Où sommes-nous

Nem-route de Van à Diyarbakır

Par Michèle et Jacques

Ascension du Nemrut Daǧi de TatvanDans le sud-est de la Turquie, au nord de l’ancienne Mésopotamie, deux sommets portent le même nom de Nemrut. L’un est un formidable volcan, le Nemrut Gölü, culminant à 2900 mètres, dont le cratère contient un grand lac bleu, Bouge pas on revientet un plus petit aux eaux vertes car sa température plus élevée à cause de sources d’eau chaude, favorise le développement d’algues; il est situé sur la rive ouest de l’immense lac de Van. L’autre, le Nemrut Daǧi, est dominé par un immense tumulus abritant le mausolée du roi Antiochos 1er, encore un mégalo. Quelle idée de faire installer des statues de plusieurs tonnes là-haut ! Hélas, suite à un tremblement de terre, ces statues ont perdu la tête.

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Apéro à notre premier lieu de camping, sur la terrasse d'un hôtelC’est dans cette région que nous avons retrouvé Manon et Etienne en pleine forme malgré une entrée un peu rocailleuse en Turquie (voir l’article Une drôle d’entrée en matière). Quelle ne fut pas notre surprise de les voir en sortant de l’aéroport de Van, alors que nous avions rendez-vous au centre ville ! Et quel plaisir de les revoir après de longs mois de séparation.

Première visite : l'église de la sainte Croix, Akdamar, île sur le lac de Van

Une semaine avec eux, ce n’est pas de tout repos !

Chez nos hôtes du village du Nemrut, on a l'air chouette non ?En arrivant sur un site à visiter, il faut d’abord trouver un endroit où laisser les bicyclettes et les sacs, mais pas d’hôtel, c’est contraire à l’éthique du voyage. Et comme il y a peu de campings organisés dans cette région, on demande dans une mosquée, ou on squatte chez l’habitant. Une exception à Diyarbakir où on ne trouvait rien, on dort à l’hôtel (même qu’il y a la clim !!).

Nos hôtes du village du Nemrut

Pour aller d’un site à l’autre, il faut arriver à rentrer ces fichus vélos dans les minibus. Trois places, rien que ça !Mais, bon, les Turques sont gentils et très bien organisés, au moins pour les voyages, et tout se passe pour le mieux. Le téléphone turque n’a rien a envier au téléphone arabe, il fonctionne, et quand on arrive à une correspondance, on a l’impression que tout le monde sait déjà où nous devons aller, et nous montre le minibus suivant.

Descente du Nemrut, vue sur le lac de VanEt puis, il fait chaud dans ce pays, même si on s’est pris une orage avec de la grêle en atteignant le sommet du Nemrut (le 1er). Pas de grasse matinée possible quand le soleil vient taper sur la toile de tente dès 6 heures du matin, sauf pour Etienne. Mais avec la quantité de glaces qu’il avale dans la journée, ça doit être un vrai frigo là-dedans !

Saveurs kurdes

Ceux qui sont allergiques aux tomates et concombres (turques !!) devront choisir une autre destination, puisqu’ils sont systématiquement servis en salade avec le plat de résistance. Impossible d’y échapper.

Un repas mémorable à MardinSauf si on se permet d’aller dans un restaurant « chic » (merci), comme au Cercis Murat Konaǧi de Mardin. Alors c’est une explosion de parfums. Menthe, épices, cannelle (ah !! la crème !!), caramel (ah !! la glace !!) houmous, et diverses viandes cuisinées et arrosées d’ayran (yaourt), le thé final accompagné d’une liqueur (sans alcool) mais délicatement parfumée à la cannelle . Pour clore le tout, le serveur, vêtu d’une tenue princière, Un repas mémorable à Mardinnous rince les mains à l’eau de rose. La perfection. Il faut aussi poser le cadre : une belle terrasse avec vue plongeante sur la Mésopotamie, une douce température, un ciel pur, le chant du muezzin, une musique orientale très douce et eux. Comment ne pas trouver la vie belle !!!

La "mer" de Mésopotamie

Vue sur la MésopotamieMardin, ville médiévale du sud de la Turquie (35 km de la frontière syrienne) est accrochée à la pente d’un piton rocheux et dominée par une citadelle non-visitable car propriété de l’armée turque. Depuis la terrasse du restaurant précédent, on découvre une plaine immense qui paraît sans fin : la Mésopotamie. Bazar de MardinCurieuse sensation, on a l’impression que c’est la mer qui est au pied de cette montagne. Pas un arbre, pas une ombre. C’est écrasant. Est-ce le contraste avec la ville où de nombreuses ruelles étroites, sombres, souvent avec des escaliers, qui montent vers la citadelle, perpendiculairement à la rue principale ?

La disparition d’Hasankeyf

La forteresse d’Hasankeyf a été construite sur la falaise qui borde le Tigre. Elle est maintenant en ruine, même si des gens y vivaient encore il n’y a que 50 ans. Mais ils ont dû déménager vers la nouvelle ville, sur la rive du Tigre. C’est un site extraordinaire, car l’accès à la citadelle se fait par des rues taillées dans la falaise qui abritait quantité de maisons troglodytes.
HasankeyfUn pont, lui aussi en ruine, permettait de traversé le Tigre. Son arche centrale, d’une portée de 40 m, pouvait être retirée en cas d’invasion. Mais dépêchez-vous d’y aller, car la construction du barrage d’Ilısu devrait noyer une partie de ce joyau. On l’annonce pour les prochaines années bien qu’il soit très controversé, tant localement, car il devrait déplacer 60000 personnes, qu’internationalement, car il contrôle l’eau du Tigre qui passe ensuite en Syrie et en Irak.

