Où sommes-nous

Myanmar, en vrac

Ca nous a surpris, dérangés, quelques fois dégoûtés :

  • Changer de l’argent par l’unique biais des vendeurs de rue ;
  • Retirer ses claquettes à l’entrée du moindre monument même si le sol est jonché d’excréments de singes, respect de Bouddha oblige ;
  • Le manque de dénivelées à grimper sur notre circuit quasi imposé à tous les touristes ;
  • 99 boutons sur chaque jambe en une nuit, est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous gratouille ?
  • Trier les feuilles de coriandre fraîche qui viennent gâter le goût des bons petits plates traditionnels ;
  • Les routes défoncées qui vous secouent jusqu’à la moëlle épinière jusqu’au bout de la nuit ;
  • Cracher nos dollars à l’entrée des monuments our les voir partir dans les poches du gouvernement ;
  • 99 fois de suite le même stupa – “same, same, but dfferent” – au bout d’un moment, raz le bol des stupas!
  • Les tonnes de biftons glissés sur les statues, les milliers d’urnes – “donation, donation” –, les millions de feuilles d’or collées une à une par les fidèles sur les statues de Bouddha ; 
  • Le manque de produits importés : nous n’avons pas eu notre quota de glaces ;
  • Le bruit insupportable de la télé et la climatisation glaciale dans les cars : nous aurions aussi bien pu passer une année dans le frigo d’une discothèque ; nous bénissons les boules Quies ;
  • Slalomer entre les crachats de Bétel qui parsèment le sol avec neuf chances sur dix d’y poser sa tong avant de quitter le pays ;
  • La saleté omniprésente de Yangon : les bouches d’égouts ouvertes en pleiin milieu des trottoirs, les colonies de rats qui montrent leurs museaux à n’importe quelle heure de la journée et bien sûr, le pompon, le jus de bétel ;
  • La docilité apparente des Birmans qui ne râlent jamais : principes d’éducation peut-être, main de fer du gouvernement surement ;
  • Le cynisme sans vergogne du régime des généraux ;
  • L’Internet muselé, lent, rare, capricieux : promis, juré, craché, c’était pas la flemme qui nous a retenu de vous écrire.

On a aimé, ça nous a fait marrer, on en redemande :

  • Gravir les escaliers interminables pour accéder au sommet des collines où l’on trouve toujours un temple, un stuppa un petit quelque chose pour prier Bouddha ;
  • Les campagnes multicolores, parfait assemblage de cultures variées ;
  • Palabrer avec les bataillons de marchands de pacotille à la sortie des temples, inlassables, bravant notre impatience, mais toujours charmants ;
  • Se pourlécher les babines en observant la préparation des chapatis à Mandalay et en commander trois chacun !
  • Les sculptures ciselées des monastères en bois de tek dans un calme paisible, serein, ça repose !
  • Les longues moustaches des Moustache Brothers, même si leur spectacle a perdu de sa hargne et s’ils sont sous la surveillance étroite du gouvernement : les années de taule, ça calme ! Respect quand même.
  • 99 ou Neing Neing, notre guide autour de Kyauk Me qui nous a émerveillé par ses tours de magie, enchanté par ses devinettes, passionné par son histoire ; si vous venez faire un tour au Myanmar, arrêt obligatoire par sa maison, on a un colis de fromage à lui faire livrer ;
  • Les armées de vendeurs à la sauvette chargés de plateaux sur la tête, de fruits, de marchandises inimaginables ;
  • Les trajets en train, en bateau et même en car, de véritables tranches de vies qui vous en apprennent autant sur le pays que le reste ;
  • Expérimenter la variété de la cuisine traditionnelle birmane …
  • Contempler les myriades de stupas se découpant sur l’horizon de la plaine de Bagan, voir scintiller les tonnes d’or recouvrant l’immense Shwedagon, stupa sacré de Yangon ;
  • Les immenses étendues du Lac Inle, ses jardins, ses villages flottants, son écrin de montagnes, sa promenade en pirogue à moteur (avec des boules Quies), ses fabriques artisanales de cigares, de tissage ;
  • Jouer au chat et à la souris avec les gardes aux entrées des monuments pour limiter notre contribution à la junte militaire ;
  • Les montagnes de sourires parfois édentés, parfois rougis par le bétel, souvent rayonnants, parfois craintifs devant l’appareil, humbles, sincères et toujours généreux !

