Où sommes-nous

L’Iran, dangereux ? Tu parles !

Pris dans les contradictions iraniennes, nous ne pouvons quitter l’Iran sans vous faire partager ce témoignage de nos amis cyclistes Annick et Bruno , les Roulmaloute, qui ont traversé l’Asie et bien d’autres continents à vélo, et ce n’est pas fini !

Leur vision de l’Iran est en parfaite adéquation avec la notre, alors nous leur laissons le mot de la fin. C’est sans photos, brut de décoffrage, mais il faut le lire jusqu’à la fin, histoire de sortir des clichés balancés sur ce pays tant décrié et si loin d’être un repaire de terroristes.

En venant en Iran, nous avons réalisé un de nos rêves. L’Iran n’est pas un pays comme les autres. Il fascine certains, en effraie d’autres, mais il ne laisse jamais indifférent. Nous ne le quittons pas de gaieté de cœur car nous avons vraiment adoré….

Nous repensons à notre appréhension avant d`y entrer, aux articles de journaux, à l`axe du mal… Nous avions oublié que les relations politiques des gouvernements sont soumises à leurs intérêts économiques et ne reflètent pas la réalité et la complexité d`un pays. Derrière ces enjeux et ces tensions, nous oublions que des hommes vivent.

L’Iran, c’est tout d’abord un peuple – aux origines ethniques diverses : Persans, Azéris, Kurdes, Loris, Arabes, Turkmènes… – un peuple extrêmement attachant. Les Iraniens sont curieux et aiment parler. Ils sont amicaux et charmants. L’accueil et l’hospitalité font ici partie de la culture et du mode de vie. Le nombre de fois où nous avons été invités dépasse tout ce que l’on a pu connaitre dans les autres pays où nous avons voyagé. Parfois, c’ est même trop pour nous occidentaux habitués à plus de réserve et aimant notre tranquillité.

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, on se sent tout se suite en sécurité dans ce pays. On sent que tout le monde ne nous veut que du bien (à condition de ne pas enfreindre la loi… nous avons quelques témoignages cuisants à ce propos…).

Nous avons côtoyé des gens de différentes couches sociales, et à chaque fois, ce fut la même chose, la même curiosité, le même plaisir d’échanger. Evidemment, les villageois et les bergers sont plus éloignés des influences politiques et religieuses que les habitants des grandes villes. La rudesse de leur condition de vie les rapproche au plus près des choses essentielles et simples de la vie, peut être un peu comme nous, voyageurs à bicyclettes et cette combinaison d`éléments est propice à l`échange.

Peut être que dans ces brefs instants de partage et dans ces échanges de regards, parvenons nous à oublier la culture, la religion et l`environnement de chacun pour apercevoir cette parcelle d`humanité et de vérité que nous avons tous en commun.

L’isolement de l’Iran sur le plan international entraine une immense curiosité des Iraniens, envers les étrangers qui visitent le pays. Mais ils ne l’expriment pas de la même manière.

Il y a ceux qui nous ont ouvert leur porte, ceux qui nous ont donné de la nourriture, des friandises, des fruits, il y a ceux qui nous ont escorté en mobylette en baladant leur téléphone portable à 10 cm de notre nez pour nous prendre en photo en roulant, il y a aussi tous ceux qui nous ont juste salué d’un "khasta na bashi" (ne sois pas fatigué) ou d’un "Salam" agrémenté d’un large sourire et d’un geste de la main. Il y a ceux qui se sont contentés de nous reluquer des pieds à la tête lorsqu’ils ont compris que nos maigres compétences en Farsi ne les mèneraient pas loin, ceux qui nous ont bombardé de « kojai, kojai » ? parfois en remuant les mains comme des marionnettes et en secouant la tête, ce qui peut vouloir dire : "Comment ça va ?", "Tu viens d’où ?", "Tu vas où ?", "Comment tu t’appelles ?", "Qu’est-ce que tu fais là ?", "T’es qui ?", ou bien d’autres choses encore.

