Où sommes-nous

D’une Grèce à l’autre, à travers les lauriers

Amphitéâtre d'Ephèse20 juin. Nous débarquons à Selçuk, ville ordinaire de la côte occidentale turque où subsistent les restes du temple d’Artémis, une des sept merveilles du monde antique. Seule une colonne solitaire tente de faire perdurer la splendeur passée de la déesse … Sauf son respect, nous zappons. Nous sommes encore sur le sol turc et cependant, de notre point de vue, nous venons d’entrer en Grèce, oh injure impardonnable. Bibliothèque d'EphèseIl faut quand même tenir compte du passé des lieux. A deux pas d’ici se trouve la cité antique d’Ephèse qui nous dévoile, dans la foule des touristes, son immense amphithéâtre et la façade majestueuse de sa bibliothèque. Comme dirait l’autre, c’est beau, allez on … va pédaler un peu, ça fait déjà quelques jours qu’on se la coule douce alors quoi, il y en a qui attendent un peu d’aventure.Sur la côte au large d'Ephèse Et bien, disons qu’en guise d’aventure, nous nous sommes contentés de faire un lointain retour dans le temps en traversant la Grèce et en foulant quelques vieilles pierres. Un peu de respect, nous avons eu la chance de trouver sur notre route quelques uns des plus beaux sites de la Grèce antique.

L'acropole

Temple d'Hephaïstos23 juin. Après Ephèse et quelques journées de vélo le long des stations balnéaires égéennes de Turquie, une traversée en ferry nous dépose au Pirée. Un coup de RER local et nous voilà au pied de l’Acropole, juste à l’ouverture. On ne profite jamais aussi bien des sites touristiques que lorsqu’ils sont dépourvus de touristes. Il n’y a qu’une solution pour cela, s’y trouver à l’ouverture. Nous avons profité du Parthénon, presque seuls à beurrer nos tartines tout en admirant la vue sur Athènes. Glaces énormes à MonastirakiEt dès que les cars de Chinois et d’Américains (là aussi ils se font concurrence) déboulent, on fout le camp. Balade dans le quartier de Plaka puis l’Agora, et pour nous récompenser de nos efforts … deux glaces énormes à Monastiraki.

Pendant que nous allons admirer le masque d’Agamemnon au musée archéologique, nous laissons les vélos à l’extérieur et c’est l’occasion de se faire fouiller les sacoches. On savait que les Grecs était sur la paille, mais au point de voler de la nourriture et des bombes de graisse quand même. Masque d'AgamemnonEn fait de crise grecque, nous ne voyons rien de tangible si ce n’est quelques banderoles étendues sur les grilles du parlement et quelques caricatures de Papandréou dans la presse locale. Nous terminons notre journée athénienne à la gare ferroviaire pour s’extraire de la ville en train. Nos billets en poche, nous grimpons dans le wagon et aussi sec, nous en sommes redescendus par les contrôleurs. Motif : pas de vélo dans le train. Et comment doit-on faire ? Ce n’est pas leur problème. L’occasion d’un petit “pétage” de plomb sur le quai. M’enfin, c’est presque la première fois qu’on se cogne à autant de résistance (on se croirait à Singapour). Bienvenue en Europe !

Dans les genets24 juin. Aujourd’hui c’est journée tout plaisir. Nous contournons le golfe de Corinthe par le nord. Nous avons en ligne de mire le mont Parnasse, pas celui de la tour infernale, non le vrai, l’original, le divin et majestueux Parnasse. Nous gravissons ses pentes inférieures, entourés par les lauriers roses ou blancs qui bordent les routes, un vrai bonheur. Mais nous arrivons un peu tard pour profiter des offres des magasins de ski. C’est pas grave, nous avons déjà donné dans le col enneigé, on n’est pas pressé de recommencer. Nous profitons plutôt du beau ciel bleu et du soleil de Grèce.

Dans une haie de lauriersEn fin de journée, nous suivons notre programme rituel : nous commençons par les courses (légumes frais, pates, petit déjeuner sans oublier des boissons désaltérantes pour l’apéro) ; puis nous trouvons une fontaine ou une personne bienveillante pour remplir nos poches à eau ; enfin, nous repairons une lieu un peu en retrait pour dresser notre campement. Ce soir nous décidons de passer la nuit à la sortie d’un village, à côté d’une église. Toujours un bon plan pour s’installer, il y a souvent un carré d’herbe, quelques bancs et en soirée, c’est plutôt le coin tranquille. Banco et santé au petit Jésus.

SantéLumières de crépuscule

DSC0593125 juin. Ce matin nous prenons le petit déjeuner au pied du sanctuaire de Delphes, nous en convenons, il y a pire. Et à l’ouverture nous voilà à l’assaut de la voie sacrée, admirant les restes des trésors des Béotiens, des Athéniens, montant jusqu’au temple d’Apollon, au théâtre et au stade. Le cadre est grandiose, sanctuaire enserré dans de larges falaises calcaires. Nous avons bien sûr tenté de consulter la Pythie, mais l’oracle est resté quelque peu obscur.

Golfe de CorintheLes jours suivants s’enchaînent en longeant le golfe de Corinthe. Nous traversons avec délices les villages côtiers, Itéa, Galaxidi, Nafpaktos, bercés par le parfum des lauriers. Douceur et pédalage font bon ménage sur ces reliefs ondulés mais coulés. Nous touchons au but en traversant le pont du détroit de Corinthe, nouvellement réalisé à l’occasion des derniers Jeux d’Athènes. Le long du détroit de CorintheCelui-ci nous permet de rejoindre Patras où nous embarquons sur un énorme ferry qui va nous conduire à travers l’Adriatique vers Ancona, l’Italie, et juste de l’autre côté des Alpes … mais en attendant profitons de la piscine du pont supérieur.

C'est pas la classe quand même, il fallait bien une croisière pour fêter dignement cette lune de miel.

Melting-pot givré

Un mélange saisissant.

26 février. Urümqi, Urumchi, Wulumuchi, Wulumuqi, Wushi ou comme il vous plaira. Nous descendons du train en provenance de Chengdu, avec, dans nos bagages, tout un univers : les faciès ronds au yeux bridés, pour chapeaux, des casquettes communistes, une langue omniprésente et inaccessible aux idéogrammes indéchiffrables, les temples multicolores, les toits de tuiles, un monde de discipline, de compétition, une cuisine faite de nouilles, de soupes, de riz, une religion omniprésente le bouddhisme, un culte de Mao encore bien présent …

Vue sur UrümqiL’énorme pas de géant accompli grâce au train nous propulse aux confins de cet univers dans une ville devenant le creuset d’un melting-pot fascinant. Urumqi est la capitale d’une immense province, la plus grande par la taille, la plus occidentale du pays, essentiellement un immense désert traversé par les Routes de la Soie : le Xinjiang, la “Nouvelle Frontière”. Ancienne cité-étape de ces routes, Urumqi se trouve enlisée entre des zones désertiques impitoyables, torrides Toute la ville est gelée, des agents armés de pelles un peu partoutl’été comme la dépression de Turpan où le thermomètre peu monter à presque 50°C et glaciales l’hiver comme les Tian Shan, massif où le thermomètre descend allégrement sous les -50°C. Urumqi possède d’ailleurs une particularité géographique assez remarquable. Elle est la ville la plus … réponse plus bas.

By night, ambiance givréeAmateurs que nous sommes, nous y débarquons saisis par un froid sibérien, légèrement habillés, comme nous l’étions au départ. Mais ce sont aussi des odeurs de brochettes de mouton qui nous accueillent et cela résonne comme un son nouveau. En quelques jours nous nous ouvrons à une autre culture. Loin des idées reçues, cette une ville, dont le nom signifie “pâturage idyllique”, est d’une modernité étonnante.  La ruée vers l’or noir en a fait une citée en plein essor, Urümqi, parc publiclargement développée, peuplée de buildings et largement colonisée par les populations de la chine orientale. Mais nous ne sommes pas loin du grand frère russe et le plan de la ville en porte l’empreinte : de larges avenues encadrées de buildings staliniens, une architecture moscovite, des parcs publics où l’ont peut s’adonner aux joies du patinage sur les lacs gelés.

Pourtant elle reste la capitale du Xinjiang, terre des Ouïgours, dont la langue fait le mélange du turc, du russe, du mongol, du chinois, En Français, en Ouigour ou en Chinois ?du kirghiz, de l’ouzbek, de l’ourdou, et de l’arabe. Après avoir été écrite dans l’alphabet latin, elle se calligraphie maintenant avec l’alphabet arabe. On compte en turc ou presque, Bière se dit Pive comme en bulgare, Bonjour se dit “Asalamu aleykum”… Nous tendons l’oreille et les paroles se font plus gutturales,Les pains ouigours, au sésame, aux oigons, ou aux graines de pavos rocailleuses. Sur les enseignes apparaissent alphabets arabes, cyrilliques, idéogrammes chinois. Carrefour, notre enseigne nationale, en est témoin. Les faciès sont multiples, turques, russes, persans ; des visages cuivrés, des yeux ouverts, la moustache est de retour en même temps que des voiles, des toques, des chapkas, des calots musulmans ; dans les rues, les devantures chinoises garnies de baozi alternentLe pulao (riz pilaf), spécialité ouïgoure avec les étals des boulangers ouïgours débordant de pains ronds au cumin ; le mouton est cuisiné à toutes les sauces, garni de riz pilaf ; sur les trottoirs, dans un froid de canard (ou de mouton), les étalages captivent avec leurs dizaines de variétés de raisins secs de noix, des dates, des figues séchées, des pistaches par monceaux ; des minarets apparaissent derrière les tours.

