Où sommes-nous

Photos-souvenir farsis par-là

Y en a qui réclamaient de voir nos trombines sur les photos du voyage. Alors come l’Iran c’est bô, ben c’est gagné, ils vont être farcis !alboumphotos alboumphotos1 alboumphotos2alboumphotos3alboumphotos4alboumphotos5

Ca ira comme ça ? Ils nous ont vu maintenant ? Parce qu’on est bien mignon mais là ça suffa comme-ci ! Pour nous re-voir en peinture, z’attendrez qu’on soit de retour, na !

Welcome to Iran

Comme le disent les Roulmaloute, reprenant Léo Ferré parlant de la mort, Iran, “le mot seul jette un froid aussitôt qu’il est dit !”. Dictature théocratique extrémiste gouvernée par des mollahs fanatiques et où règles et interdits sont nombreux, bafouant souvent le respect de la personne en particulier de la femme (le port du voile obligatoire, les bras et jambes couvertes, vélo réservé aux hommes, alcool et jeux d’argent prohibés, impossibilité pour les jeunes de faire la fête en public, discothèques inexistantes, conversion d’un musulman à une autre religion passible de la peine de mort … la liste est encore longue). Pourtant, tous les voyageurs que nous avons croisés et qui ont visité ce pays avant nous sont unanimes : “Il faut aller en Iran, vous y serez accueillis comme nul part ailleurs”.

Sur la route vers le caravansérail Rubat SharafSur la route vers le caravansérail Rubat Sharaf

C‘est avec beaucoup de curiosité que nous avons rencontré ce peuple iranien très souvent éloigné de son gouvernement et des préjugés qui ont cours à l’extérieur du pays. Voici un florilège des moments les plus délicieux qui nous ont été donnés à vivre dans ce pays au raffinement particulier.

Art de vivre à l’iranienne.

1er mai. Premiers tours de roue dans l’est du pays

Caravansérail Rubat SharafLe premier soir passé en Iran, nous nous écartons de la route pour rejoindre le caravansérail Rubat-Sharaf. Nous sommes seuls pour  visiter cet ancien lieu symbolique de l’accueil des voyageurs. L’atmosphère est propice à remonter au temps des caravanes de la routes de la soie. C,aravansérai Rubat Sharaf, on est seul, on laisse tomber les artificesAlors nous plantons la tente aux abords de l’édifice pour profiter nous aussi de l’accueil persan. Le lendemain, alors que nous nous faisons rincer à la recherche d’un endroit pour nous abriter, nous sommes interpellés par des jeunes adultes du villages qui nous emmènent chez eux pour nous offrir le couvert et le gîte pour la nuit. Nous voilà au milieu d’une famille iranienne, débordant de bonne humeur et de générosité.

La famille au complet

Le jour suivant, notre arrivée à Mashhad se fait en fanfare : tout d’abord un gars en scooter vient à notre niveau puis s’excuse pour nous tendre un paquet. Pas le temps de lui dire merci que le voilà parti dans l’autre sens, il vient de nous offrir des friandises et des boissons fraîches au moment où l’envie s’en faisait sentir, le pied ! Puis la fête continue lorsque nous croisons un groupe de cyclistes locaux, photos, accolades, invitations répétées. Merci pour le sandwich, on reviendraVient le moment de s’acquitter de notre repas pris dans un fastfood du coin, mais ce ne sera pas possible, nous bénéficions encore du statut d’invités. DSC_0055Vient la rencontre avec Ali qui nous offre des sodas, nous paie l’internet puis nous emmène chez son ami glacier, bien vu Ali, on dirait qu’il nous a cernés. Avant de se quitter il nous accompagne dans la ville à la recherche de nos hôtes Saeed et Tayebbe, Nos premières Bastaniesce même Saeed qui n’hésitera pas à prendre un jour de congé pour nous faire visiter sa ville, nous faire goûter à nos premières bastani saffron (glaces au safran), nous présenter à la famille au grand complet puis se lever quatre heures avant le boulot pour nous suivre jusqu’à la gare, au cas où … il a bien fait car une crevaison aurait pu nous coûter le départ du train.

 

8 mai. Escapade au centre du pays

Shiraz, Bagh-e Naranjestan fondé au 19ème, salle de réception puis résidence du gouverneur sous les QadjarsUn soir à Shiraz, nous suivons les cohortes d’Iraniens venus réciter quelques vers d’Hafez ou Saadi dans les jardins fleuris qui commémorent les grands poètes Iraniens. Puis nous faisons un bond en arrière de 2500 ans en traversant les ruines de Persépolis, la magistrale capitale perse de Darius le Grand.

DSC_0266Persépolis édifiée sous le règne de Darius 1er le Grand vers 518 av. JC, vestiges de l'Empire achéménide (550-330 av. JC)DSC_0255

DSC_0514Puis à Yazd, nous nous suivons la piste des tours du vent, larges édifices venus apporter un peu d’air frais dans les vastes demeures en torchis de la plus vieille cité du monde, un système de climatisation ingénieux  et écologique indispensable dans cette ville du désert ou la chaleur du midi vous étouffe. Les lumières du soir se goûtent sur la place Chakhmaq.

 Yazd, ensemble Amir Chakhmaq, façade à trois étages

DSC_0788Lors d’une journée dans la “moitié du monde” à Esfahan (Ispahan), nous nous perdons dans les allées interminables du Bazar-e Bozorg, puis nous pénétrons sur la majestueuse place de l’Imam avant de nous imprégner de la fraîcheur d’une mosquée (mosquée Jameh, de Sheik Lotfollah ou de l’Imam) et parcourir les jardins des madrasas ornées de mosaïques pluri-centenaires. Avant le crépuscule, nous nous dirigeons vers le marchand de glaces traditionnelles pour déguster une bastani saffron et admirer le coucher de soleil qui illumine la place.

Esfahan, mosquée Jameh aux styles qui se sont succédés du 11ème au 18ème siècle

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Esfahan, dôme de la mosquée Sheikh Lotfollah, édifiée début 17ème s sous Shah Abbas 1erEsfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam vue du palais d'Ali Qapu

Esfahan, place de l'Imam

Quittant Abyaneh, nous nous retrouvons en milieu de journée à faire la fête dans un mini-bus d’étudiants transformé en disco-mobile, l’autoradio hurle une techno orientale qui entraîne les jeunes gens à danser d’un bout à l’autre du trajet.