Beaucoup de jeunes parlent anglais et nous avons donc communiqué en anglais avec de très nombreuses personnes, nous amenant à des questions plus fondamentales. Les jeunes sont bien élevés, beaucoup ont un bon niveau d’études, mais malheureusement il y a peu de débouchés technologiques dans le pays. Les vieilles bagnoles Paykan boivent entre 12 et 15 L d’essence aux 100km, et polluent un max. Les ressources en pétrole sont immenses, mais la technologie ne suit pas, l’Iran manque de raffineries, et de ce fait, rationne l’essence (en prétextant la pollution). On a quand même vaguement le sentiment que le gouvernement est plus occupé à tenir son monde sous le joug islamique et à emmerder les femmes pour un bout de tissu que de se préoccuper de problèmes plus fondamentaux, emploi, pollution, accidents de la route…

Le peuple iranien est aussi un peuple fier. Fier de ses origines, de son histoire et de sa culture. Ne les confondez surtout pas avec les Arabes ; ils les haïssent ! Et leur culture est effectivement bien différente. Les Iraniens insistent souvent sur l’ancienneté et la richesse de la culture Perse, ironisant, comme en Turquie, sur les arabes qui ne sont que des bédouins incultes. Mais cette culture dont ils se prévalent est très ancienne (les poètes, mosquées étant antérieurs pour la plupart au 16ème siècle).

Les gens avec qui nous avons discuté religion (fort peu en fait) sont profondément croyants mais avec des différences sur l’aspect culturel : prières, fréquentation de la mosquée, pèlerinage à la Mecque , etc … (Le concept d’athéisme ou d’agnosticisme est d’ailleurs purement occidental). Quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais été confrontés à du prosélytisme mais au contraire à une grande tolérance.

Mais l’Iran n’est pas non plus un pays idyllique où le peuple opprimé attend calmement plus de libertés individuelles. La situation est bien plus complexe et encore difficile à décanter entre les positions des ultrareligieux, de certains jeunes qui rêvent d’Europe ou d’Amérique, en passant par ceux qui tout en étant fiers de leur pays et heureux d’y vivre, désapprouvent complètement la politique du pays.

Bien sûr la situation des droits humains, et parmi eux la condition des femmes, ternissent le tableau que l‘on vous a brossé. Il est vrai par exemple que les femmes doivent être voilées et certaines d’entre elles portent souvent le tchador (cette immense robe noir) mais cette obligation est vite oubliée dés que nous passons le pas de la porte d’une maison. Les femmes sont également assises à l’arrière dans les bus et de manière générale elles sont dans la vie publique séparées des hommes, mais il ne faut pas en conclure pour autant que les Iraniens les considèrent comme des êtres inférieurs. Ils sont pour la plupart juste obligés d’appliquer les règles islamistes et sont contrôlés de près par les policiers.

A propos du tchador, nous vous invitons à lire l’article d’un cycliste Français assez truculent : le chat dort pendant que le chien veut tirer son coup

Concernant nos déplacements, nous avons finalement davantage utilisé le vélo que nous l’aurions pensé. En effet, les renseignements obtenus par d’autres cyclistes nous avaient un peu refroidis car les descriptions mentionnaient toujours une circulation abominable et dangereuse. L’Iran détient le record mondial des accidents de la circulation. Sur les routes que nous avons parcourues, nous sommes quasi toujours restés hors de ce trafic intense (à part dans les villes évidemment). Nous avions repéré sur la carte les petites routes et les pistes. La circulation en vélo sur l’autoroute n’a rien de kamikaze, mais juste désagréable à cause du bruit. En fait ce sont les routes « intermédiaires » qu’il faut éviter…et franchement, faut être barjo pour faire du vélo à Téhéran (nous n’y sommes pas allés… mais on imagine, on a vu Mashhad aux heures de pointe…)

Voilà, le mieux est encore d’aller voir sur place ! L’hospitalité des iraniens, les monuments, les paysages, et toute l’ambiance générale sont difficilement imaginables…

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Et pour prouver qu’on peut “presque” tout oser en Iran, une petite photo d’Esfahan en compagnie de deux iraniennes :

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Y en a qui réclamaient de voir nos trombines sur les photos du voyage. Alors come l’Iran c’est bô, ben c’est gagné, ils vont être farcis !alboumphotos alboumphotos1 alboumphotos2alboumphotos3alboumphotos4alboumphotos5

Ca ira comme ça ? Ils nous ont vu maintenant ? Parce qu’on est bien mignon mais là ça suffa comme-ci ! Pour nous re-voir en peinture, z’attendrez qu’on soit de retour, na !

