Où sommes-nous

Toscane, lieu épique et moment hippique

Par Xav le Chav’

Avec le Xav, à ChiancianoItalia. Je ne dirai pas “une fois de plus l’Italie”, mais tout de même… Onze mois après avoir quitté nos deux compagnons de route sur le quai d’une gare des Dolomites, le lieu des retrouvailles est fixé en Toscane. Le pays reste le même mais les changements de paysage et de culture n’en sont pas moins marquants. Autant les Dolomites ressemblent à s’y méprendre aux Alpes autrichiennes, autant la Toscane symbolise à elle seule la Renaissance italienne et toutes ses richesses culturelles et patrimoniales.

Toscane30 juin. Chiusi. Ce n’est pas là que nous devions nous retrouver et pourtant… Le point de rencontre était prévu à Sienne, un peu plus au nord. Si tous les chemins mènent à Rome, il y en a au moins deux qui passent par Chiusi car c’est à la sortie de cette ville située en bordure sud-est de la Toscane que nous nous rencontrons finalement – et par le plus grand des hasards – avec un jour d’avance.

Toscane

ToscaneManon et Etienne m’avaient prévenu, leurs habitudes de camping ont bien changé depuis le temps des terrains trois étoiles avec piscine qui ont désormais laissé place aux bivouacs au milieu des champs, le long d’une route ou dans les parcs publics. Il va falloir s’habituer. Ce soir-là, notre choix se porte sur le bord d’une route de campagne ; nous planterons la tente sur quelques mètres carrés de verdure, derrière une station-service. Nettoyage au karcher“- Et comment on fait pour se doucher ? – Tu remplis pas trop la bassine et tu fais ça au gant de toilette, avec deux litres d’eau normalement c’est tout bon. – Euhhhh … OK, on va essayer.” Et bien non, je n’essaierai pas !! Enfin pas cette fois-ci. En effet, notre décrassage quotidien fut facilité ce soir-là par un instrument de nettoyage à haute pression cher à notre Président et dont nous tairons ici le nom d’usage (pas de publicité sur ce blog). Pour les curieux, sachez que cette méthode est finalement très écologique puisque ne consommant qu’une faible quantité d’eau ; la sensation restant bien sûr quelque peu différente de celle procurée par une douche classique (il faut souffrir pour être écolo).

Un bon p'tit déjUn aspect de leur vie quotidienne, qui lui n’a pas changé, reste l’alimentation. En plus de devoir apporter les nutriments, vitamines et autres acides gras essentiels, la nourriture consommée est C'est pas beau ça?avant tout une source indéniable de plaisir pour nos deux globe-trotteurs. Le retour en Italie n’a fait qu’accentuer leur côté épicurien : pâtes, pizzas, DSC06072charcuteries, fromages, salades, yaourts, glaces, fruits frais, vins toscans, cafés … tout y passe et pour le plus grand plaisir de nos papilles ! Notons au passage qu’un temps d’adaptation est parfois nécessaire pour pouvoir suivre le rythme imposé.

Un bon p'tit resto

Sienne3 juillet. Sienne. En italien Siena. Plus petite que son ancienne rivale florentine, Sienne reste un joyau de l’architecture médiévale dont l’apparence est restée pratiquement inchangée depuis le XVIème siècle. La densité de son centre historique est frappante : les rues étroites ainsi que les monuments grandioses s’enchaînent tour à tour au gré de nos pérégrinations. La fameuse piazza del campo – plus belle place de toute l’Italie selon certains – ne se dévoile qu’au tout dernier moment, laissant apparaître ses charmes au premier rang desquels son aspect caractéristique en forme de conque.

SienneSienneSienne, le Dumo

C’est ici que se déroule chaque année le palio, une course de chevaux montés à cru réunissant les meilleurs cavaliers des dix-sept quartiers de la ville. Par chance, l’épreuve a lieu le lendemain de notre arrivée et nous décidons de rester un peu plus pour mieux explorer cette cité et assister à cetSienne, aux couleurs du quartier événement hippique … nous ne le regretterons pas, bien au contraire. La course est prévue vers 19h30 mais une immense foule est attendue et c’est pourquoi nous prenons place derrière les barrières environ quatre heures avant le début de l’épreuve. Durant cette longue attente, Il campo se remplit petit à petit jusqu’à devenir complètement saturé et inaccessible à tous ceux restés en dehors.

DSC06045Le début des hostilités est précédé d’une grande – et très longue – parade qui voit se succéder les différentes représentations arborant les couleurs et les armes de chaque quartier. Enfin, les concurrents et leur monture font leur entrée dans cet hippodrome inattendu. Un grand silence se fait tandis qu’un speaker énumère la liste des quartiers concurrents.Sienne, défilé des quartiers peu de temps avant la course finale

Sienne, défilé des quartiers peu de temps avant la course finaleSienne, défilé des quartiers peu de temps avant la course finalePeut-être un futur champion, nerveux

Sienne, la course commence, la foule en furieLe départ est ensuite donné et les chevaux s’élancent à toute allure pour trois tours de piste. Pour les néophytes que nous sommes, la vitesse des chevaux au galop passant à moins d’un mètre de notre position nous impressionne fortement. L’hystérie des spectateurs est à son Le vainqueurcomble, l’adrénaline accumulée pendant toutes ces heures se décharge en l’espace de deux minutes. Au bout de deux tours, la moitié des chevaux ont perdu leur cavalier mais continuent quand même à courir et à influencer la suite de la course. Une fois la ligne d’arrivée franchie, les supporters du quartier vainqueur envahissent la piste et fêtent leur champion à grandes effusions de cris et même parfois de larmes. Nous naviguons tant bien que mal au milieu Le vainqueurde cette foule en délire, tandis qu’il nous faut rester sur nos gardes pour ne pas se faire renverser par les quelques purs-sangs égarés qui continuent à trotter de ci de là. La joie du gagnant en dit long sur l’importance que revêt cette course d’autant que celle-ci n’est pas sans risque, que ce soit pour les cavaliers ou pour leur monture.Après la victoireMalgré sa proximité, l’Italie réserve encore bien des surprises. Souhaitons que celles-ci se poursuivent jusqu’au bout de leur voyage.