Diyarbakır

On révise avant d'entrer dans la mosquée ?Sentiment mitigé sur cette ville. Bien sûr, c’est une ville fortifiée au patrimoine riche avec ses remparts, ses mosquées, ses églises, ses caravansérails… la plupart avec des murs faits de bandes de pierres noires volcaniques, peintes de motifs blancs. Dans les rues de DiyarbakırMais, il y a aussi, comme souvent dans les villes en pleine expansion, beaucoup de pauvres. Est-ce normal qu’une fillette d’à peine cinq ans traîne dans les rues à 11 heures du soir pour vous vendre un paquet de mouchoirs ? C’est une pauvreté extrême qui se dégage de cette ville.

DSC_0516“Hello ! What is your name ? Where do you come from ? Money, Money.” N’avons nous pas entendu ces quelques mots un millier de fois dans la semaine !

Un peu d’émotion au moment de la séparation. Nous rentrons sur Diyarbakır pour prendre l’avion, ils remontent à vélo au Nemrut (le 2ème) pour continuer leur périple. Même le ciel est triste : nous nous prenons un orage carabiné sur la route. Mais plus que quelques semaines, et ils seront de nouveau avec nous.

Merci Manon et Etienne pour cette semaine inoubliable.

2011-05-28 Turquie

Quand l’homme nous fait honte

11 avril. Noukous. Nous voici à l’ouest de l’Ouzbékistan, pas bien loin de la frontière turkmène, pas bien loin du Kazakhstan non plus, dans une région déjà très aride coincée entre les déserts : la Karakalpakie.

Nous prenons un véhicule et sommes secoués pendant deux cents kilomètres, à travers des terres brunes. L’objectif du jour, aller voir la mer. Oui en Ouzbékistan, il y a la mer, c’est écrit dans certains livres et, en cherchant bien, on peut même trouver des photos qui l’attestent. DSC_0002-2Alors nous roulons vers le nord jusqu’à atteindre Moynaq, petite bourgade qui, il n’y a pas si longtemps, florissait encore du commerce de la pêche. D’ailleurs les bateaux sont encore là. La mer, elle, s’est retirée, peut-être effrayée par la folie des hommes, ou juste par leur immense bêtise. Alors les navires flottent sur le sable sans être le moins du monde ballotés par DSC03710les bourrasques du vent. Si la mer revenait, ils resteraient cloués au fond, leur coques percées de tous côtés par la rouille. Nous ne pouvons qu’assister à ce spectacle désolant, peinant à réaliser l’ampleur du désastre.

C’est dans les années soixante, à l’ère soviétique, que l’économie de la contrée a été entièrement dévolue à la culture du coton afin de lui faire faire un “grand bon en avant”. Le détail qui tue est que cette plante est particulièrement gourmande en eau. L’Amou-Darya, un des cours d’eau majeurs de l’Asie centrale, a vu son cours entièrement spolié pour être déversé alentours dans des champs arides, exposés aux soleil, où l’évaporation absorbait une partie considérable des ressources en eau. Du point de vue économique, la production de coton a augmenté de 20 malheureux % tandis que la quantité d’eau prélevée dans la rivière doublait. Pendant ce temps le port de Moynaq déclinait, la salinité de la mer augmentait, les poissons se faisaient rares. Et la mer entamait son recul.

Après une nuit passée à Moynaq, nous quittons le village au lever du soleil. A partir de là, nous avançons sur des zones recouvertes par la mer, il n’y a pas plus de cinquante ans. Nous traversons d’immenses étendues désertes avec quelques derricks pour seuls point de mire.

Sur la piste pour la mer d'Aral, puits de gaz et de pétroleSur la piste pour la mer d'Aral

Deux heures plus tard, nous prenons pied sur le plateau d’Ustyurt, une large falaise qui se développeSur la piste pour la mer d'Aral, plateau d'Ustyurt sur des centaines de kilomètres, autrefois la rive occidentale de la mer. Nous longeons son extrémité, dominant une plaine désertique. Le regard s’y perd en cherchant une trace d’eau. Mais toujours pas de mer. Nous patientons encore deux heures, ballotés par les cahots de la piste, lorsque la voiture stoppe. Mer, mer, je vois la mer. Enfin : la mer d’Aral !

On quitte la mer, déjà...

Nous voilà face à un paysage d’une beauté stupéfiante en même qu’un désastre écologique parmi les plus évidents. En cinquante ans, la mer a baissé de 16 m. Sur ces reliefs quasi-plats (du côté est), cela signifie un recul d’environ 200 km ! Son alimentation a été divisée par 10, sa surface par 5,5 et son volume par 10. L’industrie de la pêche a disparu complètement au tout début des années 80.

Sur la piste pour la mer d'Aral

DSC_0095De cette vaste mer qui s’étendait à l’origine sur plus de 400 km, il ne reste que deux bassins, un petit au nord, dont le niveau est stabilisé par des mesures prises par le Kazakhstan, et le plus grand au sud, sans doute voué à la disparition. A cette disparition tragique s’ajoute quantité de problèmes qui DSC_0097en découlent : disparition d’espèces maritimes (les poissons ont quasiment disparu) ou terrestres (35 espèces encore présentes sur 173 anciennement), pollution des sols liée aux pesticides employés dans la culture du coton, changement climatique directement lié à la catastrophe (nombre moyen annuel de jours sans pluie passé de 30 à 135), cohorte de problèmes sanitaires majeurs Sur la plage de la mer d'Aral(en Karakalpakie, un bébé sur dix meurt des suites de problèmes liés au désastre), perte de fertilité de la quasi-totalité des terres environnantes. Les soviétiques n’en sont pas restés là, des laboratoires de produits chimiques abandonnés au moment de l’effondrement de l’URSS viennent maintenant contaminer les terres environnantes sur des centaines de kilomètres.

