Où sommes-nous

Toscane, lieu épique et moment hippique

Par Xav le Chav’

Avec le Xav, à ChiancianoItalia. Je ne dirai pas “une fois de plus l’Italie”, mais tout de même… Onze mois après avoir quitté nos deux compagnons de route sur le quai d’une gare des Dolomites, le lieu des retrouvailles est fixé en Toscane. Le pays reste le même mais les changements de paysage et de culture n’en sont pas moins marquants. Autant les Dolomites ressemblent à s’y méprendre aux Alpes autrichiennes, autant la Toscane symbolise à elle seule la Renaissance italienne et toutes ses richesses culturelles et patrimoniales.

Toscane30 juin. Chiusi. Ce n’est pas là que nous devions nous retrouver et pourtant… Le point de rencontre était prévu à Sienne, un peu plus au nord. Si tous les chemins mènent à Rome, il y en a au moins deux qui passent par Chiusi car c’est à la sortie de cette ville située en bordure sud-est de la Toscane que nous nous rencontrons finalement – et par le plus grand des hasards – avec un jour d’avance.

Toscane

ToscaneManon et Etienne m’avaient prévenu, leurs habitudes de camping ont bien changé depuis le temps des terrains trois étoiles avec piscine qui ont désormais laissé place aux bivouacs au milieu des champs, le long d’une route ou dans les parcs publics. Il va falloir s’habituer. Ce soir-là, notre choix se porte sur le bord d’une route de campagne ; nous planterons la tente sur quelques mètres carrés de verdure, derrière une station-service. Nettoyage au karcher“- Et comment on fait pour se doucher ? – Tu remplis pas trop la bassine et tu fais ça au gant de toilette, avec deux litres d’eau normalement c’est tout bon. – Euhhhh … OK, on va essayer.” Et bien non, je n’essaierai pas !! Enfin pas cette fois-ci. En effet, notre décrassage quotidien fut facilité ce soir-là par un instrument de nettoyage à haute pression cher à notre Président et dont nous tairons ici le nom d’usage (pas de publicité sur ce blog). Pour les curieux, sachez que cette méthode est finalement très écologique puisque ne consommant qu’une faible quantité d’eau ; la sensation restant bien sûr quelque peu différente de celle procurée par une douche classique (il faut souffrir pour être écolo).

Un bon p'tit déjUn aspect de leur vie quotidienne, qui lui n’a pas changé, reste l’alimentation. En plus de devoir apporter les nutriments, vitamines et autres acides gras essentiels, la nourriture consommée est C'est pas beau ça?avant tout une source indéniable de plaisir pour nos deux globe-trotteurs. Le retour en Italie n’a fait qu’accentuer leur côté épicurien : pâtes, pizzas, DSC06072charcuteries, fromages, salades, yaourts, glaces, fruits frais, vins toscans, cafés … tout y passe et pour le plus grand plaisir de nos papilles ! Notons au passage qu’un temps d’adaptation est parfois nécessaire pour pouvoir suivre le rythme imposé.

Un bon p'tit resto

Sienne3 juillet. Sienne. En italien Siena. Plus petite que son ancienne rivale florentine, Sienne reste un joyau de l’architecture médiévale dont l’apparence est restée pratiquement inchangée depuis le XVIème siècle. La densité de son centre historique est frappante : les rues étroites ainsi que les monuments grandioses s’enchaînent tour à tour au gré de nos pérégrinations. La fameuse piazza del campo – plus belle place de toute l’Italie selon certains – ne se dévoile qu’au tout dernier moment, laissant apparaître ses charmes au premier rang desquels son aspect caractéristique en forme de conque.

SienneSienneSienne, le Dumo

C’est ici que se déroule chaque année le palio, une course de chevaux montés à cru réunissant les meilleurs cavaliers des dix-sept quartiers de la ville. Par chance, l’épreuve a lieu le lendemain de notre arrivée et nous décidons de rester un peu plus pour mieux explorer cette cité et assister à cetSienne, aux couleurs du quartier événement hippique … nous ne le regretterons pas, bien au contraire. La course est prévue vers 19h30 mais une immense foule est attendue et c’est pourquoi nous prenons place derrière les barrières environ quatre heures avant le début de l’épreuve. Durant cette longue attente, Il campo se remplit petit à petit jusqu’à devenir complètement saturé et inaccessible à tous ceux restés en dehors.

