Où sommes-nous

Quand l’homme nous fait honte

11 avril. Noukous. Nous voici à l’ouest de l’Ouzbékistan, pas bien loin de la frontière turkmène, pas bien loin du Kazakhstan non plus, dans une région déjà très aride coincée entre les déserts : la Karakalpakie.

Nous prenons un véhicule et sommes secoués pendant deux cents kilomètres, à travers des terres brunes. L’objectif du jour, aller voir la mer. Oui en Ouzbékistan, il y a la mer, c’est écrit dans certains livres et, en cherchant bien, on peut même trouver des photos qui l’attestent. DSC_0002-2Alors nous roulons vers le nord jusqu’à atteindre Moynaq, petite bourgade qui, il n’y a pas si longtemps, florissait encore du commerce de la pêche. D’ailleurs les bateaux sont encore là. La mer, elle, s’est retirée, peut-être effrayée par la folie des hommes, ou juste par leur immense bêtise. Alors les navires flottent sur le sable sans être le moins du monde ballotés par DSC03710les bourrasques du vent. Si la mer revenait, ils resteraient cloués au fond, leur coques percées de tous côtés par la rouille. Nous ne pouvons qu’assister à ce spectacle désolant, peinant à réaliser l’ampleur du désastre.

C’est dans les années soixante, à l’ère soviétique, que l’économie de la contrée a été entièrement dévolue à la culture du coton afin de lui faire faire un “grand bon en avant”. Le détail qui tue est que cette plante est particulièrement gourmande en eau. L’Amou-Darya, un des cours d’eau majeurs de l’Asie centrale, a vu son cours entièrement spolié pour être déversé alentours dans des champs arides, exposés aux soleil, où l’évaporation absorbait une partie considérable des ressources en eau. Du point de vue économique, la production de coton a augmenté de 20 malheureux % tandis que la quantité d’eau prélevée dans la rivière doublait. Pendant ce temps le port de Moynaq déclinait, la salinité de la mer augmentait, les poissons se faisaient rares. Et la mer entamait son recul.

Après une nuit passée à Moynaq, nous quittons le village au lever du soleil. A partir de là, nous avançons sur des zones recouvertes par la mer, il n’y a pas plus de cinquante ans. Nous traversons d’immenses étendues désertes avec quelques derricks pour seuls point de mire.

Sur la piste pour la mer d'Aral, puits de gaz et de pétroleSur la piste pour la mer d'Aral

Deux heures plus tard, nous prenons pied sur le plateau d’Ustyurt, une large falaise qui se développeSur la piste pour la mer d'Aral, plateau d'Ustyurt sur des centaines de kilomètres, autrefois la rive occidentale de la mer. Nous longeons son extrémité, dominant une plaine désertique. Le regard s’y perd en cherchant une trace d’eau. Mais toujours pas de mer. Nous patientons encore deux heures, ballotés par les cahots de la piste, lorsque la voiture stoppe. Mer, mer, je vois la mer. Enfin : la mer d’Aral !

On quitte la mer, déjà...

Nous voilà face à un paysage d’une beauté stupéfiante en même qu’un désastre écologique parmi les plus évidents. En cinquante ans, la mer a baissé de 16 m. Sur ces reliefs quasi-plats (du côté est), cela signifie un recul d’environ 200 km ! Son alimentation a été divisée par 10, sa surface par 5,5 et son volume par 10. L’industrie de la pêche a disparu complètement au tout début des années 80.

Sur la piste pour la mer d'Aral

DSC_0095De cette vaste mer qui s’étendait à l’origine sur plus de 400 km, il ne reste que deux bassins, un petit au nord, dont le niveau est stabilisé par des mesures prises par le Kazakhstan, et le plus grand au sud, sans doute voué à la disparition. A cette disparition tragique s’ajoute quantité de problèmes qui DSC_0097en découlent : disparition d’espèces maritimes (les poissons ont quasiment disparu) ou terrestres (35 espèces encore présentes sur 173 anciennement), pollution des sols liée aux pesticides employés dans la culture du coton, changement climatique directement lié à la catastrophe (nombre moyen annuel de jours sans pluie passé de 30 à 135), cohorte de problèmes sanitaires majeurs Sur la plage de la mer d'Aral(en Karakalpakie, un bébé sur dix meurt des suites de problèmes liés au désastre), perte de fertilité de la quasi-totalité des terres environnantes. Les soviétiques n’en sont pas restés là, des laboratoires de produits chimiques abandonnés au moment de l’effondrement de l’URSS viennent maintenant contaminer les terres environnantes sur des centaines de kilomètres.

