvageons” (J’aimerais bien voir Chevènement conserver son sang-froid à ce moment !) ont filé et nous ne reverrons plus leurs trombines. Terminons prestement pour quitter ce bled ; nous faisons le plein d’eau chez un bistrotier. Le môme qui nous a montré le robinet réclame ensuite cinq liras (2,5€). Il lâche rapidement l’affaire devant ma tête exaspérée. “Tamam, tamam” (“C’est bon, c’est bon”). Allez on s’casse !

Quelques dix kilomètres plus loin, nous sommes surpris par un énorme mâtin qui surgit de derrière une maison. Je me crispe sur les freins, mauvaise idée ! Manon, postée juste derrière moi, ne peut m’éviter et fait une belle cabriole sur le goudron. Je fulmine contre cet imbécile de clébard ou plutôt contre ses imbéciles de maîtres qui ne sont pas foutus de lui apprendre à distinguer un gentil cycliste d’un dangereux brigand. Heureusement, rien de cassé, la famille s’attroupe et l’un des mioches lance à la cantonade “Money, money”. Je bondis, tandis que le père essaie de me tempérer avec son visage rigolard en m’expliquant que ce n’est qu’un enfant et qu’il faut le comprendre. Ben voyons, son enfant réclame de l’argent et il trouve ça normal l’animal ! Allez, on s’casse !

Chutes de MuradiyeCamping à Muradiye

La fin de journée approche et ce n’est pas dommage, nous espérons en rester là pour les emmerdements. Juste un petit bonus pour se régaler. Au moment où nous trouvons le lieu de camping, assez sympa, la roue de madame est à plat. Chouette, un peu de bricolage, rien de tel pour se décrisper les zygomatiques ! Il y a des jours, on préférerait se trouver dans les embouteillages, en route pour le turbin, … euh, pas sûr !

PREUVE !!!

Qu’allaient-ils faire dans cette galère ?

10 mars. Nous quittons Kashgar, en selle pour atteindre la frontière kirghize. Nous savons que la route sera de bonne qualité et le relief peu tourmenté. C’est sans compter sur les aléas du voyage et de la météo.

Au nord de Kashgar, cimetière chinoisA Kashgar, la température est douce, le climat déjà printanier. La première journée de vélo nous conduit dans de larges vallées aux montagnes sableuses. A mesure que nous avançons, nous prenons un peu d’altitude, mais très progressivement. En direction de KayratkenEt la neige vient recouvrir les sommets qui nous environnent, nous offrant un panorama splendide cependant que la route reste sèche. Alors que nous atteignons l’objectif de la journée, mon dérailleur se met à crisser, puis à craquer, puis la roue se bloque Dérailleur cassé !dans un vacarme. Je stoppe net, c’est la casse. Galèèèèèère ! C’est le genre de pièce que nous ne trimballons pas en double dans notre trousse de réparation et trouver cela en pleine campagne chinoise, bonjour. DSC03234Cela nous vaut un aller-retour à Kashgar en taxi et, oh miracle, nous y trouvons un marchand de vélo qui peut nous fournir exactement le même modèle de dérailleur. Le temps de tout mettre d’aplomb et nous retournons au pointChez le chauffeur de taxi à Kayratkan, près de la chaleur du poële où se trouve le matériel, installés pour une nuit chez notre chauffeur de taxi. Nous n’avons même pas perdu de temps dans l’opération. Biwéj (Bien joué pour les néophytes) !

Mais dans la nuit, ce sont mes entrailles qui prennent la suite, je vous épargne les détails, si bien qu’au petit matin, je suis dans une forme … petite petite petite. En direction de WuqiaS’y ajoute un léger vent de face, qui ne paie pas de mine pour le piéton, mais de quoi miner vos forces une fois sur la bicyclette. Alors dans ces cas-là, on met “tout à gauche”* comme on dit dans le Grupetto, puis on tente de prendre patience, on se raisonne, on écoute sa petit femme plus tempérée, puis on se résigne. A Wuqia, Manon fait le tour de la ville en compagnie de la police locale pour trouver une chambre à un tarif abordable. Après avoir fait des pieds et des mains à l’accueil, c’est chose faite. Je me glisse avec délice dans la chaleur du lit, au programme : dormir.