DSC05095Voilà comment cette jeunesse débordante d’énergie trouve des moyens et des lieux pour s’amuser. En fin d’après-midi, à Kashan, nous entrons dans le Bagh-e-Fin, de magnifiques jardins arrosés de fontaines. C’est le lieu de la promenade dominicale (ici, le vendredi) et l’endroit est bondé, mais l’atmosphère est douce et les iraniens se ruent sur les délices glacés que vous connaissez, alors pourquoi ne pas en faire autant.

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesUn groupe de collégiennes nous aperçoit et c’est l’agitation générale, nous croulons sous les questions formulées dans un anglais digne de Cambridge. Nous sommes assaillis par les photographes en herbe armées de portables dernier cri (même si l’embargo retarde un peu les avancées high-tech).

Kashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantesKashan, Bagh-e Tarikhi-ye Fin, avec des étudiantes (très favorables au voile)

Si on regarde du bon point de vue, ce voile n’est pas si visible … presque caché, non ?

Kashan, kalian, thé et petits gâteaux ... ça ira ?Le soir venant, nous prenons place dans une maison de thé pour fumer un Qalyan (narguilé) en sirotant un choy, et déguster son cortège de petits gâteaux, nous prenons notre pied à vivre à l’iranienne, à l’aise dans nos costumes d’épicuriens.

De retour à Téhéran, nous retrouvons nos vélos garés dans notre petit hôtel. Le proprio est derrière son comptoir en train d’étudier le français. Dans un mois il doit aller sur Paris et passer un entretien afin de pouvoir émigrer au Québec. Téhéran, sur le toit de notre hôtel Mashhad, avec Jérome et Noémie, deux cyclistes français, à déguster la bère interditeC’est le cas de nombreux jeunes Iraniens qui cherchent à quitter leur pays pour les Etats-Unis ou le Canada. Lui nous demande quelques ficelles et nous poursuivons la soirée sur le toit de l’hôtel,  une “bonne” bière à la main. Bonne dans le fait d’enfreindre l’une de leurs nombreuses lois pourries, car son goût insipide et son prix exorbitant auraient détourné bien des assoiffés.

 

18 mai. Traversée des montagnes, entre Caspienne et Kurdistan.

Prés de Rasht, dur dur pour planter la tente...

Nous quittons Téhéran pour retrouver la mer Caspienne. Voilà deux jours que nous longeons la côte qui borde une immense zone marécageuse transformée en rizières, un petit retour en Asie du sud–est auquel nous ne nous attendions pas et qui complique nettement le plantage de tente. Un matin, nous avons à peine parcouru une trentaine de bornes qu’un gars nous fonce dessus en mobylette à toute allure pour nous éviter au dernier moment. Une bonne gueulante pour tenter de nous soulager de cette frayeur mais sans succès. C’est alors qu’une voiture s’arrête devant nous, le conducteur venant s’excuser pour le comportement inadmissible de son compatriote dont il a été témoin. Voilà Yaser. Il sait que nous sommes dans les parages, car des connaissances à lui nous ayant vu pédaler sur la route l’ont prévenu de notre existence. DSC05212Yaser est donc à notre recherche depuis la veille au soir, il a parcouru plus de 100 km pour nous retrouver. Il nous propose de venir prendre le petit déjeuner chez lui. Il n’a pas besoin de beaucoup insister pour que nous acceptions. Arrivés chez lui, un couple de polonais est déjà présent, et nous comprenons rapidement que nous sommes tombés dans une auberge espagnole. Il n’en faut pas plus pour stopper nette notre progression. Tacitement, nous prenons rapidement la décision de rester une nuit, puis une deuxième, le temps de faire le tour de sa famille, de participer aux cours d’anglais de Yaser.

Repas chez Yaser

Sur la route entre Astara et Ardabil, le vendredi, les bas côtés de la route sont envahis pour pic-niquerEtant enfin montés sur nos bicyclettes, échappant de justesse à la tentation de confire dans le confort de sa maison, nous attaquons une longue ascension en direction d’Ardabil. Mais le jour est vraiment mal choisi, nous sommes vendredi, jour de repos pour les iraniens. Les espaces verts longeant les routes sont envahis par les nombreuses familles en goguette pour un déjeuner sur l’herbe. La route est du même coup encombrés de bagnoles. DSC_0369Mais, mais … nous nous trouvons propulsés tels de vraies stars du peloton, encouragés (voire exaspérés) par les klaxons, photographiés sous toutes les coutures, harcelés par les invitations, réconfortés par les friandises tendues à travers les fenêtres ouvertes des véhicules. Au sommet, un routier nus attends pour nous offrir de l’eau fraîche et se propose de nous escorter pour la traversée du tunnel, tous feux allumer pour éclairer la route. Sympa, mais on vous raconte pas les décibels ! Oui, on fait les difficiles.

Lors des pauses casse-croute, nous trouvons toujours un petit troquet sympathique où se rassasier d’un P1020035dizi, spécialité du pays consistant à déguster le jus de la viande cuisinée absorbé entièrement par du pain trempé dedans, puis la viande et sa garniture de pois-chiche-patates, écrasés au pilon. Nous réitérons les réponses désormais rituelles : “Français, depuis l’Indonésie, à vélo, enfin pas toujours. Mariés ? vouivoui. Chrétiens ? Ben non. musulmans, juifs, bouddhistes ? Non, plus. Ben quoi alors ? Ben rien”. Pas toujours évident à comprendre, mais pas l’ombre d’un reproche, ici c’est l’Iran, on est à l’aise, chacun ses opinions tant que ça reste entre nous. “Bon les gars (c’est sûr qu’on n’y croise pas des donzelles dans les bistroquets), c’est pas tout ça, mais comme on vous l’a dit, on n’est pas d’ici, et puis le camping on préfère faire ça hors de la ville”. Ben tiens, en voilà une drôle d’idée, parlons-en.