Pèle-mêle Myanmar

“Same, same, but different”

Impossible de quitter le Myanmar sans évoquer la religion. Nous voici au pays des stupas, des bouddhas, des temples et autre pagodas.

Bagan

Evidemment, un endroit rêvé pour les marchands de camelote, vendeurs de pacotille ou artistes de la place du Tertre. Le pays des fous de Bouddha, mais de doux dingues. Du genre à lui construire des monuments de toutes tailles, de partout et dans les lieux les plus insolites. Il y a deux types de construction :

  • Baganles temples massifs renfermant souvent quatre bouddhas observant les directions cardinales ;
  • les stupas simples flèches de briques en forme de cloche effilée ne se distinguant pas par l’aspect général ni la couleur mais offrant une variété infinie de profils, de décorations et de nuances. BaganBach serait jaloux devant tant de variations. C’est simple, en deux bonnes semaines, nous avons du avaler plusieurs dizaines de milliers de stupas différents et bien sûr, pas deux pareils. Limite indigeste. 

DSC_0065Nous avons commencé par du lourd, sans jeu de mot : Kyatkhio, le rocher d’or. Pas un monstre le caillou ! Il étonne plutôt par sa situation en équilibre sur un soubassement, à la limite de la dégringolade, le tout perché au sommet d’une large montagne dominant les environs jusqu’à perte de vue. Certains disent même qu’il serait en lévitation, mouais, on est allé voir de près, on a des doutes ! Le site en lui-même est superbe offrant la vue sur le golfe du Bengale. La pavasse, elle, est recouverte d’une épaisse couche dorée qui le rend visible de très loin et d’une pile de rondelles très effilée, un stupa quoi.    Cessons de blasphémer. Ceci n’a rien d’inoubliable, heureusement que la vue compense. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’ambiance qui se dégage du lieu, une des principales destinations de pèlerinage pour les bouddhistes du pays. DSC00442 Du coup tout est aménagé pour : – un sentier de 11km qui donne accès au site, mais la plupart des pèlerins préfèrent se tasser dans les pick-up grimpant par la route en une petite heure. Bouddha mérite des efforts mais pas n’importe lesquels, s’esquinter le croupion sur une banquette en bois sera bien assez pour lui. – Quantité de magasins, d’oratoires, de temples tapissent l’échine de la montagne. tout ce qui peut s’offrir à Bouddha se vend, on n’est jamais trop dévot. Mais pas seulement, le best-seller ici c’est la mitraillette en bambou et pas du 9 mm, non du gros calibre, plutôt 45. Ca va dérouiller sévère bande de petits jocrisses ! – DSC_0053Le clou, pour nous, reste l’arrivée au Kyatkhio. L’esplanade sous le rocher est quasi-déserte, incroyable ! Pourtant il y en a du monde là-haut, mais chacun fait ses emplettes, contente ses appétits pendant que, peinards, nous pouvons faire les andouilles au pied du rocher. Ca commence fort !

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Etape suivante dans le mysticisme, Bago. Là, on expédie, on fait dans le Bouddha-stage. Le plus grand stupa du Myanmar et même du monde, DSC00495allez hop c’est toujours ça de pris, le plus long bouddha couché de .. le plus long quoi (ne le dites pas trop fort, y en a un plus long, pas très loin d’ici), puis le jardin de bouddhas, la plus grande concentration de bouddhas assis, mouais pas très convaincant. DSC00517Tout cela en mobylette, clic-clac, c’est dans la boîte. A nos yeux, le plus stupéfiant est la visite du monastère de Bago où plus de 700 moines vivent en permanence (le deuxième plus grand … blabla). L’un d’eux, nous invite à assister à l’étude. Des centaines de jeunes moines accroupis dans une grande salle, en train de psalmodier sous la surveillance étroite de … Bouddha ! Assez spectaculaire.

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Au hasard de nos pérégrinations, nous croisons encore nombre de temples, monastères, stupas – on notera, au passage, le record de la plus grosse pile de briques du monde pour le stupa inachevé de Mingun. On cesse de prier une seconde et on applaudit des deux mains.