DSC06045Le début des hostilités est précédé d’une grande – et très longue – parade qui voit se succéder les différentes représentations arborant les couleurs et les armes de chaque quartier. Enfin, les concurrents et leur monture font leur entrée dans cet hippodrome inattendu. Un grand silence se fait tandis qu’un speaker énumère la liste des quartiers concurrents.Sienne, défilé des quartiers peu de temps avant la course finale

Sienne, défilé des quartiers peu de temps avant la course finaleSienne, défilé des quartiers peu de temps avant la course finalePeut-être un futur champion, nerveux

Sienne, la course commence, la foule en furieLe départ est ensuite donné et les chevaux s’élancent à toute allure pour trois tours de piste. Pour les néophytes que nous sommes, la vitesse des chevaux au galop passant à moins d’un mètre de notre position nous impressionne fortement. L’hystérie des spectateurs est à son Le vainqueurcomble, l’adrénaline accumulée pendant toutes ces heures se décharge en l’espace de deux minutes. Au bout de deux tours, la moitié des chevaux ont perdu leur cavalier mais continuent quand même à courir et à influencer la suite de la course. Une fois la ligne d’arrivée franchie, les supporters du quartier vainqueur envahissent la piste et fêtent leur champion à grandes effusions de cris et même parfois de larmes. Nous naviguons tant bien que mal au milieu Le vainqueurde cette foule en délire, tandis qu’il nous faut rester sur nos gardes pour ne pas se faire renverser par les quelques purs-sangs égarés qui continuent à trotter de ci de là. La joie du gagnant en dit long sur l’importance que revêt cette course d’autant que celle-ci n’est pas sans risque, que ce soit pour les cavaliers ou pour leur monture.Après la victoireMalgré sa proximité, l’Italie réserve encore bien des surprises. Souhaitons que celles-ci se poursuivent jusqu’au bout de leur voyage.

Sur un quai de gare, 11 mois plus tard

D’une Grèce à l’autre, à travers les lauriers

Amphitéâtre d'Ephèse20 juin. Nous débarquons à Selçuk, ville ordinaire de la côte occidentale turque où subsistent les restes du temple d’Artémis, une des sept merveilles du monde antique. Seule une colonne solitaire tente de faire perdurer la splendeur passée de la déesse … Sauf son respect, nous zappons. Nous sommes encore sur le sol turc et cependant, de notre point de vue, nous venons d’entrer en Grèce, oh injure impardonnable. Bibliothèque d'EphèseIl faut quand même tenir compte du passé des lieux. A deux pas d’ici se trouve la cité antique d’Ephèse qui nous dévoile, dans la foule des touristes, son immense amphithéâtre et la façade majestueuse de sa bibliothèque. Comme dirait l’autre, c’est beau, allez on … va pédaler un peu, ça fait déjà quelques jours qu’on se la coule douce alors quoi, il y en a qui attendent un peu d’aventure.Sur la côte au large d'Ephèse Et bien, disons qu’en guise d’aventure, nous nous sommes contentés de faire un lointain retour dans le temps en traversant la Grèce et en foulant quelques vieilles pierres. Un peu de respect, nous avons eu la chance de trouver sur notre route quelques uns des plus beaux sites de la Grèce antique.

L'acropole

Temple d'Hephaïstos23 juin. Après Ephèse et quelques journées de vélo le long des stations balnéaires égéennes de Turquie, une traversée en ferry nous dépose au Pirée. Un coup de RER local et nous voilà au pied de l’Acropole, juste à l’ouverture. On ne profite jamais aussi bien des sites touristiques que lorsqu’ils sont dépourvus de touristes. Il n’y a qu’une solution pour cela, s’y trouver à l’ouverture. Nous avons profité du Parthénon, presque seuls à beurrer nos tartines tout en admirant la vue sur Athènes. Glaces énormes à MonastirakiEt dès que les cars de Chinois et d’Américains (là aussi ils se font concurrence) déboulent, on fout le camp. Balade dans le quartier de Plaka puis l’Agora, et pour nous récompenser de nos efforts … deux glaces énormes à Monastiraki.