Dix kilomètres plus loin nous nous esquivons dans la cambrousse, un coin d’herbe au poil devant un paysage d’enfer. On est peinard. Vite dit ! Deux gars en mob rappliquent et nous indiquent sans équivoque que dormir ici, ce n’est pas possible. Tchador, no ! (Précision, tchador désigne aussi bien la tente de camping que le voile noir horrible couvrant les femmes et sensé nous préserver de pensées impures, nous les hommes pas foutus de nous tenir à carreau – nous, on a choisi le tchador version Quechua, c’est bien plus classe). Route vers Meshgin ShahrDonc pas question de planter la tente ici. Pourquoi, pourquoi ? Cela reste un mystère, et le pouce passé sur la gorge laisse libre cours à l’imagination. Mais que nenni, ils sont coriaces les p’tits Frenchies, ils ont trouvé un super spot de camping et ils veulent y rester. Il ne va quand même pas nous égorger celui-là ! Alors nous insistons, puis nous jouons notre joker, l’appel à un ami, un jeune iranien francophone rencontré dans le bled précédent. Nous comptons sur lui pour nous aider à traduire la conversation. Mais voilà qu’il s’en mêle en nous suppliant de revenir à la ville pour dormir chez lui plutôt que dans la campagne ou le danger rôde. Ben voyons, c’est connu, les loubards adorent se promener dans la campagne pendant la nuit ! Mais rien à faire, voilà notre ami qui rapplique en taxi. Meshgin Shahr, ancienne forteresse, avec Soheyl et son amiC’est un complot ou quoi ? Nouvelle proposition : venir camper dans le parc public, sous la surveillance des policiers, nous seront en sécurité. Quelle charmante idée ! Merci bien, mais les parcs publics on a testé, ça sent mauvais, c’est bruyant et pour se faire un brin de toilette, c’est pas vraiment le coin tranquille. Alors on reste là et puis c’est tout. On risque quoi ? A la sortie de Meshgin Shahe dans des prairies TRES dangereuses ... on a le gout du risque, nous !De se faire réveiller par une brebis égarée ? Après une demi-heure de palabres, nous parvenons à gagner notre ticket pour la nuit en échange de la promesse d’un coup de fil rassurant le lendemain. Tout le monde plie bagage, et nous pouvons enfin nous consacrer à notre bivouac de rêve. Jusqu’au lendemain, nous avons eu beau chercher, nous n’avons pas trouvé les dangereux malfaiteurs qui devaient nous faire la peau. Ah l’hospitalité je vous jure ma p’tite dame, y a des jours où on se la mettrait bien dans la poche.

Que penser du gugusse qui nous a réveillé en pleine nuit, m’obligeant à me retrouver en tenue d’Adam devant son fusil de chasse dans une main et une assiette de pastèque juteuse dans l’autre. Que son sourire et ses excuses répétées ont vite rabattu mon clapet de râleur !

DSC_0570-1Loshan, sur la route entre Qazvin et Rasht

Incroyable, cet Iran est un pays hors du commun, bourré de contradictions mais dont le peuple, en premier lieu, en fait peut-être le pays le plus extraordinaire pour un touriste, quel qu’il soit. Nous étions impatients de goûter à l’hospitalité perse et ce fut une expérience au-delà de ce que nous pouvions imaginer, dépassant parfois ce que nous pouvions accepter, notre besoin d’intimité finissant par reprendre le dessus. Ce fut une énorme bouffée de générosité ; lors de ces rencontres, chacun d’entre eux se fit un devoir de se plier en quatre pour nous accueillir … en “bon iranien”.

Au coeur du chiisme

4 mai. Iran. La nuit va bientôt tomber. Nous sommes en Iran depuis quatre jours, quatre jours dans un paysage de plaines arides. Nous venons d’arriver dans le saint des saints, le principal lieu de pèlerinage du chiisme, l’une des deux branches de l’Islam. C’est dans un petit village que l’Imam Reza, un des personnages majeurs de ce courant religieux, fut assassiné pour devenir martyr et faire du même coup de ce petit village une énorme ville organisée autour du sanctuaire renfermant le tombeau de l’imam révéré : Mashhad.

Mausolée de l'Imam Reza avec Tayyebe et Saeed, tchador obligatoireNous nous engouffrons dans l’immense parking sous-terrain du mausolée. Ce qui se passe au dessus de nos têtes reste encore mystérieux. Avant de mettre le pied sur l’escalator qui nous mènera dans ce lieu de pèlerinage, nous revêtons les tenues exigées : Etienne se contente de cacher ses jambes, pour ma part, me voici “déguisée” en fantôme noir parmi tant d’autres. Nous passons à la fouille (pas d’appareil photo, pas d’explosif, pas de terroriste), puis nous débouchons sur une large place entourée par une succession d’arches décorées de mosaïques en céramique et de miroirs ; au-dessus, un imposant dôme brille de mille feux dorés.

Dôme surmontant le mausoléeAujourd’hui c’est la fête commémorative de Fatima, la sœur du Prophète. Les fidèles arrivent des quatre horizons de l’islam, le lieu revêt une importance particulière pour les Chiites (adorateurs de l’Imam Ali, gendre du Prophète) sans être délaissés par les Sunnites (qui révèrent Abou-Bakr, cousin du Prophète). Nous nous mêlons à la masse, guidés par Saeed et sa femme Tayeb. Des groupes de prières se sont formés, et l’appel du muezzin raisonne du haut des minarets qui nous entourent. Nous pouvons palper la ferveur qui s’exprime en chaque endroit du site.

Cours Azadi, entrée du sanctuaireLe flot des pèlerins se dirige vers le sanctuaire au centre du mausolée, nous aspirant dans un dédale de salles et de cours. Les salles sont immenses, chaque parcelle est décorée, des mosaïques, des marqueteries, et des milliards de miroirs étincellent. A l’extérieur, toutes les décorations sont finement sculptées puis recouvertes d’or. Devant la magistrale porte ouvrant l’accès au tombeau de l’Imam Reza, nous devons nous scinder, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, pas de mélange au moment d’approcher du tombeau.

Dans le saint des saints, ça s'agite, au fond le tombeauPuis nous pénétrons dans l’édifice principal. Tout est disproportionné, les fidèles trop nombreux tentent difficilement de progresser vers le tombeau. C’est un peu la bousculade, et tout le monde est logé à la même enseigne : les enfants et les vieilles femmes se font bousculer par le flot trop dense. Nous approchons du cœur du mausolée, le tombeau de l’Imam magnifiquement décoré, à l’instar de la salle qui l’entoure. C’est la cohue, chacun tente à tout prix de toucher ou de baiser la grille qui protège le tombeau, ne serait-ce qu’en l’effleurant de sa main, ou par l’intermédiaire de son enfant porté à bout de bras ; à se demander si l’on va en ressortir indemne. Je suis moi-même saisie par l’émotion qui submerge les femmes qui m’entourent. De nombreux fidèles gémissent, les larmes roulent sur les visages, les mains jointes viennent embrasser les visages.

Tayyebe et SaeedChacun à sa raison pour venir se prosterner sur le lieu où l’imam disparut plus de mille ans auparavant. Demander le pardon pour des fautes commises, demander la bénédiction, la chance pour une union ou une naissance, accomplir son chemin de croyant ou peut-être participer aux pleurs de cette foule en quasi-folle. Qu’on soit musulman ou non, difficile de ne pas être bouleversé tant par la beauté des lieux, que par la ferveur quasi délirante des fidèles. Nous restons abasourdis par la grandeur qui s’exhale d’un monument pareil, incrédules devant ce que l’homme, animé par la foi, est capable de bâtir.