Welcome to Iran

Comme le disent les Roulmaloute, reprenant Léo Ferré parlant de la mort, Iran, “le mot seul jette un froid aussitôt qu’il est dit !”. Dictature théocratique extrémiste gouvernée par des mollahs fanatiques et où règles et interdits sont nombreux, bafouant souvent le respect de la personne en particulier de la femme (le port du voile obligatoire, les bras et jambes couvertes, vélo réservé aux hommes, alcool et jeux d’argent prohibés, impossibilité pour les jeunes de faire la fête en public, discothèques inexistantes, conversion d’un musulman à une autre religion passible de la peine de mort … la liste est encore longue). Pourtant, tous les voyageurs que nous avons croisés et qui ont visité ce pays avant nous sont unanimes : “Il faut aller en Iran, vous y serez accueillis comme nul part ailleurs”.

Sur la route vers le caravansérail Rubat SharafSur la route vers le caravansérail Rubat Sharaf

C‘est avec beaucoup de curiosité que nous avons rencontré ce peuple iranien très souvent éloigné de son gouvernement et des préjugés qui ont cours à l’extérieur du pays. Voici un florilège des moments les plus délicieux qui nous ont été donnés à vivre dans ce pays au raffinement particulier.

Art de vivre à l’iranienne.

1er mai. Premiers tours de roue dans l’est du pays

Caravansérail Rubat SharafLe premier soir passé en Iran, nous nous écartons de la route pour rejoindre le caravansérail Rubat-Sharaf. Nous sommes seuls pour  visiter cet ancien lieu symbolique de l’accueil des voyageurs. L’atmosphère est propice à remonter au temps des caravanes de la routes de la soie. C,aravansérai Rubat Sharaf, on est seul, on laisse tomber les artificesAlors nous plantons la tente aux abords de l’édifice pour profiter nous aussi de l’accueil persan. Le lendemain, alors que nous nous faisons rincer à la recherche d’un endroit pour nous abriter, nous sommes interpellés par des jeunes adultes du villages qui nous emmènent chez eux pour nous offrir le couvert et le gîte pour la nuit. Nous voilà au milieu d’une famille iranienne, débordant de bonne humeur et de générosité.

La famille au complet

Le jour suivant, notre arrivée à Mashhad se fait en fanfare : tout d’abord un gars en scooter vient à notre niveau puis s’excuse pour nous tendre un paquet. Pas le temps de lui dire merci que le voilà parti dans l’autre sens, il vient de nous offrir des friandises et des boissons fraîches au moment où l’envie s’en faisait sentir, le pied ! Puis la fête continue lorsque nous croisons un groupe de cyclistes locaux, photos, accolades, invitations répétées. Merci pour le sandwich, on reviendraVient le moment de s’acquitter de notre repas pris dans un fastfood du coin, mais ce ne sera pas possible, nous bénéficions encore du statut d’invités. DSC_0055Vient la rencontre avec Ali qui nous offre des sodas, nous paie l’internet puis nous emmène chez son ami glacier, bien vu Ali, on dirait qu’il nous a cernés. Avant de se quitter il nous accompagne dans la ville à la recherche de nos hôtes Saeed et Tayebbe, Nos premières Bastaniesce même Saeed qui n’hésitera pas à prendre un jour de congé pour nous faire visiter sa ville, nous faire goûter à nos premières bastani saffron (glaces au safran), nous présenter à la famille au grand complet puis se lever quatre heures avant le boulot pour nous suivre jusqu’à la gare, au cas où … il a bien fait car une crevaison aurait pu nous coûter le départ du train.

 

8 mai. Escapade au centre du pays

Shiraz, Bagh-e Naranjestan fondé au 19ème, salle de réception puis résidence du gouverneur sous les QadjarsUn soir à Shiraz, nous suivons les cohortes d’Iraniens venus réciter quelques vers d’Hafez ou Saadi dans les jardins fleuris qui commémorent les grands poètes Iraniens. Puis nous faisons un bond en arrière de 2500 ans en traversant les ruines de Persépolis, la magistrale capitale perse de Darius le Grand.