Pendant que nous allons admirer le masque d’Agamemnon au musée archéologique, nous laissons les vélos à l’extérieur et c’est l’occasion de se faire fouiller les sacoches. On savait que les Grecs était sur la paille, mais au point de voler de la nourriture et des bombes de graisse quand même. Masque d'AgamemnonEn fait de crise grecque, nous ne voyons rien de tangible si ce n’est quelques banderoles étendues sur les grilles du parlement et quelques caricatures de Papandréou dans la presse locale. Nous terminons notre journée athénienne à la gare ferroviaire pour s’extraire de la ville en train. Nos billets en poche, nous grimpons dans le wagon et aussi sec, nous en sommes redescendus par les contrôleurs. Motif : pas de vélo dans le train. Et comment doit-on faire ? Ce n’est pas leur problème. L’occasion d’un petit “pétage” de plomb sur le quai. M’enfin, c’est presque la première fois qu’on se cogne à autant de résistance (on se croirait à Singapour). Bienvenue en Europe !

Dans les genets24 juin. Aujourd’hui c’est journée tout plaisir. Nous contournons le golfe de Corinthe par le nord. Nous avons en ligne de mire le mont Parnasse, pas celui de la tour infernale, non le vrai, l’original, le divin et majestueux Parnasse. Nous gravissons ses pentes inférieures, entourés par les lauriers roses ou blancs qui bordent les routes, un vrai bonheur. Mais nous arrivons un peu tard pour profiter des offres des magasins de ski. C’est pas grave, nous avons déjà donné dans le col enneigé, on n’est pas pressé de recommencer. Nous profitons plutôt du beau ciel bleu et du soleil de Grèce.

Dans une haie de lauriersEn fin de journée, nous suivons notre programme rituel : nous commençons par les courses (légumes frais, pates, petit déjeuner sans oublier des boissons désaltérantes pour l’apéro) ; puis nous trouvons une fontaine ou une personne bienveillante pour remplir nos poches à eau ; enfin, nous repairons une lieu un peu en retrait pour dresser notre campement. Ce soir nous décidons de passer la nuit à la sortie d’un village, à côté d’une église. Toujours un bon plan pour s’installer, il y a souvent un carré d’herbe, quelques bancs et en soirée, c’est plutôt le coin tranquille. Banco et santé au petit Jésus.

SantéLumières de crépuscule

DSC0593125 juin. Ce matin nous prenons le petit déjeuner au pied du sanctuaire de Delphes, nous en convenons, il y a pire. Et à l’ouverture nous voilà à l’assaut de la voie sacrée, admirant les restes des trésors des Béotiens, des Athéniens, montant jusqu’au temple d’Apollon, au théâtre et au stade. Le cadre est grandiose, sanctuaire enserré dans de larges falaises calcaires. Nous avons bien sûr tenté de consulter la Pythie, mais l’oracle est resté quelque peu obscur.

Golfe de CorintheLes jours suivants s’enchaînent en longeant le golfe de Corinthe. Nous traversons avec délices les villages côtiers, Itéa, Galaxidi, Nafpaktos, bercés par le parfum des lauriers. Douceur et pédalage font bon ménage sur ces reliefs ondulés mais coulés. Nous touchons au but en traversant le pont du détroit de Corinthe, nouvellement réalisé à l’occasion des derniers Jeux d’Athènes. Le long du détroit de CorintheCelui-ci nous permet de rejoindre Patras où nous embarquons sur un énorme ferry qui va nous conduire à travers l’Adriatique vers Ancona, l’Italie, et juste de l’autre côté des Alpes … mais en attendant profitons de la piscine du pont supérieur.

C'est pas la classe quand même, il fallait bien une croisière pour fêter dignement cette lune de miel.

L’Iran, dangereux ? Tu parles !

Pris dans les contradictions iraniennes, nous ne pouvons quitter l’Iran sans vous faire partager ce témoignage de nos amis cyclistes Annick et Bruno , les Roulmaloute, qui ont traversé l’Asie et bien d’autres continents à vélo, et ce n’est pas fini !

Leur vision de l’Iran est en parfaite adéquation avec la notre, alors nous leur laissons le mot de la fin. C’est sans photos, brut de décoffrage, mais il faut le lire jusqu’à la fin, histoire de sortir des clichés balancés sur ce pays tant décrié et si loin d’être un repaire de terroristes.

En venant en Iran, nous avons réalisé un de nos rêves. L’Iran n’est pas un pays comme les autres. Il fascine certains, en effraie d’autres, mais il ne laisse jamais indifférent. Nous ne le quittons pas de gaieté de cœur car nous avons vraiment adoré….

Nous repensons à notre appréhension avant d`y entrer, aux articles de journaux, à l`axe du mal… Nous avions oublié que les relations politiques des gouvernements sont soumises à leurs intérêts économiques et ne reflètent pas la réalité et la complexité d`un pays. Derrière ces enjeux et ces tensions, nous oublions que des hommes vivent.