On voit tous les tapis et c'est beau, isn't it ?Dehors, la nuit est tombée, et les spots d’éclairage rendent le lieu encore plus féérique. La cours qui s’ouvre devant nous est magnifique, entièrement recouverte de tapis sur lesquels les hommes d’un coté et les femmes de l’autre s’installent pour la prière du soir. En peu de temps la place est comble. A l'heure de la prièreAu rythme de la prière qui retentit, 3000 à 4000 personnes s’inclinent et s’agenouillent sous nos yeux. Nous restons là, tentant de nous imprégner de cette ambiance si particulière et éloignée de notre quotidien. A travers nos esprits non-croyants, nous ne mesurons certainement qu’une mince part de ces moments, mais il n’en resteront pas moins fort en émotion.

Nous ne pouvons retenir une interrogation : comment peut-on croire que bâtir de tels chefs d’œuvres ouvre les portes d’un paradis ou d’une vie meilleure après la mort, tandis que les sacrifices consentis pour la religion se font au détriment de nombreux besoins élémentaires ? Il reste certain que les dieux auront au moins poussé l’homme à édifier, siècles après siècles, des joyaux dont la beauté dépasse l’imagination. Et ceci, nous en profitons avec ravissement !Inspiration divine ?

Bazar d’Asie Centrale

On solde, on brade, on liquide :

  • Les routes déglinguées du Turkménistan dans un pays riche en hydrocarbures et qui devrait être des plus prospères ; mais toute la manne est dilapidée par des dirigeants aussi cupides que narcissiques !
  • Les panneaux annonçant des pourcentages fantaisistes dans les cotes du Kirghizstan, du 8% ou 12% au choix, ils n’ont rien d’autre en rayon !
  • Les alcooliques lourdingues qui vous stoppent pour vous dire … rien et qui tiennent absolument à vous raconter … rien pour le plaisir de … ben le plaisir quoi ;
  • Les hôtels crasseux dignes de l’ex-URSS à 20 dollars la nuit ; on a testé le “pire hôtel d’Asie Centrale” quand même et c’est vraiment pire !
  • Les trombines de Turkmenmachin et Berdibidule placardées en énorme et de partout, dans toutes les situations pour leur gloire éternelle ; c’est fou de célébrer à ce point des énergumènes qui contribuent pourtant au malheur de l’humanité de façon assez prononcée, mais on ne peu pas dire que le peuple les porte dans son cœur, bien fait ! Hum …
  • Les bouteilles en verre éclatées constellant le bord des routes, qui ne contenait pas de la limonade on vous garantie (voir plus haut) ;
  • Payer la note salée après deux jours de repos chez l’habitant alors que l’on pensait être hébergé gracieusement ;
  • Se battre contre le vent de face s’additionnant à une montée interminable au col d’Erkech-Tam ou au brûlant soleil du Karakum turkmène ;
  • Des gouvernements pourris, autoritaires, des dictatures en gros ; même si en tant que touristes, nous avons plutôt été épargnés par leurs méfaits.

Achetez, achetez, plaisir des yeux, ça c’est de la qualité, on en redemande :

  • Retrouver le goût du fromage, du beurre, de la crème et du yaourt bien bons, bien forts, qu’on y sent la vache du pré d’à côté ;
  • Croiser les cavaliers kirghizes tout au long de la route, ce n’est pas une image d’Epinal, ici le cheval est un mode de vie, le nomadisme existe encore … un peu … pour combien de temps ?
  • Les yeux écarquillés des commerçants du bazar de Turkmenabat, les questions qui fusent, l’attroupement qui nous suit au fur et à mesure de nos achats, puis les mains tendus, les sourires, les hello criés depuis les fenêtres des voitures qui nous dépassent … encore, encore, on veut encore ;
  • Bénéficier d’un cours particulier pour apprendre à cuisiner le Plov, le plat national de l’Asie Centrale, un riz safrané cuit dans la graisse de mouton avec du raisin, des carottes et des petits oignons émincés, hmmmm, c’est trop bon !
  • Observer la tendre complicité entre un grand-père et ses petites-filles puis relire avec lui ses cartes de routier ayant parcouru l’ex-URSS ;
  • Trouver par miracle une roulotte ou un abri camion qui vous attend sur le bord de la route pour vous sauver du mauvais temps ;
  • Assister au lever de soleil sur la place du Registan à Samarkand, enveloppé par les hauts portiques des médersas qui vous entourent ; avancer lentement dans l’allée des mausolée se Shahi-Zinde pour respirer un avant-goût d’éternité ;
  • Se délecter des confitures maison du Kirghizstan, à la cerise, à la framboise, pour la mise en bouche ou le goûter, juste sur une tranche de pain chaud beurré, hmmm ça aussi c’est trop bon, surtout lorsqu’on vient de quitter la Chine !
  • Se faire raccompagner par de joyeux alcooliques d’un stade municipal kirghize, ou plutôt leur tenir le bras pour éviter qu’il ne s’effondrent et les écouter palabrer en digérant doucement le mémorable gueuleton qu’ils viennent de vous offrir ;
  • Rouler, rouler, rouler, porté par le vent dans le dos qui nous pousse à travers le désert turkmène ;
  • Savourer la fraîcheur d’une bière sur une terrasse ombragée de Boukhara après en avoir parcouru les ruelles hors du temps ;
  • Assister à la rouste mémorable prise par son beau-père aux échecs, en l’y aidant … un peu ;
  • Humer le retour du printemps dans les rue d’Osh embaumées par les odeurs de chachliks ;
  • Transpirer dans le banya de Gülchö et se décrasser après deux semaines de vélo dans le froid et la boue ;
  • En prendre plein les mirettes sur les routes enneigées du Kirghizstan aux paysages multi-colores ;
  • Profiter du formidable accueil kirghize, ouzbèke et turkmène et de la gentillesse des habitants.

Asie Centrale

Quand t’es dans le désert

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Vive le vent

27 avril. Turkménistan. Après de longues journées passées à Tachkent (capitale d’Ouzbékistan) et de nombreuses visites au ambassades, nous sommes enfin en possession du précieux sésame qui nous autorise à nous présenter à la frontière turkmène. Nous possédons un visa de transit, cinq jours pas un de plus pour traverser le pays et entrer en Iran. Le Turkménistan est, paraît-il, le second pays le plus fermé au monde (après la Corée du nord), alors nous sommes très curieux de voir ce qui se passe dans cette zone du monde presque affranchie du tourisme.