Bref, un joyeux tableau dont l’industrie et la politique humaine savent nous réjouir quotidiennement. Ouvrez le poste, régalez-vous, il n’y en a plus pour longtemps…

Moynaq, histoire de la mer d'Aral

Moynaq, histoire de la mer d'Aral

Un dernier coup de griffe hivernal

Fête de Nooruz21 mars. Osh. Voilà le printemps, appelé ici Norouz, la fête du nouvel an. Nous flânons dans les rues ensoleillées d’Osh avec les familles endimanchées qui viennent profiter des attractions de la journée, dont une grande roue aux craquements peu engageants. De nombreux badauds s’y pressent grimpant de façon apparemment désordonnée. Nous aussi, nous aussi, nous sautons dans une nacelle mais en quelques secondes tout le système s’arrête, Grande roue à Osh, pas trop branlantenous avons déséquilibré la savante répartition des poids sur la roue et les vieux pneus fusés ne maintiennent plus la rotation. Fête de NooruzIl faut bien toute la science de l’employé pour redistribuer les clients, relancer la machine et nous permettre d’apprécier la vue, qui n’a en fait rien d’inoubliable. Il ne nous reste qu’à nous mêler à la foule pour assister au spectacle de danses kirghizes et au ballet des officiels tous affublés du traditionnel ak kalpak, le chapeau national. Mais après cette parenthèse délicieuse, l’hiver nous réserve un dernier coup de griffe.

Réservoir de Toktogul22 mars. Nous repartons en direction de la capitale, Bishkek. La route que nous empruntons est en fait la route principale du pays qui relie le sud et le nord, séparés par une barrière montagneuse assez massive. Dans un premier temps, le soleil est de la partie et nous retrouvons les joies du pédalage dans la douceur et de camper sous les étoiles.

Vallée de la NarynAu bord du réservoir de Toktogul

Nous longeons des lacs de barrage aux eaux turquoises, les paysages sont superbes. Mais cela ne dure pas bien longtemps car nous devons franchir deux cols qui dépassent 3000m. Ala-bel AshuuEt qui dit 3000m, dit “ça caille” de nouveau, à quoi s’ajoute la neige qui se met à tomber. Rouler sur la neige, nous l’avons fait la semaine précédente, mais rouler sous la neige, voilà du nouveau. Nous pouvons cocher maintenant ! Imaginez, l’intérêt de gravir ces satanés cols, pour … ne rien voir du tout en arrivant au sommet. La descente se fait emmitouflés dans les doudounes.

 

En fin d’après-midi, nous roulons toujours, la lumière baisse et la neige est partout, pas moyen de trouver un carré d’herbe dégagée. C’est à ce moment que nous apercevons une roulotte abandonnée sur le bord de la route.Vive la roulotte A l’intérieur, nous trouvons un bric-à-brac de planches, tuyaux de poêle et couvertures poussiéreuses. Nous le dégageons rapidement et quinze minutes plus tard, l’endroit est fin près pour nous accueillir pour la nuit. Le poêle est en route, les flammes crépitent, la chaleur se diffuse, et la fumée monte … à vive allure. Cinq minutes plus tard, nous suffoquons. Dîner aux chandelles dans la roulotteLa roulotte est envahie d’un épais nuage gris. C’est opération portes-ouvertes, nous bourrons le poêle de neige pour éteindre le désastre. Nos vêtements trempés et mis à sécher sont de vrais jambons fumés. Pas de feu pour ce soir, mais qu’importe, nous sommes au sec alors que la neige continue à tomber.

Le lendemain, le temps est le même, plafond nuageux gris et bas (pas de contrepèterie belge). Sans scrupule, nous optons pour l’auto-stop, méthode qui marche assez bien dans le pays. J'aime camper dans la boueNous franchissons le deuxième col plus rapidement que jamais et nous retrouvons de l’autre coté, sous un ciel plus clément. Pas pour longtemps non plus ; le soir nous plantons la tente dans un champ bien terreux et le matin le réveil se fait sous la pluie, dans la boue. On aime, on se régale ! Chez CharlieOn enfile les K-way pour une dernière partie section de pédalage sous les intempéries. Enfin, Bishkek, notre destination. Se glisser dans la chaleur du logis de Charlie qui nous y accueille. Haro sur la douche, bande de crotteux !

En quinze jours, nous venons de traverser l’hiver, un bel épisode de notre périple dont nous gardons en tête la splendeur des paysages et la gentillesse des habitants. Nous reviendrons rencontrer les cavaliers-bergers des jailoo et dormir dans les yourtes, mais en été.

