Où sommes-nous

La page d’histoire

Nous avons traversé durant les dernières semaines en Croatie, puis en Serbie, des régions directement touchées par les guerres qui se sont déroulées en ex-Yougoslavie. Voici un aperçu de nos impressions et des sentiments recueillis sur place en traversant Croatie et Serbie.

Pour en savoir plus sur le contexte et le déroulement de ces guerres, voir la deuxième partie de l’article.

En traversant la Croatie :

A Duröevac, 214 km à l’ouest de Vukovar, nous avons rencontré la famille Lazar. D’après les parents, les relations serbo-croates restent aujourd’hui difficiles sur le plan politique et gouvernemental. Mais entre les jeunes, les relations se détendent nettement.

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Nous arrivons à Vukovar trois jours plus tard. Cette ville est située à la frontière serbe.  Le Danube sépare les deux pays à cet endroit. Une famille nous propose le café.  D’après les jeunes filles (d’une vingtaine d’année et seules à parler l’anglais), les rapports serbo-croates restent très compliqués et agressifs. Des bandes s’affrontent quotidiennement.

DSC_0001En arrivant dans la ville, beaucoup de maisons sont criblées de balles, délabrées et laissées à l’abandon. Vukovar semble se reconstruire lentement et un net contraste s’installe entre les bâtisses récentes et les ruines qui restent intercalées. C’est saisissant, on comprend que la guerre n’est pas loin et que ce sujet qu’on souhaite aborder avec la plupart des personnes rencontrées ne peut être que douloureux. Cela nous impose de choisir et formuler nos questions avec tact !

 

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A la sortie de la ville nous faisons une petites boucle par la ferme d’Ovcara, dépendance agro-industrielle contenant de grands hangars. En 1991, la JNA (Armée Fédérale Yougoslave) utilisa ces lieux pour détenir des prisonniers ou des camps de concentration pour les non-serbes.  Nombre d’atrocités ont été commises et près de 1970 personnes exécutées ont été recensées. Durant cette même année, sur le territoire de Vukovar, 2796 personnes ont été déportées par la JNA dans les camps de concentration de Croatie et de Serbie.

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En traversant la Serbie :

De nombreux cimetières sont installés sur les terres de la dernière guerre. Nous arrivons à Futog, patelin situé à une cinquantaine de Vukovar et une vingtaine de kilomètres de Novi Sad. Peter qui nous a hébergé dans sa maison nous propose le petit déjeuner ; pour lui les relations serbo-croates se sont aujourd’hui pacifiées. Les affaires commerciales reprennent progressivement le dessus. 

Nous continuons vers Zrenjanin, au nord-est de Novi Sad, où la famille Vorgic nous accueille quelques jours.

Nous sentons, ici, que les Serbes sont très fiers de leur pays et son histoire est connues des adultes et des jeunes. Ils ont la volonté de transmettre leur patrimoine historique de génération en génération.DSC_0005-2 La Serbie a souffert de la guerre de manière quasi continue, en servant de “bouclier” entre les pays occidentaux et les pays orientaux. Leur attachement au Kosovo, “terre promise”, est très forte malgré les tensions entre les deux pays.

L’histoire de la Serbie pèse pour beaucoup de gens que nous avons rencontré: “Guerre, guerre, guerre, il y en a assez!”, “On devrait arrêter d’enseigner l’histoire de notre pays aux jeunes, la guerre, la guerre … on est aujourd’hui au temps de l’informatique!”

Globalement, même si tout cela reste lourd et bien présent dans les esprits, les discussions au sujet de ce conflit récent ont toujours été possible. Nous avons été à chaque fois remarquablement accueillis de manière très spontanée et chaleureuse. Les contacts avec les différentes populations ont été riches !

 

Pour en savoir plus (sources : Wikipédia)

Resituons un peu le contexte et quelques événements de l’époque. Les guerres de Yougoslavie furent une série de conflits violents dans les territoires de l’ancienne République fédérale socialiste de Yougoslavie entre 1991 et 2001. Deux séries de guerres se succédèrent affectant les six républiques de la défunte République fédérale socialiste de Yougoslavie. Les guerres en Slovénie et en Croatie (dont nous allons parler plus précisément dans la suite) furent menées au départ afin de conserver l’unité yougoslave, mais elles prirent rapidement un caractère nationaliste.

Cette guerre opposa différents groupes ethniques ou nations de l’ex-Yougoslavie. Ses causes sont politiques, économiques, culturelles, et ethniques.