Depuis la chute du communisme (même un peu plus) et jusqu’à 2006, le pays a été dirigé par l’égo-mégalo-autocrate Saparmurat Nyazov, qui a imposé sous sa domination un culte de la personnalité délirant et d’un narcissisme qui serait risible s’il n’était au détriment de son peuple. Après sa disparition, peu regrettée par la population, il a été remplacé par son bras droit et fils supposé qui s’est rapidement senti à l’aise dans le costume du père. Alors que revoilà le président, avec un beau stylo et du papier blanc, trop fort !Dès la frontière nous faisons connaissance avec lui, sa trombine est affiché de partout, dans toutes les tailles et toutes les situations, en particulier en statue grecque, stylo à la main, arborant cravate verte s’accordant avec la couleur fétiche du drapeau national. Ce n’est qu’un début.

En passant, une devinette : quel est le nom de ville qui apparait le plus souvent sur une carte du Turkménistan ? Si, si la question mérite vraiment d’être posée et la réponse se trouve un peu plus loin.

Bazar Zelyony à Turmenabat, gros succèsNotre rencontre avec la population turkmène est toute autre. A Turkmenabat, seconde ville du pays, les habitants nous accueillent avec de grands sourires emplis de curiosité. A la station-service, le pompiste nous offre l’essence pour le réchaud – il faut dire que le pays est l’un des plus riches au monde en hydrocarbures (3ème en gaz et 4ème en pétrole) et que l’essence y a un prix dérisoire – à l’entrée de la ville, une commerçante nous rattrape pour nous offrir une bouteille de yaourt puis au bazar nous sommes assaillis par les marchands et les badauds. Marchand de noixEn quelques minutes, c’est l’attroupement, une fois de plus les vélos sont la meilleure des mains tendues et on veut tout savoir de nous. Quelques mots pour se comprendre, oui nous arrivons d’Indonésie, un long voyage, un an, nous allons en France, destination difficile à situer pour certains mais toujours appréciée. L’appareil photo est lui aussi un formidable moyen de communiquer, chacun se prête volontiers au jeu des portraits. Unanimité de sourires, pouces tendus, Marchandes d'épices et de graines mots échangés sous cape en nous regardant, nous sommes l’objet d’une montagne de gentillesse, un déferlement de sympathie inattendu qui nous retient alors que le désert nous attend aux portes de la ville. Les sacoches remplies de quelques victuailles offertes, nous quittons le bazar en célébrités locales et débordant de joie, encouragés par les klaxons (amicaux cette fois, hein Boubou !) des automobilistes qui nous dépassent. Expérience rapide mais puissante, l’étranger est ici si rare qu’il est accueilli à bras ouverts. En voilà encore des leçons de vie.

Record explosé !A deux heures de l’après-midi, nous quittons donc Turkmenabat, à l’assaut du Karakum, vaste désert couvrant la majeure partie du Turkménistan. Dans cinq jours, nous devons avoir quitté le pays après avoir franchi quelques 500 km et tenté de faire un peu de tourisme. Alors il faut rouler et avaler les kilomètres de plat, de bitume, entourés de sable à perte de vue. Heureusement le ciel est avec nous, un large voile de brume couvre le soleil et la température est douce ; de plus, un sérieux vent de nord-est nous pousse vers notre objectif à vive allure si bien que nous avalons les kilomètres et les dunes plus rapidement que prévu. A peine le temps de s’arrêter pour serrer la pince aux dromadaires du coin. En fin de journée, le compteur lui même n’en revient pas : 159 km affichés. Record explosé et qui sera difficile à renouveler.

Et c'est pas des histoiresMais oùkiva ?

Forteresse de 2500 ans, Blabla-QalaLe lendemain, après une nouvelle journée avec gros kilométrage, nous posons notre tente au milieu du site historique de Merv – ancien carrefour majeur des routes commerciales – entre des remparts vieux de 2500 ans. Personne aux alentours, un petit coin d’herbe fraîche, le coucher de soleil, pur instant de bonheur.

On n'est-y pas beau ?DSC_0296

Encore un peu de propagade, ça faisait longtemps29 avril. Mary. Nous entrons dans une des principales villes du pays. Ici, nous pouvons admirer l’œuvre de Nyazov autoproclamé Turkmenbachy, le guide des Turkmènes : pas de publicités mais des affiches gigantesques placardées dans les rues montrant le leader du pays en bienfaiteur de l’Humanité. Quelques bâtiments officiels sont aussi bien visibles : Pas peu fier de lui l'imbécile (Nyazov)d’énormes constructions en marbre blanc, du clinquant, du mégalo, de l’exorbitant (du Bouygues aussi, vive la France) qui devrait ravir la population. Ici c’est comme cela qu’on investit pour le futur du pays, l’éducation, la santé, l’emploi, c’est de la politique de bas-étage. Mary, tout en marbre en blancQuand on pense que ce pays devrait être prospère grâce aux énormes ressources pétrolifères dont il dispose, on a envie d’étrangler ces hommes sans vergogne qui volent les peuples plutôt que de les gouverner. Sans parler de l’état des routes ! Le principal axe de communication du pays est une route goudronnée mais dans un état lamentable. Et quand on est cycliste, on trouve ça révoltant. C’est important l’état des routes, non ?

 Regardez-moi, je suis le président Berdimuhamedow, je sais tout faireCa c'est le prédécesseur, Turkmenmachin, sur tous les timbres

MiragesNous poursuivons donc notre chevauchée héroïque à travers le Turkménistan en se faisant secouer par le macadam en forme de tôle ondulée, mais qu’importe puisque le vent nous porte toujours. Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin et, le lendemain, la punition tombe : nous devons avaler 100 km d’une asphalte défoncée, dans le désert, avec le vent de face. Dur … dur … dur. Il faut encaisser. Vents de sableOn se passe le baladeur, on chante, on souffle, on fait une pause … on recommence à pédaler, on a chaud, on crache le sable des bourrasques, on a chaud, on fait une pause … allez on fait une sieste, On se protège, on se protègeça c’est une idée, mais avec le vent et le sable on se retrouve enterré alors on dépoussière, on remonte sur les vélos, on a chaud, on se plaint, si si on se plaint faut bien s’occuper et on avance, on avance. Puis le soir approche avec la douceur, les belles lumières et les kilomètres alignés au compteur. Sur la route en direction de Sarahs (frontière avec l'Iran)Ca, c’est fait ! Nous voilà enfin à Sarahs, la frontière iranienne que nous passerons le lendemain. Quatre jours et près de 500 km. Fini la traversée du désert turkmène, pas mécontents, mais on est prêts à recommencer … dès que le vent soufflera … dans le bon sens !