Pris dans la tourmente

14 mars. Enfin nous entrons au Kirghizstan ; cela fait deux jours que nous évoluons dans le jour blanc. Le site autour de nous est magnifique … nous a-t-on dit, mais nous ne voyons rien. Alors nous avançons… pour avancer. La température descend à grande vitesse à mesure que nous prenons de l’altitude. Nous avons sorti les doudounes, les écharpes et les "moumoutes" : des sortes de guêtres en peau de mouton que nous avons bricolé avant de partir de Kashgar.Erkech-Tam, frontière sino-kirghize

Peu à peu, le voile blanc s’efface et laisse apparaître un paysage splendide ; le moral remonte. Etienne est presque débarrassé de ses problèmes gastro-intestinaux,Erkech-Tam, frontière sino-kirghize il peut enfin  profiter de ce qui nous entoure. D’après un Kirghize du poste frontière, la route à venir est mauvaise, en particulier pour des vélos. Bah… c’est sans doute difficile pour un cycliste de base… mais pas pour nous… hum. Nous roulons sur un bitume impeccable… jusqu’ici, tout va bien. Nous essayons de profiter au mieux de cette partie. Mais le plaisir est de courte durée, après une petite dizaine de kilomètres, une piste infâme, caillouteuse et peu à peu enneigée prend le relais.

Col d'Erkech-Tam, on pousse, on poussePassage du col d'Erkech-Tam

Nous espérons que cela ne dure pas. Mais c’est long. C’est là que nous commençons à souffrir. Plus nous avançons, plus la route devant nous se dévoile, interminable. Les quelques camions qui nous doublent réapparaissent au loin, après une demi-heure, et sous l’apparence de fourmis à peine perceptible à l’œil nu … enfin surtout le mien. Un bon petit vent de face vient s’ajouter au tableau pour corser un peu l’affaire. En peu de temps, nous sommes convaincus qu’il nous sera impossible d’atteindre le patelin prévu pour le soir, et difficile de passer le col avant la nuit.

Col d'Erkech-Tam

Après une montée harassante, alternant piste mauvaise ou portions enneigées à pousser le vélo, nous atteignons enfin le col. Col d'Erkech-TamLe spectacle est superbe, immense, blanc, silencieux, et désert. Mais ce moment de réjouissance est assez bref : le ciel se couvre et il commence à se faire tard. Nous sommes à 3800 m d’altitude, tout est blanc autour de nous, pas un village à l’horizon qui est pourtant vaste. L’inquiétude nous gagne. Où allons nous installer la tente ? Miraculeusement, deux minutes plus Col d'Erkech-Tam, dans l'abri-camiontard, nous croisons un camion posé sur le bord de la route, un genre d’estafette installée à demeure et qui héberge des gars s’occupant de la maintenance des chasse-neige. Ils nous hébergent à la bonne franquette, nous évitant une nuit assez mouvementée.

A Sari-Tash, chez Chyrmashbek TurdakunovLe lendemain, c’est en chasse-neige que nous rejoignons Sari-Tash, où nous allons passer deux jours, au chaud, chez des locaux très sympas … qui nous ont finalement présenté la facture avant de partir ! Un peu surpris, mais apparemment c’est d’usage courant pour les Kirghizes de proposer le gites et le couvert contre quelques ronds. Une fois prévenu, ça passe mieux.

A Sari-Tash, chez Chyrmashbek Turdakunov

Sur la route du col de Taldik Ashuu18 mars. Nous quittons Sari-Tash sous un grand ciel bleu, bien requinqués, le moral au beau fixe. Nous franchissons un col sur une route complètement enneigée, mais le décor est grandiose, c’est un pur régal. Nous nous délectons d’une descente dans une ambiance sibérienne, la conduite est Ak Bosogosportive et nous nous adonnons même aux joies de la glissade, deux pour Etienne, deux pour moi, deux partout la balle au centre. Le repas de midi nous est offert par une famille chez qui l’ambiance est à la fête. C’est le jour de repos et la maison fourmille d’amis et de parents venus des quatre coins du pays. La félicité qui se dégage du lieu nous gagne et nous repartons le cœur léger.