Le pain et son dévoreurUne bonne partie de la population d'Urümqi est OuigourMarrons chauds, maïs, ou patates chaudes... de quoi se réchauffer les papilles par -15°

Loin de nous l’idée de rejeter ce que nous avons vécu peu de temps avant en Chine, au contraire, ce mélange est plein de saveurs, nous offrant mille variations de visages, d’odeurs, de goûts, une multitude de couleurs allant d’une extrémité à l’autre de la palette asiatique et nous sommes plus que conquis par ce mélange. Quel amusement que de voir des couples chinois danser un genre de mazurka sur des vocalises orientales aux rythmes technoïdes. Quel plaisir de voir les inscriptions déclinées dans toutes ces écritures, se laisser saliver avant de choisir le type de cuisine désiré allant d’un boui-boui à l’autre.

A cet instant, tout un univers qui s’ouvre à nous. Nous regardons désormais vers l’ouest, en direction de notre Orient, des pays des Mille-et-une-nuits…

Ah oui, la devinette, on ne va pas vous laisser mariner jusqu’au prochain article ! Déjà que vous avez fait l’effort de lire celui-ci complètement. Et bien, Urumqi est l’endroit le plus continental qui soit, autrement dit, elle est la ville la plus éloignée d’un océan à 2250 km de ??? Et bien c’est la devinette suivante, à vos claviers ;)

Une autre ! Une autre !

Bon d’accord …

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… tentez de trouver le nom de ce chat qui nous a bien fait marrer dans une guesthouse d’Urümqi.

Au Cambodge en famille, par Marie-Jo

Pour cet article, nous laissons la plume à Marie-Jo.

Manon & Etienne partent un an. Cela risque d’être long pour nous alors nous décidons vite de profiter de l’occasion pour les rejoindre à mi-parcours. Ce sera pour nous, Olivier, Rachel, Nicole, Marie-Annick, Bruno et moi, un grand voyage. Le rendez-vous a été fixé à Siem Reap, ville inconnue de nous tous avant que Manon & Etienne nous disent que c’est la ville de séjour de tous les touristes qui visitent Angkor.

DSCN6936 28 décembre. Arrivée au petit aéroport de Siem Reap, premières impressions : Manon & Etienne nous attendent, bronzés, en pleine forme ; grand soleil, des arbres en fleurs, de nouvelles odeurs. Trois tuk-tuk nous emmènent dans une guesthouse confortable et accueillante à huit dollars la nuit. Nous sommes d’emblée dans un autre monde. Seules les guirlandes électriques et les sapins de Noël qui décorent les magasins et les hôtels nous rappellent que nous sommes à la fin décembre et qu’en France, c’est toujours l’hiver.

Les trois premiers jours sont consacrés à la visite d’Angkor, glorieuse capitale de l’empire Khmer pendant 500 ans. Deux millions de visiteurs par an. Nous essayons d’ éviter la foule. Ce ne sera pas possible pour les temples les plus visités comme celui d’Angkor Vat, mais l’émerveillement devant tant de beauté et de talent artistique nous fait vite oublier que nous ne sommes pas seuls.

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DSC01506Seuls les chinois et les japonais qui prennent systématiquement la pose devant tous les monuments nous agacent un peu. Nous découvrons aussi sur le site d’Angkor des centaines d’enfants qui nous assaillent avec des cartes postales, des livres ou des foulards à vendre. Difficile de résister. Nous finissons par leur acheter quelques bricoles.

PSE : distribution de riz aux familles en compensationQuelques jours plus tard nous retrouvons cette situation à Phnom Penh et nous apprendrons par quelques associations de défense des enfants qu’il ne faut surtout pas encourager ces pratiques. Ces associations se battent pour les sortir des rues et les scolariser. Pour cela il faut aussi “dédommager” les parents de ce manque à gagner en leur donnant de l’argent et du riz. Il s’agit bel et bien d’une situation d’exploitation des enfants avec maltraitance possible en cas de gain insuffisant.

DSC_0098Cette mendicité omniprésente dans les grandes villes du Cambodge nous interroge. Les deux associations que nous avons rencontrées (“Pour un Sourire d’Enfant” et “Child Save”) et qui gèrent chacune près de 2000 enfants peuvent redonner de l’espoir. Mais le phénomène a l’air de s’étendre, alors que les 4X4 flambants neufs prolifèrent dans le pays. Ce genre d’inégalités nous révolte mais nous gardons un sentiment d’impuissance.

Le Cambodge est en fait un pays qui a du mal à se relever d’une longue période de guerre suivie d’une tragédie ou la folie et la cruauté ont atteint l’inimaginable. Entre 1975 et 1979, les Khmers rouges ont exterminé, directement en torturant et assassinant et indirectement par la déportation et le travail forcé, plus de deux millions de leurs concitoyens, le tiers de la population cambodgienne à l’époque. Pour tous les gens de notre génération, cette histoire est très présente dans nos mémoires : une longue guerre menée par les Français, puis les Américains ; les Américains mis au ban de l’opinion mondiale perdant la guerre au Viet-Nam et au Cambodge ; les Khmers Rouges entrent dans Phnom Penh. Suivra ensuite la désillusion pour les gens de gauche en Europe, une inquiétude grandissante sur ce qui se passe à l’intérieur du pays désormais fermé à tous les étrangers. Les témoignages des rares Cambodgiens qui ont réussi à franchir les frontières sont alarmants. L’évidence est arrivée lors de la libération du pays par les troupes vietnamiennes : les Khmers Rouges ont commis dans leur propre pays une abomination, un auto-génocide.

Phnom Penh, S21 ou Tuol SlengPhnom Penh, S21 ou Tuol SlengPhnom Penh, S21 ou Tuol Sleng, "Ne pas rire"

Après Siem Reap, notre passage à Phnom Penh devait obligatoirement comporter une visite du musée du génocide : S21, un ancien lycée que les Khmers Rouges avaient transformé en centre de torture. La visite fut rude mais nécessaire. “Plus jamais ça” avait-on dit après la découverte des camps de concentration nazis. Ce ne fut malheureusement pas le cas, il faut toujours garder à l’esprit que les êtres humains sont capables du pire.

Nous voulons rester optimistes, le Cambodge peut se relever en s’appuyant sur l’activité touristique, une des principales ressources du pays. Nous avons été touchés par ce peuple attachant, au passé prestigieux, puis douloureux qui peine à se reconstruire.

Nouvel an familial à Siem Reap

En voilà une belle bande de touristes ;)

Bangkok surprise-party

17 décembre. Bangkok. Nous voilà de nouveau à Bangkok, de retour du Myanmar et aujourd’hui, c’est jour de fête car nous allons accueillir Emmanuelle et Aude qui nous rejoignent pour les deux semaines à venir. Objectif : rejoindre Phnom Penh pour aller y passer Noël. D’ici là, nous leur avons concocté un programme serré sur Bangkok et alentours pour les trois jours à venir. Le thème : visiter des temples, des temples, des temples, mais pas tous les mêmes, “same, same but different”, vous commencez à connaître ;) Demandez le programme, suivez l’ouvreuse, c’est parti pour la visite.

Bangkok, sur la Chao PrayaAujourd’hui nous attaquons avec une balade dans Chinatown, une petite virée en bateau sur la Chao Phraya, la grande rivière qui traverse Bangkok avant de débarquer au Wat Pho. Un des temples majeurs et école de massage renommée dans toute la Thaïlande, mais nous ne sommes pas là pour ça. DSC_0264Nous traversons les cours ornées de stupas multicolores, allons saluer l’immense Bouddha couché et tout doré puis flânons entre les palais au toits ornés de petits miroirs teintés. Arrêtons-nous un instant sur la pause déjeuner, et oui on ne se refait pas. Un petit ensemble de gargotes locales à proximité nous permet de faire partager aux copines les senteurs de la cuisine locale et pour leur premier repas nous dégustons un des plats nationaux thaï, le Pad Thai, des noodles (pates torsadées, genre pâtes chinoises) Bangkok, gargottes près du palais royalassaisonnées de pleins de petits trucs très très bons et notamment des cacahuètes ! Evidemment, il y a des plats plus risqués, des viandes en vitrine qui attendent un éventuel acquéreur, mais nous ne sommes pas très téméraires en la matière, quand nous mangeons, nous voulons nous faire plaisir alors on choisit le Pad Thai, c’est du solide.

