Où sommes-nous

Toscane, lieu épique et moment hippique

Par Xav le Chav’

Avec le Xav, à ChiancianoItalia. Je ne dirai pas “une fois de plus l’Italie”, mais tout de même… Onze mois après avoir quitté nos deux compagnons de route sur le quai d’une gare des Dolomites, le lieu des retrouvailles est fixé en Toscane. Le pays reste le même mais les changements de paysage et de culture n’en sont pas moins marquants. Autant les Dolomites ressemblent à s’y méprendre aux Alpes autrichiennes, autant la Toscane symbolise à elle seule la Renaissance italienne et toutes ses richesses culturelles et patrimoniales.

Toscane30 juin. Chiusi. Ce n’est pas là que nous devions nous retrouver et pourtant… Le point de rencontre était prévu à Sienne, un peu plus au nord. Si tous les chemins mènent à Rome, il y en a au moins deux qui passent par Chiusi car c’est à la sortie de cette ville située en bordure sud-est de la Toscane que nous nous rencontrons finalement – et par le plus grand des hasards – avec un jour d’avance.

Toscane

ToscaneManon et Etienne m’avaient prévenu, leurs habitudes de camping ont bien changé depuis le temps des terrains trois étoiles avec piscine qui ont désormais laissé place aux bivouacs au milieu des champs, le long d’une route ou dans les parcs publics. Il va falloir s’habituer. Ce soir-là, notre choix se porte sur le bord d’une route de campagne ; nous planterons la tente sur quelques mètres carrés de verdure, derrière une station-service. Nettoyage au karcher“- Et comment on fait pour se doucher ? – Tu remplis pas trop la bassine et tu fais ça au gant de toilette, avec deux litres d’eau normalement c’est tout bon. – Euhhhh … OK, on va essayer.” Et bien non, je n’essaierai pas !! Enfin pas cette fois-ci. En effet, notre décrassage quotidien fut facilité ce soir-là par un instrument de nettoyage à haute pression cher à notre Président et dont nous tairons ici le nom d’usage (pas de publicité sur ce blog). Pour les curieux, sachez que cette méthode est finalement très écologique puisque ne consommant qu’une faible quantité d’eau ; la sensation restant bien sûr quelque peu différente de celle procurée par une douche classique (il faut souffrir pour être écolo).

Un bon p'tit déjUn aspect de leur vie quotidienne, qui lui n’a pas changé, reste l’alimentation. En plus de devoir apporter les nutriments, vitamines et autres acides gras essentiels, la nourriture consommée est C'est pas beau ça?avant tout une source indéniable de plaisir pour nos deux globe-trotteurs. Le retour en Italie n’a fait qu’accentuer leur côté épicurien : pâtes, pizzas, DSC06072charcuteries, fromages, salades, yaourts, glaces, fruits frais, vins toscans, cafés … tout y passe et pour le plus grand plaisir de nos papilles ! Notons au passage qu’un temps d’adaptation est parfois nécessaire pour pouvoir suivre le rythme imposé.

Un bon p'tit resto

Sienne3 juillet. Sienne. En italien Siena. Plus petite que son ancienne rivale florentine, Sienne reste un joyau de l’architecture médiévale dont l’apparence est restée pratiquement inchangée depuis le XVIème siècle. La densité de son centre historique est frappante : les rues étroites ainsi que les monuments grandioses s’enchaînent tour à tour au gré de nos pérégrinations. La fameuse piazza del campo – plus belle place de toute l’Italie selon certains – ne se dévoile qu’au tout dernier moment, laissant apparaître ses charmes au premier rang desquels son aspect caractéristique en forme de conque.

SienneSienneSienne, le Dumo

C’est ici que se déroule chaque année le palio, une course de chevaux montés à cru réunissant les meilleurs cavaliers des dix-sept quartiers de la ville. Par chance, l’épreuve a lieu le lendemain de notre arrivée et nous décidons de rester un peu plus pour mieux explorer cette cité et assister à cetSienne, aux couleurs du quartier événement hippique … nous ne le regretterons pas, bien au contraire. La course est prévue vers 19h30 mais une immense foule est attendue et c’est pourquoi nous prenons place derrière les barrières environ quatre heures avant le début de l’épreuve. Durant cette longue attente, Il campo se remplit petit à petit jusqu’à devenir complètement saturé et inaccessible à tous ceux restés en dehors.

DSC06045Le début des hostilités est précédé d’une grande – et très longue – parade qui voit se succéder les différentes représentations arborant les couleurs et les armes de chaque quartier. Enfin, les concurrents et leur monture font leur entrée dans cet hippodrome inattendu. Un grand silence se fait tandis qu’un speaker énumère la liste des quartiers concurrents.Sienne, défilé des quartiers peu de temps avant la course finale

Sienne, défilé des quartiers peu de temps avant la course finaleSienne, défilé des quartiers peu de temps avant la course finalePeut-être un futur champion, nerveux

Sienne, la course commence, la foule en furieLe départ est ensuite donné et les chevaux s’élancent à toute allure pour trois tours de piste. Pour les néophytes que nous sommes, la vitesse des chevaux au galop passant à moins d’un mètre de notre position nous impressionne fortement. L’hystérie des spectateurs est à son Le vainqueurcomble, l’adrénaline accumulée pendant toutes ces heures se décharge en l’espace de deux minutes. Au bout de deux tours, la moitié des chevaux ont perdu leur cavalier mais continuent quand même à courir et à influencer la suite de la course. Une fois la ligne d’arrivée franchie, les supporters du quartier vainqueur envahissent la piste et fêtent leur champion à grandes effusions de cris et même parfois de larmes. Nous naviguons tant bien que mal au milieu Le vainqueurde cette foule en délire, tandis qu’il nous faut rester sur nos gardes pour ne pas se faire renverser par les quelques purs-sangs égarés qui continuent à trotter de ci de là. La joie du gagnant en dit long sur l’importance que revêt cette course d’autant que celle-ci n’est pas sans risque, que ce soit pour les cavaliers ou pour leur monture.Après la victoireMalgré sa proximité, l’Italie réserve encore bien des surprises. Souhaitons que celles-ci se poursuivent jusqu’au bout de leur voyage.

Sur un quai de gare, 11 mois plus tard

Çay, çay ?

La montagne et le verre de thé.

Préambule. Depuis que nous sommes entrés en Chine, un mot est devenu rituel et persistant malgré les langues différentes, mandarin, ouïgour, turc, farsi … Et pas question de l’oublier : Choy ou chay, le thé !

Dernier repas avant les séparations11 juin. Karadut, sud du Nemrut Daǧi. Plein de gros mimis lancés à la volée alors que la voiture s’éloigne emportant Michèle et Jacques vers la France un peu plus rapidement que nous. Nous voilà à l’entrée de la dernière ligne droite, traverser la Turquie, un bout de Grèce, un bout d’Italie, et puis, et puis le retour… 

C’est le bazar autour des vélos. Nous venons de vider les sacoches pour ne garder que l’essentiel et rentrer légers. Fini la gore-tex, et autres bricoles devenues inutiles, nous nous sentons prêts à décoller, mais il faut tout empaqueter, comme chaque jour avant de quitter le campement. Camping à l'auberge, le luxe !Le matos de camping dans une sacoche arrière, les vêtements et l’ordi dans l’autre. A l’avant la popote, le réchaud, les victuailles en quantité toujours deux fois supérieurs au nécessaire … on ne sait jamais, des fois qu’il faille pédaler 200 km sans croiser un troquet, la Turquie est développée, oui mais bon, nous craquons systématiquement une fois devant les présentoirs de l’épicier. Résultat, il va encore falloir traîner les cacahuètes pour l’apéro sur une étape de plus, on finira bien par les avaler ; les friandises, c’est toujours utile pendant l’effort alors deux kilos ce n’est pas de trop !