Sur un quai de gare, 11 mois plus tard

D’une Grèce à l’autre, à travers les lauriers

Amphitéâtre d'Ephèse20 juin. Nous débarquons à Selçuk, ville ordinaire de la côte occidentale turque où subsistent les restes du temple d’Artémis, une des sept merveilles du monde antique. Seule une colonne solitaire tente de faire perdurer la splendeur passée de la déesse … Sauf son respect, nous zappons. Nous sommes encore sur le sol turc et cependant, de notre point de vue, nous venons d’entrer en Grèce, oh injure impardonnable. Bibliothèque d'EphèseIl faut quand même tenir compte du passé des lieux. A deux pas d’ici se trouve la cité antique d’Ephèse qui nous dévoile, dans la foule des touristes, son immense amphithéâtre et la façade majestueuse de sa bibliothèque. Comme dirait l’autre, c’est beau, allez on … va pédaler un peu, ça fait déjà quelques jours qu’on se la coule douce alors quoi, il y en a qui attendent un peu d’aventure.Sur la côte au large d'Ephèse Et bien, disons qu’en guise d’aventure, nous nous sommes contentés de faire un lointain retour dans le temps en traversant la Grèce et en foulant quelques vieilles pierres. Un peu de respect, nous avons eu la chance de trouver sur notre route quelques uns des plus beaux sites de la Grèce antique.

L'acropole

Temple d'Hephaïstos23 juin. Après Ephèse et quelques journées de vélo le long des stations balnéaires égéennes de Turquie, une traversée en ferry nous dépose au Pirée. Un coup de RER local et nous voilà au pied de l’Acropole, juste à l’ouverture. On ne profite jamais aussi bien des sites touristiques que lorsqu’ils sont dépourvus de touristes. Il n’y a qu’une solution pour cela, s’y trouver à l’ouverture. Nous avons profité du Parthénon, presque seuls à beurrer nos tartines tout en admirant la vue sur Athènes. Glaces énormes à MonastirakiEt dès que les cars de Chinois et d’Américains (là aussi ils se font concurrence) déboulent, on fout le camp. Balade dans le quartier de Plaka puis l’Agora, et pour nous récompenser de nos efforts … deux glaces énormes à Monastiraki.

Pendant que nous allons admirer le masque d’Agamemnon au musée archéologique, nous laissons les vélos à l’extérieur et c’est l’occasion de se faire fouiller les sacoches. On savait que les Grecs était sur la paille, mais au point de voler de la nourriture et des bombes de graisse quand même. Masque d'AgamemnonEn fait de crise grecque, nous ne voyons rien de tangible si ce n’est quelques banderoles étendues sur les grilles du parlement et quelques caricatures de Papandréou dans la presse locale. Nous terminons notre journée athénienne à la gare ferroviaire pour s’extraire de la ville en train. Nos billets en poche, nous grimpons dans le wagon et aussi sec, nous en sommes redescendus par les contrôleurs. Motif : pas de vélo dans le train. Et comment doit-on faire ? Ce n’est pas leur problème. L’occasion d’un petit “pétage” de plomb sur le quai. M’enfin, c’est presque la première fois qu’on se cogne à autant de résistance (on se croirait à Singapour). Bienvenue en Europe !

Dans les genets24 juin. Aujourd’hui c’est journée tout plaisir. Nous contournons le golfe de Corinthe par le nord. Nous avons en ligne de mire le mont Parnasse, pas celui de la tour infernale, non le vrai, l’original, le divin et majestueux Parnasse. Nous gravissons ses pentes inférieures, entourés par les lauriers roses ou blancs qui bordent les routes, un vrai bonheur. Mais nous arrivons un peu tard pour profiter des offres des magasins de ski. C’est pas grave, nous avons déjà donné dans le col enneigé, on n’est pas pressé de recommencer. Nous profitons plutôt du beau ciel bleu et du soleil de Grèce.

Dans une haie de lauriersEn fin de journée, nous suivons notre programme rituel : nous commençons par les courses (légumes frais, pates, petit déjeuner sans oublier des boissons désaltérantes pour l’apéro) ; puis nous trouvons une fontaine ou une personne bienveillante pour remplir nos poches à eau ; enfin, nous repairons une lieu un peu en retrait pour dresser notre campement. Ce soir nous décidons de passer la nuit à la sortie d’un village, à côté d’une église. Toujours un bon plan pour s’installer, il y a souvent un carré d’herbe, quelques bancs et en soirée, c’est plutôt le coin tranquille. Banco et santé au petit Jésus.

SantéLumières de crépuscule

DSC0593125 juin. Ce matin nous prenons le petit déjeuner au pied du sanctuaire de Delphes, nous en convenons, il y a pire. Et à l’ouverture nous voilà à l’assaut de la voie sacrée, admirant les restes des trésors des Béotiens, des Athéniens, montant jusqu’au temple d’Apollon, au théâtre et au stade. Le cadre est grandiose, sanctuaire enserré dans de larges falaises calcaires. Nous avons bien sûr tenté de consulter la Pythie, mais l’oracle est resté quelque peu obscur.

Golfe de CorintheLes jours suivants s’enchaînent en longeant le golfe de Corinthe. Nous traversons avec délices les villages côtiers, Itéa, Galaxidi, Nafpaktos, bercés par le parfum des lauriers. Douceur et pédalage font bon ménage sur ces reliefs ondulés mais coulés. Nous touchons au but en traversant le pont du détroit de Corinthe, nouvellement réalisé à l’occasion des derniers Jeux d’Athènes. Le long du détroit de CorintheCelui-ci nous permet de rejoindre Patras où nous embarquons sur un énorme ferry qui va nous conduire à travers l’Adriatique vers Ancona, l’Italie, et juste de l’autre côté des Alpes … mais en attendant profitons de la piscine du pont supérieur.

C'est pas la classe quand même, il fallait bien une croisière pour fêter dignement cette lune de miel.