DSC_0266Persépolis édifiée sous le règne de Darius 1er le Grand vers 518 av. JC, vestiges de l'Empire achéménide (550-330 av. JC)DSC_0255

DSC_0514Puis à Yazd, nous nous suivons la piste des tours du vent, larges édifices venus apporter un peu d’air frais dans les vastes demeures en torchis de la plus vieille cité du monde, un système de climatisation ingénieux  et écologique indispensable dans cette ville du désert ou la chaleur du midi vous étouffe. Les lumières du soir se goûtent sur la place Chakhmaq.

 Yazd, ensemble Amir Chakhmaq, façade à trois étages

DSC_0788Lors d’une journée dans la “moitié du monde” à Esfahan (Ispahan), nous nous perdons dans les allées interminables du Bazar-e Bozorg, puis nous pénétrons sur la majestueuse place de l’Imam avant de nous imprégner de la fraîcheur d’une mosquée (mosquée Jameh, de Sheik Lotfollah ou de l’Imam) et parcourir les jardins des madrasas ornées de mosaïques pluri-centenaires. Avant le crépuscule, nous nous dirigeons vers le marchand de glaces traditionnelles pour déguster une bastani saffron et admirer le coucher de soleil qui illumine la place.

Esfahan, mosquée Jameh aux styles qui se sont succédés du 11ème au 18ème siècle

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Esfahan, dôme de la mosquée Sheikh Lotfollah, édifiée début 17ème s sous Shah Abbas 1erEsfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam

Quittant Abyaneh, nous nous retrouvons en milieu de journée à faire la fête dans un mini-bus d’étudiants transformé en disco-mobile, l’autoradio hurle une techno orientale qui entraîne les jeunes gens à danser d’un bout à l’autre du trajet.

DSC05095Voilà comment cette jeunesse débordante d’énergie trouve des moyens et des lieux pour s’amuser. En fin d’après-midi, à Kashan, nous entrons dans le Bagh-e-Fin, de magnifiques jardins arrosés de fontaines. C’est le lieu de la promenade dominicale (ici, le vendredi) et l’endroit est bondé, mais l’atmosphère est douce et les iraniens se ruent sur les délices glacés que vous connaissez, alors pourquoi ne pas en faire autant.

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesUn groupe de collégiennes nous aperçoit et c’est l’agitation générale, nous croulons sous les questions formulées dans un anglais digne de Cambridge. Nous sommes assaillis par les photographes en herbe armées de portables dernier cri (même si l’embargo retarde un peu les avancées high-tech).

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesKashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantes (très favorables au voile)

Si on regarde du bon point de vue, ce voile n’est pas si visible … presque caché, non ?

Kashan, kalian, thé et petits gâteaux ... ça ira ?Le soir venant, nous prenons place dans une maison de thé pour fumer un Qalyan (narguilé) en sirotant un choy, et déguster son cortège de petits gâteaux, nous prenons notre pied à vivre à l’iranienne, à l’aise dans nos costumes d’épicuriens.

De retour à Téhéran, nous retrouvons nos vélos garés dans notre petit hôtel. Le proprio est derrière son comptoir en train d’étudier le français. Dans un mois il doit aller sur Paris et passer un entretien afin de pouvoir émigrer au Québec. Téhéran, sur le toit de notre hôtel Mashhad, avec Jérome et Noémie, deux cyclistes français, à déguster la bère interditeC’est le cas de nombreux jeunes Iraniens qui cherchent à quitter leur pays pour les Etats-Unis ou le Canada. Lui nous demande quelques ficelles et nous poursuivons la soirée sur le toit de l’hôtel,  une “bonne” bière à la main. Bonne dans le fait d’enfreindre l’une de leurs nombreuses lois pourries, car son goût insipide et son prix exorbitant auraient détourné bien des assoiffés.

 

18 mai. Traversée des montagnes, entre Caspienne et Kurdistan.

Prés de Rasht, dur dur pour planter la tente...