Aprés 2 heures de route à 13,5% de moyenneAllez, on se bouge et on range, il est plus que temps de filer. C’est du gros qui nous attend, l’ascension du Nemrut Daǧi avec traversée du sommet. A peine retardés par l’averse de grêle qui s’abat sur le camping, Des fois on se demande s'ils ne sont pas un peu zinzins !nous attaquons la montée sous un ciel clément. A l’instar des iraniennes, il s’est voilé de nuages pour nous permettre de supporter la chaleur. Les pentes sont démentes : 11 à 12 % de moyenne sur Des comme ça on en fait pas tous les jours12 km avec quelques côtes à 18 % si ce n’est plus. Mais après une semaine sans pédaler et avec nos sacoches allégées, nous nous acquittons de la tâche plus facilement que prévu. Le gros morceau est au sommet : On pousse, on pousse et on souffleun sentier empierré et raide comme tout permet de terminer l’ascension avant de basculer de l’autre côté du sommet. Il faut pousser les vélos un par un et soulever la roue avant à chaque marche, tâche éreintante qui aurait été interminable sans l’aide de touristes turques de passage.

Vue à l'est, au loin le bassin de l'Euphrate

Terrasse estMais au sommet, nous pouvons souffler, la vue sur les alentours est fantastique et la lumière du soir magnifie les massifs hiérarques de pierre qui nous regardent passer sans sourciller. Le vent froid nous pousse dans la descente sans tarder. DSC_0712-1Alors que nos sacoches sont garnies comme un caddie sortant du prisunic, nous craquons pour le souper proposé à l’auberge juste en-dessous. Voilà comment on se retrouve à trimballer un melon sur des kilomètres. Mais nous ne crachons pas dans la soupe de lentilles brûlante.

12 juin. Çayköy, au nord du Nemrut Daǧi. Nous venons, au terme d’une magnifique journée de vélo, de traverser des zones montagneuses qui longent l’Euphrate. Un village perduA midi, nous avons fait la pause dans un camping situé sur un point haut. Le jeune qui bosse là attend désespérément les clients qui ne viennent pas. Avec nous c’est râpé, cette fois nous avons sorti le pique-nique des sacoches, il était temps de manger les tomates avant les avaries. Cela ne l’empêche pas de nous offrir le thé, idéal avant la sieste au soleil.

DSC_0749

Avant d’arriver dans la plaine, il reste un dernier col à franchir, une longue ascension que nous décidons de couper en deux. Ca c'est pas faux, mais ça dure un peu plus que 150m !Au pied de la montée, nous tentons de faire le plein à la station-service… il faut bien alimenter le réchaud, pour ce qui est des jambes, nous nous en sommes occupés peu avant. Si la pompe est vide, le samovar est plein, alors nous acceptons les verres de thé que nous offre le pompiste. Un ou deux sucres, puis on tourne, on tourne, on souffle pour faire refroidir le liquide fumant avant de s’y brûler les lèvres. Une fois le verre vide, on est resservi immédiatement, jusqu’à plus soif. La discussion est limitée, notre turc plafonnant aux “Tesshekür” (merci) et “Güzel” (c’est bon).

Puis nous nous remettons en route. Toujours difficile de repartir lorsque la fin de journée approche, pourtant, on trouve la motivation dans les dénivelées que l’on sait épargnées pour le lendemain. Hello MisterEtape rituelle de la fin de journée : trouver de l’eau pour remplir les poches qui nous servent de réserve pour la douche et la popote du soir. En Turquie, ce n’est pas un soucis, l’eau est potable et dans ces montagnes il y a des sources de partout. Sur le bord de la route une ferme se dresse avant que la route ne s’engages dans des pentes plus raides. Le paysan nous offre l’eau claire qui coule à son tuyau, par contre il ne comprend pas notre demande de planter la tente sur une terrasse herbeuse qui entoure sa maison. Tant pis, il faut poursuivre et trouver un autre terrain.

Mais la montagne est trop abrupte et plus aucun endroit ne se prête au camping hormis le macadam. Très peu pour nous. Ce genre de situation est si fréquent que nous en ferions une loi si elle n’existait déjà. C'est jouliiiiMais comme toute loi a ses exceptions, nous trouvons l’exemple pour nous contredire : une piste plonge dans la pente et nous offre quelques dizaines de mètres plus bas un petit carré d’herbe sympathique. Alors que nous attaquons le plantage de tente, un type sort de la caravane qui est à côté et sur le terrain duquel nous empiétons. “Tchador ? Tamam !” (Tente ? C’est bon !) Ouf ! “Chay ?” Pourquoi pas ? Le gars qui nous gratifie d’un large sourire est garde forestier et passe une bonne partie de son temps à se balader dans le coin. Un çay ?Il est visiblement heureux de nous accueillir dans son abri et nous vidons le samovar en sa compagnie tandis qu’il apprécie de me voir apte à rouler une cigarette avec le tabac qu’il m’offre. Du vrai tabac de cow-boy, du genre à ne pas taxer une clope deux fois de suite (mes victimes sauront à l’avenir comment se prémunir de mes chapardages chroniques). Mais nous apprécions ces instants précieux et simples en même temps, il font la particularité d’une journée qui pourrait ressembler à tant d’autres. Notre homme veut discuter alors nous échangeons des bribes d’idées au moyen d’un petit dictionnaire. Les sujets rituels reviennent parmi d’autres : enfants, élections nationales, métier …

Le lendemain matin, alors que nous ne le voyons que quelques instants, notre rencontre se ponctue par un dernier plaisir, il nous invite à déjeuner à sa table : du pain, des olives, du beurre et du fromage … sans oublier le chay !

Nem-route de Van à Diyarbakır

Par Michèle et Jacques

Ascension du Nemrut Daǧi de TatvanDans le sud-est de la Turquie, au nord de l’ancienne Mésopotamie, deux sommets portent le même nom de Nemrut. L’un est un formidable volcan, le Nemrut Gölü, culminant à 2900 mètres, dont le cratère contient un grand lac bleu, Bouge pas on revientet un plus petit aux eaux vertes car sa température plus élevée à cause de sources d’eau chaude, favorise le développement d’algues; il est situé sur la rive ouest de l’immense lac de Van. L’autre, le Nemrut Daǧi, est dominé par un immense tumulus abritant le mausolée du roi Antiochos 1er, encore un mégalo. Quelle idée de faire installer des statues de plusieurs tonnes là-haut ! Hélas, suite à un tremblement de terre, ces statues ont perdu la tête.

DSC_0699

Apéro à notre premier lieu de camping, sur la terrasse d'un hôtelC’est dans cette région que nous avons retrouvé Manon et Etienne en pleine forme malgré une entrée un peu rocailleuse en Turquie (voir l’article Une drôle d’entrée en matière). Quelle ne fut pas notre surprise de les voir en sortant de l’aéroport de Van, alors que nous avions rendez-vous au centre ville ! Et quel plaisir de les revoir après de longs mois de séparation.

Première visite : l'église de la sainte Croix, Akdamar, île sur le lac de Van

Une semaine avec eux, ce n’est pas de tout repos !

Chez nos hôtes du village du Nemrut, on a l'air chouette non ?En arrivant sur un site à visiter, il faut d’abord trouver un endroit où laisser les bicyclettes et les sacs, mais pas d’hôtel, c’est contraire à l’éthique du voyage. Et comme il y a peu de campings organisés dans cette région, on demande dans une mosquée, ou on squatte chez l’habitant. Une exception à Diyarbakir où on ne trouvait rien, on dort à l’hôtel (même qu’il y a la clim !!).