Retrouver la valeur des choses

Partir et voyager à vélo, c’est se donner le temps d’aller lentement, de porter sur notre environnement un regard différent, de visiter un pays avec ses attractions touristiques ainsi que le reste, souvent moins attirant, En approchant de la Cappadocemoins spectaculaire, moins charmant, mais qui est souvent plus proche de ce qui en fait sa réalité quotidienne. Ainsi, avant de pénétrer dans un lieu féérique, nous avons le temps de nous imprégner de ses abords, banlieues industrieuses et délaissées pour les grandes villes, Paysans du coinrues cernées de garages auto, un peu comme si le village duquel nous approchons n’avait pas encore lavé ses mains pleines de cambouis, décharges à ciel ouvert qui brûlent sur les bas-côtés de la route. DSC_0619Nous pouvons aussi nous imprégner de la campagne et de sa douceur, plus calme, moins tape-à-l’œil, que le spot mondial qu’elle recèle. Pas de cars de touristes, pas de baraques à souvenirs made in China, souvent des larges étendues cultivées, Dans les rues de Diyarbakırparfois couvertes de coquelicots si nous pédalons au bon moment. Nous traversons aussi tant de ces petits villages, où seule une mosquée pourrait faire figure d’attraction. Dans la campagne de CappadoceMais, bien souvent, l’intérêt n’est pas là, il se trouve dans les scènes que nous chapardons depuis nos selles, trois gosses qui tapent dans un ballon crevé, une femme qui transport son paquetage en longeant les murs des ruelles, Ekmek, du vrai pain, à nouveauun groupe d’hommes assis sur des petites chaises et partageant le thé, les boulangers qui préparent le pain et dont l’échoppe exhale un fumet tentateur, Entre Varzaqan et Kharvanala vue lointaine de silhouettes courbées sur les cultures, le capharnaüm matinal autour d’un marché, un môme campé sur son âne et qui d’un œil surveille son troupeau tandis que de l’autre, il vous observe passer, hilare bien qu’un peu dubitatif. Et tous ces sourires, tous ces Salam ou autre.

Hello MisterDans les rues de Diyarbakır

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Avant de se séparerIl y aussi le plaisir de croiser un-e autre cyclo qui bien sûr passe dans l’autre sens, de stopper sa course pour quelques instants ou un peu plus, apprendre qui elle ou il est, sa provenance et sa destination, un petit bout de son histoire, échanger deux trois infos utiles, quelques combines, se refiler des morceaux de cartes. Salut JérémieParfois, on trouve le temps de le partager, préparer le repas ensemble, boire une bière en terrasse, visiter le château du coin, apprendre à faire des crêpes en camping. Le temps d’espérer que la rencontre se fera à nouveau, un peu plus tard, dans un avenir semblable ou plus sédentaire. Là encore, la simplicité donne la saveur.

Compagnon de route éphémèreApprentis cyclistes

De temps en temps, nous retrouvons un peu de confort, un certain luxe. Lorsque on bouge tous les jours, on pose sa tente un peu comme cela chante, souvent avec bonheur, mais la toilette est des plus rudimentaires : Camping prés de Yowlagaldiun gant savonneux, quelques litres d’eau froide et on expédie. Alors comment décrire le bonheur de sentir l’eau brûlante de la douche alors qu’on vient de se faire rincer sur les derniers kilomètres ? Cette douche-là vaut tellement plus que les autres, ou plutôt, nous rappelle la chance que c’est de l’avoir à domicile. Comme de pouvoir entrer dans sa cuisine, ouvrir son frigo, y choisir les ingrédients pour le repas du soir. Se glisser dans les draps de son lit sans avoir à soufflerToilette, à l'abris des regards indiscrets dans le matelas pour ne pas sentir les cailloux dans le dos. Poser son postérieur sur le trône sans s’inquiéter de son hygiène intime, être assis plutôt qu’accroupi. S’assoir autour d’une table si possible en bonne compagnie. Bien plus que ça, pouvoir appeler ses amis et sa famille quand on veut pour se retrouver et passer du temps ensemble !

C’est sûr, tout n’est pas rose chez les cyclos. Il y a les galères, les incidents, les pneus crevés alors qu’on en a ras la casquette. Il y a ces montées interminables, ces routes vraiment dégueulasses Au moins un yak, ça ne crève pas !où il n’y a rien mais rien à voir, les camions infectes qui trimballent des yaourts sur des millions de kilomètres, les imbéciles qui veulent vous écrabouiller comme un vulgaire canidé. Il y a les regards suspects, les odeurs de poubelle, les nuits sur des terrains pourris. Puis aussi le quotidien qui des fois vous pèse en même temps que de penser à tout ceux que l’on sait laissés à la maison. Alors on lève le casque, on regarde la route un peu plus loin devant, on jette un œil sur la carte et on voit que la route n’est pas si longue. Alors profitons encore de ces derniers kilomètres de lenteur avant que tout ne s’accélère…On va là où il n'y a plus de neige

Welcome to Iran

Comme le disent les Roulmaloute, reprenant Léo Ferré parlant de la mort, Iran, “le mot seul jette un froid aussitôt qu’il est dit !”. Dictature théocratique extrémiste gouvernée par des mollahs fanatiques et où règles et interdits sont nombreux, bafouant souvent le respect de la personne en particulier de la femme (le port du voile obligatoire, les bras et jambes couvertes, vélo réservé aux hommes, alcool et jeux d’argent prohibés, impossibilité pour les jeunes de faire la fête en public, discothèques inexistantes, conversion d’un musulman à une autre religion passible de la peine de mort … la liste est encore longue). Pourtant, tous les voyageurs que nous avons croisés et qui ont visité ce pays avant nous sont unanimes : “Il faut aller en Iran, vous y serez accueillis comme nul part ailleurs”.

Sur la route vers le caravansérail Rubat SharafSur la route vers le caravansérail Rubat Sharaf

C‘est avec beaucoup de curiosité que nous avons rencontré ce peuple iranien très souvent éloigné de son gouvernement et des préjugés qui ont cours à l’extérieur du pays. Voici un florilège des moments les plus délicieux qui nous ont été donnés à vivre dans ce pays au raffinement particulier.

Art de vivre à l’iranienne.

1er mai. Premiers tours de roue dans l’est du pays

Caravansérail Rubat SharafLe premier soir passé en Iran, nous nous écartons de la route pour rejoindre le caravansérail Rubat-Sharaf. Nous sommes seuls pour  visiter cet ancien lieu symbolique de l’accueil des voyageurs. L’atmosphère est propice à remonter au temps des caravanes de la routes de la soie. C,aravansérai Rubat Sharaf, on est seul, on laisse tomber les artificesAlors nous plantons la tente aux abords de l’édifice pour profiter nous aussi de l’accueil persan. Le lendemain, alors que nous nous faisons rincer à la recherche d’un endroit pour nous abriter, nous sommes interpellés par des jeunes adultes du villages qui nous emmènent chez eux pour nous offrir le couvert et le gîte pour la nuit. Nous voilà au milieu d’une famille iranienne, débordant de bonne humeur et de générosité.

