Où sommes-nous

Quand t’es dans le désert

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Pris dans la tourmente

14 mars. Enfin nous entrons au Kirghizstan ; cela fait deux jours que nous évoluons dans le jour blanc. Le site autour de nous est magnifique … nous a-t-on dit, mais nous ne voyons rien. Alors nous avançons… pour avancer. La température descend à grande vitesse à mesure que nous prenons de l’altitude. Nous avons sorti les doudounes, les écharpes et les "moumoutes" : des sortes de guêtres en peau de mouton que nous avons bricolé avant de partir de Kashgar.Erkech-Tam, frontière sino-kirghize

Peu à peu, le voile blanc s’efface et laisse apparaître un paysage splendide ; le moral remonte. Etienne est presque débarrassé de ses problèmes gastro-intestinaux,Erkech-Tam, frontière sino-kirghize il peut enfin  profiter de ce qui nous entoure. D’après un Kirghize du poste frontière, la route à venir est mauvaise, en particulier pour des vélos. Bah… c’est sans doute difficile pour un cycliste de base… mais pas pour nous… hum. Nous roulons sur un bitume impeccable… jusqu’ici, tout va bien. Nous essayons de profiter au mieux de cette partie. Mais le plaisir est de courte durée, après une petite dizaine de kilomètres, une piste infâme, caillouteuse et peu à peu enneigée prend le relais.

Col d'Erkech-Tam, on pousse, on poussePassage du col d'Erkech-Tam

Nous espérons que cela ne dure pas. Mais c’est long. C’est là que nous commençons à souffrir. Plus nous avançons, plus la route devant nous se dévoile, interminable. Les quelques camions qui nous doublent réapparaissent au loin, après une demi-heure, et sous l’apparence de fourmis à peine perceptible à l’œil nu … enfin surtout le mien. Un bon petit vent de face vient s’ajouter au tableau pour corser un peu l’affaire. En peu de temps, nous sommes convaincus qu’il nous sera impossible d’atteindre le patelin prévu pour le soir, et difficile de passer le col avant la nuit.

Col d'Erkech-Tam

Après une montée harassante, alternant piste mauvaise ou portions enneigées à pousser le vélo, nous atteignons enfin le col. Col d'Erkech-TamLe spectacle est superbe, immense, blanc, silencieux, et désert. Mais ce moment de réjouissance est assez bref : le ciel se couvre et il commence à se faire tard. Nous sommes à 3800 m d’altitude, tout est blanc autour de nous, pas un village à l’horizon qui est pourtant vaste. L’inquiétude nous gagne. Où allons nous installer la tente ? Miraculeusement, deux minutes plus Col d'Erkech-Tam, dans l'abri-camiontard, nous croisons un camion posé sur le bord de la route, un genre d’estafette installée à demeure et qui héberge des gars s’occupant de la maintenance des chasse-neige. Ils nous hébergent à la bonne franquette, nous évitant une nuit assez mouvementée.

A Sari-Tash, chez Chyrmashbek TurdakunovLe lendemain, c’est en chasse-neige que nous rejoignons Sari-Tash, où nous allons passer deux jours, au chaud, chez des locaux très sympas … qui nous ont finalement présenté la facture avant de partir ! Un peu surpris, mais apparemment c’est d’usage courant pour les Kirghizes de proposer le gites et le couvert contre quelques ronds. Une fois prévenu, ça passe mieux.

A Sari-Tash, chez Chyrmashbek Turdakunov

Sur la route du col de Taldik Ashuu18 mars. Nous quittons Sari-Tash sous un grand ciel bleu, bien requinqués, le moral au beau fixe. Nous franchissons un col sur une route complètement enneigée, mais le décor est grandiose, c’est un pur régal. Nous nous délectons d’une descente dans une ambiance sibérienne, la conduite est Ak Bosogosportive et nous nous adonnons même aux joies de la glissade, deux pour Etienne, deux pour moi, deux partout la balle au centre. Le repas de midi nous est offert par une famille chez qui l’ambiance est à la fête. C’est le jour de repos et la maison fourmille d’amis et de parents venus des quatre coins du pays. La félicité qui se dégage du lieu nous gagne et nous repartons le cœur léger.

Col de Taldik Ashuu

Nous roulons en direction de Osh, la deuxième ville du pays. Trois jours de vélo dans le beau temps et En route vers Kichi-Karakoldes paysages somptueux qui se renouvellent sans cesse : montagnes, vallées, formations rocheuses aux couleurs et formes variées, souvent enneigées. Par contre, la route réapparait sous la neige fondue, sous forme d’une mélasse assez indigeste pour les mécaniques. HuuuuuuuNous sinuons sur une piste cabossée et boueuse, tentant d’éviter les flaques, la neige, les zones bosselées ; Suis ici, suis icila roue avant joue l’essuie-glace, tandis que la roue arrière tente de prendre son indépendance. Comme le froid reste bien présent, tout ce qui est visqueux, une fois pris dans les rouages, se met à durcir. Alors le dérailleur cède à l’immobilisme, les vitesses ne répondent plus, c’est le gel des transmissions. Les freins se caparaçonnent sous une croute de boue durcie. De quoi occuper la soirée à nettoyer les vélos au marteau-piqueur.