Nos hôtes du village du Nemrut

Pour aller d’un site à l’autre, il faut arriver à rentrer ces fichus vélos dans les minibus. Trois places, rien que ça !Mais, bon, les Turques sont gentils et très bien organisés, au moins pour les voyages, et tout se passe pour le mieux. Le téléphone turque n’a rien a envier au téléphone arabe, il fonctionne, et quand on arrive à une correspondance, on a l’impression que tout le monde sait déjà où nous devons aller, et nous montre le minibus suivant.

Descente du Nemrut, vue sur le lac de VanEt puis, il fait chaud dans ce pays, même si on s’est pris une orage avec de la grêle en atteignant le sommet du Nemrut (le 1er). Pas de grasse matinée possible quand le soleil vient taper sur la toile de tente dès 6 heures du matin, sauf pour Etienne. Mais avec la quantité de glaces qu’il avale dans la journée, ça doit être un vrai frigo là-dedans !

Saveurs kurdes

Ceux qui sont allergiques aux tomates et concombres (turques !!) devront choisir une autre destination, puisqu’ils sont systématiquement servis en salade avec le plat de résistance. Impossible d’y échapper.

Un repas mémorable à MardinSauf si on se permet d’aller dans un restaurant « chic » (merci), comme au Cercis Murat Konaǧi de Mardin. Alors c’est une explosion de parfums. Menthe, épices, cannelle (ah !! la crème !!), caramel (ah !! la glace !!) houmous, et diverses viandes cuisinées et arrosées d’ayran (yaourt), le thé final accompagné d’une liqueur (sans alcool) mais délicatement parfumée à la cannelle . Pour clore le tout, le serveur, vêtu d’une tenue princière, Un repas mémorable à Mardinnous rince les mains à l’eau de rose. La perfection. Il faut aussi poser le cadre : une belle terrasse avec vue plongeante sur la Mésopotamie, une douce température, un ciel pur, le chant du muezzin, une musique orientale très douce et eux. Comment ne pas trouver la vie belle !!!

La "mer" de Mésopotamie

Vue sur la MésopotamieMardin, ville médiévale du sud de la Turquie (35 km de la frontière syrienne) est accrochée à la pente d’un piton rocheux et dominée par une citadelle non-visitable car propriété de l’armée turque. Depuis la terrasse du restaurant précédent, on découvre une plaine immense qui paraît sans fin : la Mésopotamie. Bazar de MardinCurieuse sensation, on a l’impression que c’est la mer qui est au pied de cette montagne. Pas un arbre, pas une ombre. C’est écrasant. Est-ce le contraste avec la ville où de nombreuses ruelles étroites, sombres, souvent avec des escaliers, qui montent vers la citadelle, perpendiculairement à la rue principale ?

La disparition d’Hasankeyf

La forteresse d’Hasankeyf a été construite sur la falaise qui borde le Tigre. Elle est maintenant en ruine, même si des gens y vivaient encore il n’y a que 50 ans. Mais ils ont dû déménager vers la nouvelle ville, sur la rive du Tigre. C’est un site extraordinaire, car l’accès à la citadelle se fait par des rues taillées dans la falaise qui abritait quantité de maisons troglodytes.
HasankeyfUn pont, lui aussi en ruine, permettait de traversé le Tigre. Son arche centrale, d’une portée de 40 m, pouvait être retirée en cas d’invasion. Mais dépêchez-vous d’y aller, car la construction du barrage d’Ilısu devrait noyer une partie de ce joyau. On l’annonce pour les prochaines années bien qu’il soit très controversé, tant localement, car il devrait déplacer 60000 personnes, qu’internationalement, car il contrôle l’eau du Tigre qui passe ensuite en Syrie et en Irak.

Diyarbakır

On révise avant d'entrer dans la mosquée ?Sentiment mitigé sur cette ville. Bien sûr, c’est une ville fortifiée au patrimoine riche avec ses remparts, ses mosquées, ses églises, ses caravansérails… la plupart avec des murs faits de bandes de pierres noires volcaniques, peintes de motifs blancs. Dans les rues de DiyarbakırMais, il y a aussi, comme souvent dans les villes en pleine expansion, beaucoup de pauvres. Est-ce normal qu’une fillette d’à peine cinq ans traîne dans les rues à 11 heures du soir pour vous vendre un paquet de mouchoirs ? C’est une pauvreté extrême qui se dégage de cette ville.

DSC_0516“Hello ! What is your name ? Where do you come from ? Money, Money.” N’avons nous pas entendu ces quelques mots un millier de fois dans la semaine !

Un peu d’émotion au moment de la séparation. Nous rentrons sur Diyarbakır pour prendre l’avion, ils remontent à vélo au Nemrut (le 2ème) pour continuer leur périple. Même le ciel est triste : nous nous prenons un orage carabiné sur la route. Mais plus que quelques semaines, et ils seront de nouveau avec nous.

Merci Manon et Etienne pour cette semaine inoubliable.

2011-05-28 Turquie

Trilogie en Kashgarie, partie 2

Rhouch, rhouch ! Laissez passer, laissez passer !

Marché aux bestiaux de Kashgar6 mars. 11 heures. Nous suivons le flot des charrettes, des tracteurs, des attelages aux remorques chargées de bêtes. Tous convergent vers un capharnaüm grouillant : Marché aux bestiaux de Kashgarle marché aux bestiaux de Kashgar. Chaque dimanche s’y retrouvent tous les paysans et négociants de la région venus pour marchander tout ce qui a quatre pattes et produit du lait. On y trouve aussi les bouchers de la ville venu s’approvisionner en viande fraiche et grasse.

DSC_0427

Marché aux bestiaux de Kashgar, cordonnierNous entrons dans la zone périphérique, alléchés par les odeurs de viande grillée. Nous circulons entre les étals des rémouleurs, des cordonniers, des barbiers. Sur une piste déjà bien foulée par les bottes et les sabots, nous nous mêlons à la foule pour pénétrer au cœur du bazar. Ici, c’est “pousse-toi de là que je m’y mette”, Marché aux bestiaux de Kashgaril faut avancer au pas de course pour ne pas nous faire piétiner et ne pas compter sur les avertissements des conducteurs de charrettes. Ca gueule de partout ; il en arrive de toutes parts et pas seulement des tendres : des taureaux, des vaches, des chèvres, des ânes, des moutonsTâtage de cul de différentes races, des chameaux, chacun tentant de gagner la parcelle qui lui est réservée, mené par son propriétaire. Il faut passer à tout prix. Bêtes et propriétaires s’entremêlent, attendant de faire affaire ; on brasse du billet, on discute les prix, on se raconte les dernières nouvelles du village en petit comité. Les acheteurs potentiels vérifient la marchandise : état de la dentition, densité “postérieure”. Observage de dentitionDans un coin du marché, des dizaines de boules de laine s’alignent et passent une par une entre les mains de “coiffeurs” armés de paires de ciseaux puis en DSC03043ressortent toutes nues (on se croirait dans un dessin animé). Dans ce salmigondis, le va-et-vient permanent des bêtes à vendre et des bêtes vendues maintient une intensité impressionnante.

Marché aux bestiaux de KashgarMarché aux bestiaux de KashgarBrochette de culs tondus

Marché aux bestiaux de Kashgar, chachliksTelles de petites fourmis désemparées, nous nous perchons sur un terre plein nous permettant de contempler la scène d’en haut. Le tableau est saisissant de vie et d’authenticité. Nous avons le sentiment d’être parachuté à une autre époque. Sur un coté du marché, un alignement de tables et de chaises permet à qui veut de se sustenter : chachliks (brochettes traditionnelles), pains fourrés à la viande de mouton, laghman (pâtes étirées), portions de pastèque, soupes en tout genre… tout ce qu’il faut pour conclure de bonnes affaires !