Bref, un joyeux tableau dont l’industrie et la politique humaine savent nous réjouir quotidiennement. Ouvrez le poste, régalez-vous, il n’y en a plus pour longtemps…

Moynaq, histoire de la mer d'Aral

Moynaq, histoire de la mer d'Aral

En quête de hauteur

La route ballote sacrément, le chauffeur ne fait pas dans la douceur. Coups de frein nerveux, virages brutaux, nous nous réveillons de nombreuses fois avant d’arriver à Dali. C’est là que nous allons enfin solliciter de nouveau nos mollets à la découverte de cet empire immense et intriguant qu’est la Chine. Le temps qui nous est imparti ne nous permettra d’en découvrir que quelques miettes … peut-être les meilleures ?

Sur la route vers le Lac LuguDSC_0503

Rempart du vieux DaliDu 27 au 31 janvier. Dali. Cette petite ville fortifiée campée entre montagnes enneigées et le lac Erhai nous plonge dans une ambiance hivernale. Ca y est ! Nous voilà enfin emmitouflés dans nos bonnets et nos écharpes, une buée encore discrète sort de notre bouche lorsque nous respirons et les nuits sont vraiment fraiches. Vieille ville fortifiée de DaliNous faisons quelques pas dans les rues bordées de maisons traditionnelles et clinquantes, au petit marché local où quelques clichés se confirment : à l’ombre de leur chapeau chinois, les vendeurs proposent des produits en tout genre, de nombreux légumes inhabituels, des poissons et de gros crapauds s’agitant dMarché du vieux Dalians leur bassine, des œufs aux formes et aux couleurs suspectes, multitudes de nouilles … Nous flânons tranquillement pour nous imprégner de cette atmosphère sereine. Dans un square,A Dali, jeux populaires chinois des grappes de gens sont réunis, courbés au-dessus de tables. Debout derrière eux, d’autre les observent, commentent la partie de dominos, de cartes, ou de dames qui se déroule sous leurs yeux. Des images de Sofia nous reviennent à l’esprit : ambiance calme et conviviale.

Nous profitons de cette petite visite pour apprécier notre premier contact direct avec la cuisine chinoise. Autant vous dire que nous n’y sommes pas allés de main morte, voilà ce que c’est de répéter qu’ “il faut vivre l’instant présent comme si c’était le dernier”. Baozi, petits fourrés à la viandeNous avons testé raviolis à la vapeur, Baozi (petits pains farcis de viande et de légumes), crêpes de riz à la crème de cacahuète et sésame, patates frites au piment, feuilletés au lait de chèvre … ou de yak, pâtisseries diverses et variées, soupes de nouilles. Et tout cela en seulement … une journée ! Mais uniquement pour être en mesure de vous raconter fidèlement, tels Marco Polo (hem…), la culture chinoise. Fourbis de bonnes résolutions, nous nous plongeons dans notre guide linguistique pour mémoriser quelques rudiments de conversation. Hummm … avez vous déjà tenté d’apprendre le chinois?  Nos ambitions ont subitement été revues à la baisse. Nous nous contentons pour aujourd’hui de bien prononcer le mot “Zàijàn” (au revoir). 

Trooop bon !Nous traversons une campagne assez tranquille et de nombreux villages. A ce stade, la circulation n’est pas pesante. Nous nous arrêtons au grés des odeurs aillées pour un bol de soupe, une poêlée de légumes ou une crique (bonne surprise, la crique est une spécialité locale). Peu à peu, le relief devient plus escarpé, et qui dit escarpé, dit montées, tout mollet de cycliste vous le dira. Premier soir, nous nous trouvons vers 2500m d’altitude lorsque la nuit s’approche. C’est là que vous nous imaginez, aventuriers que nous sommes, dans notre tente à endurer de froides nuits : “Les pauvres petits, ils doivent se les geler”, “Ont-ils un équipement suffisant pour Shaxi, porte estle froid ?” … de notre côté, nous avons bien apprécié … les couvertures électriques dans de petits hôtels de bords de route, plutôt douillet ! Nous approchons même la neige, au point que, dans un virage un tantinet verglacé, Manon se prend d’une envie de flirter avec le goudron. A Shaxi, ancienne cité caravanière de la route du Thé et de chevaux, nous sommes charmés par les vieilles maisons, la place pavée et le vieux théâtre. Encore quelques coups de pédales, et nous arrivons près d’un immense lac bordé par les superbes montages blanches du Yùlong Xueshan (5500m), de larges champs d’arbres roses (je ne sais pas leur petit nom), et Lijiang.

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Gorges du saut du tigreDu 1er au 3 février. Lijiang. Nous prendrons le temps de visiter l’endroit à notre retour d’expédition : deux jours de randonnée aux Gorges du saut du tigre. Situées à 80km plus au nord, ces gorges prennent en étau le plus grand fleuve de Chine, le Yangzi. Un corridor somptueux à la végétation mi-bambous mi-sapins et encadrée pGorges du saut du tigrear des sommets culminants à plus de 5000m. Nous nous élevons progressivement au dessus des gorges sur un chemin taillé à la dynamite, le long de lignes électriques, de tuyaux d’irrigation et de publicités pour les guesthouses peintes à même la roche. La vue sur le Yùlong Xueshan et ses voisins n’en reste pas moins sublime. Sans doute nos montagnes alpines nous manquent-elles, Yulong Snow mountaincar nous avons de temps en temps le sentiment de nous retrouver dans la vallée de La Grave, face à la Meije. Loin de nous l’idée de nous lancer à l’assaut de ces sommets acérés aux parois lisses et abruptes… peut-être le terrain idéal pour des pros de la grimpe. Dommage, nous sommes de pauvres cyclistes ;)

Dans les rues du vieux LijiangA Lijiang, le touriste vient pour déambuler dans les ruelles pavées de la vieille ville, pour se laisser porter par son atmosphèreDSC_0360 médiévale, ses maisons de bois encerclées par de petits canaux. Ca bouillonne de péquins chinois charmés par le vieux quartier traditionnel exclusivement composé de boutiques bien achalandées mais avantageusement restaurées. C’est ici que vivent Hutch et ses “colocataires” chez qui nous passons quelques jours. Hutch est un homme remarquable, pas seulement parce qu’il a eu la gentillesse de nous accueillir chez lui ;) mais surtout parce qu’avec ses 71 ans, il continue de parcourir le vaste monde sur son vélo. Promis, juré, nous aussi nous aurons la même pêche à son âge ! La Hutch Team