La famille au complet

Le jour suivant, notre arrivée à Mashhad se fait en fanfare : tout d’abord un gars en scooter vient à notre niveau puis s’excuse pour nous tendre un paquet. Pas le temps de lui dire merci que le voilà parti dans l’autre sens, il vient de nous offrir des friandises et des boissons fraîches au moment où l’envie s’en faisait sentir, le pied ! Puis la fête continue lorsque nous croisons un groupe de cyclistes locaux, photos, accolades, invitations répétées. Merci pour le sandwich, on reviendraVient le moment de s’acquitter de notre repas pris dans un fastfood du coin, mais ce ne sera pas possible, nous bénéficions encore du statut d’invités. DSC_0055Vient la rencontre avec Ali qui nous offre des sodas, nous paie l’internet puis nous emmène chez son ami glacier, bien vu Ali, on dirait qu’il nous a cernés. Avant de se quitter il nous accompagne dans la ville à la recherche de nos hôtes Saeed et Tayebbe, Nos premières Bastaniesce même Saeed qui n’hésitera pas à prendre un jour de congé pour nous faire visiter sa ville, nous faire goûter à nos premières bastani saffron (glaces au safran), nous présenter à la famille au grand complet puis se lever quatre heures avant le boulot pour nous suivre jusqu’à la gare, au cas où … il a bien fait car une crevaison aurait pu nous coûter le départ du train.

 

8 mai. Escapade au centre du pays

Shiraz, Bagh-e Naranjestan fondé au 19ème, salle de réception puis résidence du gouverneur sous les QadjarsUn soir à Shiraz, nous suivons les cohortes d’Iraniens venus réciter quelques vers d’Hafez ou Saadi dans les jardins fleuris qui commémorent les grands poètes Iraniens. Puis nous faisons un bond en arrière de 2500 ans en traversant les ruines de Persépolis, la magistrale capitale perse de Darius le Grand.

DSC_0266Persépolis édifiée sous le règne de Darius 1er le Grand vers 518 av. JC, vestiges de l'Empire achéménide (550-330 av. JC)DSC_0255

DSC_0514Puis à Yazd, nous nous suivons la piste des tours du vent, larges édifices venus apporter un peu d’air frais dans les vastes demeures en torchis de la plus vieille cité du monde, un système de climatisation ingénieux  et écologique indispensable dans cette ville du désert ou la chaleur du midi vous étouffe. Les lumières du soir se goûtent sur la place Chakhmaq.

 Yazd, ensemble Amir Chakhmaq, façade à trois étages

DSC_0788Lors d’une journée dans la “moitié du monde” à Esfahan (Ispahan), nous nous perdons dans les allées interminables du Bazar-e Bozorg, puis nous pénétrons sur la majestueuse place de l’Imam avant de nous imprégner de la fraîcheur d’une mosquée (mosquée Jameh, de Sheik Lotfollah ou de l’Imam) et parcourir les jardins des madrasas ornées de mosaïques pluri-centenaires. Avant le crépuscule, nous nous dirigeons vers le marchand de glaces traditionnelles pour déguster une bastani saffron et admirer le coucher de soleil qui illumine la place.

Esfahan, mosquée Jameh aux styles qui se sont succédés du 11ème au 18ème siècle

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Esfahan, dôme de la mosquée Sheikh Lotfollah, édifiée début 17ème s sous Shah Abbas 1erEsfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam

Quittant Abyaneh, nous nous retrouvons en milieu de journée à faire la fête dans un mini-bus d’étudiants transformé en disco-mobile, l’autoradio hurle une techno orientale qui entraîne les jeunes gens à danser d’un bout à l’autre du trajet.

DSC05095Voilà comment cette jeunesse débordante d’énergie trouve des moyens et des lieux pour s’amuser. En fin d’après-midi, à Kashan, nous entrons dans le Bagh-e-Fin, de magnifiques jardins arrosés de fontaines. C’est le lieu de la promenade dominicale (ici, le vendredi) et l’endroit est bondé, mais l’atmosphère est douce et les iraniens se ruent sur les délices glacés que vous connaissez, alors pourquoi ne pas en faire autant.

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesUn groupe de collégiennes nous aperçoit et c’est l’agitation générale, nous croulons sous les questions formulées dans un anglais digne de Cambridge. Nous sommes assaillis par les photographes en herbe armées de portables dernier cri (même si l’embargo retarde un peu les avancées high-tech).

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesKashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantes (très favorables au voile)

Si on regarde du bon point de vue, ce voile n’est pas si visible … presque caché, non ?

Kashan, kalian, thé et petits gâteaux ... ça ira ?Le soir venant, nous prenons place dans une maison de thé pour fumer un Qalyan (narguilé) en sirotant un choy, et déguster son cortège de petits gâteaux, nous prenons notre pied à vivre à l’iranienne, à l’aise dans nos costumes d’épicuriens.

De retour à Téhéran, nous retrouvons nos vélos garés dans notre petit hôtel. Le proprio est derrière son comptoir en train d’étudier le français. Dans un mois il doit aller sur Paris et passer un entretien afin de pouvoir émigrer au Québec. Téhéran, sur le toit de notre hôtel Mashhad, avec Jérome et Noémie, deux cyclistes français, à déguster la bère interditeC’est le cas de nombreux jeunes Iraniens qui cherchent à quitter leur pays pour les Etats-Unis ou le Canada. Lui nous demande quelques ficelles et nous poursuivons la soirée sur le toit de l’hôtel,  une “bonne” bière à la main. Bonne dans le fait d’enfreindre l’une de leurs nombreuses lois pourries, car son goût insipide et son prix exorbitant auraient détourné bien des assoiffés.

 

18 mai. Traversée des montagnes, entre Caspienne et Kurdistan.

Prés de Rasht, dur dur pour planter la tente...

Nous quittons Téhéran pour retrouver la mer Caspienne. Voilà deux jours que nous longeons la côte qui borde une immense zone marécageuse transformée en rizières, un petit retour en Asie du sud–est auquel nous ne nous attendions pas et qui complique nettement le plantage de tente. Un matin, nous avons à peine parcouru une trentaine de bornes qu’un gars nous fonce dessus en mobylette à toute allure pour nous éviter au dernier moment. Une bonne gueulante pour tenter de nous soulager de cette frayeur mais sans succès. C’est alors qu’une voiture s’arrête devant nous, le conducteur venant s’excuser pour le comportement inadmissible de son compatriote dont il a été témoin. Voilà Yaser. Il sait que nous sommes dans les parages, car des connaissances à lui nous ayant vu pédaler sur la route l’ont prévenu de notre existence. DSC05212Yaser est donc à notre recherche depuis la veille au soir, il a parcouru plus de 100 km pour nous retrouver. Il nous propose de venir prendre le petit déjeuner chez lui. Il n’a pas besoin de beaucoup insister pour que nous acceptions. Arrivés chez lui, un couple de polonais est déjà présent, et nous comprenons rapidement que nous sommes tombés dans une auberge espagnole. Il n’en faut pas plus pour stopper nette notre progression. Tacitement, nous prenons rapidement la décision de rester une nuit, puis une deuxième, le temps de faire le tour de sa famille, de participer aux cours d’anglais de Yaser.