En direction de Wuqia

Au réveil, c’est à nouveau le meilleur ami du cycliste (à part le chien, et le chauffeur de taxi) qui nous réserve une surprise. Un vent à décorner les bœufs souffle sans relâche en direction de l’est, et nous allons vers … l’ouest bien sûr. Et la forme est toujours moins que moyenne. Nous partons quand même affronter Eole.

Nous luttons en permanence pour ne pas faire d’écart, ne pas tomber. De grosses bourrasques nous font chavirer régulièrement. Nous avançons au ralenti. Le moral est … bon on ne vous fait pas un dessin. Aire de campingHeureusement l’asphalte est bonne et les côtes pas trop méchantes. Au milieu de l’après-midi, nous avons parcouru 26 km de quasi-plat en 2h46 de pédalage entrecoupées d’innombrables pauses. Prenez vos calculettes : 9 km/h de moyenne (sans compter les pauses). Biwéj ! De quoi fermer le clapet d’un joyeux pinson au printemps. Nous sommes à Kansu, pas moyen de crécher, apparemment la police n’est pas loin et interdit aux étrangers de dormir chez l’habitant. Pas d’hôtel à touriste, circulez plus rien à voir. Il va falloir se résoudre à planter la tente sur les cailloux des alentours. Je suis ravi, mes tripes ne me laisse pas de repos, le vent se maintient avec une constance admirable, Aire de campingça sent la nuit de … euh romantique sous la tente. Il manque la cerise sur le gâteau : le porte-bagage avant de Manon vient de lâcher, un œillet de fixation s’est descellé. Youpi ! Nous bricolons avec des serflex en attendant de trouver un poste de soudure. Puis nous allons nous trouver une aire de camping, pas trop dégueu pour le coup.

Après une nuit où le thermomètre vient flirter avec les -5°C à l’intérieur de la tente, nous semblons avoir un peu récupéré. La lumière sous la toile nous indique que le soleil donne. En effet, il illumine le brouillard qui nous entoure. Comprenez bien, maintenant que je me sens de profiter du paysage, ben le voilà qui se planque. J'en peu pu, j'en peu puPas de souci, j’ai de l’humour, j’apprécie la blague. La météo est parfois bien capricieuse. En route mauvaise troupe, la frontière se tient encore à distance respectable. Nous prenons notre mal en patience, en s’aidant parfois avec un peu de musique sur les oreilles, un soutien inestimable grâce auquel les kilomètres défilent sensiblement plus vite. Au moins un yak, ça ne crève pas !Peu avant Ulugchat, l’étape du soir, une petite crasse nous surprend ; trois fois rien, une broutille pour des cyclotouristes “confirmés”, une crevaison causée par un banal clou. De quoi pimenter un peu cette journée qui nous semblait par trop monotone au vu des précédentes. Mes douleurs intestinales tenaces nous incitent à trouver un toit pour la nuit, ce qui s’avère possible. Un peu de confort sommaire : pas d’eau, pas d’électricité, pas de WC, un toit quoi, pour un prix exorbitant ; on ne va les traiter d’escrocs, mais bon … si quand même. Escrocs !

En direction d'UlugchatLe lendemain, la situation se réitère : nous pédalons dans la brume, juste de quoi nous ôter le plaisir de profiter du décor environnant. Qu’importe, nous sommes partis pour un voyage à vélo, pas pour voir du paysage, grrrr… Allez, ce n’est plus le moment de lâcher le morceau, en fin d’après-midi nous atteignons Erkech-Tam, un vague bled essentiellement composé d’un poste frontière. Il est temps de se soumettre aux formalités douanières : En direction d'Erkech-Tamremplir le formulaire, montrer son passeport, décrocher les sacoches pour les faires passer dans le détecteur, montrer son passeport, raccrocher les sacoches, montrer son passeport, montrer son passeport, montrer son passeport. Sans exagérer, en cumulant les deux postes frontière (chinois et kirghize), nous avons eu à produire nos documents 13 fois. Mais nous voilà de l’autre côté, délivrés de la malédiction, finis les embarras. Nous allons pouvoir profiter du parcours à venir … ça c’est ce qu’on se plaisait à croire … mais le plus gros morceau reste devant nous, et très bientôt devant vous, en vidéo. Alors rendez-vous dans quelques jours pour le feuilleton de l’année : “Into the Erkech-Tam” !