En route vers Kichi-KarakolVallée de Kichi-KarakolVallée de Kichi-Karakol

Vallée de Kichi-Karakol

Mais pas de quoi nous gâcher le plaisir. Peu à peu nous redescendons dans des vallées plus hospitalières. Nous traversons des villages rustiques, chaque maisons est une ferme,Près de Sopu-Korgon avec son lot de moutons, de vaches et de chevaux qui paissent égarés dans les alpages environnant, parfois sur la route, gardés par des de fiers cavaliers. Nous avons l’impression d’avoir reculé dans le temps. La pauvreté du Kirghizstan est manifeste, et les conditions climatiques y sont rudes, avec sont quota d’alcooliques notoires. Mais, les gens sont chaleureux, hospitaliers et généreux. Tous ne font pas payer à la sortie, loin de là.

Près de Sopu-KorgonPrès de Sopu-KorgonPrès de Sopu-Korgon

A Gülchö, nous faisons une rencontre mémorable. Après nous être offert le luxe d’une douche chaude aux banya (bains publics à la russe avec sauna),Stade de Gülchö, bivouac ou pas bivouac ? nous nous mettons en quête d’un carré de verdure pour planter la tente. Notre choix s’arrête sur le terrain de football du stade municipal. Après quelques discussions avec les gardiens, ceux-ci nous installent dans le local de l’enceinte sportive. Puis ils insistent lourdement pour nous inviter à manger, nous offrant un repas copieux qui n’est pas arrosé que d’eau fraiche. Bivouac au local du stadioum !!!Nous n’en avalons d’ailleurs pas une seule goutte. Nos deux artistes s’hydratent quotidiennement à la vodka et il est clair qu’ils ont de l’avance sur nous. Après avoir largement contribué à siffler la bouteille, l’un d’eux nous raccompagne à notre local … ou l’inverse, c’est à s’y méprendre.

Rahhhhhhh, la Baltika !20 mars. Nous entrons dans Osh et trouvons soudainement le printemps devant nos roues avec un plaisir intense : douceur de l’air retrouvé, braseros distillant leurs odeurs de chachliks (brochettes) à travers les terrasses en plein air. Une bière pajalsta !

Va donc, eh, patate !

DSC02645Ahh, la Chine, ses routes, ses chantiers, ses camions, ses chauffards. Dans cette circulation d’engins crachant leur épais nuage noir, comment ne pas vous parler de la circulation et des méthodes de conduites chinoises? Il faut les voir doubler dans n’importe quelle situation : virages, côtes, rétrécissements, qu’il y ait quelqu’un en face ou non, ou bien stationner où ça les arrange, dans des endroits les plus invraisemblables, ou les plus dangereux, et bien souvent juste devant nous, s’engager sur la route sans donner le moindre regard sur les véhicules pouvant potentiellement déjà circuler (c’est une vérité frappante !), Et un peu de Kartprendre une voix en contre sens parce que c’est surement plus pratique ainsi… Entre les deux roues qui circulent en tout sens, très confiants ou inconscients, les taxis qui, imperturbables, suivent leur objectif à toute berzingue comptant sur la courtoisie des autres pour éviter tout carnage, et de tous les klaxons ou ”virez de là j’arrive !” émis par chacun d’eux, croyez nous c’est l’instinct de survie qui nous fait nous en sortir vivant !

Chengdu

Leur “mélodieuse sonnette au doux chant” incessant ? On vous en a déjà parlé ? Vous-êtes sûrs ? Pas grave, on r’met ça ! On en rajoute une couche, car de leur coté, ils ne lésinent pas à ce sujet, et ils n’ont pas besoin d’être nombreux pour user nos nerfs. Sans parler du nombre de décibels certainement interdits en France tellement c’est assourdissant et pouvant, à coup sûr, causer l’arrêt du cœur. Tout prétexte est bon pour actionner leur monstrueuses alarmes par l’intermédiaire d’une manette trop accessible et trop facile à enfoncer. On vous donne quelques motifs “justifiant” de tels agissements :