 

Nyazov, c'est surtout le nom du président précédent, pas mégalo du toutRéponse de la devinette :

Parmi les noms de villes les plus fréquents, on trouve Turkmenbashi, Saparmurat, mais c’est Nyazov ou encore Saparmurat Nyazov qui remporte la palme. Rien que sur notre carte, partielle, on peut trouver ce nom 4 fois et c’est sans compter les petits villages qui n’y figurent pas. A quand les villes françaises au nom de Nicolas, ou Sarkozy ou les deux c’est encore mieux !

Un avant-goût d’éternité*

Par Biljana et Patrick

Samarkand, plus que toute autre ville de la route de la soie, évoque la légende des voyages au rythme lent des caravanes, les oasis inattendues, perdues de bleu, de sable et de fraîcheur. En voyageurs – touristes que nous fûmes pendant 2 jours à Samarkand – c’est au cours d’une déambulation rythmée par les explications de notre guide, Malika, que nous avons découvert cette ville suspendue entre passé et présent, entre aube et éternité.

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DSC_0274-1C’est aux premières lueurs du jour que nous découvrons Samarkand dans sa globalité, perchés comme des oiseaux migrateurs en haut du minaret de la Medersa d’Ulug Beg, sur la place du Registan. Samarkand émerge de la nuit. Inconfortablement installés sur notre perchoir, nous entrevoyons, à tour de rôle, la DSC_0319-1déclinaison des couleurs de l’aube sur les toits et les coupoles.

Le soleil apparaît rapidement sous la forme d’une grosse boule orangée, juste annoncée par un vent frais qui nous fait frissonner. Puis le disque orange laisse échapper des rayons lumineux qui viennent lécher le haut des medersa de la place et commencent à mettre en lumière le théâtre majestueux du Registan. Les trois monuments se font face comme des acteurs géants dont le jeu surprend par son élégance et son harmonie.DSC04333

DSC_0106Moment suspendu d’infini bien-être, tandis que le soleil continue sa lente caresse de la Medersa d‘Ulug Beg, et les étoiles chéries du Khan astronome illuminent la façade. Difficile d’imaginer qu’elles ont failli ne plus briller après le tremblement de terre de 1898 qui a en grande partie détruit le monument. Les grands travaux des annéesDSC04361 30 ont laissé la place à une restauration patiente. C’est dans la fraîche pénombre d’une des salles de la Medersa Chri Dor que nous assistons au minutieux travail des artisans pour reproduire la beauté des motifs ancestraux.

DSC_0144-2 Nos pas nous portent ensuite vers la Mosquée de Bibi Khanoum, que Tamerlan fit construire pour la 4ème de ses femmes, la plus aimée. La taille du monument devait être un hommage à son amour et témoigner de la force de ce sentiment à travers le temps. L’éternité de l’amour d’un couple se perpétue-t-elle à travers de telles réalisations architecturales ou plutôt au travers de ce qui se construit au jour le jour, avec le partage des bonheursDSC_0061-3 et des difficultés de la vie, les enfants qui naissent et qui grandissent ? C’est dans ce lieu qu’un couple d’éternels amoureux-voyageurs se tenant par la main raconte sa vie bien remplie, ses 72 enfants et petits-enfants et prédit à Manon et Etienne que 4 enfants viendront bientôt embellir leur jeune amour.

DSC04372Voyageurs en quête de réponses, nous consultons le ciel de Samarkand, et nous cheminons vers l’Observatoire d’où Ulug Beg scrutait les étoiles cinq siècles auparavant. Seule une partie du cadran monumental – moyen de mesure de la course du soleil – a pu être restaurée, suite à son excavation par les Soviétiques au début du siècle. DSC_0205Comment un instrument d’observation du soleil a-t-il pu se retrouver enterré sous plusieurs mètres de terre ? Le temps qui passe a des ironies… En sortant de l’observatoire, c’est la morsure du soleil qui nous ramène à Samarkand, Belle du désert, écrasée de chaleur. Monter les escaliers raides qui mènent à la Nécropole de Shahi-Zinde nous demande des efforts. Il faut en compter les marches à l’aller, nous dit Malika, puis les compter à nouveau au retour. Si on ne trouve pas le même nombre, cela signifie que l’on a certainement pêché. Mais arrivés sur la dernière marche s’ouvre devant nous un étroit couloir bordé du bleu des mausolées qui se succèdent sur des dizaines de mètres. Etourdis par les motifs, par les variations de couleurs, DSC_0263-1qui rendent chaque mausolée unique, nous figeons sur nos yeux numériques le maximum d’images. Voyageurs curieux nous pénétrons sans frapper dans ces demeures des morts pour voler un peu de la beauté qui les enveloppe. Autour de nous, les guides expliquent les époques et les détails architecturaux des monuments, mais que sait-on de ceux qui reposent là ? Rien du tout, parfois même pas leur nom.

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Dans la mosquée, la prière soudain nous interrompt dans notre avidité touristique et nous nous retirons sur la pointe des pieds. C’est dans le cimetière attenant à la nécropole que nous nous posons enfin, savourant le calme et la fraîcheur du lieu. Mausolées prestigieux et tombes actuelles anonymes se mêlent à tout jamais dans l’éternité et les portraits gravés dans le marbre nous regardent tranquillement.

Notre déambulation dans Samarkand, guidée par la gentillesse de Malika, se termine dans l’éblouissement de la nécropole resplendissant au soleil devant nos yeux et la fraîcheur de ce havre de paix. Peu importe si le nombre de marches au retour n’est pas identique, nous avons eu nous aussi « un avant-goût d’éternité ».

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* Un avant-goût d’éternité : Qualificatif employé par Mitterrand pour décrire sa promenade à travers la nécropole de Shahi-Zinde peu de temps avant la fin de son deuxième mandat.

Quand l’homme nous fait honte

11 avril. Noukous. Nous voici à l’ouest de l’Ouzbékistan, pas bien loin de la frontière turkmène, pas bien loin du Kazakhstan non plus, dans une région déjà très aride coincée entre les déserts : la Karakalpakie.