Repas chez Yaser

Sur la route entre Astara et Ardabil, le vendredi, les bas côtés de la route sont envahis pour pic-niquerEtant enfin montés sur nos bicyclettes, échappant de justesse à la tentation de confire dans le confort de sa maison, nous attaquons une longue ascension en direction d’Ardabil. Mais le jour est vraiment mal choisi, nous sommes vendredi, jour de repos pour les iraniens. Les espaces verts longeant les routes sont envahis par les nombreuses familles en goguette pour un déjeuner sur l’herbe. La route est du même coup encombrés de bagnoles. DSC_0369Mais, mais … nous nous trouvons propulsés tels de vraies stars du peloton, encouragés (voire exaspérés) par les klaxons, photographiés sous toutes les coutures, harcelés par les invitations, réconfortés par les friandises tendues à travers les fenêtres ouvertes des véhicules. Au sommet, un routier nus attends pour nous offrir de l’eau fraîche et se propose de nous escorter pour la traversée du tunnel, tous feux allumer pour éclairer la route. Sympa, mais on vous raconte pas les décibels ! Oui, on fait les difficiles.

Lors des pauses casse-croute, nous trouvons toujours un petit troquet sympathique où se rassasier d’un P1020035dizi, spécialité du pays consistant à déguster le jus de la viande cuisinée absorbé entièrement par du pain trempé dedans, puis la viande et sa garniture de pois-chiche-patates, écrasés au pilon. Nous réitérons les réponses désormais rituelles : “Français, depuis l’Indonésie, à vélo, enfin pas toujours. Mariés ? vouivoui. Chrétiens ? Ben non. musulmans, juifs, bouddhistes ? Non, plus. Ben quoi alors ? Ben rien”. Pas toujours évident à comprendre, mais pas l’ombre d’un reproche, ici c’est l’Iran, on est à l’aise, chacun ses opinions tant que ça reste entre nous. “Bon les gars (c’est sûr qu’on n’y croise pas des donzelles dans les bistroquets), c’est pas tout ça, mais comme on vous l’a dit, on n’est pas d’ici, et puis le camping on préfère faire ça hors de la ville”. Ben tiens, en voilà une drôle d’idée, parlons-en.

Dix kilomètres plus loin nous nous esquivons dans la cambrousse, un coin d’herbe au poil devant un paysage d’enfer. On est peinard. Vite dit ! Deux gars en mob rappliquent et nous indiquent sans équivoque que dormir ici, ce n’est pas possible. Tchador, no ! (Précision, tchador désigne aussi bien la tente de camping que le voile noir horrible couvrant les femmes et sensé nous préserver de pensées impures, nous les hommes pas foutus de nous tenir à carreau – nous, on a choisi le tchador version Quechua, c’est bien plus classe). Route vers Meshgin ShahrDonc pas question de planter la tente ici. Pourquoi, pourquoi ? Cela reste un mystère, et le pouce passé sur la gorge laisse libre cours à l’imagination. Mais que nenni, ils sont coriaces les p’tits Frenchies, ils ont trouvé un super spot de camping et ils veulent y rester. Il ne va quand même pas nous égorger celui-là ! Alors nous insistons, puis nous jouons notre joker, l’appel à un ami, un jeune iranien francophone rencontré dans le bled précédent. Nous comptons sur lui pour nous aider à traduire la conversation. Mais voilà qu’il s’en mêle en nous suppliant de revenir à la ville pour dormir chez lui plutôt que dans la campagne ou le danger rôde. Ben voyons, c’est connu, les loubards adorent se promener dans la campagne pendant la nuit ! Mais rien à faire, voilà notre ami qui rapplique en taxi. Meshgin Shahr, ancienne forteresse, avec Soheyl et son amiC’est un complot ou quoi ? Nouvelle proposition : venir camper dans le parc public, sous la surveillance des policiers, nous seront en sécurité. Quelle charmante idée ! Merci bien, mais les parcs publics on a testé, ça sent mauvais, c’est bruyant et pour se faire un brin de toilette, c’est pas vraiment le coin tranquille. Alors on reste là et puis c’est tout. On risque quoi ? A la sortie de Meshgin Shahe dans des prairies TRES dangereuses ... on a le gout du risque, nous !De se faire réveiller par une brebis égarée ? Après une demi-heure de palabres, nous parvenons à gagner notre ticket pour la nuit en échange de la promesse d’un coup de fil rassurant le lendemain. Tout le monde plie bagage, et nous pouvons enfin nous consacrer à notre bivouac de rêve. Jusqu’au lendemain, nous avons eu beau chercher, nous n’avons pas trouvé les dangereux malfaiteurs qui devaient nous faire la peau. Ah l’hospitalité je vous jure ma p’tite dame, y a des jours où on se la mettrait bien dans la poche.

Que penser du gugusse qui nous a réveillé en pleine nuit, m’obligeant à me retrouver en tenue d’Adam devant son fusil de chasse dans une main et une assiette de pastèque juteuse dans l’autre. Que son sourire et ses excuses répétées ont vite rabattu mon clapet de râleur !

DSC_0570-1Loshan, sur la route entre Qazvin et Rasht

Incroyable, cet Iran est un pays hors du commun, bourré de contradictions mais dont le peuple, en premier lieu, en fait peut-être le pays le plus extraordinaire pour un touriste, quel qu’il soit. Nous étions impatients de goûter à l’hospitalité perse et ce fut une expérience au-delà de ce que nous pouvions imaginer, dépassant parfois ce que nous pouvions accepter, notre besoin d’intimité finissant par reprendre le dessus. Ce fut une énorme bouffée de générosité ; lors de ces rencontres, chacun d’entre eux se fit un devoir de se plier en quatre pour nous accueillir … en “bon iranien”.