Col de Taldik Ashuu

Nous roulons en direction de Osh, la deuxième ville du pays. Trois jours de vélo dans le beau temps et En route vers Kichi-Karakoldes paysages somptueux qui se renouvellent sans cesse : montagnes, vallées, formations rocheuses aux couleurs et formes variées, souvent enneigées. Par contre, la route réapparait sous la neige fondue, sous forme d’une mélasse assez indigeste pour les mécaniques. HuuuuuuuNous sinuons sur une piste cabossée et boueuse, tentant d’éviter les flaques, la neige, les zones bosselées ; Suis ici, suis icila roue avant joue l’essuie-glace, tandis que la roue arrière tente de prendre son indépendance. Comme le froid reste bien présent, tout ce qui est visqueux, une fois pris dans les rouages, se met à durcir. Alors le dérailleur cède à l’immobilisme, les vitesses ne répondent plus, c’est le gel des transmissions. Les freins se caparaçonnent sous une croute de boue durcie. De quoi occuper la soirée à nettoyer les vélos au marteau-piqueur.

En route vers Kichi-KarakolVallée de Kichi-KarakolVallée de Kichi-Karakol

Vallée de Kichi-Karakol

Mais pas de quoi nous gâcher le plaisir. Peu à peu nous redescendons dans des vallées plus hospitalières. Nous traversons des villages rustiques, chaque maisons est une ferme,Près de Sopu-Korgon avec son lot de moutons, de vaches et de chevaux qui paissent égarés dans les alpages environnant, parfois sur la route, gardés par des de fiers cavaliers. Nous avons l’impression d’avoir reculé dans le temps. La pauvreté du Kirghizstan est manifeste, et les conditions climatiques y sont rudes, avec sont quota d’alcooliques notoires. Mais, les gens sont chaleureux, hospitaliers et généreux. Tous ne font pas payer à la sortie, loin de là.

Près de Sopu-KorgonPrès de Sopu-KorgonPrès de Sopu-Korgon

A Gülchö, nous faisons une rencontre mémorable. Après nous être offert le luxe d’une douche chaude aux banya (bains publics à la russe avec sauna),Stade de Gülchö, bivouac ou pas bivouac ? nous nous mettons en quête d’un carré de verdure pour planter la tente. Notre choix s’arrête sur le terrain de football du stade municipal. Après quelques discussions avec les gardiens, ceux-ci nous installent dans le local de l’enceinte sportive. Puis ils insistent lourdement pour nous inviter à manger, nous offrant un repas copieux qui n’est pas arrosé que d’eau fraiche. Bivouac au local du stadioum !!!Nous n’en avalons d’ailleurs pas une seule goutte. Nos deux artistes s’hydratent quotidiennement à la vodka et il est clair qu’ils ont de l’avance sur nous. Après avoir largement contribué à siffler la bouteille, l’un d’eux nous raccompagne à notre local … ou l’inverse, c’est à s’y méprendre.

Rahhhhhhh, la Baltika !20 mars. Nous entrons dans Osh et trouvons soudainement le printemps devant nos roues avec un plaisir intense : douceur de l’air retrouvé, braseros distillant leurs odeurs de chachliks (brochettes) à travers les terrasses en plein air. Une bière pajalsta !

Trilogie en Kashgarie, partie 3

A nous les grands espaces.

8 mars. Ca y est, c’est aujourd’hui qu’on fout le camp … pourtant, il fait bleu se matin, après une semaine de grisaille … et les Roulemaloute nous l’ont bien dit : “Le truc con, serait de quitter Kashgar sans aller voir le lac Karakol … Non, ce n’est pas qu’un lac, il est au pied du Muztagata, ce qui change tout.” Et c’est vrai qu’on a bien envi de le voir ce lac entourés de sommets de plus de 7000m.

En route pour le lac KarakulAprès quelques tergiversations, nous planquons tout le matos dans la consigne de l’hôtel, puis nous sautons dans un bus. Si on omet les gougnafiers de Chinois qui crachent, qui grognent, qui fument, le trajet est grandiose, de bout en bout ! Au terme d’une immense ligne droite, des montagnes énormes se dessinent en toile de fond, émergeant peu à peu de l’atmosphère troublée. En route pour le lac KarakulPuis la route s’enfonce et serpente entre les massifs qui se dressent autour de nous. Nous jouons à l’essuie-glace avec la vitre du camion : “Vas-y ouvre – photo – Ferme – Vas-y ouvre – photo – Ferme …”. DSC_0313Le ciel est maintenant épuré de la pollution de Kashgar, d’un bleu vif, délimitant avec netteté les sommets qui nous dominent de plusieurs milliers de mètres. Et plus le bus progresse, plus les couleurs se font variées, renforcées par le blanc éclatant de la neige. Nous piaffons de ne pas pouvoir nous arrêter pour mieux profiter de la vue. Un peu plus loin, Sur la route entre Karakul et Kashgarc’est un paysage de dunes qui apparaît, saisissant, surréaliste à cette altitude ; pendant un temps nous sommes transportés dans le sud de la Bolivie (où nous étions il y a deux ans). Encore après, nous arrivons enfin au lac tant convoité : recouvert de glace, mais cerné de yaks, paisibles et entouré par le Kongur Shan et le Muztagata. Deux géants de plus de 7000m sur lesquels coulent d’énormes glaciers.

