Où sommes-nous

Çay, çay ?

La montagne et le verre de thé.

Préambule. Depuis que nous sommes entrés en Chine, un mot est devenu rituel et persistant malgré les langues différentes, mandarin, ouïgour, turc, farsi … Et pas question de l’oublier : Choy ou chay, le thé !

Dernier repas avant les séparations11 juin. Karadut, sud du Nemrut Daǧi. Plein de gros mimis lancés à la volée alors que la voiture s’éloigne emportant Michèle et Jacques vers la France un peu plus rapidement que nous. Nous voilà à l’entrée de la dernière ligne droite, traverser la Turquie, un bout de Grèce, un bout d’Italie, et puis, et puis le retour… 

C’est le bazar autour des vélos. Nous venons de vider les sacoches pour ne garder que l’essentiel et rentrer légers. Fini la gore-tex, et autres bricoles devenues inutiles, nous nous sentons prêts à décoller, mais il faut tout empaqueter, comme chaque jour avant de quitter le campement. Camping à l'auberge, le luxe !Le matos de camping dans une sacoche arrière, les vêtements et l’ordi dans l’autre. A l’avant la popote, le réchaud, les victuailles en quantité toujours deux fois supérieurs au nécessaire … on ne sait jamais, des fois qu’il faille pédaler 200 km sans croiser un troquet, la Turquie est développée, oui mais bon, nous craquons systématiquement une fois devant les présentoirs de l’épicier. Résultat, il va encore falloir traîner les cacahuètes pour l’apéro sur une étape de plus, on finira bien par les avaler ; les friandises, c’est toujours utile pendant l’effort alors deux kilos ce n’est pas de trop !

Aprés 2 heures de route à 13,5% de moyenneAllez, on se bouge et on range, il est plus que temps de filer. C’est du gros qui nous attend, l’ascension du Nemrut Daǧi avec traversée du sommet. A peine retardés par l’averse de grêle qui s’abat sur le camping, Des fois on se demande s'ils ne sont pas un peu zinzins !nous attaquons la montée sous un ciel clément. A l’instar des iraniennes, il s’est voilé de nuages pour nous permettre de supporter la chaleur. Les pentes sont démentes : 11 à 12 % de moyenne sur Des comme ça on en fait pas tous les jours12 km avec quelques côtes à 18 % si ce n’est plus. Mais après une semaine sans pédaler et avec nos sacoches allégées, nous nous acquittons de la tâche plus facilement que prévu. Le gros morceau est au sommet : On pousse, on pousse et on souffleun sentier empierré et raide comme tout permet de terminer l’ascension avant de basculer de l’autre côté du sommet. Il faut pousser les vélos un par un et soulever la roue avant à chaque marche, tâche éreintante qui aurait été interminable sans l’aide de touristes turques de passage.

Vue à l'est, au loin le bassin de l'Euphrate

Terrasse estMais au sommet, nous pouvons souffler, la vue sur les alentours est fantastique et la lumière du soir magnifie les massifs hiérarques de pierre qui nous regardent passer sans sourciller. Le vent froid nous pousse dans la descente sans tarder. DSC_0712-1Alors que nos sacoches sont garnies comme un caddie sortant du prisunic, nous craquons pour le souper proposé à l’auberge juste en-dessous. Voilà comment on se retrouve à trimballer un melon sur des kilomètres. Mais nous ne crachons pas dans la soupe de lentilles brûlante.

12 juin. Çayköy, au nord du Nemrut Daǧi. Nous venons, au terme d’une magnifique journée de vélo, de traverser des zones montagneuses qui longent l’Euphrate. Un village perduA midi, nous avons fait la pause dans un camping situé sur un point haut. Le jeune qui bosse là attend désespérément les clients qui ne viennent pas. Avec nous c’est râpé, cette fois nous avons sorti le pique-nique des sacoches, il était temps de manger les tomates avant les avaries. Cela ne l’empêche pas de nous offrir le thé, idéal avant la sieste au soleil.

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Avant d’arriver dans la plaine, il reste un dernier col à franchir, une longue ascension que nous décidons de couper en deux. Ca c'est pas faux, mais ça dure un peu plus que 150m !Au pied de la montée, nous tentons de faire le plein à la station-service… il faut bien alimenter le réchaud, pour ce qui est des jambes, nous nous en sommes occupés peu avant. Si la pompe est vide, le samovar est plein, alors nous acceptons les verres de thé que nous offre le pompiste. Un ou deux sucres, puis on tourne, on tourne, on souffle pour faire refroidir le liquide fumant avant de s’y brûler les lèvres. Une fois le verre vide, on est resservi immédiatement, jusqu’à plus soif. La discussion est limitée, notre turc plafonnant aux “Tesshekür” (merci) et “Güzel” (c’est bon).