Trilogie en Kashgarie, partie 3

A nous les grands espaces.

8 mars. Ca y est, c’est aujourd’hui qu’on fout le camp … pourtant, il fait bleu se matin, après une semaine de grisaille … et les Roulemaloute nous l’ont bien dit : “Le truc con, serait de quitter Kashgar sans aller voir le lac Karakol … Non, ce n’est pas qu’un lac, il est au pied du Muztagata, ce qui change tout.” Et c’est vrai qu’on a bien envi de le voir ce lac entourés de sommets de plus de 7000m.

En route pour le lac KarakulAprès quelques tergiversations, nous planquons tout le matos dans la consigne de l’hôtel, puis nous sautons dans un bus. Si on omet les gougnafiers de Chinois qui crachent, qui grognent, qui fument, le trajet est grandiose, de bout en bout ! Au terme d’une immense ligne droite, des montagnes énormes se dessinent en toile de fond, émergeant peu à peu de l’atmosphère troublée. En route pour le lac KarakulPuis la route s’enfonce et serpente entre les massifs qui se dressent autour de nous. Nous jouons à l’essuie-glace avec la vitre du camion : “Vas-y ouvre – photo – Ferme – Vas-y ouvre – photo – Ferme …”. DSC_0313Le ciel est maintenant épuré de la pollution de Kashgar, d’un bleu vif, délimitant avec netteté les sommets qui nous dominent de plusieurs milliers de mètres. Et plus le bus progresse, plus les couleurs se font variées, renforcées par le blanc éclatant de la neige. Nous piaffons de ne pas pouvoir nous arrêter pour mieux profiter de la vue. Un peu plus loin, Sur la route entre Karakul et Kashgarc’est un paysage de dunes qui apparaît, saisissant, surréaliste à cette altitude ; pendant un temps nous sommes transportés dans le sud de la Bolivie (où nous étions il y a deux ans). Encore après, nous arrivons enfin au lac tant convoité : recouvert de glace, mais cerné de yaks, paisibles et entouré par le Kongur Shan et le Muztagata. Deux géants de plus de 7000m sur lesquels coulent d’énormes glaciers.

DSC_0323-1Autour du lac Karakul, vue depuis le poste de police

Autour du lac Karakul C’est parti pour la balade sur la plage, enfin frisquet quand même la fin d’après-midi, nous sommes tout de même à 3600m d’altitude, alors le pull autour du coup, on oublie, on va plutôt enfiler le bonnet, les moufles et la doudoune ; là, voilà, maintenant on peut se Les yaks de Karakulconsacrer à la lumière de fin de journée et engranger quelques centaines de photos. Ca va être sympa à trier tout ça ! Allez, ce n’est qu’une fois. C’est bien joli tout ça, mais où qu’on va dormir ce soir ? En arrivant, Un tour de moto a Karakul, pour une nuit chez l'habitantnous sommes vu proposé de passer la nuit chez l’habitant, avec repas local et thé au beurre de yak et nuit sur les tapis près du poêle alimenté à la bouse de yak. C’est sans compter sur l’intervention de la police locale qui nous fait gentiment mais très fermement comprendre que Chez l'habitantce ne sera pas possible. Pourquoi ? Parce que, c’est comme ça t’en a des questions toi ! Et m… ! Il ont le don ceux là ! Il n’y a plus qu’à faire du stop sur la route, où plus un véhicule ne circule. Alors, on discute avec le flic, DSC_0353on gesticule, on fait du cinéma, on plaisante (tout ça en chinois, qu’est ce que vous croyez) et puis on finit par arriver à se faire payer le trajet gratos jusqu’à la ville suivante où on avait l’intention d’aller le lendemain. Bien vu l’autruche !

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Nous nous retrouvons à scruter les cimes enneigées au moment du coucher de soleil depuis la cabine d’un camion au son de musiques locales braillées par l’autoradio. Au chaud ! On est bien, finalement plutôt content de l’affaire. Notre excursion se conclue le lendemain par un petit tour dans la ville de Tashkorgan, elle aussi située entre de superbes massifs. Allez on rentre à Kashgar, un coup de stop, encore gratos ; ça c’est goupillé, bien joué Gaston ! On s’est vraiment régalé de bout en bout.

TashkorganDSC_0233

Vive Kashgar, nous remontons sur les bicyclettes satisfaits. Cap à l’ouest, encore et toujours.

Trilogie en Kashgarie, partie 1

Nous voilà arrivé dans cette région mythique pour le cyclotouriste. Kashgar, installée entre les massifs des Tian Shan et des Pamir, sise au bord du Taklamakan, immense désert terriblement inhospitalier. Kashgar, cité millénaire à la croisée des routes de la Soie. Ici, les cyclo se retrouvent, venant d’est ou d’ouest, parfois du sud, souvent au terme ou au commencement d’épopées héroïques : la traversée d’un désert plat, aride et interminable, le franchissement de massifs par des cols aux altitudes invraisemblables.

Pour nous, ce sera le départ d’une bonne tranche d’aventure. Mais avant cela, nous nous sommes payés trois bonnes portions de dépaysement. Du rafraichissant, de l’odorant, de l’émerveillant !

Les aventuriers de l’arche perdue.

5 mars. Les rues sont encore calmes, plongées dans la nuit, et pourtant il est 9 heures du matin, mais Beijing time et Pékin est bien loin. En heure locale, il serait plutôt 7 heures, Xinjiang time. Les boulangers remplissent les fours de charbon jusqu’à la gueule, il faut que la chaleur tienne la journée. Quatre petits pains dans le sac, nous grimponsDSC_0439 dans la voiture, “c’est parti mon kiki !” Aujourd’hui nous partons en balade avec l’intention de découvrir l’arche de Shipton, vraisemblablement la plus haute du monde, qui nous a été vantée par Jamie, écrivain auto-stoppeur croisé quelques jours plus tôt à Urumqi en compagnie de Danilo, voyageur allemand. Nous sommes tous les quatre accompagnés par Iman, guide local. Une journée pleine de rebondissements nous attend.