DSC_0105-1La dernière étape, le must, se trouve à Bagan, stupaland. Une large plaine déforestée au bord de l’Ayeyarwady où se concentrent plus de 4000 pagodas (bâtiment religieux, essentiellement des stupas). La forêt a vraisemblablement disparu du fait de la quantité de bois nécessaire pour alimenter les fours à briques. C’est que les stupas, ça ne pousse pas tout seul ! L’endroit est spectaculaire surtout au coucher du soleil … paraît-il … car sur les trois jours passés sur place, BaganBuddha ne nous accordera pas une fois sa clémence. Nuages et pluies quasi tout le temps, mais comme nous pouvons louer des vélos, nous nous en foutons, nous sommes heureux, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il nei… Hého! Ça ne va pas? nous ne sommes pas en Europe ! Non mais… A vélo sur les pistes à la terre ocre, les visites deviennent un vrai jeu : trouver les plus belles peintures, la pagode la plus haute, la  plus ancienne, celle offrant la plus meilleure vue.  Bagan, "Same same but different "   Nous nous amusons aussi avec les vendeurs de pacotille : “c’est joli, c’est pas cher, c’est moi qui l’ai fait !”. C’est surtout invraisemblable la quantité de trucs potentiellement vendables aux touristes. Evidemment d’une pagode à l’autre les vendeurs ont tous les mêmes articles à vendre, à un détail près : “Same, same, but différent !” Nous voyons bien que ce sont les mêmes qui ont bâti les stupas! Nous passons de belles journées dans ce site exceptionnel où nous grimpons sur des dizaines de ces monuments de briques, sans oublier, à chaque fois, d’ôter nos claquettes. BaganRespect Buddha! Tes fanatiques sont capables de grandes choses et nous en ont mis plein la vue!

Quelques jours plus tard, nous quittons le Myanmar avec l’image du Schwedagon, l’immense stupa de Yangon, recouvert d’or et d’un nombre invraisemblable de joyaux. Mais avec l’idée que ces dépenses démesurées, en l’honneur du vénérable feraient un peu de bien si elles était en partie consacrées à la santé et l’éducation des Birmans. Ce peuple adorable mériterait sans doute un peu du soin qu’il accorde à ce cher Bouddha.

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Allons à la campagne

29 novembre. Nous voilà dans la région du lac Inle, célèbre lac au sud-est de Mandalay. Le bus nous dépose à Kalaw, il est 2h du matin. Une agréable sensation de fraicheur, et même de froid se fait sentir. Non, ce n’est plus l’effet des climatisations excessives, mais réellement la température extérieure. Du haut de ses 1300 mètres d’altitude, Kalaw est la ville la plus fraiche de la région. Dans cette ambiance montagnarde, nous nous glissons dans un lit bien chaud en attendant que le jour se lève. Demain nous partons pour un trek de deux jours, le temps de rejoindre à pied notre fameux lac.

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La brume matinale envahi encore les rues à peine ensoleillées de la ville, nous préparons nos sacs à dos, les gourdes sont pleines, le bob et le couteau suisse sont dans le sac… nous serrons les lacets de nos chaussures de randonnée, et scrutons l’horizon : il est temps de partir. En avant marche, nous montons dans le taxi qui nous attend… faut pas déconner, nous n’allons tout de même pas tout nous coltiner à pied !

DSC00554Nous traversons une campagne vallonnée magnifique recouverte de champs de colza. Le taxi nous dépose. Là un groupe de dix personnes nous attend pour partir. C’est pas mal, un groupe de douze personnes, pour traverser discrètement le pays en profitant du calme de la nature ! Nous voici lancés dans ce terrain d’aventure que nous imaginions un peu différent : à la place de guerriers birmans traversant une jungle hostile un bandeau autour du front, un sabre dans la main et un couteau entre les dents, nous nous trouvons au milieu de champs cultivés jaunes, ocres, gris, verts … traversés au ralenti par quelques buffles à la recherche d’une mare d’eau boueuse pour se rafraîchir. Sur les parcelles, des femmes et des hommes s’activent doucement et pas trop vite. Le ciel est bleu, le soleil pas trop chaud et le vent frais.

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DSC00547Sur son passage le groupe vient perturber de ses discussions polyglottes la nature paisible, puis le silence s’installe de nouveau quelques secondes plus tard. Il y a de tout dans ce groupe : Allemand, Malaisien, Américain, Canadien, Polonais et Français. Dans le but de perfectionner nos compétences linguistiques, nous faisons immédiatement connaissance avec les deux Françaises du groupe. “Voyagez, voyagez, ça vous ouvrira l’esprit.”

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Nous traversons quelques villages, dans lesquels les habitants viennent à notre rencontre, puis restent plantés là, immobiles et silencieux, pendant qu’une dizaine de touristes venus pour photographier de l’authentique les mitraille de tous cotés.