Puis nous nous remettons en route. Toujours difficile de repartir lorsque la fin de journée approche, pourtant, on trouve la motivation dans les dénivelées que l’on sait épargnées pour le lendemain. Hello MisterEtape rituelle de la fin de journée : trouver de l’eau pour remplir les poches qui nous servent de réserve pour la douche et la popote du soir. En Turquie, ce n’est pas un soucis, l’eau est potable et dans ces montagnes il y a des sources de partout. Sur le bord de la route une ferme se dresse avant que la route ne s’engages dans des pentes plus raides. Le paysan nous offre l’eau claire qui coule à son tuyau, par contre il ne comprend pas notre demande de planter la tente sur une terrasse herbeuse qui entoure sa maison. Tant pis, il faut poursuivre et trouver un autre terrain.

Mais la montagne est trop abrupte et plus aucun endroit ne se prête au camping hormis le macadam. Très peu pour nous. Ce genre de situation est si fréquent que nous en ferions une loi si elle n’existait déjà. C'est jouliiiiMais comme toute loi a ses exceptions, nous trouvons l’exemple pour nous contredire : une piste plonge dans la pente et nous offre quelques dizaines de mètres plus bas un petit carré d’herbe sympathique. Alors que nous attaquons le plantage de tente, un type sort de la caravane qui est à côté et sur le terrain duquel nous empiétons. “Tchador ? Tamam !” (Tente ? C’est bon !) Ouf ! “Chay ?” Pourquoi pas ? Le gars qui nous gratifie d’un large sourire est garde forestier et passe une bonne partie de son temps à se balader dans le coin. Un çay ?Il est visiblement heureux de nous accueillir dans son abri et nous vidons le samovar en sa compagnie tandis qu’il apprécie de me voir apte à rouler une cigarette avec le tabac qu’il m’offre. Du vrai tabac de cow-boy, du genre à ne pas taxer une clope deux fois de suite (mes victimes sauront à l’avenir comment se prémunir de mes chapardages chroniques). Mais nous apprécions ces instants précieux et simples en même temps, il font la particularité d’une journée qui pourrait ressembler à tant d’autres. Notre homme veut discuter alors nous échangeons des bribes d’idées au moyen d’un petit dictionnaire. Les sujets rituels reviennent parmi d’autres : enfants, élections nationales, métier …

Le lendemain matin, alors que nous ne le voyons que quelques instants, notre rencontre se ponctue par un dernier plaisir, il nous invite à déjeuner à sa table : du pain, des olives, du beurre et du fromage … sans oublier le chay !

Un dernier coup de griffe hivernal

Fête de Nooruz21 mars. Osh. Voilà le printemps, appelé ici Norouz, la fête du nouvel an. Nous flânons dans les rues ensoleillées d’Osh avec les familles endimanchées qui viennent profiter des attractions de la journée, dont une grande roue aux craquements peu engageants. De nombreux badauds s’y pressent grimpant de façon apparemment désordonnée. Nous aussi, nous aussi, nous sautons dans une nacelle mais en quelques secondes tout le système s’arrête, Grande roue à Osh, pas trop branlantenous avons déséquilibré la savante répartition des poids sur la roue et les vieux pneus fusés ne maintiennent plus la rotation. Fête de NooruzIl faut bien toute la science de l’employé pour redistribuer les clients, relancer la machine et nous permettre d’apprécier la vue, qui n’a en fait rien d’inoubliable. Il ne nous reste qu’à nous mêler à la foule pour assister au spectacle de danses kirghizes et au ballet des officiels tous affublés du traditionnel ak kalpak, le chapeau national. Mais après cette parenthèse délicieuse, l’hiver nous réserve un dernier coup de griffe.

Réservoir de Toktogul22 mars. Nous repartons en direction de la capitale, Bishkek. La route que nous empruntons est en fait la route principale du pays qui relie le sud et le nord, séparés par une barrière montagneuse assez massive. Dans un premier temps, le soleil est de la partie et nous retrouvons les joies du pédalage dans la douceur et de camper sous les étoiles.

Vallée de la NarynAu bord du réservoir de Toktogul

Nous longeons des lacs de barrage aux eaux turquoises, les paysages sont superbes. Mais cela ne dure pas bien longtemps car nous devons franchir deux cols qui dépassent 3000m. Ala-bel AshuuEt qui dit 3000m, dit “ça caille” de nouveau, à quoi s’ajoute la neige qui se met à tomber. Rouler sur la neige, nous l’avons fait la semaine précédente, mais rouler sous la neige, voilà du nouveau. Nous pouvons cocher maintenant ! Imaginez, l’intérêt de gravir ces satanés cols, pour … ne rien voir du tout en arrivant au sommet. La descente se fait emmitouflés dans les doudounes.