DSC_0323-1Autour du lac Karakul, vue depuis le poste de police

Autour du lac Karakul C’est parti pour la balade sur la plage, enfin frisquet quand même la fin d’après-midi, nous sommes tout de même à 3600m d’altitude, alors le pull autour du coup, on oublie, on va plutôt enfiler le bonnet, les moufles et la doudoune ; là, voilà, maintenant on peut se Les yaks de Karakulconsacrer à la lumière de fin de journée et engranger quelques centaines de photos. Ca va être sympa à trier tout ça ! Allez, ce n’est qu’une fois. C’est bien joli tout ça, mais où qu’on va dormir ce soir ? En arrivant, Un tour de moto a Karakul, pour une nuit chez l'habitantnous sommes vu proposé de passer la nuit chez l’habitant, avec repas local et thé au beurre de yak et nuit sur les tapis près du poêle alimenté à la bouse de yak. C’est sans compter sur l’intervention de la police locale qui nous fait gentiment mais très fermement comprendre que Chez l'habitantce ne sera pas possible. Pourquoi ? Parce que, c’est comme ça t’en a des questions toi ! Et m… ! Il ont le don ceux là ! Il n’y a plus qu’à faire du stop sur la route, où plus un véhicule ne circule. Alors, on discute avec le flic, DSC_0353on gesticule, on fait du cinéma, on plaisante (tout ça en chinois, qu’est ce que vous croyez) et puis on finit par arriver à se faire payer le trajet gratos jusqu’à la ville suivante où on avait l’intention d’aller le lendemain. Bien vu l’autruche !

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Nous nous retrouvons à scruter les cimes enneigées au moment du coucher de soleil depuis la cabine d’un camion au son de musiques locales braillées par l’autoradio. Au chaud ! On est bien, finalement plutôt content de l’affaire. Notre excursion se conclue le lendemain par un petit tour dans la ville de Tashkorgan, elle aussi située entre de superbes massifs. Allez on rentre à Kashgar, un coup de stop, encore gratos ; ça c’est goupillé, bien joué Gaston ! On s’est vraiment régalé de bout en bout.

TashkorganDSC_0233

Vive Kashgar, nous remontons sur les bicyclettes satisfaits. Cap à l’ouest, encore et toujours.

Trilogie en Kashgarie, partie 1

Nous voilà arrivé dans cette région mythique pour le cyclotouriste. Kashgar, installée entre les massifs des Tian Shan et des Pamir, sise au bord du Taklamakan, immense désert terriblement inhospitalier. Kashgar, cité millénaire à la croisée des routes de la Soie. Ici, les cyclo se retrouvent, venant d’est ou d’ouest, parfois du sud, souvent au terme ou au commencement d’épopées héroïques : la traversée d’un désert plat, aride et interminable, le franchissement de massifs par des cols aux altitudes invraisemblables.

Pour nous, ce sera le départ d’une bonne tranche d’aventure. Mais avant cela, nous nous sommes payés trois bonnes portions de dépaysement. Du rafraichissant, de l’odorant, de l’émerveillant !

Les aventuriers de l’arche perdue.

5 mars. Les rues sont encore calmes, plongées dans la nuit, et pourtant il est 9 heures du matin, mais Beijing time et Pékin est bien loin. En heure locale, il serait plutôt 7 heures, Xinjiang time. Les boulangers remplissent les fours de charbon jusqu’à la gueule, il faut que la chaleur tienne la journée. Quatre petits pains dans le sac, nous grimponsDSC_0439 dans la voiture, “c’est parti mon kiki !” Aujourd’hui nous partons en balade avec l’intention de découvrir l’arche de Shipton, vraisemblablement la plus haute du monde, qui nous a été vantée par Jamie, écrivain auto-stoppeur croisé quelques jours plus tôt à Urumqi en compagnie de Danilo, voyageur allemand. Nous sommes tous les quatre accompagnés par Iman, guide local. Une journée pleine de rebondissements nous attend.