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  • L’apparition des tensions nationalistes

Après la mort de Tito en 1980, l’effondrement du communisme en Europe de l’Est en1989, puis la dislocation de l’Union soviétique en 1991, les tensions nationalistes, longtemps contenues et canalisées par le pouvoir central de la Yougoslavie, s’accroissent dans les différentes républiques fédérées. Par ailleurs, la Croatie et la Slovénie ont une économie plus développée que les autres républiques, et répugnent à partager leurs richesses dans un cadre fédéral.
À l’extérieur de la Yougoslavie, aucun État n’était favorable à l’éclatement de la Yougoslavie, que ce soit les États-Unis ou les Européens, qui ne voulaient pas voir apparaître un ensemble de nouveaux petits pays à la place d’un seul pays plus facile à gérer.

  • A la tête des pays

En Serbie, Slobodan Milosevic accède au pouvoir en septembre 1987 en jouant sur les sentiments nationalistes tout
en restant communiste
En Slovénie l’année suivante l’indépendantiste Milan Kučan remporte les élections libres .
En Croatie, c’est le leader du parti nationaliste HDZ, Franjo Tuđman, qui est élu en avril 1990.

  • Déclenchement des hostilités

Le 19 mai 1991, en Croatie, le référendum sur l’indépendance qui suit les élections est remporté à plus de 90%, mais a été boycotté par la minorité serbe de Croatie.

Le 25 juin 1991, la Slovénie et la Croatie déclarent leur indépendance. Ces indépendances se réalisent sans conditions préalables, et Belgrade (capitale de la Serbie et de l’ex-Yougoslavie) perd du même coup une grande partie des droits de douanes, qui représentent une part majoritaire du budget fédéral. Parallèlement, l’Allemagne et l’Autriche apportent leurs soutiens diplomatique et financier à la Slovénie et à la Croatie.

  • Le déclenchement du conflit

En Croatie, les éléments pro-communistes, dont une forte proportion de Serbes, sont purgés de l’administration de la république par le nouveau gouvernement. L’Armée Fédérale ayant, en mai 1990, volé les armes de sa Défense Territoriale, le gouvernement croate arme clandestinement un embryon d’armée, à partir des pays ayant accepté de lui vendre des armes dont la Hongrie, désormais une alliée.

La République serbe de Krajina, unilatéralement proclamée le 28 février 1991 et soutenue par les autorités serbes de Belgrade, s’étend progressivement sur près d’un quart du territoire croate. Les premiers coups de feu sont tirés au printemps 1991. 

  • Offensives planifiées par la JNA, l’Armée populaire yougoslave (assimilée à des forces serbes) en 1991

En Slovénie:

La mission des troupes de la JNA était uniquement de reprendre les postes frontières et l’aéroport de Brnik. Dans la nuit du 27 au 28 juin, les forces slovènes reçurent l’ordre de lancer une offensive générale contre la JNA: tout devait être mis en place pour évacuer et protéger les civils.

En Croatie:

Les combats entre les forces croates et la JNA, commencent en août 1991. Les Croates prennent d’assaut les casernes de la JNA sur le territoire croate, cependant celle-ci progresse à partir de ses bases de Serbie et de Bosnie. Les bombardements frappent des villes comme Dubrovnik, Zadar, Osijek, et même la capitale Zagreb est atteinte. La ville de Vukovar, près de la frontière avec la Serbie, assiégée par les Serbes d’août à novembre 1991, est particulièrement touchée par les combatsEn octobre 1991, le président croate Franjo Tudjman appelle à la mobilisation générale pour "lutter contre le projet de Grande Serbie".

Des milices de nationalistes serbes venant de Belgrade, organisées par l’ultranationaliste Vojislav Seselj, participent à l’assaut de la ville. La plupart des habitants croates sont expulsés par les Serbes, qui ont fini par prendre le contrôle d’une ville presque entièrement détruite par les bombardements. Certains bilans font état de plus de 10 000 morts.

  • Conséquences

Les principaux combats cessent après la signature d’un cessez-le-feu en janvier1992. Les Casques bleus belges s’interposent entre les deux forces belligérantes. La Krajina et la Slavonie orientale frontalière de la Serbie, restent aux mains des forces serbes.

Au terme de la guerre, la Slovénie obtint sa scission avec la Yougoslavie. Elle fut reconnue comme un pays à part entière par tous les pays de la communauté européenne le 15 janvier 1992 et elle put rejoindre l’Organisation des nations unies dès le 22 mai 1992. Son économie déjà développée, son éloignement par rapport aux zones instables de Serbie et sa proximité avec d’anciens pays européens comme l’Autriche et l’Italie permirent au pays de rejoindre l’Union européenne dès le 1er mai 2004 et la zone euro dès 2007.

La JNA perdit rapidement la composante slovène de ses troupes, puis les Croates la quittèrent à leur tour. L’armée fédérale fut alors essentiellement composée de Serbes et de Monténégrins

Les guerres prirent fin lorsque l’Armée populaire yougoslave se rendit à la Slovénie en 1991 et par la défaite des forces serbes contre la Croatie en 1995. En novembre 1995, les présidents de Croatie, Franjo Tudjman, de Bosnie-Herzégovine, Alija Izetbegovic, et de Serbie, Slobodan Milosevic, signent les accords de Dayton, qui mettent fin aux conflits en Bosnie et en Croatie. Cette dernière retrouve ses frontières d’avant la guerre.