Dans l’après-midi, découverte du palais royal et des multiples constructions chatoyantes qui l’environnent, ça brille dans tous les sens et dans toutes les teintes. On ne sait plus où donner de la tête et forcément, Jo la mitraille dégaine son appareil, un gros boulot de tri en perspective. Un vrai régal, nous en profitons jusqu’à se faire mettre à la porte aux lueurs de fin d’après-midi. L’heure approche pour la première surprise.

Bangkok, Wat Phra Kaeo Bangkok, Palais royal   Bangkok, Wat Phra Kaeo  

DSC_0530Nous prenons à nouveau un bateau rapide sur la Chao Phraya pour nous rendre au Théâtre Royal. Ce soir nous donnons dans le culturel avec un spectacle de Khon, les danses masquées traditionnelles. Les costumes et les décors sont sublimes, malheureusement,DSC_0485 la fatigue combinée au caractère disons figé de l’action, nous emmènent vers des cieux éloignés de la scène où Rama et ses acolytes rejouent des épisodes de la mythologie hindouiste. Peut-être avons nous été un peu ambitieux pour cette première journée.

18 décembre. Peine perdu nous remettons cela le lendemain. A Hua Lamphong, la gare ferroviaire centrale, nous grimpons dans un train à destination d’Ayutthaya, capitale du royaume de Siam (thaïlandais) jusqu’au 17ème siècle, avant que les Thaï ne soient repoussés jusqu’à Bangkok par les Birmans. Nous faisons d’abord escale à Bang Pa-In pour visiter … le palais royal, puis filons à Ayutthaya (un nom chantant vous ne trouvez pas ? ;) , qui est située sur une île entre les méandres de ma Chao Phraya. Et là nous allons voir du temple à toutes les sauces : ancien, moderne, en brique, en pierre, Bouddha assis, stupas en cloche, en ogive, au coucher de soleil, au lever de soleil. Mais croyez-le ou non, nous avons adoré ! Comme si nous n’étions pas encore lassés.

AyutthayaAyutthaya, Wat Chaiwatharam

Ayutthaya, festival de l'UNESCOIl faut dire que le site est magnifique et tout ces monuments sont d’une variété incroyable. A ce titre l’ensemble a été récemment classé au patrimoine mondial de l’Humanité ; alors pour fêter cela, tous les ans, la ville organise un festival et ça tombe bien c’est pile poil la semaine où nous y sommes. Le soir nous nous trouvons plongés dans une ambiance digne des festivals européens de l’été, une scène avec diverses animations, démonstrations de combat de rue de danses folkloriques au milieu des badauds et les inévitables petits stands où chacun y va de sa spécialité culinaire.Ayutthaya, festival de l'UNESCO Vous commencez à nous connaître, évidemment, nous voulons tout goûter ! Tour à tour, chacun rapporte sa trouvaille aux trois autres : petites brochettes, beignets, mini-crêpes, confiseries, rhum local, glaces agrémentées de bizarreries et un nombre invraisemblable de nouveautés que l’on peinerait à vous décrire. Alors de mieux c’est de venir les goûter par vous même. Ayutthaya, festival de l'UNESCO, show sur l'histoire de la villeLa surprise du jour est à nouveau un spectacle, mais bien différent de la veille. Pour couronner le festival, se tient un grand show son et lumières avec un déploiement de figurants et force feux d’artifices qui est censé raconter l’histoire d’Ayutthaya. Les commentaires en thaïlandais ne nous empêchent pas d’apprécier les différents tableaux : scènes de vie rurale, batailles épiques, arrivée des colons européens (ils ont l’air malin nos amis thaïlandais avec leurs perruques de Ayutthaya, spectacle sur son histoiretrois pieds de long), le clou : les éléphants tantôt machines de guerre dominant les combats, tantôt attractions loufoques faisant s’esclaffer l’assistance. On se croirait presque au Puy-du-Fou, les Chouans en moins, les pachydermes en plus. Cette fois, nous sommes tenus en éveil du début à la fin. Nous on aime le spectaculaire, pas l’intellectuel, désolés.

19 décembre. Dernier jour de la trilogie plus en douceur : encore quelques visites de temples, sans nervosité. Nous sentons que l’engouement des premières visites de temples est émoussé. Un train nous ramène à la grande capitale. Il est bientôt l’heure de nous rendre soigneusement présentables pour la fin de cette journée. Où ? Pourquoi ? … th th th, que de curiosité ! Les seules consignes sont les suivantes : De nouveau sur le toit du Vertigo, alors...émues?pas de tong, pas de sac à dos, pas de short, bien peignés et les épaules redressées.  Nous prenons le métro pour rejoindre le quartier des affaires de Bangkok. Au fil de notre petite escapade, l’appel des papilles se fait entendre.Apéro sur le toit du Vertigo “Un petit jus de fruit, ça vous dit ?”. Et nous voici dans un ascenseur qui nous mène directement au “Vertigo”, un bar perché au sommet d’un building de 300 mètres … minimum. Là, un magnifique 360° s’offre à nous dans les couleurs de la fin de journée… Bangkok à nos pied pour le coucher de soleil et un apéro inoubliable !

Bangkok, du haut du Vertigo

24 décembre. Pour conclure, un petit mot tout de même en direction de nos deux complices. Nous adressons un grand merci à Manou et Aude pour  nous avoir rejoint pendant ces deux semaines et nous avoir permis de passer un très beau Noël à Phnom Penh, en compagnie d’une sympathique bande de volontaires français en mission ici. Des cadeaux un repas de fête et, tenez-vous bien, une messe de minuit … en khmer tout de même ! Et nous avons tous les deux apprécié ; finalement, il nous fallait bien ça, pour réaliser que nous étions à Noël !

Myanmar, dans les transports en commun

Au Myanmar, pas de vélos pour nous, ils sont restés à Bangkok, alors tant pis, on va prendre cars, train, ferry pour vivre finalement les expériences parmi les plus intéressantes de ce pays. En voiture, et comme ils savent le dire ici, c’est parti mon kiki !

A fond dans le car

Fin d’après-midi. Le car est ponctuel, voire en avance, nous grimpons à nos places, on se sert les coudes et le reste avec, on rentre les genoux, on bascule les sièges inclinables. DSC_0031-1Voyage de nuit, nous avons bien l’intention de pioncer avant d’arriver, le lendemain en début de matinée. La télé et les haut-parleurs sont branchés et psalmodient des prières bouddhistes avec en arrière-fond des images de moines et de temples qui défilent au ralenti. C’est parfait pour nous emmener vers le sommeil malgré notre position un peu inconfortable. Le car emprunte une large autoroute, la seule du pays nouvellement bâtie pour la modique somme de cinq milliards de dollars, spécialement pour desservir la capitale nouvellement déplacée à Naypyidaw sur les recommandations d’un diseur de Bonaventure et sur ordre des ces messieurs les généraux. La route est tout confort. Un ciment nickel, peu de virages, quasi-désert. Seuls quelques cars se suivent à distance et de pauvres types errent à pied pour aller de leur champ à leur bled, tirant parfois un buffle.

DSC00941 Nous traversons une immense plaine brune et désolée ; la forêt a disparu entièrement de cette vaste région, coupée, transportée en Chine ou en Thaïlande pour être transformée en mobilier à bas prix exporté … chez vous peut-être (vous avez bien une chaise en teak ?). Dans le car, le ton monte. Les prières ont fait place à un film, disons-le, formidable…ment pourri ! Ce n’est pas une série B, c’est bien plus bas dans la hiérarchie cinématographique. Des acteurs catastrophiques, une intrigue lourdingue, des bruitages risibles et un humour à massacrer votre voisin ! A moins d’être birman. Nos voisins, eux, sont visiblement très réceptifs à ce navet. Du coup, volume au maximum et nous en prenons plein les oreilles. De plus, la séquence est interminable. Impossible de fermer l’œil et nous commençons à avoir les abeilles.

La nuit tombe. Les quelques villes que nous traversons sont à peine éclairées. Quelques néons espacés s’éparpillent dans l’obscurité. Soudain nous entrons à Las Vegas, flash light, guirlandes multicolores, fontaines illuminées entre hôtels de luxe et casinos à profusion. Nous voilà en fait dans cette fameuse capitale. L’impression est surréaliste, une richesse inattendue dégueule sur les trottoirs. Les passagers du cars, de modestes birmans, se pressent aux vitres pour contempler cette abondance de biens qui leur nuit. Le gouvernement spolie en permanence la population de ce pays pour investir ses dollars dans des projets absurdes.

Quelques kilomètres plus loin, suit une ville fantôme, no man’s land de néons en rangées alignées, de rues désertes en parfait quadrillage, de maisons identiques à 90% inhabitées. Ce sont les logements censés être occupés par les nouveaux venus à la capitale. Mais c’est surtout une immense terrain vague, sinistre au possible ou s’éparpillent quelques centaines de familles. Ne cherchons pas à comprendre, encore l’œuvre des généraux au pouvoir, bienvenue au Myanmar.