Nous prenons un véhicule et sommes secoués pendant deux cents kilomètres, à travers des terres brunes. L’objectif du jour, aller voir la mer. Oui en Ouzbékistan, il y a la mer, c’est écrit dans certains livres et, en cherchant bien, on peut même trouver des photos qui l’attestent. DSC_0002-2Alors nous roulons vers le nord jusqu’à atteindre Moynaq, petite bourgade qui, il n’y a pas si longtemps, florissait encore du commerce de la pêche. D’ailleurs les bateaux sont encore là. La mer, elle, s’est retirée, peut-être effrayée par la folie des hommes, ou juste par leur immense bêtise. Alors les navires flottent sur le sable sans être le moins du monde ballotés par DSC03710les bourrasques du vent. Si la mer revenait, ils resteraient cloués au fond, leur coques percées de tous côtés par la rouille. Nous ne pouvons qu’assister à ce spectacle désolant, peinant à réaliser l’ampleur du désastre.

C’est dans les années soixante, à l’ère soviétique, que l’économie de la contrée a été entièrement dévolue à la culture du coton afin de lui faire faire un “grand bon en avant”. Le détail qui tue est que cette plante est particulièrement gourmande en eau. L’Amou-Darya, un des cours d’eau majeurs de l’Asie centrale, a vu son cours entièrement spolié pour être déversé alentours dans des champs arides, exposés aux soleil, où l’évaporation absorbait une partie considérable des ressources en eau. Du point de vue économique, la production de coton a augmenté de 20 malheureux % tandis que la quantité d’eau prélevée dans la rivière doublait. Pendant ce temps le port de Moynaq déclinait, la salinité de la mer augmentait, les poissons se faisaient rares. Et la mer entamait son recul.

Après une nuit passée à Moynaq, nous quittons le village au lever du soleil. A partir de là, nous avançons sur des zones recouvertes par la mer, il n’y a pas plus de cinquante ans. Nous traversons d’immenses étendues désertes avec quelques derricks pour seuls point de mire.

Sur la piste pour la mer d'Aral, puits de gaz et de pétroleSur la piste pour la mer d'Aral

Deux heures plus tard, nous prenons pied sur le plateau d’Ustyurt, une large falaise qui se développeSur la piste pour la mer d'Aral, plateau d'Ustyurt sur des centaines de kilomètres, autrefois la rive occidentale de la mer. Nous longeons son extrémité, dominant une plaine désertique. Le regard s’y perd en cherchant une trace d’eau. Mais toujours pas de mer. Nous patientons encore deux heures, ballotés par les cahots de la piste, lorsque la voiture stoppe. Mer, mer, je vois la mer. Enfin : la mer d’Aral !

On quitte la mer, déjà...

Nous voilà face à un paysage d’une beauté stupéfiante en même qu’un désastre écologique parmi les plus évidents. En cinquante ans, la mer a baissé de 16 m. Sur ces reliefs quasi-plats (du côté est), cela signifie un recul d’environ 200 km ! Son alimentation a été divisée par 10, sa surface par 5,5 et son volume par 10. L’industrie de la pêche a disparu complètement au tout début des années 80.

Sur la piste pour la mer d'Aral

DSC_0095De cette vaste mer qui s’étendait à l’origine sur plus de 400 km, il ne reste que deux bassins, un petit au nord, dont le niveau est stabilisé par des mesures prises par le Kazakhstan, et le plus grand au sud, sans doute voué à la disparition. A cette disparition tragique s’ajoute quantité de problèmes qui DSC_0097en découlent : disparition d’espèces maritimes (les poissons ont quasiment disparu) ou terrestres (35 espèces encore présentes sur 173 anciennement), pollution des sols liée aux pesticides employés dans la culture du coton, changement climatique directement lié à la catastrophe (nombre moyen annuel de jours sans pluie passé de 30 à 135), cohorte de problèmes sanitaires majeurs Sur la plage de la mer d'Aral(en Karakalpakie, un bébé sur dix meurt des suites de problèmes liés au désastre), perte de fertilité de la quasi-totalité des terres environnantes. Les soviétiques n’en sont pas restés là, des laboratoires de produits chimiques abandonnés au moment de l’effondrement de l’URSS viennent maintenant contaminer les terres environnantes sur des centaines de kilomètres.

Bref, un joyeux tableau dont l’industrie et la politique humaine savent nous réjouir quotidiennement. Ouvrez le poste, régalez-vous, il n’y en a plus pour longtemps…

Moynaq, histoire de la mer d'Aral

Moynaq, histoire de la mer d'Aral

Offre spéciale !!

Vous voulez couper avec le turbin, avec le quotidien, oublier vos soucis ? Vous rêvez d’évasion vers un pays riche de sa culture, de son histoire, fertile en expériences. Notre équipe (Biljana, Patrick, Etienne et Manon) s’est réunie ces dernières semaines pour tester et vous proposer 15 jours de vacances inoubliables et dépaysantes.DSC_0354

Ne réfléchissez plus : videz votre frigo, abandonnez les mioches aux grands-parents, bouclez les valoches et claquez la porte, maison, boulot, bagnole, oubliez tout ! Laissez vous guider par votre envie du moment : fermez les yeux et plongez dans vos plus beaux rêves d’enfants, de rêves de princes et de princesses, de palais des mille-et-une nuits, de caravanes, d’habits étincelants, de douceur, d’oasis et de ciels parsemés d’étoiles. Vous y êtes ? Alors, soyez les bienvenus dans ce pays magique de la route de la soie, nommé :

Ouzbekistan

patrickVous débutez votre épopée à l’ouest du pays. Un tapis volant vous emmène survoler l’immensité désertique du Qyzyl-Qum avant de se poser à Nukus. Là, prenez le temps de découvrir l’exceptionnelle caverne d’Ali-Baba réunie par Savitsky ; 40 000 pièces allant du patrimoine archéologique aux toiles des peintres d’avant-garde récoltées pendant l’ère soviétique.

Pour satisfaire vos désirs de grands espaces et d’émotions, vous partez 200 km au nord. La route est longue, fatigante, mais saisissante. EtienneVous restez ébahis devant le spectacle désolant des bateaux qui rouillent au bord de la piste, abandonnés sur les sables déserté par la mer. Vous longez ensuite le plateau d’Ustyurt, admirant ses formations géologiques surprenantes, jusqu’aux eaux de la mer d’Aral. Imprimez ce paysages fascinant, vous faite peut-être partie des derniers témoins de son existence.

Sur la piste pour la mer d'AralDANS la mer d'Aral

DSC_0199Puis vous partez vous perdre dans le désert du Qyzyl-Qum à la recherche des surprenantes ruines des cinquante forteresses des anciens rois (du IVème siècle av. JC au XIVème siècle ap. JC).Manon Faites une halte dans la charmante et délicieuse Khiva, important carrefour des routes de la soie. Déambulez dans ses rues calmes, entre mosquées et medersas, admirez les fines décorations en céramiques, buvez aux fontaines rafraichissantes, grimpez au sommet de ses minarets pour profiter du soleil couchant, et terminez votre excursion par un repas délicat assorti de plats traditionnels, et d’une partie d’échec.