L’Iran, c’est tout d’abord un peuple – aux origines ethniques diverses : Persans, Azéris, Kurdes, Loris, Arabes, Turkmènes… – un peuple extrêmement attachant. Les Iraniens sont curieux et aiment parler. Ils sont amicaux et charmants. L’accueil et l’hospitalité font ici partie de la culture et du mode de vie. Le nombre de fois où nous avons été invités dépasse tout ce que l’on a pu connaitre dans les autres pays où nous avons voyagé. Parfois, c’ est même trop pour nous occidentaux habitués à plus de réserve et aimant notre tranquillité.

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, on se sent tout se suite en sécurité dans ce pays. On sent que tout le monde ne nous veut que du bien (à condition de ne pas enfreindre la loi… nous avons quelques témoignages cuisants à ce propos…).

Nous avons côtoyé des gens de différentes couches sociales, et à chaque fois, ce fut la même chose, la même curiosité, le même plaisir d’échanger. Evidemment, les villageois et les bergers sont plus éloignés des influences politiques et religieuses que les habitants des grandes villes. La rudesse de leur condition de vie les rapproche au plus près des choses essentielles et simples de la vie, peut être un peu comme nous, voyageurs à bicyclettes et cette combinaison d`éléments est propice à l`échange.

Peut être que dans ces brefs instants de partage et dans ces échanges de regards, parvenons nous à oublier la culture, la religion et l`environnement de chacun pour apercevoir cette parcelle d`humanité et de vérité que nous avons tous en commun.

L’isolement de l’Iran sur le plan international entraine une immense curiosité des Iraniens, envers les étrangers qui visitent le pays. Mais ils ne l’expriment pas de la même manière.

Il y a ceux qui nous ont ouvert leur porte, ceux qui nous ont donné de la nourriture, des friandises, des fruits, il y a ceux qui nous ont escorté en mobylette en baladant leur téléphone portable à 10 cm de notre nez pour nous prendre en photo en roulant, il y a aussi tous ceux qui nous ont juste salué d’un "khasta na bashi" (ne sois pas fatigué) ou d’un "Salam" agrémenté d’un large sourire et d’un geste de la main. Il y a ceux qui se sont contentés de nous reluquer des pieds à la tête lorsqu’ils ont compris que nos maigres compétences en Farsi ne les mèneraient pas loin, ceux qui nous ont bombardé de « kojai, kojai » ? parfois en remuant les mains comme des marionnettes et en secouant la tête, ce qui peut vouloir dire : "Comment ça va ?", "Tu viens d’où ?", "Tu vas où ?", "Comment tu t’appelles ?", "Qu’est-ce que tu fais là ?", "T’es qui ?", ou bien d’autres choses encore.

Beaucoup de jeunes parlent anglais et nous avons donc communiqué en anglais avec de très nombreuses personnes, nous amenant à des questions plus fondamentales. Les jeunes sont bien élevés, beaucoup ont un bon niveau d’études, mais malheureusement il y a peu de débouchés technologiques dans le pays. Les vieilles bagnoles Paykan boivent entre 12 et 15 L d’essence aux 100km, et polluent un max. Les ressources en pétrole sont immenses, mais la technologie ne suit pas, l’Iran manque de raffineries, et de ce fait, rationne l’essence (en prétextant la pollution). On a quand même vaguement le sentiment que le gouvernement est plus occupé à tenir son monde sous le joug islamique et à emmerder les femmes pour un bout de tissu que de se préoccuper de problèmes plus fondamentaux, emploi, pollution, accidents de la route…

Le peuple iranien est aussi un peuple fier. Fier de ses origines, de son histoire et de sa culture. Ne les confondez surtout pas avec les Arabes ; ils les haïssent ! Et leur culture est effectivement bien différente. Les Iraniens insistent souvent sur l’ancienneté et la richesse de la culture Perse, ironisant, comme en Turquie, sur les arabes qui ne sont que des bédouins incultes. Mais cette culture dont ils se prévalent est très ancienne (les poètes, mosquées étant antérieurs pour la plupart au 16ème siècle).

Les gens avec qui nous avons discuté religion (fort peu en fait) sont profondément croyants mais avec des différences sur l’aspect culturel : prières, fréquentation de la mosquée, pèlerinage à la Mecque , etc … (Le concept d’athéisme ou d’agnosticisme est d’ailleurs purement occidental). Quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais été confrontés à du prosélytisme mais au contraire à une grande tolérance.