Trois heures de feuilleton birman plus loin, la télé enchaîne avec des chansons d’amour mièvres au possible en karaoké évidemment, des fois qu’il nous prendrait l’envie de chanter à tue-tête pour s’endormir. Mais pour s’endormir, le mieux est de s’en remettre aux cahots du car qui est maintenant sur une route dégueulasse à une seule voie. Dans ces conditions, c’est le plus fort qui s’impose et le plus fort, ce sont les gros bahuts, alors nous faisons régulièrement des écarts sur les bas-côtés, de quoi nous bercer tranquillement. La fatigue faisant son œuvre, nous finissons par nous assoupir. Soudain, on nous fait signe, le car est arrêté, quelques personnes descendent dans la nuit noire, nous avec, largués sur le pavé avec trois heures d’avances. Nous pensions économiser une nuit d’hôtel en dormant dans le car. En fait, nous avons à peine dormi et il est 2h du matin. Nous voilà dans le froid et les rues désertes à suivre un sympathique moine qui nous indique une guesthouse. Plongée dans un bon lit, allongés, silence, on dort !

Le train-train habituel.

3h30 du matin. Nous traversons les rues quasi-désertes de Mandalay, croisons quelques pauvres chauffeurs de taxi à la recherche d’un client à se mettre sous la dent. Quelques clébards errent, paumés et de nombreux birmans sont allongés de-ci de-là n’ayant pour couchage que le trottoir, un mince bout de tissu en guise de couverture et pour plafond le néon blafard d’un lampadaire. Le gouvernement peut faire n’importe quoi pour la cacher des yeux des touristes, la misère est là silencieuse et implacable. Un feu, quelques bûches à même la rue autour desquels une pauvre famille se réchauffe. La gare est déjà bruissante de l’agitation des birmans qui s’entassent dans les trois wagons d’ordinary class du train. Le wagon de first class est majoritairement occupé par les militaires qui montent à Pyin-oo-Lwin, la mère patrie de la clique des généraux entourant l’abominable Than Shwe. Pas pour nous.

DSC00749Le train est ponctuel. Notre voiture est complète : plusieurs passagers s’agglutinent à trois sur des banquettes pour deux ; la rangée centrale est totalement obstruée par un amoncellement de cabas et de gens repliés tentant de s’allonger. Chacun se déploie comme il peut selon sa place, son envergure ou ses voisins. Un joyeux méli-mélo de marchandises et de corps humains. C’est calme, on tente de dormir comme on peut, on s’endurcit les fesses sur les sièges faits de lattes de bois. Seul le padam padam vient battre la mesure et les cahots des rails nous tirent des brumes fraiches matutinales. Pulls, doudounes ou couvertures, c’est selon, sont de rigueur.

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DSC00772Dans la nuit, le train grimpe vers l’est. Puis l’aube dévoile sa palette de couleurs. Les premiers rayons de soleil nous autorisent à relever la vitre et libérer le wagon de la mixture d’odeurs humaines et de poisson séché. Un peu d’air frais ! Premier arrêt en gare et premiers échanges : on monte, on descend, voyageurs, paquets multiples, vendeurs à la sauvette, préparations “fraîches” défilant sous les fenêtres et à déguster de suite. A Pyin-oo-Lwin, surabondance d’uniformes, c’est ici que se trouve la principale école militaire du pays, mais pas d’arme en vue. DSC00755Pause syndicale pour les voyageurs, l’occasion pour eux d’acheter victuailles et friandises tout à fait exotiques pour nous. DSC_0005-1Dans le wagon, de toutes parts, on sort la vaisselle, les plats préparés à l’avance et l’on se met à table, on s’organise et on ripaille, comme un repas du dimanche. L’occasion également de se fourrer dans la bouche une nouvelle feuille de tabac à chiquer, le bétel, cette espèce de drogue quotidienne qui leur bousille les dents et leur fait cracher de partout un jus rouge épais et immonde. Pire que les traces de chewing-gum !

DSC_0077-2Le trajet se poursuit tranquillement tandis que le soleil vient réchauffer la campagne et nous avec. Les collines environnantes sont superbes, couvertes de nombreuses parcelles agricoles parfaitement entretenues et dont les couleurs ocre, jaunes, vertes, brunes forment un camaïeu du plus bel effet. Les arrêts réguliers libèrent peu à peu l’espace dans l’allée centrale du wagon, donnant aux marchands de tout poil la possibilité de faire la promotion de leurs produits miracles aux effets multiples : racines à l’odeur d’eucalyptus, baumes du tigre en tout genre, … De véritables images du temps passé.

DSC_0044-1Vers midi, nous arrivons à la petite ville de Gogteik qui précède les gorges du même nom. Le train emprunte alors un massif viaduc métallique permettant de les enjamber et offrant du même coup une vue exceptionnelle sur le site : le point d’orgue du trajet. Maintenant que nous sommes identifiés dans le wagon, nos voisins nous invitent à venir nous pencher à leur fenêtre. Nous jonglons d’un côté à l’autre du train pour laisser le moins de miettes possibles de ce spectacle éphémère. C’est là que l’on se réjouit de notre rythme de chenille processionnaire. Une profonde veine tapissée de végétation est dominée par de larges falaises oxydées. Pour tout voir, on tend le cou au maximum, mais il n’y a qu’à bien se tenir. En cas de faux pas, la chute du train serait immédiatement prolongée par un saut du viaduc sans élastique, quelques centaines de mètres, ça jette !

Dernier arrêt pour nous : Kyauk Me. En quelques minutes, un comité d’accueil se forme autour de nous.

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Quelques étudiants venus tailler les beefsteak pour “practicer” un peu. Mais la discussion tourne court, il viennent de commencer alors nous déclinons les rituels identité, âge, nationalité et pour parler politique, on attendra. Par contre un gars très vif et sympathique, guide local nous met vite dans sa poche en nous décrivant son programme. Nous sommes séduits et sautons du train en marche pour deux jours de trek avec Naing Naing.

Maman les petits bateaux

DSC00936Réveil en sursaut, grosse frayeur, notre bateau part dans une demi-heure. Nous ramassons les affaires en urgence ; heureusement, il y a toujours un taxi qui guette. En cinq minutes, pied au plancher, l’un d’eux nous conduit jusqu’à l’embarcadère. Il fait encore nuit, le port grouille de monde, tout va bien. Nous montons à bord à l’écart des chaises en plastiques où se vautrent les touristes, de toute façon c’est complet. Nous nous installons avec les locaux, étendus sur des nattes au milieu des paquets. Nous retrouvons l’ambiance du train.

DSC_0029-1Le bateau glisse lentement le long de l’Ayeyarwaddy, principal cours d’eau du pays, boueuse à souhait. Nous admirons des collines parsemées de stuppas. Les heures suivantes ne sont qu’une longue descente entre les berges pelées qui laissent deviner d’immenses plaines sans aucun relief. DSC_0034-1Spectacle complètement monotone qui nous laisse très vite indifférent. Le seul intérêt est à bord, en particulier lors des arrêts où l’énorme barque DSC_0042-1est prise d’assaut par les vendeuses de nourriture : bananas, fruits, samossas, portions de riz, caramels au graines de sésame, … Et ça se dispute la première place pour caser sa marchandise dans les mains du touriste. Cela fonctionne d’ailleurs plutôt bien, les premières montées sont les premières à vendre. On négocie vite, la marchandise fraîche circule entre les mains des intéressés, on tâte, on soupèse, pour faire la meilleure affaire. Puis les billets circulent dans les mains, dans la bouche, sur la nourriture pour atterrir dans la poche une fois le marché conclu. L’apDSC_0050-2rès-midi s’écoule paisiblement au rythmeDSC_0046-1 du fleuve, des ronflements de la barque et des innombrables clichés des chinois sans gêne. Dans le domaine, ils sont largement surpassé nos amis japonais. Dans la nuit, le bateau accoste à Nyaung-Oo. Bagan, le pays aux quatre mille temples et stuppas. On va manger du Buddha !

 

Pour finir et pour le plaisir, quelques photos de transports collectifs.

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Bienvenue en dictature

25 Novembre. Les vélos sont restés à Bangkok, nous voyageons léger, un petit sac à dos chacun. L’avion d’Air Asia (on insiste)atterrit sur le tarmac. Bienvenue à Yangon, principale ville du Myanmar. Oubliez les mots Birmanie, Rangoon et Irrawady, cela fait vingt ans qu’ils ont été bannis du vocabulaire local. Et ne pensez surtout pas que cette ville est capitale, la voilà destituée de ce titre depuis cinq ans. Bienvenue en dictature !

Il va bien nous falloir deux grandes semaines pour découvrir un morceau de ce pays et tenter d’en cerner un peu son fonctionnement, nous avons tant entendu parler de ses beautés, son mysticisme et ses gouvernants autarciques et autoritaires.

