Où sommes-nous

C’était la guerre des tranchées*

“Alors, c’était comment ?” Ca vous est tous arrivé d’entendre la question lorsque vous en reveniez. Au camping miteux l’été dernier, au fast-food minable de l’aire d’autoroute, au refuge-bivouac de la dernière rando, dans les vespasiennes du plateau de la Croix-Rousse. Ici, en Chine, le compte-rendu circonstancié s’impose, trois fois par jour, quel que soit l’endroit, lorsque vous êtes allé faire un tour au petit coin, aux cabinets, au WC, aux gogues, aux chiottes, aux toilettes quoi !

WC publicsToilette, c’est qu’ils en mériteraient une monumentale de toilette ! Le pauvre Hercule n’y pourrait pas grand chose. C’est que tout voyage à travers cet univers fabuleux qu’est la Chine se double d’une expérience sensitive inoubliable pouvant laisser à celui qui la vit l’impression Toilettes publiques, vus de dehorsd’en rapporter des histoires d’ancien combattant. Surtout si vous y êtes arrivés à pied… Il y a sans doute un peu de vrai là dedans et seuls ceux qui l’ont partagée saisiront toute l’intensité, voire la “profondeur” d’un simple aller-retour aux commodités. Alors, armez-vous d’un pince nez, jetons-nous y avec prudence.

Les toilettes chinoises ... Une demi-douzaine de box s’alignent, séparés par de petites cloisons à hauteur du bassin. Point de porte, ou bien très rarement. D’un rapide coup d’œil circulaire, prenez la mesure des choses. Constatez l’étendue des dégâts. Eventuellement, adressez un signe de la tête aux quelques occupants occupés qui vous regardent, dubitatifs. Puis faites votre choix dans la précipitation, l’odeur nauséabonde n’engage pas à une pesante réflexion. Approchez-Toilettes publiques, vus de dedansvous de l’orifice en serpentant entre les immondices qui en jonchent le pourtour. Puis, dégrafez vous atours cette fois sans retenue, la pudeur n’est pas de mise, voyons ! Chacun s’observe de façon débonnaire. Il est temps d’oser l’accroupissement en maintenant un équilibre subtil quant à la hauteur de votre postérieur, afin de ne pas trop vous approcher des reliefs incertains qui vous encerclent, mais également de ne pas y laisser votre part. Pour la suite, on vous laisse faire, on ne va pas non plus vous tenir la main !

Dans la position précaire qui est la votre, tentez d’extraire de votre poche le mince rouleau de papier qui s’y calfeutre. Il se planque car lui non plus n’a rien fait pour mériter ça. Fouillez un peu mieux, vous ne l’avez pas oublié quand même ? Sinon, point de rémission. Sur la route vers le Lac LuguOuf, sauvé ! Maintenez votre position exténuante, il s’agit de ne pas craquer maintenant ; la vue plongeante qui vous est offerte devrait vous suffire à motiver. L’effort tétanise vos cuisses, reprenez votre respiration, houlala … par la bouche, pas par le nez malheureux. Terminez votre affaire du mieux possible puis fuyez à larges enjambées sans oublier de vous reboutonner et sans passer par la case lavabos qui sont déjà obstrués de mégots, de papiers souillés et d’eau crasseuse. La neige au dehors fera bien l’affaire. Quittez au plus vite cet enfer puis inspirez une grande bouffée d’air “pur” (ça reste la Chine tout de même), reprenez vos esprits, tout va bien, vous voilà hors d’atteinte, sauvés, le danger s’éloigne. “Alors, c’était comment ?”

 

PS : Sur les photos, on vous a épargné, un peu de décence dans ce monde de brutes.

* “C’était la guerre des tranchées” : Titre emprunté à Jacques Tardi, une BD à lire absolument.

1 commentaire pour « C’était la guerre des tranchées* »