DSC_0463 (2)La première interrogation survient lorsque nous quittons la route principale pour 18 km d’une piste s’échappant vers les montagnes enneigées. Nous apprenons là que notre véhicule n’est pas un 4×4. Il en a pourtant la forme, la taille, les pneus, un genre de 4×4 canada-dry avec … seulement deux roues motrices à l’arrière, le pire pour rouler sur la neige. Mais le chauffeur a des chaînes … mais pas vraiment l’intention de les mettre. Après plantage, poussage, nous nous montrons convaincants. Expédition pour l'arche perdueNous enfilons les chaînes, c’est reparti mon kiki. Rapidement la progression se complique, et les quelques bergers croisés sont assez dissuasifs par leurs indications, et le temps tourne : il est midi passé mais nous nous enfonçons toujours plus avant vers les montagnes jusqu’à buter vers un troupeau de chèvres.

Expédition pour l'arche perdueAprès un temps de réflexion, nous décidons de poursuivre à pied. Il semble que seuls quatre kilomètres nous séparent de l’extrémité de la piste, après quoi quatre autres kilomètres restent à parcourir dans la neige pour atteindre notre but. A confirmer. Nous parcourons la première section en moins d’une heure et, encouragés par ce rythme rapide, nous attaquons la suite confiants. Il faut alors faire une trace dans 40 cm d’une neige assez légère. Apparemment, l’objectif se rapproche et nous sommes toujours dans le Expédition pour l'arche perduetemps. Mais marcher dans la neige fraîche ce n’est pas la même histoire, cela fatigue son petit monde, et la montre tourne. Cependant, nous sommes sur le bon itinéraire, suivis par un local qui confirme depuis l’arrière. Le relief s’accentue autour de nous ; peu à peu, les vallées se resserrent, un vrai décor de cinéma se dévoile sous nos yeux. Cependant, l’épaisseur de neige augmente, dépassant désormais nos genoux. Il est bientôt 16h, plus que temps de faire demi-tour pour retrouver la voiture. Pourtant nous sentons que nous touchons au but.Expédition pour l'arche perdue

Expédition pour l'arche perdueAu fond d’une gorge … des échelles à moitié couvertes de neige. C’est là que le local de l’étape nous gratifie de la surprise du chef. Après avoir marché deux heures derrière nous qui faisions la trace, il nous double pour se poster au pied des DSC03004échelles et réclamer … 20 Yuans (2 euros) par personne, car ces échelles lui “appartiennent”. Comme la montagne sans doute ! Le genre d’intervention qu’on adore. La tournée sera finalement pour notre guide. Nous poursuivons avec impatience. Les échelles alternent avec des goulets étroits gavés de neige dans lesquels il fautMême s'il faut ramper, on y arrivera se contorsionner ou ramper pour éviter de s’enfoncer jusqu’au épaules. Nous nous arrachons encore une demi-heure, puis nous débouchons dans un cul-de-sac. Mais la récompense se tient à notre gauche ; fermant le vallon, se dresse l’arche tant convoitée. Nous tenons notre trophée et, avec lui, le billet de retour.

L'arche de Shipton

DSC_0566 (2)Après quelques congratulations respectives, nous faisons le chemin inverse déjà bien entamés par l’aller. En fin de journée, nous parvenons à la voiture, les pieds un peu … humides. Nous grimpons dans le véhicule, heureux de nous serrer au chaud et de sombrer dans les limbes de la fatigue. Best regards, Mister Shipton, nous l’avons trouvé votre arche.

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L’arche de Shipton cache une histoire digne des vrais récits d’alpinisme. Pour en savoir plus, un peu de lecture.

Un petit tour en cuisine

Petit déjeuner à Ning Lang : noodle soup et baoziMatin. Froid. Vélo. On se caille. Nous avançons le nez blotti dans l’écharpe. Voici une petite heure que nous pédalons vers le prochain patelin où nous pourrons nous arrêter pour le premier calage de bide de la journée. Quelques maisons en rondins de bois surmontées de tuiles grises ponctuent la route, de vrais jeux de construction type chalets suisses Jeujura. Gargotte à raviolisEnfin un village ; à l’odeur du feu de bois, l’idée de nous retrouver assis à ingurgiter le petit déjeuner nous mets l’eau à la bouche. Les gargotes se succèdent, arborant, de larges devantures ouvertes sur la route. Nos choisissons avec soin celle offrant l’ensoleillement maximal. “Petit déjeuner” en Chinois du Yunnan se traduit par soupe de nouilles ou de raviolis, pimentée Baozi, petits fourrés à la viandeà souhait. En bon touristes respectueux des coutumes locales, nous appliquons scrupuleusement cette pratique. Dans un coin de la cuisine, nos regards focalisent immédiatement sur d’immenses gamelles fumantes et des empilements de paniers en bambou, où cuisent à la vapeur des baozi, délicieux petits pains farcis de légumes ou de viande. Combien ? Le plateau ma p’tite dame : 6. Séance Soupe de nouilles ou de raviolistenante, nous calons nos fessiers sur les mini-tabourets en plastique, le soleil arrosant notre visage. Dans la rue, les passants vaquent au ralenti, comme si le froid engourdissait leur motivation. Une soupe fumante vient à nous, sa vapeur envahissant notre visage, son odeur pénétrant nos narines, son bouillon chaud et gras ne tardant pas à réchauffer nos papilles et nos intestins. De quoi affronter le vent froid et saisissant. De quoi faire de cette obligation quotidienne, un rituel attendu.

DSC_0717Un peu plus tard, c’est la pause de midi qui se fait attendre. Avant de nous asseoir, un petit tour en cuisine s’impose pour tenter de décrire ce que nous voulons déguster. D’immenses wok sont installés le long d’un mur. Sous chacun d’eux, d’énormes braséros carburent plein pot au charbon et de larges traces noires et poisseuses couvrent le mur jusqu’au plafond. A proximité, une grande étagère croule sous une belle panoplie de légumes. Tomates, oignons, patates, épinards, choux et autres feuilles vertes en tous genres, piments rouges ou verts aux multiples tailles, gingembres, aulx et autres racines ou bulbes. Dans un coin de la pièce, une poiscaille fraiche s’ébat gaiement dans un aquarium, attendant son dernier voyage dans l’assiette d’un futur client. Enfin, saucisses, jambons, viandes séchées couenneuses suspendus au-dessus des fourneaux finissent d’achever ce tableau arcimboldesque.

Resto à YanyuanDSC02616

Les clients autour de nous, tous Chinois, nous observent avec curiosité et s’amusent de nous voir les imiter. Ils n’hésitent pas à nous interroger dans une langue qui nous reste parfaitement absconse, mais une question revient souvent, notre provenance. “Fa-Gua” (France), terme qui vient ensuite ponctuer leurs discussions ; nous sommes manifestement le sujet de conversation pendant quelques minutes. A l’écart, certains s’attroupent autour de nos montures, détaillant les spécificités de nos machines : sacoches, compteurs, carte routière accrochée au guidon (qui semble souvent relever du casse-tête chinois), avec une mention spéciale pour les sonnettes dont la trompette jaune ! Les voilà occupés jusqu’à notre départ.