 

*Tout à gauche : expression typiquement vélocipédique qui signifie emmener la chaîne sur le petit plateau et le plus grand pignon de façon à obtenir un développement minimal de la transmission et fournir le moindre effort pour effectuer un tour de pédales. En conséquence, la vitesse de progression s’en trouve réduite à sa plus lente expression. Exemple, dans le Grupetto, Vivi dit à Xavi : “Après le col de Suscousse et le Xatard, il reste le col de Lutérus, je suis épuisé ! Je met tout à gauche, tant pis pour les délais”.

“Sorry, we follow our regulation”

ou Les joies de la bureaucratie.

ou Comment apprendre à la boucler en trois leçons.

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Première leçon. Achetez un billet d’avion chez Air Asia. N’oubliez pas, au moment de la réservation de payer le supplément de 300.000IRP (30 euros environ) pour le surplus de bagages occasionné par votre vélo. Présentez vous à l’enregistrement deux heures avant le vol, comme d’habitude. Puis attendez patiemment que l’on vous réclame le supplément pour les équipements sportifs (pas les chaînes à neige, le vélo !), et oui, le vélo, ce n’est pas un surplus de bagages, c’est un équipement sportif, donc catégorie à part. Le montant ? 300.000IRP. Expliquez calmement que vous avez déjà versé exactement cette somme pour le surpoids. Réponse : “Sorry, we follow our regulation”. Gardez votre sang-froid (et vindiou, c’est pas facile), tentez toutes les stratégies, faites usage de pédagogie, gesticulez, prenez à témoin le reste du monde, pleurez, roulez-vous par terre. Réponse : “Sorry, we follow our regulation”. Cinq minutes avant l’embarquement, crachez les biftons, au risque de monter dans l’avion sans votre vélo. Merci Unfair Asia.

Deuxième leçon. Présentez vous à l’ambassade du Myanmar à Singapour muni de tous les documents nécessaires à l’obtention d’un visa birman. Saluez poliment le fonctionnaire de service, chaleureux comme une climatisation singapourienne. Tentez de décrypter les borborygmes d’anglais qu’il vous déverse et déterminez les pièces manquant à votre dossier. Absentez-vous une demi-heure afin de procéder à l’établissement des susdites pièces, puis revenez au guichet pour les fournir, toujours en se montrant aimable et souriant (et vindiou, c’est pas facile). Tentez de nouveau de décrypter les borborygmes d’anglais que votre interlocuteur vous déverse. Faites usage de pédagogie, prenez à témoin le reste du monde, geignez, chougnez, expliquez que votre dossier est complet et que sa demande est insensée. Réponse : “Sorry, we follow our regulation”. Renoncez à obtenir les pseudo-pièces manquant à votre dossier en acceptant que votre tête ne lui revienne pas. Retenir les bordées d’insultes qui obstruent votre gorge puis déguerpir, bredouille.

Troisième leçon. Partez pour une balade à vélo dans Kuala Lumpur par une belle journée ensoleillée. Après de nombreuses circonvolutions dans une circulation agitée, repérez enfin un banc à l’ombre, dans l’unique parc sympathique, au pied des tours Petronas. Répondez à l’appel de l’agent chargé de surveiller les quinze mètres carrés autour de lui et qui vous intime l’ordre de déposer le véhicule avant de pénétrer dans l’enceinte végétée. Proposez-lui de circuler à pied en poussant le véhicule susdit tout en arborant un sourire obséquieux. Réponse désormais attendue : “Sorry, we follow our regulation”. Déposez votre moyen de locomotion en montrant votre coopération et dissimulant votre exaspération. Courrez vers le centre du parc où se trouve le joli bassin qui vous aimante depuis le début de cette matinée à la chaleur écrasante. Juste avant de chatouiller l’eau de vos orteils, apprenez par l’agent chargé de surveiller les quinze centimètres d’eau autour d’elle, que l’accès est réservé aux craque-nains ou éventuellement à leurs accompagnateurs. Etonnez-vous, bondissez, offusquez-vous, discutez, faites usage de pédagogie, gesticulez, prenez à témoin le reste du monde, kidnappez un des mioches trainant dans les parages. Réponse au combien frustrante : “Sorry, we follow our regulation”. Décidez finalement de quitter les lieux, récupérer votre vélo et rentrer à la maison. Cherchez votre vélo, cherchez le encore, retenez une sueur froide, ne cédez pas à la panique (et vindiou, c’est pas facile), vous vous êtes fait tirer votre vélo et plus d’agent ! Aspirez une grande bouffée d’air, puis soufflez en le voyant arriver cent mètres au loin, un large sourire barrant son visage. Laissez-vous dire, sans perdre patience, que votre engin n’était pas dans le périmètre autorisé et qu’il a été déplacé. Rejoignez-le afin de l’attacher, de préférence autour d’un poteau. Laissez-vous dire par un nouvel agent que le poteau ne fait pas partie du périmètre et qu’il convient de déplacer votre vélo de vingt centimètres afin de se mettre en conformité avec le règlement. Expliquez qu’il vous est indispensable de l’attacher autour d’un point fixe, discutez, faites usage de pédagogie, étonnez-vous, bondissez, offusquez-vous, gesticulez, prenez à témoin le reste du monde, pleurez, roulez vous par terre, appelez la police ! Réponse désormais insupportable : “Sorry, we follow our regulation”.