 

En fin d’après-midi, nous roulons toujours, la lumière baisse et la neige est partout, pas moyen de trouver un carré d’herbe dégagée. C’est à ce moment que nous apercevons une roulotte abandonnée sur le bord de la route.Vive la roulotte A l’intérieur, nous trouvons un bric-à-brac de planches, tuyaux de poêle et couvertures poussiéreuses. Nous le dégageons rapidement et quinze minutes plus tard, l’endroit est fin près pour nous accueillir pour la nuit. Le poêle est en route, les flammes crépitent, la chaleur se diffuse, et la fumée monte … à vive allure. Cinq minutes plus tard, nous suffoquons. Dîner aux chandelles dans la roulotteLa roulotte est envahie d’un épais nuage gris. C’est opération portes-ouvertes, nous bourrons le poêle de neige pour éteindre le désastre. Nos vêtements trempés et mis à sécher sont de vrais jambons fumés. Pas de feu pour ce soir, mais qu’importe, nous sommes au sec alors que la neige continue à tomber.

Le lendemain, le temps est le même, plafond nuageux gris et bas (pas de contrepèterie belge). Sans scrupule, nous optons pour l’auto-stop, méthode qui marche assez bien dans le pays. J'aime camper dans la boueNous franchissons le deuxième col plus rapidement que jamais et nous retrouvons de l’autre coté, sous un ciel plus clément. Pas pour longtemps non plus ; le soir nous plantons la tente dans un champ bien terreux et le matin le réveil se fait sous la pluie, dans la boue. On aime, on se régale ! Chez CharlieOn enfile les K-way pour une dernière partie section de pédalage sous les intempéries. Enfin, Bishkek, notre destination. Se glisser dans la chaleur du logis de Charlie qui nous y accueille. Haro sur la douche, bande de crotteux !

En quinze jours, nous venons de traverser l’hiver, un bel épisode de notre périple dont nous gardons en tête la splendeur des paysages et la gentillesse des habitants. Nous reviendrons rencontrer les cavaliers-bergers des jailoo et dormir dans les yourtes, mais en été.

Into the Erkech-Tam, épisode 7

  • 15 mars, 17h14, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Dieu existe, il vit dans un abri-camion !
  • 15 mars, 17h36, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Nettoyage des vélos
  • 15 mars, 19h43, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :

    • Instant popote, du rêve en barre

Voilà, c’était Into the Erkech-Tam saison 1, et comme pour tout bon feuilleton, vous devrez rester suspendus aux gros titres de la presse people pour savoir si la saison 2 aura lieu ou si les acteurs principaux ont claqué la porte. “Ne lâchez rien, on compte sur vous.”

Into the Erkech-Tam, épisode 6

  • 15 mars, 16h54, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Enfin le col, à 3800m
  • 15 mars, 17h02, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • C’est beau, mais c’est désert

A suivre … dès demain !

Into the Erkech-Tam, épisode 5

  • 15 mars, 14h13, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • La neige s’en mêle, on pousse
  • 15 mars, 14h34, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Le vent s’en mêle, on sort les moufles
  • 15 mars, 15h07, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • C’est dur de rester zen …

A suivre … dès demain !

Into the Erkech-Tam, épisode 4

  • 15 mars, 12h25, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Montée sur la piste, dur, dur
  • 15 mars, 12h46, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Montée sur la piste, on se régale

A suivre … dès demain !

Into the Erkech-Tam, épisode 3

  • 15 mars, 10h32, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Tour d’horizon
  • 15 mars, 11h17, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Dans la montée
  • 15 mars, 11h50, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Attention descente
  • 15 mars, 12h04, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Pause casse-croute

A suivre … dès demain !

Into the Erkech-Tam, épisode 2

  • 15 mars, 09h00, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Petit-déjeuner solide
  • 15 mars, 09h35, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Démontage du campement
  • 15 mars, 09h46, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Chargement des vélos
  • 15 mars, 10h11, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Mise en place des moumoutes

A suivre … dès demain !

Into the Erkech-Tam, épisode 1

  • 15 mars, 07h30, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Réveil dans la tente
  • 15 mars, 08h26, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Etat des lieux
  • 15 mars, 08h35, frontière sino-kirghize, Erkech-Tam :
    • Dégivrage de tente

A suivre … dès demain !

Into the Erkech-Tam, the feuilleton

Vous en avez rêvé, vous nous l’avez réclamé, le voilà maintenant arrivé sous vos yeux ébaubis, mieux que le loft, mieux que la star’ac, de la vraie télé-réalité-show, du spectacle, du frisson, de l’émotion, du rire et des larmes, une journée en compagnie de vos cyclistes préférés. Pour vous régaler, en exclusivité, nous allons vivre sous vos yeux ébahis, sans doute la journée la plus mémorable de notre périple, le franchissement du col d’Erkech-Tam, sur la frontière sino-kirghize. En images et en différé, c’est parti pour un feuilleton en 7 épisodes, à raison d’un par jour !