Le soir du réveillon du nouvel an chinois, nous traversons la vieille ville qui parait être en plein léthargie. Nous qui avions prévu d’être en Chine spécialement pour l’occasion, nous sommes surpris et un peu déçus. Nous guettons, mais les boutiques sont en majorité fermées, les rues semblent s’être vidées, comme si le froid régnant en cette saison avait glacé toute animation. Puis à minuit, c’est l’explosion ! Une multitude de pétarades retentit à travers la ville, des feux d’artifices apparaissent au-delà des toits et cela dure sans discontinuer pendant près d’une heure avant que tout ne retombe dans le silence nocturne. Voilà c’est le nouvel an chinois, une grande communion pétaradante où petits et grands Stigmates du nouvel anallument les mèches soufrées. D’ailleurs, plus on est grand, plus le pétard est gros, plus le vacarme est retentissant. En fait, nous avions été prévenu, c’est une fête qui se déroule dans les chaumières, en famille, et il n’y a rien de spectaculaire sinon la quantité de poudre brûlée à travers tout le pays. Le lendemain, nous trouvons des confettis rouge vif dans les moindres recoins de la ville, certains lieux sentent encore la poudre. Et durant le mois suivant, nous serons régulièrement surpris par les claquements d’une grappe de pétard, jusqu’à Chengdu où, le soir de notre arrivée, des feux d’artifice innombrables bien qu’individuels éclairent les quatre coins de la ville.

Inutile de vous préciser qu’à l’heure où raisonnent les pétarades, nous sommes sagement installés au rang … du fond … de nos duvets. Les feux d’artifice, ça n’est pas pour nous (voir Yogya loose controle) et puis un cycliste, ça se couche avec les poules, non mais !

DSC_0478Du 4 au 7 février. La route se poursuit en direction du Lac Lugu. Ses charmes nous ont été vantés maintes fois auparavant. Ce qui l’a moins été, ce sont les 10 km de montée en route pavée qui mènent au col à 3500m précédant l’arrivée. La route de la mort, si si, les photos le prouvent, c’est pas du chiqué !DSC02405 Bon d’accord on n’a encore rien vu, mais jusqu’à ce jour, c’est une des parties à classer sur le podium de nos difficultés. To be continued… Pour notre plus grand plaisir, la majeure partie de la route s’est révélée magnifique, assortie d’une superbe descente dominant le fleuve Yangzi, Le grand fleuve chinois … on l’a déjà dit ? C’est pour voir si vous lisez tout. L’arrivée vers le Lac est tout bonnement somptueuse, qui dit col à 3500m, dit ras-le-bol des pavés … euhhh non, dit vue imprenable sur le lac aux eaux étincelantes avec coucher de soleil en prime faisant flamboyer les montagnes environnantes. Il faut quand même trouver la motivation quelque part, nous ne sommes pas simplement masochistes. DSC_0544

Le lac nous offre une journée divine à parcourir son pourtour, flânant d’un Chinois jusqu'au bout de doigts !point de vue à l’autre, stoppant au gré des photos à prendre … en compagnie des touristes chinois, on se prendrait presque pour Alain Delon des fois. La cerise sur le gâteau, c’est l’entrée au Sichuan – province frontalière  – et la découverte de la culture bouddhiste tibétaine, avec les chortens, les drapeaux à prière multicolores. Mais ça c’est une autre histoire ;)

Arrivée en bouddhisme tibétain !!!

Toujours plus au nord du Mekong

Vang Vieng, départ d'Olivier et Rachel, snif !12 janvier. Ca y est, Olivier et Rachel bouclent leur valises pour rentrer en France. Nous ne leur dirons surtout pas que le ciel s’est dégagé à partir de ce moment-là. Avec Marie-Jo et Bruno, nous sillonnons une dernière fois les vallées entre les pains de sucre de Vang Vieng avant de tailler au nord vers Luang Prabang.

Vang Vieng, balade en vélo-motoVang Vieng, balade en vélo-motoVang Vieng au coucher de soleil

En route pour Luang PrabangLa route pour y parvenir est superbe : les pitons rocheux laissent peu à peu la place à des montagnes plus imposantes et impressionnantes. La route se tortille sans relâche entre ces massifs acérés qui viennent déchirer l’écharpe nuageuse matinale … haaa, enfin des montagnes depuis trop longtemps disparues à notre vue !

En route pour Luang Prabang

14 janvier. Luang Prabang, ville classée au patrimoine de l’UNESCO. Elle fourmille de touristes et il est aisé d’en comprendre la raison. Blottie au confluent du Mékong et de Luang Prabangla Nam Khan entre de verdoyantes montagnes, elle est une destination du Laos incontournable : des berges paisibles, un vieux quartier très bien conservé avec des temples bouddhistes (et oui, encore), des ruelles calmes, de petites maisons serrées avantageusement restaurées en guesthouses ou boutiques à touristes, son marché de nuit … et ses buffets à volonté pour seulement 10.000 Kips (1€) ! Bien que la vieille ville soit exclusivement dédiée au tourisme, il est difficile de ne pas être sous le charme.

Luang PrabangLuang Prabang

Malheureusement, nous apprenons là une triste nouvelle nous amenant à décider un aller-retour en France de quelques jours. Ne nous en voulez pas si nous avons gardé cela pour nous, mais il put être difficile de repartir dans le cas contraire. Nous quittons donc Marie-Jo et Bruno précipitamment avant de revenir au même endroit la semaine suivante. Ces journées françaises nous ont procurées une sensation ambigüe d’ubiquité : d’un coté notre vie à travers notre voyage qui semble étirée dans le temps, une courte année si longue dans l’esprit, si chargée de souvenirs, et notre vie en France retrouvée avec l’impression de ne l’avoir jamais quittée, comme si le départ en août dernier était hier.