DSC_0297DSC_0042DSC_0301Elles sont belles nos photos, hein? Vues de l’extérieure, elles font vraies, et pourtant au moment de les prendre, le charme n’opère plus, l’authenticité disparait ; impossible de se départir d’un sentiment de voyeurisme, décuplé quand le nombre d’appareils côte à côte est important. C’est aussi ça être touriste !

DSC_0070Après une nuit dans un monastère de village, nous poursuivons notre itinéraire sur les sentiers de terre ocre qui nous mènent jusqu’au lac Inle. En chemin nous faisons un petit détour pour visiter un temple entouré de plus de mille stuppas, datant du douzième siècle pour les plus anciens.

DSC_01021er décembre. Lac Inle. 7h00. Nous voilà callés dans une pirogue à moteur pour visiter les environs. La brume épaisse qui recouvrait le lac se lève peu à peu dévoilant une mer d’huile, sans bruit et les nombreux pêcheurs Intha qui s’affairent depuis bien longtemps. Chacun se trouve posté debout, à l’extrémité d’une longue barque qu’ils dirigent d’un coup de pied habile, en faisant décrire un mouvement de huit à leur rame.

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DSC_0178-1Notre pirogue traverse des villages aux maisons bâties sur pilotis, des jardins flottants, des temples et monastères sur pilotis : le peuple des Intha a organisé sa vie entièrement sur l’eau. Leurs habitations reposent sur de hautes perches plantée au fond du lac, au maximum 6 mètres sous l’eau. Ce lac immense à la particularité de ne pas être plus profond que cela. DSC_0185-1Nous visitons de vrai-faux ateliers d’artisanat (confection de cigares, de bijoux en argent, de tissus), ou nous dirons plutôt que nous assistons à des démonstrations de techniques artisanales traditionnelles mises en place pour le touriste. Nous avons quand même évité de cautionner l’attraction “femmes girafes” également proposée sur notre parcourt !

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Nous avons pu découvrir différentes facettes de cette région : des paysages colorés et apaisants, des villageois – on le redit mais c’est tellement vrai – très souriants. Si le coin reste particulier et magnifique, ce n’est définitivement pas une destination pour les assoiffés d’authenticité ! …. On aimerait parfois être les premiers touristes à visiter un pays !

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Myanmar, dans les transports en commun

Au Myanmar, pas de vélos pour nous, ils sont restés à Bangkok, alors tant pis, on va prendre cars, train, ferry pour vivre finalement les expériences parmi les plus intéressantes de ce pays. En voiture, et comme ils savent le dire ici, c’est parti mon kiki !

A fond dans le car

Fin d’après-midi. Le car est ponctuel, voire en avance, nous grimpons à nos places, on se sert les coudes et le reste avec, on rentre les genoux, on bascule les sièges inclinables. DSC_0031-1Voyage de nuit, nous avons bien l’intention de pioncer avant d’arriver, le lendemain en début de matinée. La télé et les haut-parleurs sont branchés et psalmodient des prières bouddhistes avec en arrière-fond des images de moines et de temples qui défilent au ralenti. C’est parfait pour nous emmener vers le sommeil malgré notre position un peu inconfortable. Le car emprunte une large autoroute, la seule du pays nouvellement bâtie pour la modique somme de cinq milliards de dollars, spécialement pour desservir la capitale nouvellement déplacée à Naypyidaw sur les recommandations d’un diseur de Bonaventure et sur ordre des ces messieurs les généraux. La route est tout confort. Un ciment nickel, peu de virages, quasi-désert. Seuls quelques cars se suivent à distance et de pauvres types errent à pied pour aller de leur champ à leur bled, tirant parfois un buffle.

DSC00941 Nous traversons une immense plaine brune et désolée ; la forêt a disparu entièrement de cette vaste région, coupée, transportée en Chine ou en Thaïlande pour être transformée en mobilier à bas prix exporté … chez vous peut-être (vous avez bien une chaise en teak ?). Dans le car, le ton monte. Les prières ont fait place à un film, disons-le, formidable…ment pourri ! Ce n’est pas une série B, c’est bien plus bas dans la hiérarchie cinématographique. Des acteurs catastrophiques, une intrigue lourdingue, des bruitages risibles et un humour à massacrer votre voisin ! A moins d’être birman. Nos voisins, eux, sont visiblement très réceptifs à ce navet. Du coup, volume au maximum et nous en prenons plein les oreilles. De plus, la séquence est interminable. Impossible de fermer l’œil et nous commençons à avoir les abeilles.