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Dès la sortie de l’aéroport, le climat est étrange, un pauvre type nous tend la carte de sa guesthouse – “very good price” – et se fait alpaguer dans la minute qui suit par trois bonshommes en uniforme qui n’ont pas l’air de plaisanter, ils retournent sa carte dans tous les sens, le retiennent, le font mariner, ça ira pour cette fois. Scène nouvelle à nos yeux. Le temps de monter dans un taxi pour rejoindre le centre de la ville, de nuit. En chemin, le chauffeur s’arrête pour nous proposer de changer nos dollars contre des kyats locaux. L’endroit est désert, peu éclairé, on verra plus tard. Mais nous sommes dans l’ambiance : dans ce pays, pas de bureau de change, encore moins de guichet automatique, il faut changer son DSC_0390argent dans la rue avec des types dont on ne sait rien en négociant le taux, en comptant ses billet avec attention sans lâcher du regard les mains de votre interlocuteur. Nombreuses sont les histoires d’escroqueries. Un seul moyen de faire du change de façon officielle, les agences gouvernementales avec un taux de 1$ = 6 Kyats contre 1$ = 900 Kyats dans la rue. Une des nombreuses manières pour ce gouvernement de remplir ses valises.

Yangon, un développement au ralenti.

DSC00441D’emblée le pays semble nettement plus pauvre que tous les autres pays traversés jusqu’alors. Yangon est désorganisée, salle, miséreuse. Pourtant première ville du pays par sa taille, sa population et même son économie, son développement est comprimé dans un étau et ne se fait que sous forme de petites initiatives individuelles : DSC00904la téléphonie mobile arrive doucement mais reste encore loin derrière les téléphones de rue, une ligne fixe posée sur une petite table avec un gugusse qui tient le chrono pour annoncer le tarif.

Beaucoup de gens dorment dehors dans la saleté et les ruines ; de nombreux immeubles sont délabrés, tout paraît abimé, ravagé. DSC00418La nuit, le peu d’éclairage donne à la ville un côté fantomatique et laisse l’impression de se déplacer dans des coupe-gorges. Beaucoup de mendiants, de gens mal en point un peu partout. Le soir, nous croisons quelquefois une file de personnes attendant interminablement un soin devant un centre médical. Sans doute, Nargys, le cyclone passé en 2008, est-il lourdement responsable de ces dégâts. DSC_0030Mais impossible de disculper les pouvoirs publics qui ont largement laissé pourrir la situation. De petits chantiers aux coins des rues tentent de reconstruire, mais les bâtiments publics sont à l’abandon, la voirie d’une saleté innommable, les égouts à ciel ouvert ; les décharges se multiplient au coins des rues et les stands de nourriture prennent place dans cette lie ! Dur d’aimer cette grande ville.

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Pourquoi Myanmar, pourquoi Yangon et où se trouve la capitale ?

En 1989, dans un relent de nationalisme, les généraux au pouvoir veulent affirmer l’identité du pays en supprimant les vestiges de la colonisation britannique. Grand bien, Rangoon devient Yangon, le grand fleuve Irrawady devient Ayeyarwaddy et la Birmanie (Burma en Anglais) devient Myanmar ; nous n’ajouterons pas le préfixe de république officiellement accolé devant.

Quelques années plus tard, en 2005, la capitale est déplacée de Yangon à NDSC00521aypyidaw sur les recommandations d’un diseur de bonaventure et sur ordre des ces messieurs les généraux. Cette ville nouvelle est un amoncellement de casinos et d’hôtels de luxe aux chambres à des tarifs prohibitifs. Point de touriste, point de Birman moyen, tout est bâti pour les diplomates et hommes d’affaires venus commercer au Myanmar. Le coût de cette petite lubie, quelques milliards de dollars. Le gouvernement spolie en permanence la population du pays pour investir ses ressources dans des projets absurdes. Et la Chine veille et surveille, trop contente d’exploiter son cortège de pays satellites en toute quiétude.

Dernier fait d’arme : les élections récentes habilement manipulées par la junte. Afin de se racheter une conduite, les première élections législatives depuis 1989 se sont tenues début novembre. DSC00912Evidemment, ce scrutin s’est déroulé en l’absence de la figure de proue de l’opposition Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence. Sa formation, la Ligue nationale pour la démocratie, a été dissoute après avoir annoncé son boycottage du vote.  L’ensemble de l’élection a été une grande mascarade, juste une façon pour la junte militaire de se présenter sous les allures plus respectables d’un gouvernement civil. L’issue du scrutin paraissait prévisible puisque les deux formations liées à la junte militaire présentaient les deux tiers des candidats.

Pourquoi habile ? Vous n’avez pas pu manquer le battage fait autour de la libération d’Aung San Suu Kyi, il y a un mois. Etonnement, pile entre les deux tours, une façon d’effacer des mémoires le deuxième tour et les résultats frauduleux en découlant immanquablement. D’ailleurs, aucun résultat n’est apparu depuis, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Le gouvernement en place est reconduit, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

A la queue leu leu.

DSC00592 Après une dizaine de jours passés dans le pays, nous voilà sur les circuits touristiques traditionnels. Au Myanmar, la grande majorité des touristes se presse sur les sites majeurs à visiter : Lac Inle, Mandalay, Bagan, c’est le tour classique. Ne cherchez pas trop à vous éloigner, cela devient très vite compliqué ou inabordable : contrôles, permis, autorisations avec des droits dont il faut s’acquitter et où vont nos dollars ? Dans la poche du gouvernement. Ce tourisme à la chaîne permet aux militaires de montrer le pays sous un aspect présentable et viendrait même à faire oublier le totalitarisme, pour peu qu’on voyage en tour organisé.

Et les Birmans alors ?

DSC_0194-1 Une schizophrénie générale semble toucher le pays. Dans chaque ville ou village, la population se partage entre maîtres et dominés. Tout est fliqué, l’uniforme reste maître, loin devant la toge safran des moines. Than Shwe domine bien au-delà de Bouddha. La peur dépasse la quiétude et l’apaisement apparemment des Birmans. Les esprits sont divisés entre peur, lassitude et contrôle.

DSC00917Mais la majeure partie de la population semble abattue. Les populations rebelles ont été presque anéanties, privées d’armes par la Chine qui ne fournit plus : trop rentable de faire affaire avec les généraux. Les gens sont surveillés : télévision sous contrôle, internet limité et désespérément lent. Les quelques opposants sont mis sous l’éteignoir et les Moustache Brothers, derniers humoristes politiques connus, n’ont plus la flamme, obligés de servir un spectacle édulcoré dans lequel seules quelques vannes gentillettes viennent brocarder les dirigeants.

Néanmoins, nous sommes régulièrement accostés par de jeunes birmans venus parler de la situation politique de leur pays. DSC_0369A l’abri des regards importuns, on peut parler de ce pays étouffé qui vend ses ressources au grand frère chinois. Le mal-être et l’épuisement face à cette situation déjà ancienne, sont palpables. Et nous avons du mal à percevoir une lueur d’espoir, un éventuel renversement de la situation. Les Birmans n’ont d’ailleurs aucune illusion sur un quelconque appui de la communauté internationale. Certains nous l’ont dit clairement : rien à attendre de ce côté là, ils doivent s’en remettre à eux-même…

Il n’en reste pas moins qu’ils ne se sont jamais départis de leur gentillesse naturelle et de leurs fiers sourires adressés à tous les étrangers, pas de distinction. Ils ont le moral les Birmans, du moins, nous leur souhaitons.

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Allez-y en Malaisie, qu’y disaient

De toutes façons, c’est sur la route, nous n’avons pas le choix, alors allons-y Alonso ! Allons au bistro et fissa !

8 novembre. Aujourd’hui, nous reprenons pied sur le continent asiatique. Nous quittons l’île de Singapour et choisissons de traverser le pont le plus à l’ouest, pour rejoindre au plus vite la côte occidentale de la péninsule malaise. Après il n’y aura plus qu’à pédaler vers le nord, direction la maison. Ho là, pas si vite ! Ce pont est interdit aux piétons, aux cyclistes, à tout ce qui ne possède pas de moteur, on aime ce genre de point de règlement. Mais, ah ah, nous avons la parade. DSC02922Ipso facto, nous grimpons dans un camion, jetons nos vélos dans sa remorque déserte, enfin, hissons nos vélos (40 kg chacun tout de même) et c’est parti pour la traversée du pont ; en plus c’est gratos ! Comme on aime, on en redemande, une fois arrivés en Malaisie, nous nous enfilons comme cela 150 km d’autoroute à travers les plantations de palmiers et les nuages noirs, le tout en moins de trois heures s’il vous plait. Le vélo c’est vraiment un truc de faignants. Bon, toute bonne chose ayant une fin, nous nous extirpons du confort de la cabine climatisée et notre gentil chauffeur nous dépose, malgré lui, sur une bretelle et sous une pluie battante. Le pauvre n’y comprend rien. C’est que notre tour d’Asie à vélo, on veut le mériter quand même.  Trempés jusqu’à la moelle en moins d’une minute, nous finissons rapidement par prendre les choses avec hilarité. DSC02929Régulièrement aspergés par les gerbes d’une eau tiède et douteuse projetées par les voitures, nous traversons des palmeraies immenses dans une fraicheur agréable, avant de rejoindre la côte de l’océan indien. La pluie cesse et les habitants des villages que nous traversons sortent de leur abris. Nous retrouvons enfin le plaisir du cyclotouriste sinuant sur les petites routes de cambrousse entre les maisons traditionnelles.