Laissez-vous allez, insultez copieusement l’agent et tous les autres avec. De toute façon, ils ne sont pas près de vous revoir. “Sorry, we follow our impulsion” !

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Direction le Myanmar, le pays de Buddha et des stupas pour une cure de zénitude !

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PS : Et dire que ce n’est que le début !

Yogya, looose-control

“Quand on pense à Java”, c’est à ses monuments inscrits au patrimoine de l’Humanité et à ses énormes volcans formant la ceinture de feu sur la côte sud de l’île. Enfin, maintenant qu’on a vu tout ça, on y pense.

Du 14 au 17 octobre. Centre de Java. Nous débarquons à la gare de Yogjakarta (prononcer Djogdja), avec nos vélo emballés dans de larges boîtes en carton, nos dix sacoches en plus et la petite guitare dans son étui doré par la couverture de survie qui l’entoure. Il ne manque plus que la Peugeot 504 et nous partons pour le bled. Mais nous nous contentons de descendre du train, épreuve que nous ne réussissons qu’avec l’aide des porteurs de la gare. Grâce au réseau BiketoWork, nous sommes attendus par Pakjo, qui bien sûr est venu nous chercher avec … son vélo. Mais il a du bon sens et trouve la solution, nous chargeons les deux vélos sur … un autre vélo, enfin sur un triporteur, puis chacun d’entre nous fait de même et nous voilà calés à l’avant de ces tricycles, poussés à travers Yogya par de pauvres équilibristes perchés sur des selles trop hautes pour leurs courtes jambes.

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Nous avons vraiment échangé la casquette du cyclotouriste contre le bob du touriste-promené. DSC_0026-1Mais sous l’impulsion de Pakjo, fou de vélo, nous montons les bicyclettes le soir même et partons pour une virée dans Yogya by night. Quel bonheur de sentir à nouveau le cuir des selles sous nous fesses ! Nous déambulons à travers les vieux quartiers entourant les différents palais de la vieille capitale de royaumes javanais. La balade est un enchantement, le séjour s’annonce plutôt bien.

Ville à l’histoire multi-centenaire, entourée de plusieurs monuments et temples de renommée mondiale et baignée dans un environnement naturel très riche, Yogya possède de nombreuses ressources touristiques et culturelles. Nous comptons bien exploiter au mieux les trois jours à passer ici pour en profiter pleinement. Mais dès le lendemain, tout se corse !

Situation initiale : comme points clés, nous avons décidé de visiter les temples de Prambanan et de Borobudur et d’assister aux effusions du volcan Merapi, le plus actif de toute l’île ; tous ces sites s’éparpillant à quelques dizaines de kilomètres du centre de la ville. Elément déclencheur : Pakjo, en bon directeur de l’office du tourisme (ça c’est du contact valable), nous fait quelques suggestions quant à la façon d’employer notre temps et nous propose d’autres centres d’intérêts. En bon cycliste, il nous sort également ses cartes de la région. Voyons maintenant la succession des péripéties.

Le jour suivant notre arrivée, nous attaquons de façon matinale par la location d’un scooter ; ici, la circulation est moins débridée qu’à Jakarta, mais il faut quand même garder les yeux grands ouverts, garde son calme et se faufiler dans les interstices laissés libres par le flot des deux roues qui parait ne jamais s’arrêter. Ça roule jusqu’à Prambanan. Nous arrivons avant la foule des touristes et partons à l’assaut des six tours spectaculaires qui forment le principal temple du site.DSC01924C’est un véritable jeu que d’y grimper, de décoder les représentations hindouistes, puis de circuler sur les différents plateaux de ces pyramides sculptées et maintes fois rebâties en raison des tremblements de terre successifs. Le dernier en date (en 2006), a causé des dégâts importants et des armées de tailleurs s’activent aux abords. Seule déception la grisaille persistante qui gâche un peu les photos.