Marché aux bestiaux de KashgarEtals de nourriture : pains à la viande de mouton, gras mais savoureuxRiz, pain et mouton

Un peu plus loin, l’humeur est au “jeu”. Attirés par des attroupements nous nous approchons et nous glissons entre les spectateurs. Contrairement aux Ouïgours agglutinés en cercle ou perchés sur les installations proches pour Marché aux bestiaux de Kashgar, combats de chiensmieux apprécier le show, nous sommes légèrement refroidis : deux chiens type pitbull (j’y connais rien) s’affrontent en duel, encouragés par leurs maîtres à l’affût de leur moindre mouvement. La foule autour s’excite à la tournure du combat, les paris vont bon train, chacun encourage son poulain. Les deux bêtes s’amochent sévèrement, la tête DSC_0518ensanglantée, ils ont la permission de cesser leur duel. Un peu plus loin, déjà un nouveau cercle se crée autour de deux autres victimes, tandis que le nôtre se défait rapidement, laissant apparaître les derniers échanges de billets pariés. Un peu de cruauté en guise de distraction…

Nous quittons le marché aux bêtes de Kashgar brassés et transportés par ce mélange intense de couleurs, d’odeurs, d’impressions. En à peine deux heures écoulées, nous avons le sentiment d’avoir fait un voyage à part entière.

 

Au fait, le chat de la guesthouse d’Urumqi, comment s’appelait-il ?

Pas Indien, pas Elisabeth, pas Adolph, mais presque, c’était le Hitler Cat, c’est malin, pauvre bête !

Un petit tour en cuisine

Petit déjeuner à Ning Lang : noodle soup et baoziMatin. Froid. Vélo. On se caille. Nous avançons le nez blotti dans l’écharpe. Voici une petite heure que nous pédalons vers le prochain patelin où nous pourrons nous arrêter pour le premier calage de bide de la journée. Quelques maisons en rondins de bois surmontées de tuiles grises ponctuent la route, de vrais jeux de construction type chalets suisses Jeujura. Gargotte à raviolisEnfin un village ; à l’odeur du feu de bois, l’idée de nous retrouver assis à ingurgiter le petit déjeuner nous mets l’eau à la bouche. Les gargotes se succèdent, arborant, de larges devantures ouvertes sur la route. Nos choisissons avec soin celle offrant l’ensoleillement maximal. “Petit déjeuner” en Chinois du Yunnan se traduit par soupe de nouilles ou de raviolis, pimentée Baozi, petits fourrés à la viandeà souhait. En bon touristes respectueux des coutumes locales, nous appliquons scrupuleusement cette pratique. Dans un coin de la cuisine, nos regards focalisent immédiatement sur d’immenses gamelles fumantes et des empilements de paniers en bambou, où cuisent à la vapeur des baozi, délicieux petits pains farcis de légumes ou de viande. Combien ? Le plateau ma p’tite dame : 6. Séance Soupe de nouilles ou de raviolistenante, nous calons nos fessiers sur les mini-tabourets en plastique, le soleil arrosant notre visage. Dans la rue, les passants vaquent au ralenti, comme si le froid engourdissait leur motivation. Une soupe fumante vient à nous, sa vapeur envahissant notre visage, son odeur pénétrant nos narines, son bouillon chaud et gras ne tardant pas à réchauffer nos papilles et nos intestins. De quoi affronter le vent froid et saisissant. De quoi faire de cette obligation quotidienne, un rituel attendu.

DSC_0717Un peu plus tard, c’est la pause de midi qui se fait attendre. Avant de nous asseoir, un petit tour en cuisine s’impose pour tenter de décrire ce que nous voulons déguster. D’immenses wok sont installés le long d’un mur. Sous chacun d’eux, d’énormes braséros carburent plein pot au charbon et de larges traces noires et poisseuses couvrent le mur jusqu’au plafond. A proximité, une grande étagère croule sous une belle panoplie de légumes. Tomates, oignons, patates, épinards, choux et autres feuilles vertes en tous genres, piments rouges ou verts aux multiples tailles, gingembres, aulx et autres racines ou bulbes. Dans un coin de la pièce, une poiscaille fraiche s’ébat gaiement dans un aquarium, attendant son dernier voyage dans l’assiette d’un futur client. Enfin, saucisses, jambons, viandes séchées couenneuses suspendus au-dessus des fourneaux finissent d’achever ce tableau arcimboldesque.

Resto à YanyuanDSC02616

Les clients autour de nous, tous Chinois, nous observent avec curiosité et s’amusent de nous voir les imiter. Ils n’hésitent pas à nous interroger dans une langue qui nous reste parfaitement absconse, mais une question revient souvent, notre provenance. “Fa-Gua” (France), terme qui vient ensuite ponctuer leurs discussions ; nous sommes manifestement le sujet de conversation pendant quelques minutes. A l’écart, certains s’attroupent autour de nos montures, détaillant les spécificités de nos machines : sacoches, compteurs, carte routière accrochée au guidon (qui semble souvent relever du casse-tête chinois), avec une mention spéciale pour les sonnettes dont la trompette jaune ! Les voilà occupés jusqu’à notre départ.

DSC02598

DSC02624Nous sommes installés autour d’une large table ronde. Les chinois ont pour habitude de commander plusieurs plats et de les partager entre tous les convives, et, plutôt que d’exécuter des contorsions pour pincer entre leurs baguettes le grain de riz gisant dans une assiette à l’autre bout de la table, DSC02549il leur suffit de faire tourner – noooon, pas les serviettes !!! – un large plateau de verre rotatif permettant à chacun de se servir sans solliciter ses voisins ! Pour notre part, nous ne sommes que deux, mais le nombre de plats a tendance à bien s’accumuler sur notre plateau de verre : bœuf ou poulet au poivron, juliennes de pommes de terres poêlées, épinard ou chou au wok ou en soupe, raviolis fris, omelette variées ; ces mets “délicatement” pimentés, évidement accompagnés de riz blanc… à volonté.

Au bord du lac Lugu, le repas du soirGargotte à raviolisEt voilà le travail !

Après de tels festins, croyez-nous, c’est un supplice de repartir sur nos vélos le ventre blindé ! Maaaaais on s’y fait !

Pour finir, une petite devinette … Quoikonamangé dans cette petite souplette ?

C'est quoi ?

En quête de hauteur

La route ballote sacrément, le chauffeur ne fait pas dans la douceur. Coups de frein nerveux, virages brutaux, nous nous réveillons de nombreuses fois avant d’arriver à Dali. C’est là que nous allons enfin solliciter de nouveau nos mollets à la découverte de cet empire immense et intriguant qu’est la Chine. Le temps qui nous est imparti ne nous permettra d’en découvrir que quelques miettes … peut-être les meilleures ?

Sur la route vers le Lac LuguDSC_0503

Rempart du vieux DaliDu 27 au 31 janvier. Dali. Cette petite ville fortifiée campée entre montagnes enneigées et le lac Erhai nous plonge dans une ambiance hivernale. Ca y est ! Nous voilà enfin emmitouflés dans nos bonnets et nos écharpes, une buée encore discrète sort de notre bouche lorsque nous respirons et les nuits sont vraiment fraiches. Vieille ville fortifiée de DaliNous faisons quelques pas dans les rues bordées de maisons traditionnelles et clinquantes, au petit marché local où quelques clichés se confirment : à l’ombre de leur chapeau chinois, les vendeurs proposent des produits en tout genre, de nombreux légumes inhabituels, des poissons et de gros crapauds s’agitant dMarché du vieux Dalians leur bassine, des œufs aux formes et aux couleurs suspectes, multitudes de nouilles … Nous flânons tranquillement pour nous imprégner de cette atmosphère sereine. Dans un square,A Dali, jeux populaires chinois des grappes de gens sont réunis, courbés au-dessus de tables. Debout derrière eux, d’autre les observent, commentent la partie de dominos, de cartes, ou de dames qui se déroule sous leurs yeux. Des images de Sofia nous reviennent à l’esprit : ambiance calme et conviviale.