Nous quittons Téhéran pour retrouver la mer Caspienne. Voilà deux jours que nous longeons la côte qui borde une immense zone marécageuse transformée en rizières, un petit retour en Asie du sud–est auquel nous ne nous attendions pas et qui complique nettement le plantage de tente. Un matin, nous avons à peine parcouru une trentaine de bornes qu’un gars nous fonce dessus en mobylette à toute allure pour nous éviter au dernier moment. Une bonne gueulante pour tenter de nous soulager de cette frayeur mais sans succès. C’est alors qu’une voiture s’arrête devant nous, le conducteur venant s’excuser pour le comportement inadmissible de son compatriote dont il a été témoin. Voilà Yaser. Il sait que nous sommes dans les parages, car des connaissances à lui nous ayant vu pédaler sur la route l’ont prévenu de notre existence. DSC05212Yaser est donc à notre recherche depuis la veille au soir, il a parcouru plus de 100 km pour nous retrouver. Il nous propose de venir prendre le petit déjeuner chez lui. Il n’a pas besoin de beaucoup insister pour que nous acceptions. Arrivés chez lui, un couple de polonais est déjà présent, et nous comprenons rapidement que nous sommes tombés dans une auberge espagnole. Il n’en faut pas plus pour stopper nette notre progression. Tacitement, nous prenons rapidement la décision de rester une nuit, puis une deuxième, le temps de faire le tour de sa famille, de participer aux cours d’anglais de Yaser.

Repas chez Yaser

Sur la route entre Astara et Ardabil, le vendredi, les bas côtés de la route sont envahis pour pic-niquerEtant enfin montés sur nos bicyclettes, échappant de justesse à la tentation de confire dans le confort de sa maison, nous attaquons une longue ascension en direction d’Ardabil. Mais le jour est vraiment mal choisi, nous sommes vendredi, jour de repos pour les iraniens. Les espaces verts longeant les routes sont envahis par les nombreuses familles en goguette pour un déjeuner sur l’herbe. La route est du même coup encombrés de bagnoles. DSC_0369Mais, mais … nous nous trouvons propulsés tels de vraies stars du peloton, encouragés (voire exaspérés) par les klaxons, photographiés sous toutes les coutures, harcelés par les invitations, réconfortés par les friandises tendues à travers les fenêtres ouvertes des véhicules. Au sommet, un routier nus attends pour nous offrir de l’eau fraîche et se propose de nous escorter pour la traversée du tunnel, tous feux allumer pour éclairer la route. Sympa, mais on vous raconte pas les décibels ! Oui, on fait les difficiles.

Lors des pauses casse-croute, nous trouvons toujours un petit troquet sympathique où se rassasier d’un P1020035dizi, spécialité du pays consistant à déguster le jus de la viande cuisinée absorbé entièrement par du pain trempé dedans, puis la viande et sa garniture de pois-chiche-patates, écrasés au pilon. Nous réitérons les réponses désormais rituelles : “Français, depuis l’Indonésie, à vélo, enfin pas toujours. Mariés ? vouivoui. Chrétiens ? Ben non. musulmans, juifs, bouddhistes ? Non, plus. Ben quoi alors ? Ben rien”. Pas toujours évident à comprendre, mais pas l’ombre d’un reproche, ici c’est l’Iran, on est à l’aise, chacun ses opinions tant que ça reste entre nous. “Bon les gars (c’est sûr qu’on n’y croise pas des donzelles dans les bistroquets), c’est pas tout ça, mais comme on vous l’a dit, on n’est pas d’ici, et puis le camping on préfère faire ça hors de la ville”. Ben tiens, en voilà une drôle d’idée, parlons-en.