Mais l’Iran n’est pas non plus un pays idyllique où le peuple opprimé attend calmement plus de libertés individuelles. La situation est bien plus complexe et encore difficile à décanter entre les positions des ultrareligieux, de certains jeunes qui rêvent d’Europe ou d’Amérique, en passant par ceux qui tout en étant fiers de leur pays et heureux d’y vivre, désapprouvent complètement la politique du pays.

Bien sûr la situation des droits humains, et parmi eux la condition des femmes, ternissent le tableau que l‘on vous a brossé. Il est vrai par exemple que les femmes doivent être voilées et certaines d’entre elles portent souvent le tchador (cette immense robe noir) mais cette obligation est vite oubliée dés que nous passons le pas de la porte d’une maison. Les femmes sont également assises à l’arrière dans les bus et de manière générale elles sont dans la vie publique séparées des hommes, mais il ne faut pas en conclure pour autant que les Iraniens les considèrent comme des êtres inférieurs. Ils sont pour la plupart juste obligés d’appliquer les règles islamistes et sont contrôlés de près par les policiers.

A propos du tchador, nous vous invitons à lire l’article d’un cycliste Français assez truculent : le chat dort pendant que le chien veut tirer son coup

Concernant nos déplacements, nous avons finalement davantage utilisé le vélo que nous l’aurions pensé. En effet, les renseignements obtenus par d’autres cyclistes nous avaient un peu refroidis car les descriptions mentionnaient toujours une circulation abominable et dangereuse. L’Iran détient le record mondial des accidents de la circulation. Sur les routes que nous avons parcourues, nous sommes quasi toujours restés hors de ce trafic intense (à part dans les villes évidemment). Nous avions repéré sur la carte les petites routes et les pistes. La circulation en vélo sur l’autoroute n’a rien de kamikaze, mais juste désagréable à cause du bruit. En fait ce sont les routes « intermédiaires » qu’il faut éviter…et franchement, faut être barjo pour faire du vélo à Téhéran (nous n’y sommes pas allés… mais on imagine, on a vu Mashhad aux heures de pointe…)

Voilà, le mieux est encore d’aller voir sur place ! L’hospitalité des iraniens, les monuments, les paysages, et toute l’ambiance générale sont difficilement imaginables…

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Et pour prouver qu’on peut “presque” tout oser en Iran, une petite photo d’Esfahan en compagnie de deux iraniennes :

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Un avant-goût d’éternité*

Par Biljana et Patrick

Samarkand, plus que toute autre ville de la route de la soie, évoque la légende des voyages au rythme lent des caravanes, les oasis inattendues, perdues de bleu, de sable et de fraîcheur. En voyageurs – touristes que nous fûmes pendant 2 jours à Samarkand – c’est au cours d’une déambulation rythmée par les explications de notre guide, Malika, que nous avons découvert cette ville suspendue entre passé et présent, entre aube et éternité.

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DSC_0274-1C’est aux premières lueurs du jour que nous découvrons Samarkand dans sa globalité, perchés comme des oiseaux migrateurs en haut du minaret de la Medersa d’Ulug Beg, sur la place du Registan. Samarkand émerge de la nuit. Inconfortablement installés sur notre perchoir, nous entrevoyons, à tour de rôle, la DSC_0319-1déclinaison des couleurs de l’aube sur les toits et les coupoles.

Le soleil apparaît rapidement sous la forme d’une grosse boule orangée, juste annoncée par un vent frais qui nous fait frissonner. Puis le disque orange laisse échapper des rayons lumineux qui viennent lécher le haut des medersa de la place et commencent à mettre en lumière le théâtre majestueux du Registan. Les trois monuments se font face comme des acteurs géants dont le jeu surprend par son élégance et son harmonie.DSC04333

DSC_0106Moment suspendu d’infini bien-être, tandis que le soleil continue sa lente caresse de la Medersa d‘Ulug Beg, et les étoiles chéries du Khan astronome illuminent la façade. Difficile d’imaginer qu’elles ont failli ne plus briller après le tremblement de terre de 1898 qui a en grande partie détruit le monument. Les grands travaux des annéesDSC04361 30 ont laissé la place à une restauration patiente. C’est dans la fraîche pénombre d’une des salles de la Medersa Chri Dor que nous assistons au minutieux travail des artisans pour reproduire la beauté des motifs ancestraux.