Pour vous prouver que nous ne sommes pas encore complètement obnubilés par nos petites reines, voici les 10 bonnes raisons de faire du vélo sous la pluie :

  • On le dit bien, l’eau ça creuse et nous, on aime bien avoir une bonne raison de s’attabler ;
  • Se rafraîchir le crâne et le reste avec, il fait parfois 40° par ici ;
  • Profiter d’une douche tiède gratis ; c’est que c’est pas l’hôtel tous les soirs, non madame ;
  • Rouler sur des routes au trafic allégé, parce que des fois on a la chetron ça comme ;
  • Ne pas ramasser toutes les cochonneries dans les narines mas plutôt sur les jambes, on aime bien les pots d’échappements mais 5 minutes pas plus ;
  • Faire un nettoyage complet des vélos mais pas vraiment irréprochable, même si cela réserve quelques surprises, à suivre …. ;
  • Tester l’étanchéité des sacoches, merci Ortlieb ;
  • Justifier l’achat de nos magnifiques imperméables fluo ;
  • Apprécier le lendemain de retrouver sa chaîne entièrement rouillée ; on aime bien passer une plombe les mains dans le cambouis ;
  • Et surtout, sentir que c’est trop bon quand ça s’arrête, parce que mouillés, c’est bien, mais secs c’est trop mieux !!!

Du 9 au 11 novembre. Les jours suivants, nous profitons de l’ambiance petits villages de pêcheurs avec des maisons traditionnelles malaisiennes aux couleurs vives. DSC_0824Charme des routes tranquilles et des sourires à chaque scooter croisé, chaque maison rencontrée. Nous visitons rapidement la vieille Melaka (Malacca, vous savez le détroit), l’un des premiers comptoirs de la route des Indes, plutôt attirés par son quartier chinois plein de caractère que par ses anciennes constructions héritées des empires coloniaux.

Ces premiers jours sur la péninsule sont aussi l’occasion pour nous de faire quelques nouvelles expériences culinaires. Nous mettons un pied dans le grand pays voisin qu’est l’Inde en goûtant à sa cuisine traditionnelle. La communauté indienne est très fortement représentée à Singapour comme en Malaisie. Chaque ville possède ses temples hindous et inévitablement des petits restaurants qui font notre bonheur. Au menu, rotis, thosais, naans, genres des variations locales de la crêpe et nasi biryani dont nous nous régalons quotidiennement.

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Du 12 au 16 novembre. Escale de quelques jours à Kuala Lumpur. Nous en retiendrons les “fried ice cream”, terrible, un terrain de jeu idéal pourDSC_0921 les soirées karaoké (désolés, pas de preuve à l’appui…), et les deux tours Pétronas immenses sculptures de fer et de verre, 88 étages et 420 m de haut, by night c’est encore mieux (là encore, vous vous contenterez des photos de jours). Sinon la ville en elle-même nous a peu charmés, comblant avec difficulté les cinq jours que nous avions devant nous pour permettre à nos chers visas birmans de se préparer.

Du 17 au 22 novembre. Un petit coup d’accélérateur en bus nous fait gagner quelques jours de pédalage pour rejoindre deux des îles au nord de la péninsule malaisienne. Précisons tout de suite que ce n’est pas du tout par flemme ou par lassitude du voyage (pas encore) que nous écourtons un peu notre passage en Malaisie, mais nous avons décidé de privilégier notre prochaine destination enfin confirmée : le Myanmar. Nous traversons donc Penang, puis Langkawi. Ces deux îles nous ravissent chacune à leur manière.

La première nous emmène sur des petites routes escarpées et paumées au milieu de la jungle. Ambiance tropicale : des oiseaux invisibles et des cigales tiennent les voix principales de cette cacophonie inhabituelle, une végétation gorgée d’eau et envahissante, nous donnant un air plus frais et plus agréable, surtout dans les cotes où, fait étrange, la vitesse de nos bolides diminue au point que tout vent disparait et que la chaleur du soleil torride prend lourdement le dessus.

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Ajoutez à cela quelques plages de sable blanc nous permettant d’admirer les tortues de mer (jamais vues), profiter d’une eau bleue (pas aussi bleue que sur les photos de pub, c’est un scandale!), admirer les couleurs flamboyantes du ciel lors d’un coucher de soleil, … et n’avoir d’autre soucis que de profiter du temps qui s’écoule doucement. Malgré son urbanisation importante sur une partie de ses côtes nous profitons d’un magnifique tour de vélo et d’une super balade dans la jungle. Pas de quoi se prendre non plus pour Indiana Jones.

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Langkawi, la deuxième île nous emballe encore plus. Le tourisme de masse l’a déjà atteinte elle aussi, mais il est plus facile à contourner. Nous sommes charmés par son relief tourmenté fait de pics multiples toujours luxuriants, de plages spectaculaires et préservées ainsi que de formations géologiques particulières. Par endroit, des falaises karstiques, telles des lames acérées, tombent à pic dans la mer.

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Des dizaines d’îlots recouverts de végétation semblent parsemés au large des côtes, un peu partout sur l’horizon, formant parfois des canaux bordés de mangroves. Nous vous recommandons la visite de cette petite île, certes touristique, mais idéale pour un séjour de détente dans une nature belle et apaisante.

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DSC_0728Une dernière journée de vélo pour profiter de la verte campagne malaisienne (qui ne ressemble en rien à celle, verte aussi, que vous connaissez en France), pédaler entre rizières, cocotier, papayers et petits villages tranquilles. Nous rejoignons dans la journée la frontière thaïlandaise, grimpons dans un train pour nous réveiller le lendemain dans un univers complètement différent : Bangkok.

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Jakarta, dans la moiteur des traffic jam

Du 8 au 13 octobre.

8 octobre. Arrivés dans la chaleur moite de l’après-midi, un peu embrumés par le “jet lag”, l’excitation est tempérée et fait place à une curiosité tranquille. Nous avons quitté Ankara sous la pluie et trouvons Jakarta dans le même état. A la sortie de l’aéroport, l’odeur des kreteks, cigarette parsemées de clous de girofle, nous saisit. Manon a l’impression d’entrer dans un pays qu’elle connait déjà grâce aux souvenirs de voyage, odeurs et images, ramenés par parents vingt-cinq ans plus tôt. Le comité d’accueil habituel : les taxis qui offrent bien sûr un “good, cheaper price” mais bien plus cher que les bus. Alors ça les fait bien marrer de nous entendre dire qu’on va prendre le bus avec tout notre bazar et nos deux grandes boîtes en carton, piteux écrins pour nos bicyclettes. En fait, nous trouvons, ravis, les larges soutes des bus des bus locaux et nous embarquons dans la grisaille du soir tombant.

Nous quittons lentement la zone ; chaque véhicule tente de se frayer un chemin dans l’enchevêtrement en forme d’entonnoir qui se dirige vers le centre de Jakarta. Dans le car, c’est ambiance karaoké avec l’ami Demis et son inoubliable “Rain & Tears”, plutôt de circonstance : Rain pour le climat, Tears pour la musique, une série de super tubes indonésiens passés en boucle cinq ou six fois. On peut dire que le trafic est dense : trois heures et demi pour environ 25 km. Circuler en vélo dans cette jungle parait une hérésie.

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Après s’être fait escroquer par un taxi, lot commun du pigeon européen dans un lieu touristique, nous arrivons enfin à la maison du vélo, Rumah Sepeda en bahasa Indonesia. C’est ici qu’une bande de fous du vélo est installée ; l’organisation Bike to Work (B2W) a pour vocation de pousser les habitants de Jakarta à utiliser leur vélo pour aller au boulot. Réellement novateur et courageux de leur part quand on sait ce que signifie circuler à Jakarta aux horaires de travail. DSC_0110En tout cas nous sommes attendus et cette bande d’utopiste nous fait un accueil de rois. Nous sommes parmi les premiers voyageurs à vélo à être accueillis ici et apparemment on va jouer aux célébrités locales pendant quelques jours. Enfin, pas de quoi pavoiser non plus, mais au moins tout les cyclistes du coin nous connaissent, d’autant qu’une pipelette ne s’est pas privée pour raconter que c’est notre “Honeymoon”, et apparemment, ça leur plait. En tout cas, ce sera pour nous l’occasion de faire connaissance avec un paquet d’Indonésiens bien sympas. Thanks a lot B2W !

Les premiers jours, la chaleur nous accable et le décalage horaire ainsi qu’une fatigue accumulée pendant le voyage en avion bloquent toute velléité de s’extraire de la paresse dans laquelle nous sommes. En même temps que nous nous laissons aller dans une moiteur constante, il nous tarde de remonter sur le vélo pour découvrir le cœur du pays. Nous passons nos soirées à Rumah Sepeda, où nous croisons un nombre important d’adhérents de B2W. Et c’est pour nous pain béni, car nous pouvons glaner au fil des discussions suffisamment d’informations pour établir le planning des journées à venir.