La nuit tombe. Les quelques villes que nous traversons sont à peine éclairées. Quelques néons espacés s’éparpillent dans l’obscurité. Soudain nous entrons à Las Vegas, flash light, guirlandes multicolores, fontaines illuminées entre hôtels de luxe et casinos à profusion. Nous voilà en fait dans cette fameuse capitale. L’impression est surréaliste, une richesse inattendue dégueule sur les trottoirs. Les passagers du cars, de modestes birmans, se pressent aux vitres pour contempler cette abondance de biens qui leur nuit. Le gouvernement spolie en permanence la population de ce pays pour investir ses dollars dans des projets absurdes.

Quelques kilomètres plus loin, suit une ville fantôme, no man’s land de néons en rangées alignées, de rues désertes en parfait quadrillage, de maisons identiques à 90% inhabitées. Ce sont les logements censés être occupés par les nouveaux venus à la capitale. Mais c’est surtout une immense terrain vague, sinistre au possible ou s’éparpillent quelques centaines de familles. Ne cherchons pas à comprendre, encore l’œuvre des généraux au pouvoir, bienvenue au Myanmar.

Trois heures de feuilleton birman plus loin, la télé enchaîne avec des chansons d’amour mièvres au possible en karaoké évidemment, des fois qu’il nous prendrait l’envie de chanter à tue-tête pour s’endormir. Mais pour s’endormir, le mieux est de s’en remettre aux cahots du car qui est maintenant sur une route dégueulasse à une seule voie. Dans ces conditions, c’est le plus fort qui s’impose et le plus fort, ce sont les gros bahuts, alors nous faisons régulièrement des écarts sur les bas-côtés, de quoi nous bercer tranquillement. La fatigue faisant son œuvre, nous finissons par nous assoupir. Soudain, on nous fait signe, le car est arrêté, quelques personnes descendent dans la nuit noire, nous avec, largués sur le pavé avec trois heures d’avances. Nous pensions économiser une nuit d’hôtel en dormant dans le car. En fait, nous avons à peine dormi et il est 2h du matin. Nous voilà dans le froid et les rues désertes à suivre un sympathique moine qui nous indique une guesthouse. Plongée dans un bon lit, allongés, silence, on dort !

Le train-train habituel.

3h30 du matin. Nous traversons les rues quasi-désertes de Mandalay, croisons quelques pauvres chauffeurs de taxi à la recherche d’un client à se mettre sous la dent. Quelques clébards errent, paumés et de nombreux birmans sont allongés de-ci de-là n’ayant pour couchage que le trottoir, un mince bout de tissu en guise de couverture et pour plafond le néon blafard d’un lampadaire. Le gouvernement peut faire n’importe quoi pour la cacher des yeux des touristes, la misère est là silencieuse et implacable. Un feu, quelques bûches à même la rue autour desquels une pauvre famille se réchauffe. La gare est déjà bruissante de l’agitation des birmans qui s’entassent dans les trois wagons d’ordinary class du train. Le wagon de first class est majoritairement occupé par les militaires qui montent à Pyin-oo-Lwin, la mère patrie de la clique des généraux entourant l’abominable Than Shwe. Pas pour nous.

DSC00749Le train est ponctuel. Notre voiture est complète : plusieurs passagers s’agglutinent à trois sur des banquettes pour deux ; la rangée centrale est totalement obstruée par un amoncellement de cabas et de gens repliés tentant de s’allonger. Chacun se déploie comme il peut selon sa place, son envergure ou ses voisins. Un joyeux méli-mélo de marchandises et de corps humains. C’est calme, on tente de dormir comme on peut, on s’endurcit les fesses sur les sièges faits de lattes de bois. Seul le padam padam vient battre la mesure et les cahots des rails nous tirent des brumes fraiches matutinales. Pulls, doudounes ou couvertures, c’est selon, sont de rigueur.