Nous profitons de cette petite visite pour apprécier notre premier contact direct avec la cuisine chinoise. Autant vous dire que nous n’y sommes pas allés de main morte, voilà ce que c’est de répéter qu’ “il faut vivre l’instant présent comme si c’était le dernier”. Baozi, petits fourrés à la viandeNous avons testé raviolis à la vapeur, Baozi (petits pains farcis de viande et de légumes), crêpes de riz à la crème de cacahuète et sésame, patates frites au piment, feuilletés au lait de chèvre … ou de yak, pâtisseries diverses et variées, soupes de nouilles. Et tout cela en seulement … une journée ! Mais uniquement pour être en mesure de vous raconter fidèlement, tels Marco Polo (hem…), la culture chinoise. Fourbis de bonnes résolutions, nous nous plongeons dans notre guide linguistique pour mémoriser quelques rudiments de conversation. Hummm … avez vous déjà tenté d’apprendre le chinois?  Nos ambitions ont subitement été revues à la baisse. Nous nous contentons pour aujourd’hui de bien prononcer le mot “Zàijàn” (au revoir). 

Trooop bon !Nous traversons une campagne assez tranquille et de nombreux villages. A ce stade, la circulation n’est pas pesante. Nous nous arrêtons au grés des odeurs aillées pour un bol de soupe, une poêlée de légumes ou une crique (bonne surprise, la crique est une spécialité locale). Peu à peu, le relief devient plus escarpé, et qui dit escarpé, dit montées, tout mollet de cycliste vous le dira. Premier soir, nous nous trouvons vers 2500m d’altitude lorsque la nuit s’approche. C’est là que vous nous imaginez, aventuriers que nous sommes, dans notre tente à endurer de froides nuits : “Les pauvres petits, ils doivent se les geler”, “Ont-ils un équipement suffisant pour Shaxi, porte estle froid ?” … de notre côté, nous avons bien apprécié … les couvertures électriques dans de petits hôtels de bords de route, plutôt douillet ! Nous approchons même la neige, au point que, dans un virage un tantinet verglacé, Manon se prend d’une envie de flirter avec le goudron. A Shaxi, ancienne cité caravanière de la route du Thé et de chevaux, nous sommes charmés par les vieilles maisons, la place pavée et le vieux théâtre. Encore quelques coups de pédales, et nous arrivons près d’un immense lac bordé par les superbes montages blanches du Yùlong Xueshan (5500m), de larges champs d’arbres roses (je ne sais pas leur petit nom), et Lijiang.

DSC02246

Gorges du saut du tigreDu 1er au 3 février. Lijiang. Nous prendrons le temps de visiter l’endroit à notre retour d’expédition : deux jours de randonnée aux Gorges du saut du tigre. Situées à 80km plus au nord, ces gorges prennent en étau le plus grand fleuve de Chine, le Yangzi. Un corridor somptueux à la végétation mi-bambous mi-sapins et encadrée pGorges du saut du tigrear des sommets culminants à plus de 5000m. Nous nous élevons progressivement au dessus des gorges sur un chemin taillé à la dynamite, le long de lignes électriques, de tuyaux d’irrigation et de publicités pour les guesthouses peintes à même la roche. La vue sur le Yùlong Xueshan et ses voisins n’en reste pas moins sublime. Sans doute nos montagnes alpines nous manquent-elles, Yulong Snow mountaincar nous avons de temps en temps le sentiment de nous retrouver dans la vallée de La Grave, face à la Meije. Loin de nous l’idée de nous lancer à l’assaut de ces sommets acérés aux parois lisses et abruptes… peut-être le terrain idéal pour des pros de la grimpe. Dommage, nous sommes de pauvres cyclistes ;)

Dans les rues du vieux LijiangA Lijiang, le touriste vient pour déambuler dans les ruelles pavées de la vieille ville, pour se laisser porter par son atmosphèreDSC_0360 médiévale, ses maisons de bois encerclées par de petits canaux. Ca bouillonne de péquins chinois charmés par le vieux quartier traditionnel exclusivement composé de boutiques bien achalandées mais avantageusement restaurées. C’est ici que vivent Hutch et ses “colocataires” chez qui nous passons quelques jours. Hutch est un homme remarquable, pas seulement parce qu’il a eu la gentillesse de nous accueillir chez lui ;) mais surtout parce qu’avec ses 71 ans, il continue de parcourir le vaste monde sur son vélo. Promis, juré, nous aussi nous aurons la même pêche à son âge ! La Hutch Team

Le soir du réveillon du nouvel an chinois, nous traversons la vieille ville qui parait être en plein léthargie. Nous qui avions prévu d’être en Chine spécialement pour l’occasion, nous sommes surpris et un peu déçus. Nous guettons, mais les boutiques sont en majorité fermées, les rues semblent s’être vidées, comme si le froid régnant en cette saison avait glacé toute animation. Puis à minuit, c’est l’explosion ! Une multitude de pétarades retentit à travers la ville, des feux d’artifices apparaissent au-delà des toits et cela dure sans discontinuer pendant près d’une heure avant que tout ne retombe dans le silence nocturne. Voilà c’est le nouvel an chinois, une grande communion pétaradante où petits et grands Stigmates du nouvel anallument les mèches soufrées. D’ailleurs, plus on est grand, plus le pétard est gros, plus le vacarme est retentissant. En fait, nous avions été prévenu, c’est une fête qui se déroule dans les chaumières, en famille, et il n’y a rien de spectaculaire sinon la quantité de poudre brûlée à travers tout le pays. Le lendemain, nous trouvons des confettis rouge vif dans les moindres recoins de la ville, certains lieux sentent encore la poudre. Et durant le mois suivant, nous serons régulièrement surpris par les claquements d’une grappe de pétard, jusqu’à Chengdu où, le soir de notre arrivée, des feux d’artifice innombrables bien qu’individuels éclairent les quatre coins de la ville.

Inutile de vous préciser qu’à l’heure où raisonnent les pétarades, nous sommes sagement installés au rang … du fond … de nos duvets. Les feux d’artifice, ça n’est pas pour nous (voir Yogya loose controle) et puis un cycliste, ça se couche avec les poules, non mais !

DSC_0478Du 4 au 7 février. La route se poursuit en direction du Lac Lugu. Ses charmes nous ont été vantés maintes fois auparavant. Ce qui l’a moins été, ce sont les 10 km de montée en route pavée qui mènent au col à 3500m précédant l’arrivée. La route de la mort, si si, les photos le prouvent, c’est pas du chiqué !DSC02405 Bon d’accord on n’a encore rien vu, mais jusqu’à ce jour, c’est une des parties à classer sur le podium de nos difficultés. To be continued… Pour notre plus grand plaisir, la majeure partie de la route s’est révélée magnifique, assortie d’une superbe descente dominant le fleuve Yangzi, Le grand fleuve chinois … on l’a déjà dit ? C’est pour voir si vous lisez tout. L’arrivée vers le Lac est tout bonnement somptueuse, qui dit col à 3500m, dit ras-le-bol des pavés … euhhh non, dit vue imprenable sur le lac aux eaux étincelantes avec coucher de soleil en prime faisant flamboyer les montagnes environnantes. Il faut quand même trouver la motivation quelque part, nous ne sommes pas simplement masochistes. DSC_0544

Le lac nous offre une journée divine à parcourir son pourtour, flânant d’un Chinois jusqu'au bout de doigts !point de vue à l’autre, stoppant au gré des photos à prendre … en compagnie des touristes chinois, on se prendrait presque pour Alain Delon des fois. La cerise sur le gâteau, c’est l’entrée au Sichuan – province frontalière  – et la découverte de la culture bouddhiste tibétaine, avec les chortens, les drapeaux à prière multicolores. Mais ça c’est une autre histoire ;)

Arrivée en bouddhisme tibétain !!!