DSC_0144-2 Nos pas nous portent ensuite vers la Mosquée de Bibi Khanoum, que Tamerlan fit construire pour la 4ème de ses femmes, la plus aimée. La taille du monument devait être un hommage à son amour et témoigner de la force de ce sentiment à travers le temps. L’éternité de l’amour d’un couple se perpétue-t-elle à travers de telles réalisations architecturales ou plutôt au travers de ce qui se construit au jour le jour, avec le partage des bonheursDSC_0061-3 et des difficultés de la vie, les enfants qui naissent et qui grandissent ? C’est dans ce lieu qu’un couple d’éternels amoureux-voyageurs se tenant par la main raconte sa vie bien remplie, ses 72 enfants et petits-enfants et prédit à Manon et Etienne que 4 enfants viendront bientôt embellir leur jeune amour.

DSC04372Voyageurs en quête de réponses, nous consultons le ciel de Samarkand, et nous cheminons vers l’Observatoire d’où Ulug Beg scrutait les étoiles cinq siècles auparavant. Seule une partie du cadran monumental – moyen de mesure de la course du soleil – a pu être restaurée, suite à son excavation par les Soviétiques au début du siècle. DSC_0205Comment un instrument d’observation du soleil a-t-il pu se retrouver enterré sous plusieurs mètres de terre ? Le temps qui passe a des ironies… En sortant de l’observatoire, c’est la morsure du soleil qui nous ramène à Samarkand, Belle du désert, écrasée de chaleur. Monter les escaliers raides qui mènent à la Nécropole de Shahi-Zinde nous demande des efforts. Il faut en compter les marches à l’aller, nous dit Malika, puis les compter à nouveau au retour. Si on ne trouve pas le même nombre, cela signifie que l’on a certainement pêché. Mais arrivés sur la dernière marche s’ouvre devant nous un étroit couloir bordé du bleu des mausolées qui se succèdent sur des dizaines de mètres. Etourdis par les motifs, par les variations de couleurs, DSC_0263-1qui rendent chaque mausolée unique, nous figeons sur nos yeux numériques le maximum d’images. Voyageurs curieux nous pénétrons sans frapper dans ces demeures des morts pour voler un peu de la beauté qui les enveloppe. Autour de nous, les guides expliquent les époques et les détails architecturaux des monuments, mais que sait-on de ceux qui reposent là ? Rien du tout, parfois même pas leur nom.

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Dans la mosquée, la prière soudain nous interrompt dans notre avidité touristique et nous nous retirons sur la pointe des pieds. C’est dans le cimetière attenant à la nécropole que nous nous posons enfin, savourant le calme et la fraîcheur du lieu. Mausolées prestigieux et tombes actuelles anonymes se mêlent à tout jamais dans l’éternité et les portraits gravés dans le marbre nous regardent tranquillement.

Notre déambulation dans Samarkand, guidée par la gentillesse de Malika, se termine dans l’éblouissement de la nécropole resplendissant au soleil devant nos yeux et la fraîcheur de ce havre de paix. Peu importe si le nombre de marches au retour n’est pas identique, nous avons eu nous aussi « un avant-goût d’éternité ».

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* Un avant-goût d’éternité : Qualificatif employé par Mitterrand pour décrire sa promenade à travers la nécropole de Shahi-Zinde peu de temps avant la fin de son deuxième mandat.

Offre spéciale !!

Vous voulez couper avec le turbin, avec le quotidien, oublier vos soucis ? Vous rêvez d’évasion vers un pays riche de sa culture, de son histoire, fertile en expériences. Notre équipe (Biljana, Patrick, Etienne et Manon) s’est réunie ces dernières semaines pour tester et vous proposer 15 jours de vacances inoubliables et dépaysantes.DSC_0354

Ne réfléchissez plus : videz votre frigo, abandonnez les mioches aux grands-parents, bouclez les valoches et claquez la porte, maison, boulot, bagnole, oubliez tout ! Laissez vous guider par votre envie du moment : fermez les yeux et plongez dans vos plus beaux rêves d’enfants, de rêves de princes et de princesses, de palais des mille-et-une nuits, de caravanes, d’habits étincelants, de douceur, d’oasis et de ciels parsemés d’étoiles. Vous y êtes ? Alors, soyez les bienvenus dans ce pays magique de la route de la soie, nommé :

Ouzbekistan

patrickVous débutez votre épopée à l’ouest du pays. Un tapis volant vous emmène survoler l’immensité désertique du Qyzyl-Qum avant de se poser à Nukus. Là, prenez le temps de découvrir l’exceptionnelle caverne d’Ali-Baba réunie par Savitsky ; 40 000 pièces allant du patrimoine archéologique aux toiles des peintres d’avant-garde récoltées pendant l’ère soviétique.