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DSC00772Dans la nuit, le train grimpe vers l’est. Puis l’aube dévoile sa palette de couleurs. Les premiers rayons de soleil nous autorisent à relever la vitre et libérer le wagon de la mixture d’odeurs humaines et de poisson séché. Un peu d’air frais ! Premier arrêt en gare et premiers échanges : on monte, on descend, voyageurs, paquets multiples, vendeurs à la sauvette, préparations “fraîches” défilant sous les fenêtres et à déguster de suite. A Pyin-oo-Lwin, surabondance d’uniformes, c’est ici que se trouve la principale école militaire du pays, mais pas d’arme en vue. DSC00755Pause syndicale pour les voyageurs, l’occasion pour eux d’acheter victuailles et friandises tout à fait exotiques pour nous. DSC_0005-1Dans le wagon, de toutes parts, on sort la vaisselle, les plats préparés à l’avance et l’on se met à table, on s’organise et on ripaille, comme un repas du dimanche. L’occasion également de se fourrer dans la bouche une nouvelle feuille de tabac à chiquer, le bétel, cette espèce de drogue quotidienne qui leur bousille les dents et leur fait cracher de partout un jus rouge épais et immonde. Pire que les traces de chewing-gum !

DSC_0077-2Le trajet se poursuit tranquillement tandis que le soleil vient réchauffer la campagne et nous avec. Les collines environnantes sont superbes, couvertes de nombreuses parcelles agricoles parfaitement entretenues et dont les couleurs ocre, jaunes, vertes, brunes forment un camaïeu du plus bel effet. Les arrêts réguliers libèrent peu à peu l’espace dans l’allée centrale du wagon, donnant aux marchands de tout poil la possibilité de faire la promotion de leurs produits miracles aux effets multiples : racines à l’odeur d’eucalyptus, baumes du tigre en tout genre, … De véritables images du temps passé.

DSC_0044-1Vers midi, nous arrivons à la petite ville de Gogteik qui précède les gorges du même nom. Le train emprunte alors un massif viaduc métallique permettant de les enjamber et offrant du même coup une vue exceptionnelle sur le site : le point d’orgue du trajet. Maintenant que nous sommes identifiés dans le wagon, nos voisins nous invitent à venir nous pencher à leur fenêtre. Nous jonglons d’un côté à l’autre du train pour laisser le moins de miettes possibles de ce spectacle éphémère. C’est là que l’on se réjouit de notre rythme de chenille processionnaire. Une profonde veine tapissée de végétation est dominée par de larges falaises oxydées. Pour tout voir, on tend le cou au maximum, mais il n’y a qu’à bien se tenir. En cas de faux pas, la chute du train serait immédiatement prolongée par un saut du viaduc sans élastique, quelques centaines de mètres, ça jette !

Dernier arrêt pour nous : Kyauk Me. En quelques minutes, un comité d’accueil se forme autour de nous.

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Quelques étudiants venus tailler les beefsteak pour “practicer” un peu. Mais la discussion tourne court, il viennent de commencer alors nous déclinons les rituels identité, âge, nationalité et pour parler politique, on attendra. Par contre un gars très vif et sympathique, guide local nous met vite dans sa poche en nous décrivant son programme. Nous sommes séduits et sautons du train en marche pour deux jours de trek avec Naing Naing.

Maman les petits bateaux

DSC00936Réveil en sursaut, grosse frayeur, notre bateau part dans une demi-heure. Nous ramassons les affaires en urgence ; heureusement, il y a toujours un taxi qui guette. En cinq minutes, pied au plancher, l’un d’eux nous conduit jusqu’à l’embarcadère. Il fait encore nuit, le port grouille de monde, tout va bien. Nous montons à bord à l’écart des chaises en plastiques où se vautrent les touristes, de toute façon c’est complet. Nous nous installons avec les locaux, étendus sur des nattes au milieu des paquets. Nous retrouvons l’ambiance du train.

DSC_0029-1Le bateau glisse lentement le long de l’Ayeyarwaddy, principal cours d’eau du pays, boueuse à souhait. Nous admirons des collines parsemées de stuppas. Les heures suivantes ne sont qu’une longue descente entre les berges pelées qui laissent deviner d’immenses plaines sans aucun relief. DSC_0034-1Spectacle complètement monotone qui nous laisse très vite indifférent. Le seul intérêt est à bord, en particulier lors des arrêts où l’énorme barque DSC_0042-1est prise d’assaut par les vendeuses de nourriture : bananas, fruits, samossas, portions de riz, caramels au graines de sésame, … Et ça se dispute la première place pour caser sa marchandise dans les mains du touriste. Cela fonctionne d’ailleurs plutôt bien, les premières montées sont les premières à vendre. On négocie vite, la marchandise fraîche circule entre les mains des intéressés, on tâte, on soupèse, pour faire la meilleure affaire. Puis les billets circulent dans les mains, dans la bouche, sur la nourriture pour atterrir dans la poche une fois le marché conclu. L’apDSC_0050-2rès-midi s’écoule paisiblement au rythmeDSC_0046-1 du fleuve, des ronflements de la barque et des innombrables clichés des chinois sans gêne. Dans le domaine, ils sont largement surpassé nos amis japonais. Dans la nuit, le bateau accoste à Nyaung-Oo. Bagan, le pays aux quatre mille temples et stuppas. On va manger du Buddha !