Muang NgoySentiment prévisible, notre retour au périple n’est pas très fluide. Bien que notre bout de chemin au nord du Laos nous offre de magnifiques paysages montagneux recouverts de jungle, notamment à Muang Ngoy, nous cherchons à atteindre assez rapidement la frontière chinoise. De Nong kiaw à PakmongChangement de végétation, changement de relief, changement de culture … nous avons besoin de changement et décidons de quitter l’Asie du sud-est pour nous remotiver.

26 janvier. Grâce à quelques coups de pédales et quelques bus, nous atteignons rapidement la frontière nord du Laos ; c’est l’entrée en Chine.

Alors … changement ou pas changement ?

Myanmar, dans les transports en commun

Au Myanmar, pas de vélos pour nous, ils sont restés à Bangkok, alors tant pis, on va prendre cars, train, ferry pour vivre finalement les expériences parmi les plus intéressantes de ce pays. En voiture, et comme ils savent le dire ici, c’est parti mon kiki !

A fond dans le car

Fin d’après-midi. Le car est ponctuel, voire en avance, nous grimpons à nos places, on se sert les coudes et le reste avec, on rentre les genoux, on bascule les sièges inclinables. DSC_0031-1Voyage de nuit, nous avons bien l’intention de pioncer avant d’arriver, le lendemain en début de matinée. La télé et les haut-parleurs sont branchés et psalmodient des prières bouddhistes avec en arrière-fond des images de moines et de temples qui défilent au ralenti. C’est parfait pour nous emmener vers le sommeil malgré notre position un peu inconfortable. Le car emprunte une large autoroute, la seule du pays nouvellement bâtie pour la modique somme de cinq milliards de dollars, spécialement pour desservir la capitale nouvellement déplacée à Naypyidaw sur les recommandations d’un diseur de Bonaventure et sur ordre des ces messieurs les généraux. La route est tout confort. Un ciment nickel, peu de virages, quasi-désert. Seuls quelques cars se suivent à distance et de pauvres types errent à pied pour aller de leur champ à leur bled, tirant parfois un buffle.

DSC00941 Nous traversons une immense plaine brune et désolée ; la forêt a disparu entièrement de cette vaste région, coupée, transportée en Chine ou en Thaïlande pour être transformée en mobilier à bas prix exporté … chez vous peut-être (vous avez bien une chaise en teak ?). Dans le car, le ton monte. Les prières ont fait place à un film, disons-le, formidable…ment pourri ! Ce n’est pas une série B, c’est bien plus bas dans la hiérarchie cinématographique. Des acteurs catastrophiques, une intrigue lourdingue, des bruitages risibles et un humour à massacrer votre voisin ! A moins d’être birman. Nos voisins, eux, sont visiblement très réceptifs à ce navet. Du coup, volume au maximum et nous en prenons plein les oreilles. De plus, la séquence est interminable. Impossible de fermer l’œil et nous commençons à avoir les abeilles.

La nuit tombe. Les quelques villes que nous traversons sont à peine éclairées. Quelques néons espacés s’éparpillent dans l’obscurité. Soudain nous entrons à Las Vegas, flash light, guirlandes multicolores, fontaines illuminées entre hôtels de luxe et casinos à profusion. Nous voilà en fait dans cette fameuse capitale. L’impression est surréaliste, une richesse inattendue dégueule sur les trottoirs. Les passagers du cars, de modestes birmans, se pressent aux vitres pour contempler cette abondance de biens qui leur nuit. Le gouvernement spolie en permanence la population de ce pays pour investir ses dollars dans des projets absurdes.

Quelques kilomètres plus loin, suit une ville fantôme, no man’s land de néons en rangées alignées, de rues désertes en parfait quadrillage, de maisons identiques à 90% inhabitées. Ce sont les logements censés être occupés par les nouveaux venus à la capitale. Mais c’est surtout une immense terrain vague, sinistre au possible ou s’éparpillent quelques centaines de familles. Ne cherchons pas à comprendre, encore l’œuvre des généraux au pouvoir, bienvenue au Myanmar.

Trois heures de feuilleton birman plus loin, la télé enchaîne avec des chansons d’amour mièvres au possible en karaoké évidemment, des fois qu’il nous prendrait l’envie de chanter à tue-tête pour s’endormir. Mais pour s’endormir, le mieux est de s’en remettre aux cahots du car qui est maintenant sur une route dégueulasse à une seule voie. Dans ces conditions, c’est le plus fort qui s’impose et le plus fort, ce sont les gros bahuts, alors nous faisons régulièrement des écarts sur les bas-côtés, de quoi nous bercer tranquillement. La fatigue faisant son œuvre, nous finissons par nous assoupir. Soudain, on nous fait signe, le car est arrêté, quelques personnes descendent dans la nuit noire, nous avec, largués sur le pavé avec trois heures d’avances. Nous pensions économiser une nuit d’hôtel en dormant dans le car. En fait, nous avons à peine dormi et il est 2h du matin. Nous voilà dans le froid et les rues désertes à suivre un sympathique moine qui nous indique une guesthouse. Plongée dans un bon lit, allongés, silence, on dort !

Le train-train habituel.

3h30 du matin. Nous traversons les rues quasi-désertes de Mandalay, croisons quelques pauvres chauffeurs de taxi à la recherche d’un client à se mettre sous la dent. Quelques clébards errent, paumés et de nombreux birmans sont allongés de-ci de-là n’ayant pour couchage que le trottoir, un mince bout de tissu en guise de couverture et pour plafond le néon blafard d’un lampadaire. Le gouvernement peut faire n’importe quoi pour la cacher des yeux des touristes, la misère est là silencieuse et implacable. Un feu, quelques bûches à même la rue autour desquels une pauvre famille se réchauffe. La gare est déjà bruissante de l’agitation des birmans qui s’entassent dans les trois wagons d’ordinary class du train. Le wagon de first class est majoritairement occupé par les militaires qui montent à Pyin-oo-Lwin, la mère patrie de la clique des généraux entourant l’abominable Than Shwe. Pas pour nous.