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Sur les conseils de notre hôte, nous embrayons sans tarder en direction de Kaliurang, point de vue imprenable sur le Merapi, pour profiter sur place d’un coucher de soleil inoubliable, suivi du spectacle des émissions rougeoyantes du monstre. Ça c’est dans le texte ; en guise de soirée mémorable, nous récoltons une averse monumentale pendant le trajet en scooter. C’est la mousson … en fin d’après midi, impensable de voir un coucher de soleil ou quoi que ce soit du genre. Et ça dure ! Nous sommes trempés comme des soupes, gelés jusqu’au os, demi-tour, on rentre au bercail.

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Raté pour le Mérapi au soleil couchant ! Qu’à cela ne tienne, nous allons retenter le coup … le matin, mais dans le sens inverse : visions nocturnes puis lever de soleil.

DSC_0200 Le lendemain donc, après un sommeil des plus courts – soirée en goguette pour une fête de quartier traditionnelle – nous nous levons en pleine nuit, grimpons sur les scooters. Nous profitons alors des rares heures où les rues sont désertes, plaisir inestimable de rouler en ligne droite sans garder les mains crispées sur les poignées de freins. Après une heure de croisière, nous arrivons au parking, une fois de plus frigorifiés. De là nous sommes sensés randonner une heure avant d’atteindre le point de vue. Armés de nos lampes frontales, nous empruntons un excellent chemin. DSC01943Puis nous tombons sur le point de vue après une bonne rando de … deux minutes. Résultat, nous avons une heure d’avance sur l’horaire, il fait nuit noire et ça caille ! Petite inquiétude, nous n’apercevons aucune lueur venant de ce qui nous semble être le volcan, tout juste un large cône élevé qui se dessine en ombres chinoises. Par contre il parait se situer bien proche de nous, on en frissonne. Entêtés, nous patientons pour profiter de l’inénarrable lever de soleil. Et c’est beau … euh, perso, j’ai pas du bien regarder parce que je me souviens pas. Au petit jour, nous apercevons enfin le Merapi, qui s’avère être beaucoup plus éloigné que prévu, en retrait derrière un petit cône de verdure, résidu volcanique nettement moins impressionnant à la lumière du jour. DSC_0249Le Merapi, lui, a la cime prise dans les nuages et de coulées de lave ou autres productions magmatiques, point du tout. Là c’est vraiment grillé pour notre panorama-spectacle ! On déclare forfait, il est 5 heures, on a sommeil, on s’casse ! Notre matinée est tout juste sauvée par la rencontre de quelques singes chapardeurs qui réussissent à nous donner le sourire.

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Pourtant, la journée ne fait que commencer et nous réserve encore bien des surprises. Plutôt que de rentrer, nous filons plein sud pour visiter Imogiri, un ancien cimetière royal, site unique en son genre, d’après notre guide local. DSC_0293En effet, c’est unique, ce n’est ouvert au public que deux matinées par semaine et coup de bol, c’est pas aujourd’hui, c’aurait été trop facile. Nous prenons quand même le temps de faire le tour du site car faute de visite, il fait beau – traduisez, il ne pleut pas – alors après deux heures de scooter, on va quand même se dérouiller les jambes. DSC_0309On commence vraiment à s’encroûter ! Sur le retour, nous avons enfin un peu de chance, nous retrouvons le quartier de la vieille ville, un peu par hasard, et pouvons visiter son cimetière royal et quelques riches habitations à la décoration intéressante.

Mais attendez, ce n’est pas fini. Des fois, on croit sortir son pied d’une bouse sans voir qu’on vient de poser le deuxième dans une autre bouse… C’est maintenant le début de l’après-midi et cette fois le coup de pompe est sévère. Il convient de se reposer car ce soir, c’est la grande fête annuelle de Yogya, événement à ne rater sous aucun prétexte, défilés de chars, feux d’artifice et tous les habitants de la ville au rendez-vous. Cette fois c’est du solide, Pakjo n’est pas le seul à nous avoir mis la puce à l’oreille alors nous avons confiance. Nous retournons donc chez lui pour nous accorder une sieste réparatrice. Les montres sont réglées, nous tombons comme des masses. A 21h, Manon se réveille, panique à bord, ça fait deux heures que nous devrions déjà être dans les rues. Nous giclons du lit et sortons pour constater les dégâts. C’est la ruée à l’extérieur, chaque ruelle est bondée et nous ramons désespérément à contre sens. DSC_0360 Une fois dans Malioboro, l’artère principale, nous guettons les animations, mais … c’est fini … en fait, chacun rentre chez soi et nous nous retrouvons coincés dans une horde de gens et de scooters, complètement désabusés. Très grosse déception qui s’accentue lorsque nous repassons dans nos têtes le film de la journée. Nous avons beau nous dire que le voyage est extraordinaire, il est parfois difficile de relativiser.