DSC01791Dimanche 10 octobre. Cet après-midi, les membres de B2W nous emmènent dans un bar branché où se déroule une manifestation contre le global warming. Ils y participent naturellement en tant que promoteurs du vélo dans une ville sur-poluée par le trafic des véhicules à moteur. L’événement se déroule le 10.10.10 date symbolique, chose à laquelle les Indonésiens semblent accorder beaucoup d’importance. Mais cela ressemble plutôt à un joyeux mélange des genres où l’on trouve aussi bien des associations agissant concrètement contre le réchauffement climatique qu’un créateur de mode surfant sur la vague “green”.

Nous sommes un peu dubitatifs surtout quant au devenir des dizaines de tracts distribués sans impact vraisemblable, en tout cas on se demande bien ce qu’on va faire du petit sac qui nous a été gentiment remis et contenant une foule de documents incompréhensibles pour nous puisque rédigés en Indonésien. Le mouvement vert existe ici et il n’y a pas de raison pour que des profiteurs en tout genres ne s’en emparent ! Cela fait malheureusement parti du lot.

Retour de nuit. Faire du vélo à Jakarta, on n’aurait pas osé, alors de nuit, impensable ! Heureusement nous avons une escorte  de premier ordre. Nous sommes une dizaine de vélos de B2W à rentrer à la maison, un long serpent se frayant un chemin dans une circulation complètement débridée sans être totalement anarchique. DSC_0081Le principe, ne pas s’écarter de plus de 20 cm du bord gauche de la route (ah, oui, ici le trafic est en sens inverse de quoi corser encore un peu l’affaire), ni de la roue avant de son prédécesseur, (sans quoi le cordon est coupé et un autre véhicule tentera de s’immiscer), tout en se préparant à crisper les poings autour des poignées de freins. Heureusement, tout le monde roule à la même allure, voitures, motos, bajaj (tricycles à moteurs) et vélos, et la vitesse est peu élevée. Nous arrivons donc sans encombre à Rumah Sepeda. Le vélo a ceci de bon qu’il amène un peu d’air, ce qui n’est pas un luxe, car même la nuit ne parvient pas à nous apporter une fraîcheur convoitée.

Mardi 12 octobre. Ce matin nous parvenons enfin à nous extirper du lit de façon matinale. Nous prenons le Trans-Jakarta pour descendre vers Kota Tua, littéralement la vieille ville de Jakarta, résidu de la colonisation hollandaise au XIXème siècle. Première épreuve, localiser le terminal des bus et trouver la zone d’accès au bus voulu, avec quelques sourires et quelques “Tolong” (“s’il vous plait”), nous y parvenons sans trop de peine. Les Indonésiens sont très souriants toujours prêts à rendre service et ponctuer nos phrase d’un “ya, ya, no problem”, même s’ils n’ont rien compris. Très vite, nous pouvons observer qu’ils sont également dotés d’un calme à toute épreuve. Ici, il va falloir mettre de côté tout accès de colère et s’interdire de hausser le ton, c’est très impoli.

DSC01829Tout juste descendus, nous montons au sommet de la tour du Monas, monument national, une tour de marbre de 132 mètres, appelée la dernière érection de Soekarno par les habitants de Jakarta. Ceux-ci ont le chic pour trouver des surnoms sympathiques aux différents monuments aussi laids que ridicules qui truffent les principales artères de la capitale. Puis nous grimpons dans un bajaj  pour s’enfoncer dans la puanteur des pots d’échappements.

Très vite, le tricycle est pris dans les embouteillages inextricables qui bloquent le centre ville.

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DSC_0035Dernière solution, finir à pied les derniers mètres qui conduisent au fronton de mer. Nous nous retrouvons sur le port, mais pas genre port de plaisance, plutôt quai de débarquement avec les dockers qui triment pour faire transiter des milliers de tonnes de marchandises chaque jour, dans un vacarme épouvantable et des odeurs qu’on ne cherchera pas à vous décrire.

DSC_0060Nous nous échappons en longeant un canal ressemblant plus à un égout qu’à une source des Alpes. Nous naviguons alors dans une sorte de bidonville, coincé entre le port, l’autoroute et la voie ferrée, mais contrairement à ce qu’on peut imaginer, l’endroit est tranquille en même temps que très habité. De nombreuses petites habitations s’enchaînent, chacune laissant apparaître un poste de télévision toujours allumé et des visages souriants. En cette fin d’après-midi, beaucoup d’enfants jouent dans des bacs d’eau propre amenée par les canalisations. DSC_0044Dès qu’ils aperçoivent nos têtes de touristes, il se précipitent vers nous en criant “foto, foto”. C’est à chaque fois le même rituel. Nous accédons à la demande : prise de photo, puis visualisation sur le petit écran d’appareil photo, puis une volée d’éclats de rire presque compulsifs qui s’échappe de la marmaille avant de nous laisser continuer notre chemin sous les “Hello Mister”. Moments simples mais toujours enchanteurs.

DSC01865Bref aperçu de cette métropole fourmillante et embouteillée au possible. Mais toujours pas de vélo au programme. Le temps nous fait défaut, incroyable non, lorsque on part pour un an, visa trop court, île immense. Après mûre réflexion, nous nous lançons dans une grande traversée de Java en train, à travers les immenses plaines rizicoles. Enfin du mouvement et de la verdure !

Semoga Bike2Work Indonesia Selalu Jaya !!!

Traffic jam = embouteillages

Istanbul, le souffle de l’Histoire

Impossible de passer par Istanbul sans parler des innombrables sites historiques à visiter. C’est l’article fastidieux de la semaine, alors gare aux superlatifs, courage, on va tacher de faire court.

istanbul.03Ville traversée par l’histoire, d’abord Byzance sous la coupe romaine, devenue Constantinople capitale de l’empire, qui a laissé de nombreux vestiges : églises, palais, citerne… dont nombre d’entre eux sont encore ensevelis dans les fondations de la ville moderne, enfin Istanbul faite capitale de l’empire Ottoman dès sa conquête par Mehmet II en 1453 (chute de Constantinople).

Cette ville restée cosmopolite tout au long de son histoire, révèle d’emblée sa facette musulmane, de part les mosquées peuplant chacun de ses quartiers. DSC_0390 A Istanbul, les minarets se comptent par milliers. On ne peut pas manquer ceux de la mosquée Süleymaniye, la plus grande de la ville, bâtie par Soliman le Magnifique avec l’aide de Mimar Sinan, le plus glorieux des architectes du monde musulman. Sous leur ère, la cité s’enrichit de bâtiments et de monuments comme jamais.

Les joyaux architecturaux se concentrent dans Sultanahmet, rive sud de la Corne d’Or. Nous nous limiterons à évoquer ceux qui furent pour nous les trois coups de cœur.

Jeudi 30 septembre. Le premier d’entre eux est le palais de Topkapı (“ı” se prononce “eu”) et son merveilleux harem qui n’ont absolument rien à envier au château de Versailles. DSC_0279 Demeure des Sultans dès sa fondation en 1453 et pendant près de quatre cents ans, ce palais des monarques ottomans se compose d’un ensemble de pavillons à la décoration extrêmement raffinée, et dispersés dans des cours arborées séparées par de larges murailles. Les ornements de chacun d’entre eux sont de vrais chefs d’œuvre. Le plus spectaculaire reste la visite de l’ensembles bâtiments constituant le harem. Voilà déjà votre imagination galopante qui fantasme sur la débauche à laquelle les Sultans étaient supposés s’adonner dans ces lieux entourés de mystère. Que nenni ! Bon, nous aussi on croyait, mais nous avons vite été détrompés par le guide et l’atmosphère des lieux. Le terme de harem, qui signifie “privé”, désigne plus simplement les appartements de la famille impériale. On peut dire que tous ces “braves” gens n’ont pas choisi leur papier peint chez Casto pour décorer leurs chambres.

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Rapidement, nous nous perdons dans un dédale de pièces où nous trouvons des marqueteries, des mosaïques sublimes et, partout sur les murs, des céramiques colorées dont la finesse des motifs n’a d’égale que leur diversité. DSC_0223Et c’est beau ! Bon allez on s’casse ! Sans oublier de prendre plusieurs centaines de photos et de décortiquer les moindres détails. Finalement, la demi-journée passée au milieu de ces trésors n’est pas suffisante et nous nous verrions bien louer un petit deux pièces pour terminer la semaine dans la demeure des dieux. Mais c’est un peu au-dessus de nos moyens. Il n’y a guère que les mille-et-un délices des restaurateurs stambouliotes pour nous chasser des lieux.DSC_0003

DSC_0542-1Samedi 2 octobre. Aujourd’hui ça va envoyer du gros ! Retour à Sultanahmet, jour de fréquentation maximale pour visiter les deux monuments d’Istanbul (hormis Topkapı) les plus prisés par les touristes : Sultanahmet camii, la mosquée bleue et l’église Sainte-Sophie.  La première est encore un lieu de culte, mais elle est largement polluée par les milliers de touristes et les guides vociférant qui s’y entassent. Mais nous sommes bien contents d’en profiter nous aussi. Nous découvrons une coupole immense soutenue par quatre énormes piliers en forme de pattes d’éléphant. Là encore, des trésors d’ornements sur chaque centimètre carré, DSC_0755illuminés par les 260 fenêtres qui en percent les murs. Spectaculaire. Cependant, nous sommes d’avantage subjugués au moment de nous avancer sous la coupole grandiose d’Aya Sofia, Sainte-Sophie. Tels Justinien, découvrant la nef de la basilique qu’il fit réaliser il y a près de mille cinq cents ans, nous restons bouche bée devant la beauté de cette audacieuse construction. L’architecture de la coupole est d’une légèreté stupéfiante lorsqu’on réalise les dimensions extravagantes de l’édifice.