DSC00749Le train est ponctuel. Notre voiture est complète : plusieurs passagers s’agglutinent à trois sur des banquettes pour deux ; la rangée centrale est totalement obstruée par un amoncellement de cabas et de gens repliés tentant de s’allonger. Chacun se déploie comme il peut selon sa place, son envergure ou ses voisins. Un joyeux méli-mélo de marchandises et de corps humains. C’est calme, on tente de dormir comme on peut, on s’endurcit les fesses sur les sièges faits de lattes de bois. Seul le padam padam vient battre la mesure et les cahots des rails nous tirent des brumes fraiches matutinales. Pulls, doudounes ou couvertures, c’est selon, sont de rigueur.

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DSC00772Dans la nuit, le train grimpe vers l’est. Puis l’aube dévoile sa palette de couleurs. Les premiers rayons de soleil nous autorisent à relever la vitre et libérer le wagon de la mixture d’odeurs humaines et de poisson séché. Un peu d’air frais ! Premier arrêt en gare et premiers échanges : on monte, on descend, voyageurs, paquets multiples, vendeurs à la sauvette, préparations “fraîches” défilant sous les fenêtres et à déguster de suite. A Pyin-oo-Lwin, surabondance d’uniformes, c’est ici que se trouve la principale école militaire du pays, mais pas d’arme en vue. DSC00755Pause syndicale pour les voyageurs, l’occasion pour eux d’acheter victuailles et friandises tout à fait exotiques pour nous. DSC_0005-1Dans le wagon, de toutes parts, on sort la vaisselle, les plats préparés à l’avance et l’on se met à table, on s’organise et on ripaille, comme un repas du dimanche. L’occasion également de se fourrer dans la bouche une nouvelle feuille de tabac à chiquer, le bétel, cette espèce de drogue quotidienne qui leur bousille les dents et leur fait cracher de partout un jus rouge épais et immonde. Pire que les traces de chewing-gum !

DSC_0077-2Le trajet se poursuit tranquillement tandis que le soleil vient réchauffer la campagne et nous avec. Les collines environnantes sont superbes, couvertes de nombreuses parcelles agricoles parfaitement entretenues et dont les couleurs ocre, jaunes, vertes, brunes forment un camaïeu du plus bel effet. Les arrêts réguliers libèrent peu à peu l’espace dans l’allée centrale du wagon, donnant aux marchands de tout poil la possibilité de faire la promotion de leurs produits miracles aux effets multiples : racines à l’odeur d’eucalyptus, baumes du tigre en tout genre, … De véritables images du temps passé.

DSC_0044-1Vers midi, nous arrivons à la petite ville de Gogteik qui précède les gorges du même nom. Le train emprunte alors un massif viaduc métallique permettant de les enjamber et offrant du même coup une vue exceptionnelle sur le site : le point d’orgue du trajet. Maintenant que nous sommes identifiés dans le wagon, nos voisins nous invitent à venir nous pencher à leur fenêtre. Nous jonglons d’un côté à l’autre du train pour laisser le moins de miettes possibles de ce spectacle éphémère. C’est là que l’on se réjouit de notre rythme de chenille processionnaire. Une profonde veine tapissée de végétation est dominée par de larges falaises oxydées. Pour tout voir, on tend le cou au maximum, mais il n’y a qu’à bien se tenir. En cas de faux pas, la chute du train serait immédiatement prolongée par un saut du viaduc sans élastique, quelques centaines de mètres, ça jette !

Dernier arrêt pour nous : Kyauk Me. En quelques minutes, un comité d’accueil se forme autour de nous.

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Quelques étudiants venus tailler les beefsteak pour “practicer” un peu. Mais la discussion tourne court, il viennent de commencer alors nous déclinons les rituels identité, âge, nationalité et pour parler politique, on attendra. Par contre un gars très vif et sympathique, guide local nous met vite dans sa poche en nous décrivant son programme. Nous sommes séduits et sautons du train en marche pour deux jours de trek avec Naing Naing.

Maman les petits bateaux

DSC00936Réveil en sursaut, grosse frayeur, notre bateau part dans une demi-heure. Nous ramassons les affaires en urgence ; heureusement, il y a toujours un taxi qui guette. En cinq minutes, pied au plancher, l’un d’eux nous conduit jusqu’à l’embarcadère. Il fait encore nuit, le port grouille de monde, tout va bien. Nous montons à bord à l’écart des chaises en plastiques où se vautrent les touristes, de toute façon c’est complet. Nous nous installons avec les locaux, étendus sur des nattes au milieu des paquets. Nous retrouvons l’ambiance du train.

DSC_0029-1Le bateau glisse lentement le long de l’Ayeyarwaddy, principal cours d’eau du pays, boueuse à souhait. Nous admirons des collines parsemées de stuppas. Les heures suivantes ne sont qu’une longue descente entre les berges pelées qui laissent deviner d’immenses plaines sans aucun relief. DSC_0034-1Spectacle complètement monotone qui nous laisse très vite indifférent. Le seul intérêt est à bord, en particulier lors des arrêts où l’énorme barque DSC_0042-1est prise d’assaut par les vendeuses de nourriture : bananas, fruits, samossas, portions de riz, caramels au graines de sésame, … Et ça se dispute la première place pour caser sa marchandise dans les mains du touriste. Cela fonctionne d’ailleurs plutôt bien, les premières montées sont les premières à vendre. On négocie vite, la marchandise fraîche circule entre les mains des intéressés, on tâte, on soupèse, pour faire la meilleure affaire. Puis les billets circulent dans les mains, dans la bouche, sur la nourriture pour atterrir dans la poche une fois le marché conclu. L’apDSC_0050-2rès-midi s’écoule paisiblement au rythmeDSC_0046-1 du fleuve, des ronflements de la barque et des innombrables clichés des chinois sans gêne. Dans le domaine, ils sont largement surpassé nos amis japonais. Dans la nuit, le bateau accoste à Nyaung-Oo. Bagan, le pays aux quatre mille temples et stuppas. On va manger du Buddha !