DSC_0463 (2)La première interrogation survient lorsque nous quittons la route principale pour 18 km d’une piste s’échappant vers les montagnes enneigées. Nous apprenons là que notre véhicule n’est pas un 4×4. Il en a pourtant la forme, la taille, les pneus, un genre de 4×4 canada-dry avec … seulement deux roues motrices à l’arrière, le pire pour rouler sur la neige. Mais le chauffeur a des chaînes … mais pas vraiment l’intention de les mettre. Après plantage, poussage, nous nous montrons convaincants. Expédition pour l'arche perdueNous enfilons les chaînes, c’est reparti mon kiki. Rapidement la progression se complique, et les quelques bergers croisés sont assez dissuasifs par leurs indications, et le temps tourne : il est midi passé mais nous nous enfonçons toujours plus avant vers les montagnes jusqu’à buter vers un troupeau de chèvres.

Expédition pour l'arche perdueAprès un temps de réflexion, nous décidons de poursuivre à pied. Il semble que seuls quatre kilomètres nous séparent de l’extrémité de la piste, après quoi quatre autres kilomètres restent à parcourir dans la neige pour atteindre notre but. A confirmer. Nous parcourons la première section en moins d’une heure et, encouragés par ce rythme rapide, nous attaquons la suite confiants. Il faut alors faire une trace dans 40 cm d’une neige assez légère. Apparemment, l’objectif se rapproche et nous sommes toujours dans le Expédition pour l'arche perduetemps. Mais marcher dans la neige fraîche ce n’est pas la même histoire, cela fatigue son petit monde, et la montre tourne. Cependant, nous sommes sur le bon itinéraire, suivis par un local qui confirme depuis l’arrière. Le relief s’accentue autour de nous ; peu à peu, les vallées se resserrent, un vrai décor de cinéma se dévoile sous nos yeux. Cependant, l’épaisseur de neige augmente, dépassant désormais nos genoux. Il est bientôt 16h, plus que temps de faire demi-tour pour retrouver la voiture. Pourtant nous sentons que nous touchons au but.Expédition pour l'arche perdue

Expédition pour l'arche perdueAu fond d’une gorge … des échelles à moitié couvertes de neige. C’est là que le local de l’étape nous gratifie de la surprise du chef. Après avoir marché deux heures derrière nous qui faisions la trace, il nous double pour se poster au pied des DSC03004échelles et réclamer … 20 Yuans (2 euros) par personne, car ces échelles lui “appartiennent”. Comme la montagne sans doute ! Le genre d’intervention qu’on adore. La tournée sera finalement pour notre guide. Nous poursuivons avec impatience. Les échelles alternent avec des goulets étroits gavés de neige dans lesquels il fautMême s'il faut ramper, on y arrivera se contorsionner ou ramper pour éviter de s’enfoncer jusqu’au épaules. Nous nous arrachons encore une demi-heure, puis nous débouchons dans un cul-de-sac. Mais la récompense se tient à notre gauche ; fermant le vallon, se dresse l’arche tant convoitée. Nous tenons notre trophée et, avec lui, le billet de retour.

L'arche de Shipton

DSC_0566 (2)Après quelques congratulations respectives, nous faisons le chemin inverse déjà bien entamés par l’aller. En fin de journée, nous parvenons à la voiture, les pieds un peu … humides. Nous grimpons dans le véhicule, heureux de nous serrer au chaud et de sombrer dans les limbes de la fatigue. Best regards, Mister Shipton, nous l’avons trouvé votre arche.

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L’arche de Shipton cache une histoire digne des vrais récits d’alpinisme. Pour en savoir plus, un peu de lecture.

Dans le pire du milieu

“Vos photos, elles font voyager …”. On ne se lance pas des fleurs, c’est vous qui le dites, enfin vous êtes nombreux à nous complimenter et c’est vrai qu’on les aime bien nos photos. Mais vous imaginez bien qu’on ne va pas vous montrer toutes les horreurs que l’on croise, et pourtant, ça ne manque pas. DSC_0040Alors pour une fois, on vous montre l’arrière-cour du voyage, parce qu’ici, dans l’empire du milieu, on a trouvé du lourd dans l’affreux !