D’un extrême à l’autre dans l’empire du milieu

26 janvier. Nous y voilà, aujourd’hui nous pénétrons sur ce territoire mystérieux et fantasmatique. Nous sommes impatients de savoir de quoi il retourne, de battre en brèche les idées reçues, de se confronter nous-même à cet immense pays qu’est Zhongguo (prononcer Jong-gwoh), littéralement terre du milieu : la Chine !

Boten, un avant-goût de Chine Avant même d’avoir franchi la frontière sino-laotienne, nous changeons radicalement de décor : dès la ville de Boten, côté laotien, à 2 km de la frontière, nous avons quitté le sud-est asiatique, cette ville a manifestement été bâtie par des Chinois. Aucune erreur possible, nous passons d’un pays qui nous apparait soudainement dans toute sa pauvreté à une opulence affichée en multicolore. La césure se prolonge au passage de la douane. Côté laotien : un simple baraquement poussiéreux garni de fonctionnaires armés de tampons ;A la douane chinoise de Boten côté chinois : un énorme bâtiment climatisé de verre et d’acier, carrelage impeccable, bosquets soigneusement entretenus et des automates douaniers qui vous parlent …. en Français ! Effet garanti. De l’autre côté, les routes sont impeccables, les moindres parcelles des montagnes environnantes sont exploitées, et de hautes constructions colorées et bien alignées nous rappellent l’arrivée sur Istanbul.

Le deuxième effet saisissant se situe du côté – si vous nous suivez de puis longtemps vous allez deviner –, du côté des papilles. Nous avions tant entendu sur les préparations culinaires surprenantes voire rebutantes de ce pays que nous étions parés pour le pire. Mais c’est avec délice que nous avons pu tester la cuisine du Yunnan : nous avons vu réapparaître poivrons, légumes frais à foison, viandes goûteuses, patates bien assaisonnées avec bien sûr des nouilles, mais trop bonnes !!! Peut-être dirions-nous que nous n’avons pas mangé aussi bien et si peu cher depuis le début du voyage.

Et voilà le travail !A la gare de bus Jinghong, un anglais et deux polonais

A Jinghong, avant de reprendre le busBaozi, petits fourrés à la viande

Pour finir notre bascule, il ne restait qu’à se confronter aux transports. Dans le but de rejoindre le nord du Yunnan, nous avons pris des bus près de la frontière. Nous avons enchaîné deux jours et une nuit de bus entrecoupés d’acrobatiques chargements-déchargements pour passer d’un bus à l’autre. Dans le bus pour DaliNous avons fait halte à Jinghong puis Kunming, deux villes chinoises, deux exemples de la démesure du développement de cette énorme puissance. La deuxième, avec ses millions d’habitants, est la capitale de province, desservie par plusieurs gares routières gigantesques. Si vous connaissez, ça vaut bien la gare de la Part-Dieu, les trains en moins mais plutôt des trains de bus, plusieurs centaines, sagement alignés dans l’attente d’un départ ponctuel (l’antithèse du Laos en la matière). DSC02113Les premiers contacts avec les locaux sont variables, entre négociation rugueuse pour faire admettre les vélos dans la soute du car et sourires échangés au-delà de la barrière de la langue. De ce point de vue, nous allons vite tâcher d’apprendre et de comprendre quelques rudiments de mandarin pour éviter de foncer droit dans la “muraille”.

Avant de nous lancer à l’assaut des montagnes du Sichuan occidental, nous voilà plongés dans un bain radicalement différent du précédent, qui nous sort du train-train. Une bousculade déstabilisante et exaltante.

Bangkok surprise-party

17 décembre. Bangkok. Nous voilà de nouveau à Bangkok, de retour du Myanmar et aujourd’hui, c’est jour de fête car nous allons accueillir Emmanuelle et Aude qui nous rejoignent pour les deux semaines à venir. Objectif : rejoindre Phnom Penh pour aller y passer Noël. D’ici là, nous leur avons concocté un programme serré sur Bangkok et alentours pour les trois jours à venir. Le thème : visiter des temples, des temples, des temples, mais pas tous les mêmes, “same, same but different”, vous commencez à connaître ;) Demandez le programme, suivez l’ouvreuse, c’est parti pour la visite.

Bangkok, sur la Chao PrayaAujourd’hui nous attaquons avec une balade dans Chinatown, une petite virée en bateau sur la Chao Phraya, la grande rivière qui traverse Bangkok avant de débarquer au Wat Pho. Un des temples majeurs et école de massage renommée dans toute la Thaïlande, mais nous ne sommes pas là pour ça. DSC_0264Nous traversons les cours ornées de stupas multicolores, allons saluer l’immense Bouddha couché et tout doré puis flânons entre les palais au toits ornés de petits miroirs teintés. Arrêtons-nous un instant sur la pause déjeuner, et oui on ne se refait pas. Un petit ensemble de gargotes locales à proximité nous permet de faire partager aux copines les senteurs de la cuisine locale et pour leur premier repas nous dégustons un des plats nationaux thaï, le Pad Thai, des noodles (pates torsadées, genre pâtes chinoises) Bangkok, gargottes près du palais royalassaisonnées de pleins de petits trucs très très bons et notamment des cacahuètes ! Evidemment, il y a des plats plus risqués, des viandes en vitrine qui attendent un éventuel acquéreur, mais nous ne sommes pas très téméraires en la matière, quand nous mangeons, nous voulons nous faire plaisir alors on choisit le Pad Thai, c’est du solide.

Dans l’après-midi, découverte du palais royal et des multiples constructions chatoyantes qui l’environnent, ça brille dans tous les sens et dans toutes les teintes. On ne sait plus où donner de la tête et forcément, Jo la mitraille dégaine son appareil, un gros boulot de tri en perspective. Un vrai régal, nous en profitons jusqu’à se faire mettre à la porte aux lueurs de fin d’après-midi. L’heure approche pour la première surprise.

Bangkok, Wat Phra Kaeo Bangkok, Palais royal   Bangkok, Wat Phra Kaeo  

DSC_0530Nous prenons à nouveau un bateau rapide sur la Chao Phraya pour nous rendre au Théâtre Royal. Ce soir nous donnons dans le culturel avec un spectacle de Khon, les danses masquées traditionnelles. Les costumes et les décors sont sublimes, malheureusement,DSC_0485 la fatigue combinée au caractère disons figé de l’action, nous emmènent vers des cieux éloignés de la scène où Rama et ses acolytes rejouent des épisodes de la mythologie hindouiste. Peut-être avons nous été un peu ambitieux pour cette première journée.

18 décembre. Peine perdu nous remettons cela le lendemain. A Hua Lamphong, la gare ferroviaire centrale, nous grimpons dans un train à destination d’Ayutthaya, capitale du royaume de Siam (thaïlandais) jusqu’au 17ème siècle, avant que les Thaï ne soient repoussés jusqu’à Bangkok par les Birmans. Nous faisons d’abord escale à Bang Pa-In pour visiter … le palais royal, puis filons à Ayutthaya (un nom chantant vous ne trouvez pas ? ;) , qui est située sur une île entre les méandres de ma Chao Phraya. Et là nous allons voir du temple à toutes les sauces : ancien, moderne, en brique, en pierre, Bouddha assis, stupas en cloche, en ogive, au coucher de soleil, au lever de soleil. Mais croyez-le ou non, nous avons adoré ! Comme si nous n’étions pas encore lassés.