  • Prévenir qu’ils arrivent juste avant un virage, ok, on est d’accord c’est aussi pour notre sécurité. Compter en moyenne 3 coups de klaxon.
  • Prévenir qu’ils arrivent et qu’en tant que cyclistes, nous ferions mieux de ne pas trop prendre de place sur la chaussée. Compter en moyenne 5 coups de klaxon, avant, pendant et après nous avoir doublés.
  • Nous saluer, nous féliciter, ou nous encourager. Là nous sommes partagés entre les engueuler et leur sourire pour les remercier. Compter en moyenne 2 coups de klaxon.
  • Pour écarter de leur chemin chiens, poules, vaches, cochons, chèvres, ou autre spécimen à pattes. Compter seulement 1 coup de klaxon, mais qui dure plus ou moins longtemps en fonction du temps de réaction de l’individu. Et quelques fois, c’est long !
  • Pour écarter de leur chemin les nombreux piétons qui, en ville,  traversent la route sans se soucier le moins du monde de la circulation. Compter seulement 1 coup de klaxon, mais qui dure plus ou moins longtemps en fonction du temps de réaction de l’individu. Et quelques fois, c’est long !
  • Pour saluer le conducteur qui vient en sens inverse. Compter seulement 1 coup de klaxon, là, ils sont sympa.
  • Pour rien, juste comme ça. Compter 1, 2, ou 3 coups de klaxon, c’est suivant l’humeur du moment.

ChengduAlors ? Un petit pétage de feuilles et de nerfs en vélo sur les routes chinoises, ça vous dit ? Pour peu que vous soyez dans une situation conjuguant les 7 cas ci-dessus, soyez parés de vos boules Quiès pour ne pas succomber aux 16 coups de klaxon provenant de l’unique véhicule qui vous double ! De plus sachez que les boules Quiès protègent les tympans, mais pas les nerfs !!!

Alors c’est peut être plus sécurit d’avoir reçu un bon enseignement du code de la route tel que le notre, mais ce qui est sûr c’est que circuler en leur compagnie nous rend étrangement nerveux, au point de les traiter de toutes sortes de noms d’oiseaux.

Sur la Drava, la Drau, la Drave

DSC00354 Depuis Villach, les paysages défilent. Nous allons suivre le cours d’une importante rivière qui traverse successivement l’Autriche, la Slovénie, la Croatie avant de se jeter dans le beau Danube bleu (à vérifier) à la frontière serbe. Elle prend le nom de Drau (en Allemand) puis Drava (en Croate), la Drave (en Français). L’intérêt pour nos mollets est évidemment que les dénivelées sont quasi-inexistantes (enfin, 5m + 5m + 5m + … ça peut être fatiguant aussi, on a testé).

DSC00358 Mention spéciale aux Autrichiens pour les superbes aménagements réservés aux bicyclettes. Durant la partie autrichienne, nous allons suivre sur plus de 150 km une piste réservée au cyclistes appelée le Drauradweg. Elle s’étend de Villach jusqu’à la frontière slovène en traversant les vertes campagnes, les fermes traditionnelles et parfaitement entretenues. On y trouve même des pommes gratis, pas besoin de marauder pourtant nos regards sont déjà à l’affut de victuailles à cueillir.

En Slovénie, lors de la traversée de Maribor, nous sommes guidés par Frans qui mettra beaucoup d’empressement et d’énergie à nous conduire à travers la ville et finir dans sa taverne pour nous offrir … une bière !

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La frontière suivante est vite passée et nous voilà en Croatie après une étape de 115 km, motivés par l’information selon laquelle un festival folklorique et international (on ne sait pas trop) se tient à Varazdin. Ce soir on sort ! DSC00389On trouve vite fait un troquet pour laisser notre barda, débarbouillage rapide dans les toilettes (de ce côté, rien à voir, soyez patients) et nous voilà à flâner dans les ruelles, allant de stand de friture en scène folk-rock sans oublier les pauses saucisse ou glaces. Un vrai coup de bol pour un moment de distraction super sympa avec un aperçu de la scène rock locale.

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Passons le plan camping pourri aux abords de la ville. Une nouvelle bonne surprise nous attends le lendemain soir.

DSC00401A la recherche d’eau fraîche pour organiser le camping du soir, nous sommes finalement accueillis chez la famille Lazar qui nous offre le couvert, un toit pour la nuit et surtout un charmante compagnie. Nous allons pouvoir discuter de maints sujets dans une ambiance de convivialité et dans un anglais souvent approximatif, mais c’est le charme des rencontres. A big thank you to all the family !

Nous commençons à entrer réellement dans le voyage. Nous voilà à la débrouille et à la rencontre des autres. Au fil des kilomètres et des frontières traversées, le décor change, les régions sont moins riches, les équipements moins modernes, mais les routes sont encore bonnes, de nombreuses zones cyclables, des maisons bien apprêtées, un certain confort et une douceur de vivre. Les autochtones sont de plus en plus accueillants malgré la barrière de la langue qui apparaît. Malgré notre rythme assez lent (80 km/jour), nous avons le sentiment de cataloguer les situations facilement en fonction de la première impression (“Tiens, ici ils ont l’air plus sympa, la dame elle m’a sourit !”). N’avons-nous pas tendance à idéaliser du fait du voyage ? En tout cas, soit par chance, soit c’est une généralité, voyager paraît plus simple depuis quelques jours.

A bientôt pour les prochaines news !