Tout d’abord, le contexte: le Sichuan, cette région sur les contreforts de l’Himalaya avec, à l’est, Chengdu sa capitale et à l’ouest, de hautes montagnes qui s’étendent jusqu’au Tibet. Nous avons choisi de pédaler à la lisière entre les deux pour rester dans les limites du raisonnable : c’est l’hiver, ça pelle, pas question de monter à 4000 mètres ! Imaginez des lacs, de hautes plaines, des rivières azurées entourées de sommets dépassant 6000m, embrassés par un ciel d’un bleu profond. Imaginez des centaines de villages et de temples tibétains disséminés dans les vallées, des troupeaux de yaks dispersés dans de vertes prairies, des moines en tuniques rouges safran, des hommes et de femmes vêtus de leurs habits et de leurs coiffes traditionnels aux couleurs vives. Dans ce cadre magnifique ayant inspiré grand nombre de poètes et de chanteurs chinois il y a bien des années, les temps modernes ne semblent pas vouloir préserver cet environnement tel quel.

Nous voici à Xichang, une “petite” ville du Sichuan au sud de Chengdu. Le bus part pour Luding, un peu plus au nord. Le temps brumeux et humide ainsi que les portions de route esquintée nous font apprécier de parcourir ces kilomètres dans un bus. Dans un cadre plutôt hostile, nous reprenons nos vélos pour entamer la deuxième partie de notre voyage dans cette région. Sur les routes du Sichuan, en direction de DanbaAux pieds de montagnes de plus en plus hautes, nous remontons la vallée de la Dadu He. La vue est inoubliable ; pas le genre de paysages devant lesquels nous nous arrêtons pour en apprécier tous les détails, mais plutôt ceux que le touriste cherche à éviter. Dans une grisaille bien installée, une succession impressionnante de chantiers tapisse le fond de la vallée la faisant ressembler à un bac à sable dévasté après le passage des enfants.

Des véhicules de chantiers œuvrent dans tous les sens poursuivant des objectifs encore insaisissables. Quelques chantiers de barrages ponctuent régulièrement les cours d’eau. Des “villages-provisoires” faits de rangées de cabines démontables, Dans la belle vallée de Shimianainsi que de nouvelles villes aux immeubles de béton sont installés un peu partout. Au milieu de ce chaos, de nombreuses portions de routes en construction serpentent d’une rive à l’autre de la vallée, perchée de temps à autres sur d’immenses pilotis, traversant consciencieusement et à maintes reprises les grosses montagnes environnantes. Celles-ci aussi semblent souffrir de ces aménagements dévastateurs :Sur les routes du Sichuan, en direction de Danba quelques pans entièrement raflés, des tunnels qui semblent percer chaque versant de façon aléatoire ! … Haaaa… les tunnels ! … Vous vous imaginez le subtil plaisir avec lequel nous enchaînons les portions de bitume dans ces tubes trop nombreux et encore inachevés. Nous nous engouffrons dans ces bouches sombres peu éclairées, prêts à respirer une bonne dose de carbone saturée de poussière. Sur les routes du Sichuan, en direction de DanbaL’impression de perdre des heures de vie à mesure que nous respirons est vite relativisée lorsque nous croisons quelques employés balayant quotidiennement la chaussée de leurs immenses balais ou grimpant sur leur échafaudage pour achever de construire des bifurcations du monstre souterrain. A peine sortis de l’un d’entre d’eux, nous nous engouffrons à nouveau dans un autre quelques mètres plus loin. Nous sommes écœurés de voir à quel point ce bout de nature a pu être ravagé !

DSC_0095-1Après avoir parcouru plusieurs dizaines de kilomètres nous sortons enfin de cette crasse pour découvrir avec bonheur de beaux villages traditionnels tibétains. Mais le pouvoir chinois a envahi le Tibet il y a plus de 60 ans, et, si nous l’avions oublié, la seule traversée de cette zone DSC_0096périphérique nous le rappelle en permanence : de nombreux drapeaux rouge avec faucille et marteau sont brandis au sommet des habitations et de nouvelles constructions inesthétiques prolifèrent, tentant souvent avec maladresse d’imiter le style Tibétain.

Ceci n’est pas un portrait très flatteur de l’endroit. Pourtant, nous avons pu y goûter la richesse et la magnificence de la culture tibétaine, mais seulement du bout des lèvres (on vous en parle dans quelques jours). De quoi nous insuffler une sévère envie de revenir, sans tarder, pour explorer les terres plus reculées. Peut-être en été ;)

Allons à la campagne

29 novembre. Nous voilà dans la région du lac Inle, célèbre lac au sud-est de Mandalay. Le bus nous dépose à Kalaw, il est 2h du matin. Une agréable sensation de fraicheur, et même de froid se fait sentir. Non, ce n’est plus l’effet des climatisations excessives, mais réellement la température extérieure. Du haut de ses 1300 mètres d’altitude, Kalaw est la ville la plus fraiche de la région. Dans cette ambiance montagnarde, nous nous glissons dans un lit bien chaud en attendant que le jour se lève. Demain nous partons pour un trek de deux jours, le temps de rejoindre à pied notre fameux lac.