AyutthayaAyutthaya, Wat Chaiwatharam

Ayutthaya, festival de l'UNESCOIl faut dire que le site est magnifique et tout ces monuments sont d’une variété incroyable. A ce titre l’ensemble a été récemment classé au patrimoine mondial de l’Humanité ; alors pour fêter cela, tous les ans, la ville organise un festival et ça tombe bien c’est pile poil la semaine où nous y sommes. Le soir nous nous trouvons plongés dans une ambiance digne des festivals européens de l’été, une scène avec diverses animations, démonstrations de combat de rue de danses folkloriques au milieu des badauds et les inévitables petits stands où chacun y va de sa spécialité culinaire.Ayutthaya, festival de l'UNESCO Vous commencez à nous connaître, évidemment, nous voulons tout goûter ! Tour à tour, chacun rapporte sa trouvaille aux trois autres : petites brochettes, beignets, mini-crêpes, confiseries, rhum local, glaces agrémentées de bizarreries et un nombre invraisemblable de nouveautés que l’on peinerait à vous décrire. Alors de mieux c’est de venir les goûter par vous même. Ayutthaya, festival de l'UNESCO, show sur l'histoire de la villeLa surprise du jour est à nouveau un spectacle, mais bien différent de la veille. Pour couronner le festival, se tient un grand show son et lumières avec un déploiement de figurants et force feux d’artifices qui est censé raconter l’histoire d’Ayutthaya. Les commentaires en thaïlandais ne nous empêchent pas d’apprécier les différents tableaux : scènes de vie rurale, batailles épiques, arrivée des colons européens (ils ont l’air malin nos amis thaïlandais avec leurs perruques de Ayutthaya, spectacle sur son histoiretrois pieds de long), le clou : les éléphants tantôt machines de guerre dominant les combats, tantôt attractions loufoques faisant s’esclaffer l’assistance. On se croirait presque au Puy-du-Fou, les Chouans en moins, les pachydermes en plus. Cette fois, nous sommes tenus en éveil du début à la fin. Nous on aime le spectaculaire, pas l’intellectuel, désolés.

19 décembre. Dernier jour de la trilogie plus en douceur : encore quelques visites de temples, sans nervosité. Nous sentons que l’engouement des premières visites de temples est émoussé. Un train nous ramène à la grande capitale. Il est bientôt l’heure de nous rendre soigneusement présentables pour la fin de cette journée. Où ? Pourquoi ? … th th th, que de curiosité ! Les seules consignes sont les suivantes : De nouveau sur le toit du Vertigo, alors...émues?pas de tong, pas de sac à dos, pas de short, bien peignés et les épaules redressées.  Nous prenons le métro pour rejoindre le quartier des affaires de Bangkok. Au fil de notre petite escapade, l’appel des papilles se fait entendre.Apéro sur le toit du Vertigo “Un petit jus de fruit, ça vous dit ?”. Et nous voici dans un ascenseur qui nous mène directement au “Vertigo”, un bar perché au sommet d’un building de 300 mètres … minimum. Là, un magnifique 360° s’offre à nous dans les couleurs de la fin de journée… Bangkok à nos pied pour le coucher de soleil et un apéro inoubliable !

Bangkok, du haut du Vertigo

24 décembre. Pour conclure, un petit mot tout de même en direction de nos deux complices. Nous adressons un grand merci à Manou et Aude pour  nous avoir rejoint pendant ces deux semaines et nous avoir permis de passer un très beau Noël à Phnom Penh, en compagnie d’une sympathique bande de volontaires français en mission ici. Des cadeaux un repas de fête et, tenez-vous bien, une messe de minuit … en khmer tout de même ! Et nous avons tous les deux apprécié ; finalement, il nous fallait bien ça, pour réaliser que nous étions à Noël !

Joyeux Noël

25 décembre. Phnom Penh. Cambodge. Tout est dans la vidéo !

This video was embedded using the YouTuber plugin by Roy Tanck. Adobe Flash Player is required to view the video.

En espérant que vous avez passé de bonnes fêtes, nous pensons très fort à vous tous et vous remercions vraiment énormément pour tous vos messages. Nous en avons tellement reçu depuis notre départ et nous espérons que ça va continuer !

PS : Grâce à une fort sympathique bande de Français en mission humanitaire au Cambodge, nous avons passé un vrai Noël, dans la joie et la bonne humeur et même avec du pain, du bon vin, du fromage, du saumon et du champagne ! Alors nous vous rassurons, tout va bien. En fait, il ne manquait que vous. Vous nous manquez beaucoup !

Myanmar, dans les transports en commun

Au Myanmar, pas de vélos pour nous, ils sont restés à Bangkok, alors tant pis, on va prendre cars, train, ferry pour vivre finalement les expériences parmi les plus intéressantes de ce pays. En voiture, et comme ils savent le dire ici, c’est parti mon kiki !

A fond dans le car

Fin d’après-midi. Le car est ponctuel, voire en avance, nous grimpons à nos places, on se sert les coudes et le reste avec, on rentre les genoux, on bascule les sièges inclinables. DSC_0031-1Voyage de nuit, nous avons bien l’intention de pioncer avant d’arriver, le lendemain en début de matinée. La télé et les haut-parleurs sont branchés et psalmodient des prières bouddhistes avec en arrière-fond des images de moines et de temples qui défilent au ralenti. C’est parfait pour nous emmener vers le sommeil malgré notre position un peu inconfortable. Le car emprunte une large autoroute, la seule du pays nouvellement bâtie pour la modique somme de cinq milliards de dollars, spécialement pour desservir la capitale nouvellement déplacée à Naypyidaw sur les recommandations d’un diseur de Bonaventure et sur ordre des ces messieurs les généraux. La route est tout confort. Un ciment nickel, peu de virages, quasi-désert. Seuls quelques cars se suivent à distance et de pauvres types errent à pied pour aller de leur champ à leur bled, tirant parfois un buffle.

DSC00941 Nous traversons une immense plaine brune et désolée ; la forêt a disparu entièrement de cette vaste région, coupée, transportée en Chine ou en Thaïlande pour être transformée en mobilier à bas prix exporté … chez vous peut-être (vous avez bien une chaise en teak ?). Dans le car, le ton monte. Les prières ont fait place à un film, disons-le, formidable…ment pourri ! Ce n’est pas une série B, c’est bien plus bas dans la hiérarchie cinématographique. Des acteurs catastrophiques, une intrigue lourdingue, des bruitages risibles et un humour à massacrer votre voisin ! A moins d’être birman. Nos voisins, eux, sont visiblement très réceptifs à ce navet. Du coup, volume au maximum et nous en prenons plein les oreilles. De plus, la séquence est interminable. Impossible de fermer l’œil et nous commençons à avoir les abeilles.

La nuit tombe. Les quelques villes que nous traversons sont à peine éclairées. Quelques néons espacés s’éparpillent dans l’obscurité. Soudain nous entrons à Las Vegas, flash light, guirlandes multicolores, fontaines illuminées entre hôtels de luxe et casinos à profusion. Nous voilà en fait dans cette fameuse capitale. L’impression est surréaliste, une richesse inattendue dégueule sur les trottoirs. Les passagers du cars, de modestes birmans, se pressent aux vitres pour contempler cette abondance de biens qui leur nuit. Le gouvernement spolie en permanence la population de ce pays pour investir ses dollars dans des projets absurdes.

Quelques kilomètres plus loin, suit une ville fantôme, no man’s land de néons en rangées alignées, de rues désertes en parfait quadrillage, de maisons identiques à 90% inhabitées. Ce sont les logements censés être occupés par les nouveaux venus à la capitale. Mais c’est surtout une immense terrain vague, sinistre au possible ou s’éparpillent quelques centaines de familles. Ne cherchons pas à comprendre, encore l’œuvre des généraux au pouvoir, bienvenue au Myanmar.