 

Pour finir et pour le plaisir, quelques photos de transports collectifs.

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Les Portes de Fer (Le long du Danube suite et fin)

Du 4 au 6 septembre

Nous approchons des Portes de Fer (gorges du Danube) et en même temps de la frontière roumaine. A de multiples reprises raisonnent des airs d’accordéon, nous entrons dans la Serbie populaire et paysanne et les mélanges de populations sont visibles à l’œil nu.

4 septembre. Peut-être avions-nous trop fanfaronné les jours précédents, toujours est-il qu’aujourd’hui le compteur fait la tête. La moyenne chute. Départ tardif, puis nous voilà pris dans le meilleur des traquenards, une fête de village à Veliko Gradiste.

DSC00623A peine arrivés, nous sommes alpagués par des sourires amicaux et des propositions multiples : bière, soupes, grillades. Nous ne tardons pas à nous retrouver attablés, alors que nous avons parcouru depuis le matin 20 malheureux kilomètres. Et le redécollage risque de se faire attendre. Notre hôte nous le fait nettement comprendre par un geste du pouce en travers de la gorge : pas question de décamper avant d’avoir fait honneur.

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Alors nous allons nous y atteler avec le plus grand des bonheurs pendant qu’un groupe d’enivrés donne un récital de chansons traditionnelles accompagnés par l’inévitable accordéon (qui n’est vraiment pas un instrument pour les … comme le chantent avec ironie les Ogres de Barback).

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Nous sommes rapidement à pied d’œuvre alternant de grandes lampées de bière avec des cuillérées de soupe poissonneuse dont les arêtes nous restent un peu en travers … de la gorge ; mais, ici, on ne fait pas la fine bouche. DSC_0023-1Après quelques heures, nous tentons une échappée, mais le moment est le plus mal venu. Voilà le méchouis qui vient à point pour régaler les papilles de tous les convives, difficile d’y renoncer ! Le tout, copieusement arrosé de bière comme il se doit, si bien que nous finissons par apprécier les grandes accolades affectueuses (pour ne pas dire plus) de notre ami et les harmonies approximatives de la chorale locale. Disons clairement qu’on se régale et qu’on ne boude pas notre plaisir. “Brate !”

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DSC_0062Le retour sur la selle – quelque part toujours un peu douloureux, mais on ne vous dira pas où – était cette fois si tardif qu’il ne s’est pas prolongé bien longtemps. Nous avons très vite dégoté un petit terrain de camping de rêve au bord du Danube, face à la forteresse de Golubac.

Préparation du bivouac-popote. Mais ce soir on saute l’apéro. Eh, faut pas croire, on sait rester sobre aussi !

DSC00656 Les jours suivant cette aventure, nous roulons sur les berges du Danube. Celui-ci nous offre son profil le plus escarpé et de somptueux panorama entre la ville de Donji Milanovac et le barrage des Djerdap où se trouve un poste frontière avec la Roumanie. Dans cet étranglement, appelé “Portes de Fer”, le Danube se resserre en un défilé de 150 mètres de largeur (après avoir atteint en amont jusqu’à 2 km) qui rappelle par ses calcaires abruptes et délités certaines Calanques. DSC_0024-1 “Et c’est beau, bon allez on s’casse !” Non, c’est vraiment chouette et nous ne sommes pas mécontents de retrouver un peu de relief, d’autant que les côtes n’ont rien avoir avec les montées interminables des cols dolomitiques.

6 septembre. Nuit agitée à Donji Milanovac où, tente calée derrière un buisson en plein village, Etienne n’a de cesse de crier après les chiens errants qui grognent autour du bivouac pendant une bonne partie de la nuit, jusqu’à ce que, excédé, il se décide à sortir de la tente, partir à la chasse, armé d’une sandale, et courir au milieu de la rue en tenue d’Adam pour les faire fuir à l’aide du projectile qu’il va inévitablement égarer dans un jardin voisin. Après quoi nous profiterons de la fin de la nuit dans un calme mérité. Nan mais ! Nos amis les bêtes … (Pour ceux qui connaissent la chanson des Joyeux Urbains, “Achète un chien” elle n’a pas cessé de raisonner dans ma tête. Merci bien !)

Le lendemain est l’occasion d’une incursion inoubliable en terre roumaine. Nous traversons l’énorme barrage des Djerdap (au delà duquel se trouve la Roumanie) en quête d’un market pour y dépenser les Lei que Michèle, Jacques et les Renard nous ont laissé en Autriche. Et il y a une somme ! Orgie d’achat dans un bouiboui cracra, suivie d’un p’tit resto pour finir par un retour en Serbie sous les yeux goguenards des douaniers serbes. DSC_0027 Peut-être connaissez-vous l’histoire du gars qui passe la frontière tous les jours à vélo avec un sac de sable sur l’épaule et qui, une fois à la retraire, révèle au douanier qu’il trafiquait des bicyclettes. Mais toute ressemblance entre cette histoire et notre séjour n’est que le fruit de votre imagination débordante. Nous terminons cette journée mémorable en fuyant les zones industrielles en aval du barrage et mettons, ici, un point final à notre longue descente au fil du Danube.

Direction la Bulgarie. A nous les yaourts !

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Srecan Put

Le long du Danube

Du 28 août au 3 septembre

Nous voilà cette fois sur les rives du Danube. Nous allons suivre son cours depuis Vukovar (est de la Croatie) jusqu’à entrer en Bulgarie après avoir passer les Portes de Fer, zone d’étranglement dans le cours du fleuve.