Pour satisfaire vos désirs de grands espaces et d’émotions, vous partez 200 km au nord. La route est longue, fatigante, mais saisissante. EtienneVous restez ébahis devant le spectacle désolant des bateaux qui rouillent au bord de la piste, abandonnés sur les sables déserté par la mer. Vous longez ensuite le plateau d’Ustyurt, admirant ses formations géologiques surprenantes, jusqu’aux eaux de la mer d’Aral. Imprimez ce paysages fascinant, vous faite peut-être partie des derniers témoins de son existence.

Sur la piste pour la mer d'AralDANS la mer d'Aral

DSC_0199Puis vous partez vous perdre dans le désert du Qyzyl-Qum à la recherche des surprenantes ruines des cinquante forteresses des anciens rois (du IVème siècle av. JC au XIVème siècle ap. JC).Manon Faites une halte dans la charmante et délicieuse Khiva, important carrefour des routes de la soie. Déambulez dans ses rues calmes, entre mosquées et medersas, admirez les fines décorations en céramiques, buvez aux fontaines rafraichissantes, grimpez au sommet de ses minarets pour profiter du soleil couchant, et terminez votre excursion par un repas délicat assorti de plats traditionnels, et d’une partie d’échec.

KhivaKhiva

DSC_0262Gagnez ensuite Boukhara et ses pittoresques ruelles en terre battue. Flânez entre les bazars et les immenses medersas surmontées de splendides coupoles bleu turquoise. Prenez le temps de découvrir le travail de ses artisans : céramique, tissage, ferronnerie. BiljanaPendant les heures chaudes de l’après-midi, accordez-vous une bonne pinte de bière rafraîchissante sur une terrasse ombragée. Poursuivez votre visite avec une promenade sur les remparts, afin de profiter des lumières de fin de journée. Retournez alors à votre chambre d’hôte pour y passer une des mille-et-une nuits.

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Dans la vallée d'UrumDes envies de verdure, de solitude ? Nous avons ce qu’il vous faut. Pour vous, une escapade nature dans les monts Nuratau. Si désert rime avec hostilité et calme oppressant, l’oasis d’Hurum rime avec douceur de vivre et calme apaisant. Prenez le temps de vous ressourcer dans ce havre de paix, un petit village aux robustes maisons de pierres, niché dans une vallée verdoyante. Lassez-vous bercer par le gazouillement des oiseaux et la caresses des hautes herbes.

Déjeuner sur l'herbe

DSC_0280-3Point d’orgue de votre voyage. Vous ne pouvez manquer le coup de foudre pour la perle de l’Asie centrale, la somptueuse, l’exceptionnelle, l’incontournable Samarkand. Faite joyau par Timur le sanglant, Samarkand vous ravira par ses splendeurs historiques et ses merveilles d’architectures. Coupole de la medersa Cher-DorSommet de l’art des majoliques, perfection des perspectives, profusion de nuances azurées, traversez la ville ancienne par la rue de Tachkent, depuis la majestueuse place du Registan, jusqu’à DSC_0147l’émouvante allée des mausolées. En bonus, enivrez-vous des saveurs sucrées des nectars de la fabrique viticole Hovrenko, ou bien, laissez les lueurs du soleil levant vous envelopper, perché au sommet d’un minaret.

Place du Registan

Restez suspendu, la tête dans les nuages, vos soucis sont loin, loin, rêvez encore …

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Melting-pot givré

Un mélange saisissant.

26 février. Urümqi, Urumchi, Wulumuchi, Wulumuqi, Wushi ou comme il vous plaira. Nous descendons du train en provenance de Chengdu, avec, dans nos bagages, tout un univers : les faciès ronds au yeux bridés, pour chapeaux, des casquettes communistes, une langue omniprésente et inaccessible aux idéogrammes indéchiffrables, les temples multicolores, les toits de tuiles, un monde de discipline, de compétition, une cuisine faite de nouilles, de soupes, de riz, une religion omniprésente le bouddhisme, un culte de Mao encore bien présent …

Vue sur UrümqiL’énorme pas de géant accompli grâce au train nous propulse aux confins de cet univers dans une ville devenant le creuset d’un melting-pot fascinant. Urumqi est la capitale d’une immense province, la plus grande par la taille, la plus occidentale du pays, essentiellement un immense désert traversé par les Routes de la Soie : le Xinjiang, la “Nouvelle Frontière”. Ancienne cité-étape de ces routes, Urumqi se trouve enlisée entre des zones désertiques impitoyables, torrides Toute la ville est gelée, des agents armés de pelles un peu partoutl’été comme la dépression de Turpan où le thermomètre peu monter à presque 50°C et glaciales l’hiver comme les Tian Shan, massif où le thermomètre descend allégrement sous les -50°C. Urumqi possède d’ailleurs une particularité géographique assez remarquable. Elle est la ville la plus … réponse plus bas.