KhivaKhiva

DSC_0262Gagnez ensuite Boukhara et ses pittoresques ruelles en terre battue. Flânez entre les bazars et les immenses medersas surmontées de splendides coupoles bleu turquoise. Prenez le temps de découvrir le travail de ses artisans : céramique, tissage, ferronnerie. BiljanaPendant les heures chaudes de l’après-midi, accordez-vous une bonne pinte de bière rafraîchissante sur une terrasse ombragée. Poursuivez votre visite avec une promenade sur les remparts, afin de profiter des lumières de fin de journée. Retournez alors à votre chambre d’hôte pour y passer une des mille-et-une nuits.

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Dans la vallée d'UrumDes envies de verdure, de solitude ? Nous avons ce qu’il vous faut. Pour vous, une escapade nature dans les monts Nuratau. Si désert rime avec hostilité et calme oppressant, l’oasis d’Hurum rime avec douceur de vivre et calme apaisant. Prenez le temps de vous ressourcer dans ce havre de paix, un petit village aux robustes maisons de pierres, niché dans une vallée verdoyante. Lassez-vous bercer par le gazouillement des oiseaux et la caresses des hautes herbes.

Déjeuner sur l'herbe

DSC_0280-3Point d’orgue de votre voyage. Vous ne pouvez manquer le coup de foudre pour la perle de l’Asie centrale, la somptueuse, l’exceptionnelle, l’incontournable Samarkand. Faite joyau par Timur le sanglant, Samarkand vous ravira par ses splendeurs historiques et ses merveilles d’architectures. Coupole de la medersa Cher-DorSommet de l’art des majoliques, perfection des perspectives, profusion de nuances azurées, traversez la ville ancienne par la rue de Tachkent, depuis la majestueuse place du Registan, jusqu’à DSC_0147l’émouvante allée des mausolées. En bonus, enivrez-vous des saveurs sucrées des nectars de la fabrique viticole Hovrenko, ou bien, laissez les lueurs du soleil levant vous envelopper, perché au sommet d’un minaret.

Place du Registan

Restez suspendu, la tête dans les nuages, vos soucis sont loin, loin, rêvez encore …

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Un dernier coup de griffe hivernal

Fête de Nooruz21 mars. Osh. Voilà le printemps, appelé ici Norouz, la fête du nouvel an. Nous flânons dans les rues ensoleillées d’Osh avec les familles endimanchées qui viennent profiter des attractions de la journée, dont une grande roue aux craquements peu engageants. De nombreux badauds s’y pressent grimpant de façon apparemment désordonnée. Nous aussi, nous aussi, nous sautons dans une nacelle mais en quelques secondes tout le système s’arrête, Grande roue à Osh, pas trop branlantenous avons déséquilibré la savante répartition des poids sur la roue et les vieux pneus fusés ne maintiennent plus la rotation. Fête de NooruzIl faut bien toute la science de l’employé pour redistribuer les clients, relancer la machine et nous permettre d’apprécier la vue, qui n’a en fait rien d’inoubliable. Il ne nous reste qu’à nous mêler à la foule pour assister au spectacle de danses kirghizes et au ballet des officiels tous affublés du traditionnel ak kalpak, le chapeau national. Mais après cette parenthèse délicieuse, l’hiver nous réserve un dernier coup de griffe.

Réservoir de Toktogul22 mars. Nous repartons en direction de la capitale, Bishkek. La route que nous empruntons est en fait la route principale du pays qui relie le sud et le nord, séparés par une barrière montagneuse assez massive. Dans un premier temps, le soleil est de la partie et nous retrouvons les joies du pédalage dans la douceur et de camper sous les étoiles.

Vallée de la NarynAu bord du réservoir de Toktogul

Nous longeons des lacs de barrage aux eaux turquoises, les paysages sont superbes. Mais cela ne dure pas bien longtemps car nous devons franchir deux cols qui dépassent 3000m. Ala-bel AshuuEt qui dit 3000m, dit “ça caille” de nouveau, à quoi s’ajoute la neige qui se met à tomber. Rouler sur la neige, nous l’avons fait la semaine précédente, mais rouler sous la neige, voilà du nouveau. Nous pouvons cocher maintenant ! Imaginez, l’intérêt de gravir ces satanés cols, pour … ne rien voir du tout en arrivant au sommet. La descente se fait emmitouflés dans les doudounes.

 

En fin d’après-midi, nous roulons toujours, la lumière baisse et la neige est partout, pas moyen de trouver un carré d’herbe dégagée. C’est à ce moment que nous apercevons une roulotte abandonnée sur le bord de la route.Vive la roulotte A l’intérieur, nous trouvons un bric-à-brac de planches, tuyaux de poêle et couvertures poussiéreuses. Nous le dégageons rapidement et quinze minutes plus tard, l’endroit est fin près pour nous accueillir pour la nuit. Le poêle est en route, les flammes crépitent, la chaleur se diffuse, et la fumée monte … à vive allure. Cinq minutes plus tard, nous suffoquons. Dîner aux chandelles dans la roulotteLa roulotte est envahie d’un épais nuage gris. C’est opération portes-ouvertes, nous bourrons le poêle de neige pour éteindre le désastre. Nos vêtements trempés et mis à sécher sont de vrais jambons fumés. Pas de feu pour ce soir, mais qu’importe, nous sommes au sec alors que la neige continue à tomber.

Le lendemain, le temps est le même, plafond nuageux gris et bas (pas de contrepèterie belge). Sans scrupule, nous optons pour l’auto-stop, méthode qui marche assez bien dans le pays. J'aime camper dans la boueNous franchissons le deuxième col plus rapidement que jamais et nous retrouvons de l’autre coté, sous un ciel plus clément. Pas pour longtemps non plus ; le soir nous plantons la tente dans un champ bien terreux et le matin le réveil se fait sous la pluie, dans la boue. On aime, on se régale ! Chez CharlieOn enfile les K-way pour une dernière partie section de pédalage sous les intempéries. Enfin, Bishkek, notre destination. Se glisser dans la chaleur du logis de Charlie qui nous y accueille. Haro sur la douche, bande de crotteux !

En quinze jours, nous venons de traverser l’hiver, un bel épisode de notre périple dont nous gardons en tête la splendeur des paysages et la gentillesse des habitants. Nous reviendrons rencontrer les cavaliers-bergers des jailoo et dormir dans les yourtes, mais en été.