 

Pour finir et pour le plaisir, quelques photos de transports collectifs.

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Bienvenue en dictature

25 Novembre. Les vélos sont restés à Bangkok, nous voyageons léger, un petit sac à dos chacun. L’avion d’Air Asia (on insiste)atterrit sur le tarmac. Bienvenue à Yangon, principale ville du Myanmar. Oubliez les mots Birmanie, Rangoon et Irrawady, cela fait vingt ans qu’ils ont été bannis du vocabulaire local. Et ne pensez surtout pas que cette ville est capitale, la voilà destituée de ce titre depuis cinq ans. Bienvenue en dictature !

Il va bien nous falloir deux grandes semaines pour découvrir un morceau de ce pays et tenter d’en cerner un peu son fonctionnement, nous avons tant entendu parler de ses beautés, son mysticisme et ses gouvernants autarciques et autoritaires.

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Dès la sortie de l’aéroport, le climat est étrange, un pauvre type nous tend la carte de sa guesthouse – “very good price” – et se fait alpaguer dans la minute qui suit par trois bonshommes en uniforme qui n’ont pas l’air de plaisanter, ils retournent sa carte dans tous les sens, le retiennent, le font mariner, ça ira pour cette fois. Scène nouvelle à nos yeux. Le temps de monter dans un taxi pour rejoindre le centre de la ville, de nuit. En chemin, le chauffeur s’arrête pour nous proposer de changer nos dollars contre des kyats locaux. L’endroit est désert, peu éclairé, on verra plus tard. Mais nous sommes dans l’ambiance : dans ce pays, pas de bureau de change, encore moins de guichet automatique, il faut changer son DSC_0390argent dans la rue avec des types dont on ne sait rien en négociant le taux, en comptant ses billet avec attention sans lâcher du regard les mains de votre interlocuteur. Nombreuses sont les histoires d’escroqueries. Un seul moyen de faire du change de façon officielle, les agences gouvernementales avec un taux de 1$ = 6 Kyats contre 1$ = 900 Kyats dans la rue. Une des nombreuses manières pour ce gouvernement de remplir ses valises.

Yangon, un développement au ralenti.

DSC00441D’emblée le pays semble nettement plus pauvre que tous les autres pays traversés jusqu’alors. Yangon est désorganisée, salle, miséreuse. Pourtant première ville du pays par sa taille, sa population et même son économie, son développement est comprimé dans un étau et ne se fait que sous forme de petites initiatives individuelles : DSC00904la téléphonie mobile arrive doucement mais reste encore loin derrière les téléphones de rue, une ligne fixe posée sur une petite table avec un gugusse qui tient le chrono pour annoncer le tarif.

Beaucoup de gens dorment dehors dans la saleté et les ruines ; de nombreux immeubles sont délabrés, tout paraît abimé, ravagé. DSC00418La nuit, le peu d’éclairage donne à la ville un côté fantomatique et laisse l’impression de se déplacer dans des coupe-gorges. Beaucoup de mendiants, de gens mal en point un peu partout. Le soir, nous croisons quelquefois une file de personnes attendant interminablement un soin devant un centre médical. Sans doute, Nargys, le cyclone passé en 2008, est-il lourdement responsable de ces dégâts. DSC_0030Mais impossible de disculper les pouvoirs publics qui ont largement laissé pourrir la situation. De petits chantiers aux coins des rues tentent de reconstruire, mais les bâtiments publics sont à l’abandon, la voirie d’une saleté innommable, les égouts à ciel ouvert ; les décharges se multiplient au coins des rues et les stands de nourriture prennent place dans cette lie ! Dur d’aimer cette grande ville.

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Pourquoi Myanmar, pourquoi Yangon et où se trouve la capitale ?

En 1989, dans un relent de nationalisme, les généraux au pouvoir veulent affirmer l’identité du pays en supprimant les vestiges de la colonisation britannique. Grand bien, Rangoon devient Yangon, le grand fleuve Irrawady devient Ayeyarwaddy et la Birmanie (Burma en Anglais) devient Myanmar ; nous n’ajouterons pas le préfixe de république officiellement accolé devant.