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La brume matinale envahi encore les rues à peine ensoleillées de la ville, nous préparons nos sacs à dos, les gourdes sont pleines, le bob et le couteau suisse sont dans le sac… nous serrons les lacets de nos chaussures de randonnée, et scrutons l’horizon : il est temps de partir. En avant marche, nous montons dans le taxi qui nous attend… faut pas déconner, nous n’allons tout de même pas tout nous coltiner à pied !

DSC00554Nous traversons une campagne vallonnée magnifique recouverte de champs de colza. Le taxi nous dépose. Là un groupe de dix personnes nous attend pour partir. C’est pas mal, un groupe de douze personnes, pour traverser discrètement le pays en profitant du calme de la nature ! Nous voici lancés dans ce terrain d’aventure que nous imaginions un peu différent : à la place de guerriers birmans traversant une jungle hostile un bandeau autour du front, un sabre dans la main et un couteau entre les dents, nous nous trouvons au milieu de champs cultivés jaunes, ocres, gris, verts … traversés au ralenti par quelques buffles à la recherche d’une mare d’eau boueuse pour se rafraîchir. Sur les parcelles, des femmes et des hommes s’activent doucement et pas trop vite. Le ciel est bleu, le soleil pas trop chaud et le vent frais.

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DSC00547Sur son passage le groupe vient perturber de ses discussions polyglottes la nature paisible, puis le silence s’installe de nouveau quelques secondes plus tard. Il y a de tout dans ce groupe : Allemand, Malaisien, Américain, Canadien, Polonais et Français. Dans le but de perfectionner nos compétences linguistiques, nous faisons immédiatement connaissance avec les deux Françaises du groupe. “Voyagez, voyagez, ça vous ouvrira l’esprit.”

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Nous traversons quelques villages, dans lesquels les habitants viennent à notre rencontre, puis restent plantés là, immobiles et silencieux, pendant qu’une dizaine de touristes venus pour photographier de l’authentique les mitraille de tous cotés.

DSC_0297DSC_0042DSC_0301Elles sont belles nos photos, hein? Vues de l’extérieure, elles font vraies, et pourtant au moment de les prendre, le charme n’opère plus, l’authenticité disparait ; impossible de se départir d’un sentiment de voyeurisme, décuplé quand le nombre d’appareils côte à côte est important. C’est aussi ça être touriste !

DSC_0070Après une nuit dans un monastère de village, nous poursuivons notre itinéraire sur les sentiers de terre ocre qui nous mènent jusqu’au lac Inle. En chemin nous faisons un petit détour pour visiter un temple entouré de plus de mille stuppas, datant du douzième siècle pour les plus anciens.

DSC_01021er décembre. Lac Inle. 7h00. Nous voilà callés dans une pirogue à moteur pour visiter les environs. La brume épaisse qui recouvrait le lac se lève peu à peu dévoilant une mer d’huile, sans bruit et les nombreux pêcheurs Intha qui s’affairent depuis bien longtemps. Chacun se trouve posté debout, à l’extrémité d’une longue barque qu’ils dirigent d’un coup de pied habile, en faisant décrire un mouvement de huit à leur rame.

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DSC_0178-1Notre pirogue traverse des villages aux maisons bâties sur pilotis, des jardins flottants, des temples et monastères sur pilotis : le peuple des Intha a organisé sa vie entièrement sur l’eau. Leurs habitations reposent sur de hautes perches plantée au fond du lac, au maximum 6 mètres sous l’eau. Ce lac immense à la particularité de ne pas être plus profond que cela. DSC_0185-1Nous visitons de vrai-faux ateliers d’artisanat (confection de cigares, de bijoux en argent, de tissus), ou nous dirons plutôt que nous assistons à des démonstrations de techniques artisanales traditionnelles mises en place pour le touriste. Nous avons quand même évité de cautionner l’attraction “femmes girafes” également proposée sur notre parcourt !

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Nous avons pu découvrir différentes facettes de cette région : des paysages colorés et apaisants, des villageois – on le redit mais c’est tellement vrai – très souriants. Si le coin reste particulier et magnifique, ce n’est définitivement pas une destination pour les assoiffés d’authenticité ! …. On aimerait parfois être les premiers touristes à visiter un pays !

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