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DSC02624Nous sommes installés autour d’une large table ronde. Les chinois ont pour habitude de commander plusieurs plats et de les partager entre tous les convives, et, plutôt que d’exécuter des contorsions pour pincer entre leurs baguettes le grain de riz gisant dans une assiette à l’autre bout de la table, DSC02549il leur suffit de faire tourner – noooon, pas les serviettes !!! – un large plateau de verre rotatif permettant à chacun de se servir sans solliciter ses voisins ! Pour notre part, nous ne sommes que deux, mais le nombre de plats a tendance à bien s’accumuler sur notre plateau de verre : bœuf ou poulet au poivron, juliennes de pommes de terres poêlées, épinard ou chou au wok ou en soupe, raviolis fris, omelette variées ; ces mets “délicatement” pimentés, évidement accompagnés de riz blanc… à volonté.

Au bord du lac Lugu, le repas du soirGargotte à raviolisEt voilà le travail !

Après de tels festins, croyez-nous, c’est un supplice de repartir sur nos vélos le ventre blindé ! Maaaaais on s’y fait !

Pour finir, une petite devinette … Quoikonamangé dans cette petite souplette ?

C'est quoi ?

Massage Thaaaaaaïïïïïïïïïlandais

19 décembre. Bangkok. Près de l’hôtel, une petite rue tranquille bordée de gargottes où déguster des Pad Thaï. Nous déambulons en compagnie d’Aude et Manou qui nous ont rejoint il y a deux jours pour passer les vacances de Noël. Nous nous sentons encore plus près de la maison !

Sur la droite, une vitre coulisse et quelques Thaïlandaises nous hèlent : “Massache, massache ? C’est bon, c’est pas cher !”. Depuis que nous avons posé le pied sur le sol asiatique, nous n’avons pas encore cédé à la tentation de confier nos cuirs endoloris à des mains expertes, mais cette fois, c’est parti pour le grand frisson. Et puisque nous y sommes en Thaïlande, c’est parti pour une heure de massage Thaïlandais.

Massages Thaï Effaçons d’emblée tous les fantasmes ou clichés douteux, le massage thaïlandais c’est un truc de costaud, pas pour les sensibles de l’épiderme, les chatouilleux invertébrés ou les moelleux de tout poil. Ca va rouler du muscle, planter du coude dans les chairs, étirer du tendon, écarter, faire craquer de l’articulation. Avouons-le, au moment d’y passer, j’ai rechigné tout autant que mes congénères. On nous avait dressé un tel portrait de la séance ! Et, pauvres de nous, nos réticences se sont vues rapidement justifiées.

Petite séance de massage Thaï?Une fois allongé sur la table de massage, plus question de protester, me voilà livré au savoir-faire de la masseuse. Le petit massage de pieds délicieux au début, ne vous y fiez pas, c’est pour m’attendrir. Rapidement, voilà ma peau qui se décolle des muscles, puis une paire de pouces se plante dans ma chaire en des points hautement sensibles. Dur de réprimer quelques gestes de crispation. “Ok, is good ? Yes, no problem !” Tu parles, je suis remonté comme un ressort, tendu jusqu’à l’extrémité du poil ! T’en as voulu du massache ? Tu va être bien reçu ! Viennent ensuite les “prises de karaté”, de quoi se démettre une épaule ou se luxer le fémur. Mais la voilà qui monte debout sur la planche, qui m’empoigne la jambe pour tirer, étirer et tirer !

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J’exagère ? Un peu ? Beaucoup ? Mouais, un peu beaucoup, c’est vrai. Le premières sensations sont certes crispantes mais elles cèdent vite la place à un délassement profond, une grande sensation de bien-être. Je m’abandonne langoureusement aux manipulations expertes, oubliant les secondes qui défilent au cadran de l’horloge. Le temps s’étire comme chacune des parties de mon corps. DSC01277Une heure plus tard, mes muscles ayant traversé tous les stades de la tension extrême au relâchement le plus total, la masseuse me “relâche” dans un état de grande relaxation, m’offrant un petit thé en guise de retour à la situation de bipède. Difficile de descendre de la planche, non parce que je suis bloqué, mais j’enchaînerais bien directement par une nouvelle séance. Il ne reste plus qu’à comparer avec les massages des autres pays de la région, par pur esprit scientifique ;)

Joyeux Noël

25 décembre. Phnom Penh. Cambodge. Tout est dans la vidéo !

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En espérant que vous avez passé de bonnes fêtes, nous pensons très fort à vous tous et vous remercions vraiment énormément pour tous vos messages. Nous en avons tellement reçu depuis notre départ et nous espérons que ça va continuer !

PS : Grâce à une fort sympathique bande de Français en mission humanitaire au Cambodge, nous avons passé un vrai Noël, dans la joie et la bonne humeur et même avec du pain, du bon vin, du fromage, du saumon et du champagne ! Alors nous vous rassurons, tout va bien. En fait, il ne manquait que vous. Vous nous manquez beaucoup !

La recette pour un bon séjour à Lombok

DSC02641 Difficulté : super facile !

Prix : très élevé…

Temps : 3 jours suffisent

Ingrédients :

  • un vélo et ses 5 sacoches
  • une moustiquaire
  • une bonne réserve de flotte
  • des tongs
  • une plage de sable blanc
  • du soleil
  • une grosse noix de coco
  • un jus de banane
  • 2 pailles
  • un appareil photo

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Cette recette, qui ne se veut pas innovante, sera une réussite seulement si vous suivez l’ordre des ingrédients ci-dessus. Tous ne sont pas indispensables mais chacun joue un rôle important dans le bon résultat de cette recette. S’il vous manque l’un d’eux, vous pourrez retenter l’expérience une prochaine fois.

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Une petite illustration animée vous permettra de faciliter votre compréhension des différentes étapes. Nous conseillons tout de même à tout personne en mal de vacances, ou en difficulté dans le cadre de son travail, de s’en tenir à ces premières lignes, et d’éviter de visionner le film qui suit.

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Précisons tout de même que pour nous offrir ce plat délicieux, nous avons déboursé des litres de sueur invraisemblables, la preuve en image :

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