Sous le coup, perdus au milieu de la foule, nous ne faisons pas long feu, de quoi rallonger la liste des boulettes. Rapidement de retour à la maison, nous n’aurons droit qu’au bruits de pétard du feu d’artifice tirés quelques minutes plus tard et nous ne verrons rien des différents spectacles qui se déroulent au palais du roi de Yogyakarta. On les accumule !

Mais demain est un autre jour, tiens, parlons-en ! Au programme de ce troisième jour, nous avons inscrit la visite du temple de Borobudur, le plus fameux de toute l’Indonésie. Mais plutôt que d’y aller en bus, on va la jouer écolo suivant la proposition de Pakjo de nous y emmener à vélo, accompagnés de quelque uns de ses amis. Départ prévu en début d’après-midi. D’ici là, repos, cartes postales et balade pépère dans le centre. Peu avant le rendez-vous, que va-t-il se passer ? Allez vous commencez à connaître la région. Et oui, c’est l’après-midi donc, mousson oblige, il se met à pleuvoir, à verse ! Merci Popeye tu nous la copiera ta balade.

Nous décidons cette fois de prendre le taureau par les cornes. Sans attendre, nous grimpons dans un bus, puis, après quelques circonvolutions, nous posons le pied à Borobudur sous un ciel chargé mais sans pluie et pouvons dépenser nos 15$ chacun pour entrer. Il n’est pas trop tard, nous avons encore suffisamment de temps pour profiter du site. Heureusement, ce monument vaut le détour, une large construction pyramidale surmontée de plusieurs dizaines de cloches qui renferment des Buddhas observant avec sérénité toutes les directions alentours.

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C’est un vrai défi d’y faire des photos sans que n’apparaisse un touriste Indonésien dessus. Très nombreux sur le site, il donnent le sentiment d’y venir avec une seul intention : rapporter La photo preuve de leur présence sur place, ou plutôt Les photos, multipliant les combinaisons à l’infini. Une vraie mise à l’épreuve pour le photographe soucieux de la virginité de ses clichés. Vous voyez de qui on parle. Le truc : faire le tour du monument, dont la façade arrière est quasi-désertée. On respire !DSC02012

Reste une dernière épreuve à affronter sur le chemin du retour. Nous quittons les lieux à la fermeture et là surprise, plus de bus. Soit c’est taxi (très cher), soit il faut négocier avec les locaux habitués à la situation et qui attendent les pigeons gentiment. Nous optons pour la deuxième option et nous arriverons finalement dans la nuit à Yogya après un peu de moto, de bus local bondé puis de taxi, le tout en payant plus cher que l’option numéro un. Bien joué !

Elément de résolution : enfin ! Nous filons à la gare illico-presto, achetons immédiatement deux billets de train pour Probolinggo, départ la nuit même. Nous avons tout juste le temps de rentrer, s’arroser d’un seau d’eau fraîche (mandi = douche locale), empaqueter nos vélos et jeter tout notre bazar dans trois cyclo-porteurs dans le sens inverse.

Lundi 18 octobre, 01:30. Situation finale : le train entre en gare avec une heure de retard. Nous nous calons dans des sièges confortables, basculés au maximum. Bouchons dans les oreilles, plaid sur les genoux. Nous roulons en direction des majestueux volcans à l’est de Java et la nuit va nous apporter de nouvelles pages blanches à écrire.

Que s’est-il passé avec notre cher Pakjo ? Difficile de le blâmer pour tous ces ratés ; nous avons quand même passé chez lui trois jours durant lesquels il s’est montré toujours prévenant et nous devons reconnaître un certain manque de bon sens quant à notre organisation. Surement beaucoup d’incompréhension… Ça fait aussi partie du voyage ;)