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D’abord basilique pendant près d’un millénaire, puis convertie lors de la conquête ottomane, elle fut finalement transformée en musée par Atatürk afin de financer sa restauration. DSC_0677De grandes fresques jaunes encore en réfection tapissent les murs de la basilique. Sur les montants, on peut voir huit larges médaillons du XIXème siècle renfermant les noms du prophète et des premiers califes, calligraphiés en lettres d’or, tandis que la coupole offre au regard une vaste mosaïque d’un Christ pancrator. Mélange des genres, destin de la plupart des églises érigées avant l’islamisation d’Istanbul. Nous quittons ce joyau d’architecture à reculons, pour ne pas perdre une miette des visions d’extases qu’il nous inspire.DSC_0548-1

DSC_0870 Dimanche 3 octobre. Notre troisième coup de cœur est provoqué par la visite de l’église du Christ de Chora. D’architecture relativement simple, c’est sans aucun doute le bâtiment dont la décoration intérieure est la plus magistrale. Commandée au XIVème siècle par Métochite, elle compte parmi les plus belles fresques et mosaïques du monde. Rien que ça ! Et c’est pas nous qui l’dit !

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Comme dans la plupart des églises byzantines transformées en mosquées, un grand nombre de visages a été effacé, obligation de l’Islam de ne pas vénérer des images d’êtres immortels (information à confirmer). Mais une grande partie des mosaïques dorées sont encore en très bon état. Nous nous échappons des étoiles plein les yeux.

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Suite à ce triptyque, il convient de parler de la citerne-basilique, gigantesque réservoir souterrain alimenté par l’important réseau d’aqueducs qui émaillait la ville du temps de la splendeur byzantine.

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Après avoir été bouchée durant plusieurs siècles, elle est aujourd’hui mise à jour pour le plaisir des badauds qui peuvent y déambuler entre des centaines de colonnes. DSC01303S’ajoutent à cela les palais néo-classiques tape-à-l’oeil des derniers sultans, mais presque grossiers en regard de la finesse d’ouvrage des monuments précédents. Sans oublier de nombreuses mosquées dont la faible fréquentation en fait des havres de paix sans pour autant renoncer au qualités artistiques de leurs illustres voisines.

Trop de beauté, il était temps d’y mettre un terme, comme à cet article, vous ne trouvez pas ? Pour de vrai, nous quittons Istanbul à regret et nous sentons que la ville nous rappelle déjà. Un grand merci à Amaury qui nous aura accompagné dans ces découvertes mémorables.DSC01758

Istanbul ou la tentation permanente

28 septembre. Fin d’après-midi. Notre visite d’Istanbul commence par une déambulation dans le quartier de Beyoǧlu, traversé par la grande artère piétonne dénommée Istiklal (avenue de l’Indépendance). DSC_0205Nous la suivons du nord au sud ; départ de la place Taksim, important nœud du trafic, ruche bourdonnante, puis descente en direction de Galata. Un genre de balade dans la rue de la Ré où les badauds seraient harcelés par un vieux tram qui ne sert plus que de distraction pour les touristes et où les boutiques de luxes alternant avec les innombrables commerces de nourritures seraient surmontés par des immeubles en décrépitude aux styles architecturaux douteux et sans harmonie. SurprenantDSC_0216, dans cette avenue qui passe pour la promenade commerciale branchée de la ville, les étages des habitations sont en grande partie délaissés et les tenanciers de bars s’en donnent à cœur joie, se disputant la terrasse avec la plus belle vue sur le Bosphore.

Mais ne pensez pas que tout se résume à cette grande avenue. Au contraire elle n’est que le principal canal dans lequel affluent de nombreuses ruelles, chacune ayant son caractère. Lorsque vous péDSC_0252nétrez dans cet entremêlas en soirée, il faut accepter de se mêler à une foule grouillante et de se faire héler tous les cinq mètres par un rabatteur qui tentera de vous ferrer en vous jetant à la figure des “Terras, terras”. Et pour trouver la meilleure de ces terrasses, il n’y a qu’une solution, les essayer toutes, alors autant vous dire qu’on ne l’a pas dénichée, ce qui n’empêche aucunement d’apprécier une Efes (bière locale) en hauteur.

Puisqu’on y vient, parlons de tout ce qui s’ingère. Istanbul est un supplice et en même temps un délice des sens. Au hasard de nos pérégrinations, quelque soit le quartier, ils sont en permanence sollicités. Voici un petit aperçu du parcours des sens qui fut le notre pendant une semaine.

Plaisir des yeux Le regard happé par les vitrines dorées et vert-pistache des confiseurs, par les monticules ocres et safran des marchands d’épices, par les vitrines multicolores des vendeurs de bonbons. Des boutiques de choses délicieuses qui se mangent partout partout partout ! Les sourires enjôleurs des boutiquiers qui cherche l’attention du touriste comme du local, pour avoir au moins le plaisir d’échanger un bon mot.

Plaisir du nez Le nez alléché par les odeurs de marrons chauds le café torréfié et les fumets épicés des viandes grillées, une institution qui vous fera oublier le kebap uniforme connu en Europe, pour une variété inimaginable de sandwichs.

L’oreille captée par les cloches des marchands de glace et le chant saisissant des minarets raisonnant dans toute la ville aux heures de la prière.

Sentir dans sa bouche les kumpir disloquées de garnitures, les gaufres gavées de crèmes onctueuses, les loukoums fondants, le croustillant goût de miel des baklavas aux formes multiples.Plaisir de la bouche

Enfin, se laisser glisser dans la torpeur des hammams, aspirer longuement les bouffées de fumée des narguilés devant un thé raffiné. Rassurez-vous, tout cela a été testé par nos soins et c’est du solide (y a qu’à voir les muscles en déconfiture), les réputations ne sont pas surfaites !

 

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Mais la tentation n’est pas que gustative. Istanbul est ville particulièrement dynamique, en pleine renaissance et son titre de caDSC01418pitale européenne de la culture 2010 se retrouve dans son programme des spectacles ultra fourni. En guise de spectacles, nous ne nous sommes pas privés. Dès le deuxième soir, rendez-vous dans l’une des salles branchées de la ville, le Babylon. C’est ici que se presse la jeunesse stambouliote pour assister aux concerts de la scène électro européenne. Ce soir elle est représentée par le frenchy Wax Tailor, alors comme on a raté le concert en France, on fait la séance de rattrapage. Evidemment, ce n’est pas très dépaysant, mais pour ça, il y a les bazars de Sutanhamet (le quartier historique), patience.

Quelques jour plus tard, on donne dans le sportif, direction le stade de Fenerbahce, un deDSC01642s trois plus importants clubs de foot locaux. Et on a choisi, le bon club, le bon soir : victoire 3-0 face à une équipe au nom imprononçable et pour lequel on ne fera aucun effort. Nous ne chanterons que les “Fenerbahce, Fenerbahce” pour soutenir les jaune et bleu. Les fervents supporters s’amusent de nous voir les accompagner et nous nous prenons eu jeu avec plaisir.

Pour conclure notre semaine de spectacles, nous nous tournons vers une soirée plus ésotérique. Nous assistons aux danses traditionnelles des derviches tourneurs du Galata Mevlevihanesi. Mais attention, pas d’applaudissement, car il ne s’agit absolument pas d’un spectacle. DSC_1068 C’est une cérémonie religieuse à laquelle les touristes peuvent se joindre moyennant menue monnaie – en fait, c’est spécialement pour les touristes mais le silence est de rigueur pour entretenir le mysticisme qui entoure tout cela. Prestation assez stupéfiante et hypnotique durant laquelle les adorateurs de Mevlana, fondateur de cette confrérie musulmane, effectuent des rotations sans fins, tels des toupies, tout en gardant un sérieux déconcertant. Pour nous remettre de ces émotions, nous irons nous jeter dans une des nombreuses gargotes qui pullulent à proximité. Ce soir-là nous, dénichons enfin la perle rare, grâce aux tuyaux du Lonely, la terrasse du 360°, qui offre une vue panoramique de premier ordre. Mais, évidemment, une andouille avait trouvé le moyen de sortir en short et on s’est fait refoulé, merci ! On vous laisse deviner qui.

Enfin évidemment, toutes ces tentations accompagnés de sourires à faire fondre un porte-monnaie auvergnat. Alors comme on est du genre à céder à toutes les tentations, le notre a fait une sacrée cure de minceur, à l’inverse de nos ventres qui n’attendent qu’une chose : c’est quand qu’on pédale ?

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