DSC00441 Le premier contact s’est révélé très agréable. A Vukovar se tenait pendant la semaine un festival de cinéma, aussi avons-nous pris place à une table au bord de l’eau pour assister à la projection d’un film serbe sous-titré dont une partie nous a échappée, il faut l’avouer. Atmosphère très sympathique, on est vernis !

Le lendemain, nous franchissons la frontière serbo-croate (zone sensible il n’y a pas si longtemps) après laquelle nous aurons la chance, une fois encore, de rencontrer Peter qui nous prête pour la nuit sa petite maison de villégiature au bord du fleuve. On est aux p’tits oignons. Hvala Peter.DSC00460

30 août. Novi Sad. Ravissante ville dont le centre historique est essentiellement piétons. Nous paressons à la terrasse d’un café, cartes postales, journal, blog, occupations désormais rituelles.

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DSC00537A Zrenjanin, nous sommes reçus par Liljana et Nina puis la famille Vorgic au complet. Nous allons passer deux jours en famille, choyés, profitant des spécialités culinaires, de visites (ville, musée, église orthodoxe) guidés par nos hôtes. Difficile de quitter la douceur de ce climat si accueillant.

Un grand merci à vous quatre !

Après cette bonne halte, nous reprenons quand même les bicyclettes pour une étape contre la montre à plus de 28 km/h de moyenne ! On sent que les jambes démangent (l’esprit de notre Fignon national est avec nous). DSC_0002-1 Et nous voilà à Belgrade, la grande métropole de Serbie. L’entrée y est conforme à ce qu’on peut imaginer, grandes voies de circulations sur lesquelles on ne lâche pas le rétro des yeux, on joue à cache-cache avec les bus. Manon se fait sa première frayeur en dérapage moyennement contrôlé. Banlieue abîmée, sale, grise et polluée. La société de consommation est en marche et ne fait pas dans la dentelle. La ville est sans charme, grandes avenues aux immeubles ternes, même le centre-ville piéton nous laisse indifférents. Nous irons bien faire un tour vers les centres d’intérêt de la cité (forteresse Kalemegdan, église St Sava) mais sans conviction. Une ville bâtie avec empressement à l’image du passage que nous y faisons.

Nous avons maintenant retrouvé les berges du Danube à Smederevo, dotée d’une vieille forteresse (reliquat de défense entre empire Austro-Hongrois et empire Ottoman) ainsi que la campagne serbe. Petits villages aux maisons soignées et jardins florissants et industries lourdes. Le contraste est saisissant.
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4 septembre. Mais le Danube est plein de surprises et nous avons eu droit, à Ram, à notre premier coucher de soleil mémorable.

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Et que nous réserve la suite de son cours paisible ?

Sur la Drava, la Drau, la Drave

DSC00354 Depuis Villach, les paysages défilent. Nous allons suivre le cours d’une importante rivière qui traverse successivement l’Autriche, la Slovénie, la Croatie avant de se jeter dans le beau Danube bleu (à vérifier) à la frontière serbe. Elle prend le nom de Drau (en Allemand) puis Drava (en Croate), la Drave (en Français). L’intérêt pour nos mollets est évidemment que les dénivelées sont quasi-inexistantes (enfin, 5m + 5m + 5m + … ça peut être fatiguant aussi, on a testé).

DSC00358 Mention spéciale aux Autrichiens pour les superbes aménagements réservés aux bicyclettes. Durant la partie autrichienne, nous allons suivre sur plus de 150 km une piste réservée au cyclistes appelée le Drauradweg. Elle s’étend de Villach jusqu’à la frontière slovène en traversant les vertes campagnes, les fermes traditionnelles et parfaitement entretenues. On y trouve même des pommes gratis, pas besoin de marauder pourtant nos regards sont déjà à l’affut de victuailles à cueillir.

En Slovénie, lors de la traversée de Maribor, nous sommes guidés par Frans qui mettra beaucoup d’empressement et d’énergie à nous conduire à travers la ville et finir dans sa taverne pour nous offrir … une bière !

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La frontière suivante est vite passée et nous voilà en Croatie après une étape de 115 km, motivés par l’information selon laquelle un festival folklorique et international (on ne sait pas trop) se tient à Varazdin. Ce soir on sort ! DSC00389On trouve vite fait un troquet pour laisser notre barda, débarbouillage rapide dans les toilettes (de ce côté, rien à voir, soyez patients) et nous voilà à flâner dans les ruelles, allant de stand de friture en scène folk-rock sans oublier les pauses saucisse ou glaces. Un vrai coup de bol pour un moment de distraction super sympa avec un aperçu de la scène rock locale.

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Passons le plan camping pourri aux abords de la ville. Une nouvelle bonne surprise nous attends le lendemain soir.

DSC00401A la recherche d’eau fraîche pour organiser le camping du soir, nous sommes finalement accueillis chez la famille Lazar qui nous offre le couvert, un toit pour la nuit et surtout un charmante compagnie. Nous allons pouvoir discuter de maints sujets dans une ambiance de convivialité et dans un anglais souvent approximatif, mais c’est le charme des rencontres. A big thank you to all the family !

Nous commençons à entrer réellement dans le voyage. Nous voilà à la débrouille et à la rencontre des autres. Au fil des kilomètres et des frontières traversées, le décor change, les régions sont moins riches, les équipements moins modernes, mais les routes sont encore bonnes, de nombreuses zones cyclables, des maisons bien apprêtées, un certain confort et une douceur de vivre. Les autochtones sont de plus en plus accueillants malgré la barrière de la langue qui apparaît. Malgré notre rythme assez lent (80 km/jour), nous avons le sentiment de cataloguer les situations facilement en fonction de la première impression (“Tiens, ici ils ont l’air plus sympa, la dame elle m’a sourit !”). N’avons-nous pas tendance à idéaliser du fait du voyage ? En tout cas, soit par chance, soit c’est une généralité, voyager paraît plus simple depuis quelques jours.

A bientôt pour les prochaines news !