Dix kilomètres plus loin nous nous esquivons dans la cambrousse, un coin d’herbe au poil devant un paysage d’enfer. On est peinard. Vite dit ! Deux gars en mob rappliquent et nous indiquent sans équivoque que dormir ici, ce n’est pas possible. Tchador, no ! (Précision, tchador désigne aussi bien la tente de camping que le voile noir horrible couvrant les femmes et sensé nous préserver de pensées impures, nous les hommes pas foutus de nous tenir à carreau – nous, on a choisi le tchador version Quechua, c’est bien plus classe). Route vers Meshgin ShahrDonc pas question de planter la tente ici. Pourquoi, pourquoi ? Cela reste un mystère, et le pouce passé sur la gorge laisse libre cours à l’imagination. Mais que nenni, ils sont coriaces les p’tits Frenchies, ils ont trouvé un super spot de camping et ils veulent y rester. Il ne va quand même pas nous égorger celui-là ! Alors nous insistons, puis nous jouons notre joker, l’appel à un ami, un jeune iranien francophone rencontré dans le bled précédent. Nous comptons sur lui pour nous aider à traduire la conversation. Mais voilà qu’il s’en mêle en nous suppliant de revenir à la ville pour dormir chez lui plutôt que dans la campagne ou le danger rôde. Ben voyons, c’est connu, les loubards adorent se promener dans la campagne pendant la nuit ! Mais rien à faire, voilà notre ami qui rapplique en taxi. Meshgin Shahr, ancienne forteresse, avec Soheyl et son amiC’est un complot ou quoi ? Nouvelle proposition : venir camper dans le parc public, sous la surveillance des policiers, nous seront en sécurité. Quelle charmante idée ! Merci bien, mais les parcs publics on a testé, ça sent mauvais, c’est bruyant et pour se faire un brin de toilette, c’est pas vraiment le coin tranquille. Alors on reste là et puis c’est tout. On risque quoi ? A la sortie de Meshgin Shahe dans des prairies TRES dangereuses ... on a le gout du risque, nous !De se faire réveiller par une brebis égarée ? Après une demi-heure de palabres, nous parvenons à gagner notre ticket pour la nuit en échange de la promesse d’un coup de fil rassurant le lendemain. Tout le monde plie bagage, et nous pouvons enfin nous consacrer à notre bivouac de rêve. Jusqu’au lendemain, nous avons eu beau chercher, nous n’avons pas trouvé les dangereux malfaiteurs qui devaient nous faire la peau. Ah l’hospitalité je vous jure ma p’tite dame, y a des jours où on se la mettrait bien dans la poche.

Que penser du gugusse qui nous a réveillé en pleine nuit, m’obligeant à me retrouver en tenue d’Adam devant son fusil de chasse dans une main et une assiette de pastèque juteuse dans l’autre. Que son sourire et ses excuses répétées ont vite rabattu mon clapet de râleur !

DSC_0570-1Loshan, sur la route entre Qazvin et Rasht

Incroyable, cet Iran est un pays hors du commun, bourré de contradictions mais dont le peuple, en premier lieu, en fait peut-être le pays le plus extraordinaire pour un touriste, quel qu’il soit. Nous étions impatients de goûter à l’hospitalité perse et ce fut une expérience au-delà de ce que nous pouvions imaginer, dépassant parfois ce que nous pouvions accepter, notre besoin d’intimité finissant par reprendre le dessus. Ce fut une énorme bouffée de générosité ; lors de ces rencontres, chacun d’entre eux se fit un devoir de se plier en quatre pour nous accueillir … en “bon iranien”.

Un avant-goût de Chine

Avant de vous raconter notre Chine, nous vous laissons mariner un peu.

25 janvier. Nous voilà à la veille d’entrer en Chine. Et pourtant en quittant les pays d’Asie du sud-est, nous avons déjà accumulé un paquet d’idées reçues à l’encontre de l’empire du milieu et de ses habitants.

Attention, esprits trop ouverts et redoutant les clichés ou caricatures, s’abstenir.

DSC00354Leur nourriture : des soupes de nouilles parfumées dans lesquelles flottent quelques morceaux de cochon immangeables, dans le genre dur au mâchage et qu’ils avalent bruyamment en faisant un maximum de projections.

DSC_0318Leur business : tout ce qui rapporte, ils possèdent toutes les affaires rentables, ils sont durs en négociation et ne comptez pas leur décrocher un sourire tant que vous n’avez pas fait commerce avec eux. Ils sont en train de coloniser le monde avec leurs produits de m… qu’on est bien contents d’acheter chez nous.

DSC00353Leur personnalité : peu amènes, focalisés par le business (voir le point ci-dessus) et par eux-même ; n’ont aucune considération pour tout ce qui n’est pas chinois.

Leur situation : ils sont partout, ont déjà acheté la moitié de l’Asie du sud-est et ne vont pas tarder à faire de même avec le reste du monde, tout le monde le dit d’ailleurs, si c’est pas une preuve ça !

Bon, il faut avouer que nous avons été largement séduits par les quartiers chinois de Singapour, de Melaka, de Bangkok, que leurs sens du commerce nous a déjà permis de compléter notre équipement parfois “égaré” mais surtout que nous ne connaissons rien à rien à cet immense pays et à ses habitants.