On estime que le bilan se porte à environ 200 000 morts et un million de personnes déplacées. Ce fut aussi le premier conflit à caractère génocidaire en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup des principaux personnages clés impliqués furent ou sont poursuivis pour crimes de guerre.

Dans un livre publié en 1996, Hubert Védrine résume comme suit l’interprétation médiatique dominante, en Occident, des événements tragiques survenus dans les Balkans depuis 1990 :

« Par une sorte de fascination mimétique pour la guerre du Golfe, conflit simple s’il en est — l’invasion du Koweit par l’Irak —, la tragédie yougoslave sera décrite pendant des années, par la majorité des médias occidentaux, comme une invasion de la Croatie et de la Bosnie par la Serbie.

Résumons cette thèse : un régime et un peuple haïssables, communistes et nationalistes, ont envahi deux pays voisins ; il faut les en chasser ; on peut le faire sans risque comme la guerre du Golfe l’a démontré. Tout autre point de vue est proserbe. CQFD.

Cette vision n’a qu’un rapport lointain avec les faits, mais elle persistera, sous-jacente à toutes les campagnes menées contre la politique française vis-à-vis de l’ex-Yougoslavie. »

Sur la Drava, la Drau, la Drave

DSC00354 Depuis Villach, les paysages défilent. Nous allons suivre le cours d’une importante rivière qui traverse successivement l’Autriche, la Slovénie, la Croatie avant de se jeter dans le beau Danube bleu (à vérifier) à la frontière serbe. Elle prend le nom de Drau (en Allemand) puis Drava (en Croate), la Drave (en Français). L’intérêt pour nos mollets est évidemment que les dénivelées sont quasi-inexistantes (enfin, 5m + 5m + 5m + … ça peut être fatiguant aussi, on a testé).

DSC00358 Mention spéciale aux Autrichiens pour les superbes aménagements réservés aux bicyclettes. Durant la partie autrichienne, nous allons suivre sur plus de 150 km une piste réservée au cyclistes appelée le Drauradweg. Elle s’étend de Villach jusqu’à la frontière slovène en traversant les vertes campagnes, les fermes traditionnelles et parfaitement entretenues. On y trouve même des pommes gratis, pas besoin de marauder pourtant nos regards sont déjà à l’affut de victuailles à cueillir.

En Slovénie, lors de la traversée de Maribor, nous sommes guidés par Frans qui mettra beaucoup d’empressement et d’énergie à nous conduire à travers la ville et finir dans sa taverne pour nous offrir … une bière !

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La frontière suivante est vite passée et nous voilà en Croatie après une étape de 115 km, motivés par l’information selon laquelle un festival folklorique et international (on ne sait pas trop) se tient à Varazdin. Ce soir on sort ! DSC00389On trouve vite fait un troquet pour laisser notre barda, débarbouillage rapide dans les toilettes (de ce côté, rien à voir, soyez patients) et nous voilà à flâner dans les ruelles, allant de stand de friture en scène folk-rock sans oublier les pauses saucisse ou glaces. Un vrai coup de bol pour un moment de distraction super sympa avec un aperçu de la scène rock locale.

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Passons le plan camping pourri aux abords de la ville. Une nouvelle bonne surprise nous attends le lendemain soir.

DSC00401A la recherche d’eau fraîche pour organiser le camping du soir, nous sommes finalement accueillis chez la famille Lazar qui nous offre le couvert, un toit pour la nuit et surtout un charmante compagnie. Nous allons pouvoir discuter de maints sujets dans une ambiance de convivialité et dans un anglais souvent approximatif, mais c’est le charme des rencontres. A big thank you to all the family !

Nous commençons à entrer réellement dans le voyage. Nous voilà à la débrouille et à la rencontre des autres. Au fil des kilomètres et des frontières traversées, le décor change, les régions sont moins riches, les équipements moins modernes, mais les routes sont encore bonnes, de nombreuses zones cyclables, des maisons bien apprêtées, un certain confort et une douceur de vivre. Les autochtones sont de plus en plus accueillants malgré la barrière de la langue qui apparaît. Malgré notre rythme assez lent (80 km/jour), nous avons le sentiment de cataloguer les situations facilement en fonction de la première impression (“Tiens, ici ils ont l’air plus sympa, la dame elle m’a sourit !”). N’avons-nous pas tendance à idéaliser du fait du voyage ? En tout cas, soit par chance, soit c’est une généralité, voyager paraît plus simple depuis quelques jours.

A bientôt pour les prochaines news !