Trois heures de feuilleton birman plus loin, la télé enchaîne avec des chansons d’amour mièvres au possible en karaoké évidemment, des fois qu’il nous prendrait l’envie de chanter à tue-tête pour s’endormir. Mais pour s’endormir, le mieux est de s’en remettre aux cahots du car qui est maintenant sur une route dégueulasse à une seule voie. Dans ces conditions, c’est le plus fort qui s’impose et le plus fort, ce sont les gros bahuts, alors nous faisons régulièrement des écarts sur les bas-côtés, de quoi nous bercer tranquillement. La fatigue faisant son œuvre, nous finissons par nous assoupir. Soudain, on nous fait signe, le car est arrêté, quelques personnes descendent dans la nuit noire, nous avec, largués sur le pavé avec trois heures d’avances. Nous pensions économiser une nuit d’hôtel en dormant dans le car. En fait, nous avons à peine dormi et il est 2h du matin. Nous voilà dans le froid et les rues désertes à suivre un sympathique moine qui nous indique une guesthouse. Plongée dans un bon lit, allongés, silence, on dort !

Le train-train habituel.

3h30 du matin. Nous traversons les rues quasi-désertes de Mandalay, croisons quelques pauvres chauffeurs de taxi à la recherche d’un client à se mettre sous la dent. Quelques clébards errent, paumés et de nombreux birmans sont allongés de-ci de-là n’ayant pour couchage que le trottoir, un mince bout de tissu en guise de couverture et pour plafond le néon blafard d’un lampadaire. Le gouvernement peut faire n’importe quoi pour la cacher des yeux des touristes, la misère est là silencieuse et implacable. Un feu, quelques bûches à même la rue autour desquels une pauvre famille se réchauffe. La gare est déjà bruissante de l’agitation des birmans qui s’entassent dans les trois wagons d’ordinary class du train. Le wagon de first class est majoritairement occupé par les militaires qui montent à Pyin-oo-Lwin, la mère patrie de la clique des généraux entourant l’abominable Than Shwe. Pas pour nous.

DSC00749Le train est ponctuel. Notre voiture est complète : plusieurs passagers s’agglutinent à trois sur des banquettes pour deux ; la rangée centrale est totalement obstruée par un amoncellement de cabas et de gens repliés tentant de s’allonger. Chacun se déploie comme il peut selon sa place, son envergure ou ses voisins. Un joyeux méli-mélo de marchandises et de corps humains. C’est calme, on tente de dormir comme on peut, on s’endurcit les fesses sur les sièges faits de lattes de bois. Seul le padam padam vient battre la mesure et les cahots des rails nous tirent des brumes fraiches matutinales. Pulls, doudounes ou couvertures, c’est selon, sont de rigueur.

This video was embedded using the YouTuber plugin by Roy Tanck. Adobe Flash Player is required to view the video.

DSC00772Dans la nuit, le train grimpe vers l’est. Puis l’aube dévoile sa palette de couleurs. Les premiers rayons de soleil nous autorisent à relever la vitre et libérer le wagon de la mixture d’odeurs humaines et de poisson séché. Un peu d’air frais ! Premier arrêt en gare et premiers échanges : on monte, on descend, voyageurs, paquets multiples, vendeurs à la sauvette, préparations “fraîches” défilant sous les fenêtres et à déguster de suite. A Pyin-oo-Lwin, surabondance d’uniformes, c’est ici que se trouve la principale école militaire du pays, mais pas d’arme en vue. DSC00755Pause syndicale pour les voyageurs, l’occasion pour eux d’acheter victuailles et friandises tout à fait exotiques pour nous. DSC_0005-1Dans le wagon, de toutes parts, on sort la vaisselle, les plats préparés à l’avance et l’on se met à table, on s’organise et on ripaille, comme un repas du dimanche. L’occasion également de se fourrer dans la bouche une nouvelle feuille de tabac à chiquer, le bétel, cette espèce de drogue quotidienne qui leur bousille les dents et leur fait cracher de partout un jus rouge épais et immonde. Pire que les traces de chewing-gum !

DSC_0077-2Le trajet se poursuit tranquillement tandis que le soleil vient réchauffer la campagne et nous avec. Les collines environnantes sont superbes, couvertes de nombreuses parcelles agricoles parfaitement entretenues et dont les couleurs ocre, jaunes, vertes, brunes forment un camaïeu du plus bel effet. Les arrêts réguliers libèrent peu à peu l’espace dans l’allée centrale du wagon, donnant aux marchands de tout poil la possibilité de faire la promotion de leurs produits miracles aux effets multiples : racines à l’odeur d’eucalyptus, baumes du tigre en tout genre, … De véritables images du temps passé.

DSC_0044-1Vers midi, nous arrivons à la petite ville de Gogteik qui précède les gorges du même nom. Le train emprunte alors un massif viaduc métallique permettant de les enjamber et offrant du même coup une vue exceptionnelle sur le site : le point d’orgue du trajet. Maintenant que nous sommes identifiés dans le wagon, nos voisins nous invitent à venir nous pencher à leur fenêtre. Nous jonglons d’un côté à l’autre du train pour laisser le moins de miettes possibles de ce spectacle éphémère. C’est là que l’on se réjouit de notre rythme de chenille processionnaire. Une profonde veine tapissée de végétation est dominée par de larges falaises oxydées. Pour tout voir, on tend le cou au maximum, mais il n’y a qu’à bien se tenir. En cas de faux pas, la chute du train serait immédiatement prolongée par un saut du viaduc sans élastique, quelques centaines de mètres, ça jette !

Dernier arrêt pour nous : Kyauk Me. En quelques minutes, un comité d’accueil se forme autour de nous.

DSC00775

Quelques étudiants venus tailler les beefsteak pour “practicer” un peu. Mais la discussion tourne court, il viennent de commencer alors nous déclinons les rituels identité, âge, nationalité et pour parler politique, on attendra. Par contre un gars très vif et sympathique, guide local nous met vite dans sa poche en nous décrivant son programme. Nous sommes séduits et sautons du train en marche pour deux jours de trek avec Naing Naing.

Maman les petits bateaux

DSC00936Réveil en sursaut, grosse frayeur, notre bateau part dans une demi-heure. Nous ramassons les affaires en urgence ; heureusement, il y a toujours un taxi qui guette. En cinq minutes, pied au plancher, l’un d’eux nous conduit jusqu’à l’embarcadère. Il fait encore nuit, le port grouille de monde, tout va bien. Nous montons à bord à l’écart des chaises en plastiques où se vautrent les touristes, de toute façon c’est complet. Nous nous installons avec les locaux, étendus sur des nattes au milieu des paquets. Nous retrouvons l’ambiance du train.

DSC_0029-1Le bateau glisse lentement le long de l’Ayeyarwaddy, principal cours d’eau du pays, boueuse à souhait. Nous admirons des collines parsemées de stuppas. Les heures suivantes ne sont qu’une longue descente entre les berges pelées qui laissent deviner d’immenses plaines sans aucun relief. DSC_0034-1Spectacle complètement monotone qui nous laisse très vite indifférent. Le seul intérêt est à bord, en particulier lors des arrêts où l’énorme barque DSC_0042-1est prise d’assaut par les vendeuses de nourriture : bananas, fruits, samossas, portions de riz, caramels au graines de sésame, … Et ça se dispute la première place pour caser sa marchandise dans les mains du touriste. Cela fonctionne d’ailleurs plutôt bien, les premières montées sont les premières à vendre. On négocie vite, la marchandise fraîche circule entre les mains des intéressés, on tâte, on soupèse, pour faire la meilleure affaire. Puis les billets circulent dans les mains, dans la bouche, sur la nourriture pour atterrir dans la poche une fois le marché conclu. L’apDSC_0050-2rès-midi s’écoule paisiblement au rythmeDSC_0046-1 du fleuve, des ronflements de la barque et des innombrables clichés des chinois sans gêne. Dans le domaine, ils sont largement surpassé nos amis japonais. Dans la nuit, le bateau accoste à Nyaung-Oo. Bagan, le pays aux quatre mille temples et stuppas. On va manger du Buddha !

 

Pour finir et pour le plaisir, quelques photos de transports collectifs.

DSC_0211DSC_0345-1

DSC_0394DSC_0240

DSC00724DSC00442

DSC_0348