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Voilà, avec tout ce qu’on raconte sur eux et ce que nous avons vu depuis le départ – il est incontestable que l’importance des communautés chinoises installées dans tous les pays que nous avons traversé est faramineuse – nous avons maintenant envie de nous faire notre avis in situ, avec des vrais Chinois de Chine, savoir ce qu’ils mangent comment ils vivent et qui ils sont. Surement bien plus que “chinois” en tout cas !

Massage Thaaaaaaïïïïïïïïïlandais

19 décembre. Bangkok. Près de l’hôtel, une petite rue tranquille bordée de gargottes où déguster des Pad Thaï. Nous déambulons en compagnie d’Aude et Manou qui nous ont rejoint il y a deux jours pour passer les vacances de Noël. Nous nous sentons encore plus près de la maison !

Sur la droite, une vitre coulisse et quelques Thaïlandaises nous hèlent : “Massache, massache ? C’est bon, c’est pas cher !”. Depuis que nous avons posé le pied sur le sol asiatique, nous n’avons pas encore cédé à la tentation de confier nos cuirs endoloris à des mains expertes, mais cette fois, c’est parti pour le grand frisson. Et puisque nous y sommes en Thaïlande, c’est parti pour une heure de massage Thaïlandais.

Massages Thaï Effaçons d’emblée tous les fantasmes ou clichés douteux, le massage thaïlandais c’est un truc de costaud, pas pour les sensibles de l’épiderme, les chatouilleux invertébrés ou les moelleux de tout poil. Ca va rouler du muscle, planter du coude dans les chairs, étirer du tendon, écarter, faire craquer de l’articulation. Avouons-le, au moment d’y passer, j’ai rechigné tout autant que mes congénères. On nous avait dressé un tel portrait de la séance ! Et, pauvres de nous, nos réticences se sont vues rapidement justifiées.

Petite séance de massage Thaï?Une fois allongé sur la table de massage, plus question de protester, me voilà livré au savoir-faire de la masseuse. Le petit massage de pieds délicieux au début, ne vous y fiez pas, c’est pour m’attendrir. Rapidement, voilà ma peau qui se décolle des muscles, puis une paire de pouces se plante dans ma chaire en des points hautement sensibles. Dur de réprimer quelques gestes de crispation. “Ok, is good ? Yes, no problem !” Tu parles, je suis remonté comme un ressort, tendu jusqu’à l’extrémité du poil ! T’en as voulu du massache ? Tu va être bien reçu ! Viennent ensuite les “prises de karaté”, de quoi se démettre une épaule ou se luxer le fémur. Mais la voilà qui monte debout sur la planche, qui m’empoigne la jambe pour tirer, étirer et tirer !

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J’exagère ? Un peu ? Beaucoup ? Mouais, un peu beaucoup, c’est vrai. Le premières sensations sont certes crispantes mais elles cèdent vite la place à un délassement profond, une grande sensation de bien-être. Je m’abandonne langoureusement aux manipulations expertes, oubliant les secondes qui défilent au cadran de l’horloge. Le temps s’étire comme chacune des parties de mon corps. DSC01277Une heure plus tard, mes muscles ayant traversé tous les stades de la tension extrême au relâchement le plus total, la masseuse me “relâche” dans un état de grande relaxation, m’offrant un petit thé en guise de retour à la situation de bipède. Difficile de descendre de la planche, non parce que je suis bloqué, mais j’enchaînerais bien directement par une nouvelle séance. Il ne reste plus qu’à comparer avec les massages des autres pays de la région, par pur esprit scientifique ;)

Au pays des yaourts et des monastères

En plein dans les clichés

Du 8 au 14 septembre

DSC_0044 A peine entrés en Bulgarie et nous voilà en plein dans les clichés. Nous croisons plusieurs charrettes attelées à des chevaux ou des ânes.  Puis nous posons la tente dans un champ à l’écart de la route et à 100 mètres de là, nous pouvons apercevoir un berger accoudé sur son bâton, en train de surveiller son troupeau de moutons. Image d’Epinal s’il en est.