By night, ambiance givréeAmateurs que nous sommes, nous y débarquons saisis par un froid sibérien, légèrement habillés, comme nous l’étions au départ. Mais ce sont aussi des odeurs de brochettes de mouton qui nous accueillent et cela résonne comme un son nouveau. En quelques jours nous nous ouvrons à une autre culture. Loin des idées reçues, cette une ville, dont le nom signifie “pâturage idyllique”, est d’une modernité étonnante.  La ruée vers l’or noir en a fait une citée en plein essor, Urümqi, parc publiclargement développée, peuplée de buildings et largement colonisée par les populations de la chine orientale. Mais nous ne sommes pas loin du grand frère russe et le plan de la ville en porte l’empreinte : de larges avenues encadrées de buildings staliniens, une architecture moscovite, des parcs publics où l’ont peut s’adonner aux joies du patinage sur les lacs gelés.

Pourtant elle reste la capitale du Xinjiang, terre des Ouïgours, dont la langue fait le mélange du turc, du russe, du mongol, du chinois, En Français, en Ouigour ou en Chinois ?du kirghiz, de l’ouzbek, de l’ourdou, et de l’arabe. Après avoir été écrite dans l’alphabet latin, elle se calligraphie maintenant avec l’alphabet arabe. On compte en turc ou presque, Bière se dit Pive comme en bulgare, Bonjour se dit “Asalamu aleykum”… Nous tendons l’oreille et les paroles se font plus gutturales,Les pains ouigours, au sésame, aux oigons, ou aux graines de pavos rocailleuses. Sur les enseignes apparaissent alphabets arabes, cyrilliques, idéogrammes chinois. Carrefour, notre enseigne nationale, en est témoin. Les faciès sont multiples, turques, russes, persans ; des visages cuivrés, des yeux ouverts, la moustache est de retour en même temps que des voiles, des toques, des chapkas, des calots musulmans ; dans les rues, les devantures chinoises garnies de baozi alternentLe pulao (riz pilaf), spécialité ouïgoure avec les étals des boulangers ouïgours débordant de pains ronds au cumin ; le mouton est cuisiné à toutes les sauces, garni de riz pilaf ; sur les trottoirs, dans un froid de canard (ou de mouton), les étalages captivent avec leurs dizaines de variétés de raisins secs de noix, des dates, des figues séchées, des pistaches par monceaux ; des minarets apparaissent derrière les tours.

Le pain et son dévoreurUne bonne partie de la population d'Urümqi est OuigourMarrons chauds, maïs, ou patates chaudes... de quoi se réchauffer les papilles par -15°

Loin de nous l’idée de rejeter ce que nous avons vécu peu de temps avant en Chine, au contraire, ce mélange est plein de saveurs, nous offrant mille variations de visages, d’odeurs, de goûts, une multitude de couleurs allant d’une extrémité à l’autre de la palette asiatique et nous sommes plus que conquis par ce mélange. Quel amusement que de voir des couples chinois danser un genre de mazurka sur des vocalises orientales aux rythmes technoïdes. Quel plaisir de voir les inscriptions déclinées dans toutes ces écritures, se laisser saliver avant de choisir le type de cuisine désiré allant d’un boui-boui à l’autre.

A cet instant, tout un univers qui s’ouvre à nous. Nous regardons désormais vers l’ouest, en direction de notre Orient, des pays des Mille-et-une-nuits…

Ah oui, la devinette, on ne va pas vous laisser mariner jusqu’au prochain article ! Déjà que vous avez fait l’effort de lire celui-ci complètement. Et bien, Urumqi est l’endroit le plus continental qui soit, autrement dit, elle est la ville la plus éloignée d’un océan à 2250 km de ??? Et bien c’est la devinette suivante, à vos claviers ;)

Une autre ! Une autre !

Bon d’accord …

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… tentez de trouver le nom de ce chat qui nous a bien fait marrer dans une guesthouse d’Urümqi.