Quelques années plus tard, en 2005, la capitale est déplacée de Yangon à NDSC00521aypyidaw sur les recommandations d’un diseur de bonaventure et sur ordre des ces messieurs les généraux. Cette ville nouvelle est un amoncellement de casinos et d’hôtels de luxe aux chambres à des tarifs prohibitifs. Point de touriste, point de Birman moyen, tout est bâti pour les diplomates et hommes d’affaires venus commercer au Myanmar. Le coût de cette petite lubie, quelques milliards de dollars. Le gouvernement spolie en permanence la population du pays pour investir ses ressources dans des projets absurdes. Et la Chine veille et surveille, trop contente d’exploiter son cortège de pays satellites en toute quiétude.

Dernier fait d’arme : les élections récentes habilement manipulées par la junte. Afin de se racheter une conduite, les première élections législatives depuis 1989 se sont tenues début novembre. DSC00912Evidemment, ce scrutin s’est déroulé en l’absence de la figure de proue de l’opposition Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence. Sa formation, la Ligue nationale pour la démocratie, a été dissoute après avoir annoncé son boycottage du vote.  L’ensemble de l’élection a été une grande mascarade, juste une façon pour la junte militaire de se présenter sous les allures plus respectables d’un gouvernement civil. L’issue du scrutin paraissait prévisible puisque les deux formations liées à la junte militaire présentaient les deux tiers des candidats.

Pourquoi habile ? Vous n’avez pas pu manquer le battage fait autour de la libération d’Aung San Suu Kyi, il y a un mois. Etonnement, pile entre les deux tours, une façon d’effacer des mémoires le deuxième tour et les résultats frauduleux en découlant immanquablement. D’ailleurs, aucun résultat n’est apparu depuis, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Le gouvernement en place est reconduit, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

A la queue leu leu.

DSC00592 Après une dizaine de jours passés dans le pays, nous voilà sur les circuits touristiques traditionnels. Au Myanmar, la grande majorité des touristes se presse sur les sites majeurs à visiter : Lac Inle, Mandalay, Bagan, c’est le tour classique. Ne cherchez pas trop à vous éloigner, cela devient très vite compliqué ou inabordable : contrôles, permis, autorisations avec des droits dont il faut s’acquitter et où vont nos dollars ? Dans la poche du gouvernement. Ce tourisme à la chaîne permet aux militaires de montrer le pays sous un aspect présentable et viendrait même à faire oublier le totalitarisme, pour peu qu’on voyage en tour organisé.

Et les Birmans alors ?

DSC_0194-1 Une schizophrénie générale semble toucher le pays. Dans chaque ville ou village, la population se partage entre maîtres et dominés. Tout est fliqué, l’uniforme reste maître, loin devant la toge safran des moines. Than Shwe domine bien au-delà de Bouddha. La peur dépasse la quiétude et l’apaisement apparemment des Birmans. Les esprits sont divisés entre peur, lassitude et contrôle.

DSC00917Mais la majeure partie de la population semble abattue. Les populations rebelles ont été presque anéanties, privées d’armes par la Chine qui ne fournit plus : trop rentable de faire affaire avec les généraux. Les gens sont surveillés : télévision sous contrôle, internet limité et désespérément lent. Les quelques opposants sont mis sous l’éteignoir et les Moustache Brothers, derniers humoristes politiques connus, n’ont plus la flamme, obligés de servir un spectacle édulcoré dans lequel seules quelques vannes gentillettes viennent brocarder les dirigeants.

Néanmoins, nous sommes régulièrement accostés par de jeunes birmans venus parler de la situation politique de leur pays. DSC_0369A l’abri des regards importuns, on peut parler de ce pays étouffé qui vend ses ressources au grand frère chinois. Le mal-être et l’épuisement face à cette situation déjà ancienne, sont palpables. Et nous avons du mal à percevoir une lueur d’espoir, un éventuel renversement de la situation. Les Birmans n’ont d’ailleurs aucune illusion sur un quelconque appui de la communauté internationale. Certains nous l’ont dit clairement : rien à attendre de ce côté là, ils doivent s’en remettre à eux-même…

Il n’en reste pas moins qu’ils ne se sont jamais départis de leur gentillesse naturelle et de leurs fiers sourires adressés à tous les étrangers, pas de distinction. Ils ont le moral les Birmans, du moins, nous leur souhaitons.

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