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Comme à chaque passage de frontière nous voilà baignés dans une nouvelle culture (pas si différente ici), nouvelle langue, nouvelles habitudes. Cette fois nous mettons un peu plus de temps à nous accoutumer. Notre vocabulaire bulgare est au point zéro et nous peinons réellement à nous faire comprendre, si bien qu’au premier restaurant, les “pomfrit” (assez clair non ?) se métamorphosent en tranches de pain. C’est pas grave on aime bien aussi. Par contre, à chacune de nos demandes, fait suite un temps de doute, de flou. Conversation type au rayon traiteur (interprétée d’après la gestuelle) : “ -Vous voulez ce poivron ? –Oui. -Celui-là ? Oui,oui.” Et la voilà qui insiste en nous montrant. “–Ok, Ok. –Vous en voulez un ? –Oui. –Deux ? – Non, non (et la voilà qui nous en met deux)”. Alors c’est quoi l’entourloupe ? Une fois qu’on sait, tout se résout en un éclat de rire. En Bulgarie, pour faire “oui” de la tête on oscille de droite à gauche et pour faire “non” on hoche la tête de haut en bas. Evidemment, nous n’avons pas l’air bien clairs lorsqu’on on dit “Da” avec assurance en hochant la tête vigoureusement. Rassurez-vous, depuis que nous savons, cet embarras chronique a fait place à de larges sourires amicaux de la part des autochtones.

8 septembre. Nous nous dirigeons vers Sofia en faisant quelques circonvolutions. DSC00702La première d’entre elles doit nous conduire vers Belogradchik,  un site naturel assez exceptionnel fait d’une multitude de tours rocheuses ocres aux formes arrondies et prenant des parfois profils assimilables à des personnages. Ici c’est un peu le sport local, mais vous avez déjà tous fait la même chose avec les nuages.

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Au passage, trois erreurs à ne pas commettre dans la journée du cyclotouriste :

  • DSC_0002se lancer dans une ascension en fin d’après-midi après l’avoir passée à paresser et s’être enfilé un bière de 50cL ;
  • se charger comme des bourriques avant d’attaquer une ascension vers un lieu touristique ou l’on trouve tout le nécessaire pour bivouaquer ;
  • rouler dans une côte, soit à une vitesse inférieure à 10 km/h, en fin de journée, heure à laquelle pullulent les moucherons.

Toutes ces erreurs, qui sont pour vous des évidences, nous les avons conjuguées lors de la montée à Belogradchik-tchik-tchik, mercredi en fin de journée. Mais c’est pas grave, on le referait si nécessaire, rien que pour vous faire marrer et puis parce que la route et l’arrivée sur ce site haut perché étaient magnifique sous cette lumière de fin d’après-midi.

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10 septembre. Après quelques zones indu-striées et quelques kilomètres d’une proto-autoroute, la circonvolution suivante nous emmène à travers un parc national au nord de Sofia.DSC_0023-2 Sur une route en balcon, nous remontons le cours d’une rivière qui sinue dans un décor calcaire magnifique, décor qui rappelle les reliefs rencontrés dans les Portes de Fer (voir article à ce sujet). C’est, pour nous, l’occasion de retrouver des routes à la circulation allégée et dans un cadre paisible, mais, le pendant inévitable, de renouer avec une attention accrue sur la moindre parcelle de goudron. Les routes bulgares ne sont pas une sinécure, elles ressemblent plutôt à un de ces jeux vidéos de la première heure dans lequel, au volant d’un bolide, vous devez éviter les pièges tendus sous vos roues. A ce propos, une petite devinette : qu’évoque l’expression “Padam Padam” ? Réponse dans le prochain article.

Les petites routes bulgares offrent également de nombreuses rencontres. Au détour d’un virage, à la sortie d’un village, on peut se retrouver nez à nez avec un sympathique molosse qui montre une envie irrépressible de faire la connaissance de vos sacoches voire de vos mollet autant que l’est la votre de lui balancer un coup de taloche. Nous avons, depuis, résolument adopté la stratégie de ces cabots : montrer les dents, aboyer et pédaler. Pour l’instant, ça passe, mais nous sommes décidés, nous allons très vite nous trouver un ustensile performant, un bon vieux bâton de bois.

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A Ceripiski, nous faisons notre première visite d’un monastère orthodoxe, havre de paix situé sur la berge et à l’évidence une halte traditionnelle pour les circuits touristiques de la région (comme la plupart des grands monastères vraisemblablement). Ces petites pauses sont toujours très appréciables pour et nous y goutons avec plaisir.

Cap sur la capitale : Sofia !