Où sommes-nous

POUET, POUET, POUET !

14 février. Jinchuan, province du Sichuan. Tranquillement assis dans une chambre d’un petit hôtel, nous pouvons entendre les bruits de la rue, ou plutôt les klaxons qui retentissent en permanence et déchirent les voix qui portent. Si l’on patiente en regardant sa montre, DSC_0098-1moins d’une minutez suffit à entendre déjà une dizaine de coups d’ “avertisseur sonore”. Pour avertir de quoi, la plupart du temps on se le demande, mais sonore, OUI BEAUCOUP !!!!

Replaçons-nous quelques jours en avant et en milieu de journée. Nous sommes quelque part autour de la frontière entre le Yunnan et le Sichuan – deux magnifiques provinces au sud-ouest de la Chine – en train de pédaler sur des routes sinuant au fond DSC_0098-1de profondes vallées encadrées par des pans montagneux massifs. POUET ! Excusez-moi, je viens de me faire doubler. Les routes sont tantôt roulantes de bonne qualité, tantôt abruptes, chaotiques, voire terriblement casse-pattes. DSC_0098-1Et nous avançons sur notre petit bonhomme de POUET ! Ah tiens, un camion cette fois, difficile de ne pas le voir, mais des fois que, il vaut mieux qu’il klaxonne un petit, heuu… un gros coup, les camions n’ont que des énooormes klaxons. Donc, nous progressons DSC_0098-1en direction du nord-est, ce qui est plutôt sympa parce qu POUET ! Ouaaaais, cDSC_0098-1’est bon on t’a vu, on t’entend, pédaler ne rend pas sourd ! POUET ! C’est bon je me tais. Je disais, que c’est plutôt DSC_0098-1agréable car les vents dominants sont manifestement à peu près POUET ! C’est bon, m… t’es en ligne droite, y a personne en face, la voie de gauche est aussi déserte que le Taklamakan, t’as qu’à passer, je m’en tape que tu me DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1prévienne, je vais bien le voir de toutes façons ! POUET, POUET, POUET ! Ca, ça s’appelle un mini-van, c’est le genre de taxi collectif local, ça transporte plein de monde partout, même des olibrius avec des vélos qu’en ont ras le bol de se faire klaxonner et qui font du DSC_0098-1stop, et ça klaxonne en moyenne cinq fois plus que DSC_0098-1tout autre véhi POUET ! Merci ! Je disais donc … ah oui POUET ! Non, pas exactement. Donc qu’on a bien le vent dans ledosetquec’estsuperagréablepourpédaleratDSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1tentionyauncamionquiarrivetoutlemondeledoigtdansloreille POUET, POUET, POUET ! Aaaaaaaahh mais ils sont maaaaaalades de klaxonner comme ça, mais achetez vous un cerveau, qui tu veux prévenir ?, Moi ? Tu penses que je vais me jeter sous tes roues quand je te croise ? P…… . Pardon, mais ça soulage. Bon, on va essayer de DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1finir notre petite discussion quand même ! POUET, POUET, POUET !DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1 Malades, malades je te POUET, POUET, POUET ! Et moi aussi je te pouet pouet pouet ! Avec ma trompette jaune j’ai l’air de quoi ! D’une trompette, merci d’y avoir pensé, DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1DSC_0098-1vous allez pas vous y mettre vous aussi ! POUET, POUET, POUET ! Si ? POUET ! Ah bon alors, bon ben j’ai plus qu’à descendre de ma bicyclette et faire du stop, raz-le-bol de ce pays de malades ! Allez merci, bonsoir !

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Ah, une dernière chose :

POUET !

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Un petit tour en cuisine

Petit déjeuner à Ning Lang : noodle soup et baoziMatin. Froid. Vélo. On se caille. Nous avançons le nez blotti dans l’écharpe. Voici une petite heure que nous pédalons vers le prochain patelin où nous pourrons nous arrêter pour le premier calage de bide de la journée. Quelques maisons en rondins de bois surmontées de tuiles grises ponctuent la route, de vrais jeux de construction type chalets suisses Jeujura. Gargotte à raviolisEnfin un village ; à l’odeur du feu de bois, l’idée de nous retrouver assis à ingurgiter le petit déjeuner nous mets l’eau à la bouche. Les gargotes se succèdent, arborant, de larges devantures ouvertes sur la route. Nos choisissons avec soin celle offrant l’ensoleillement maximal. “Petit déjeuner” en Chinois du Yunnan se traduit par soupe de nouilles ou de raviolis, pimentée Baozi, petits fourrés à la viandeà souhait. En bon touristes respectueux des coutumes locales, nous appliquons scrupuleusement cette pratique. Dans un coin de la cuisine, nos regards focalisent immédiatement sur d’immenses gamelles fumantes et des empilements de paniers en bambou, où cuisent à la vapeur des baozi, délicieux petits pains farcis de légumes ou de viande. Combien ? Le plateau ma p’tite dame : 6. Séance Soupe de nouilles ou de raviolistenante, nous calons nos fessiers sur les mini-tabourets en plastique, le soleil arrosant notre visage. Dans la rue, les passants vaquent au ralenti, comme si le froid engourdissait leur motivation. Une soupe fumante vient à nous, sa vapeur envahissant notre visage, son odeur pénétrant nos narines, son bouillon chaud et gras ne tardant pas à réchauffer nos papilles et nos intestins. De quoi affronter le vent froid et saisissant. De quoi faire de cette obligation quotidienne, un rituel attendu.

DSC_0717Un peu plus tard, c’est la pause de midi qui se fait attendre. Avant de nous asseoir, un petit tour en cuisine s’impose pour tenter de décrire ce que nous voulons déguster. D’immenses wok sont installés le long d’un mur. Sous chacun d’eux, d’énormes braséros carburent plein pot au charbon et de larges traces noires et poisseuses couvrent le mur jusqu’au plafond. A proximité, une grande étagère croule sous une belle panoplie de légumes. Tomates, oignons, patates, épinards, choux et autres feuilles vertes en tous genres, piments rouges ou verts aux multiples tailles, gingembres, aulx et autres racines ou bulbes. Dans un coin de la pièce, une poiscaille fraiche s’ébat gaiement dans un aquarium, attendant son dernier voyage dans l’assiette d’un futur client. Enfin, saucisses, jambons, viandes séchées couenneuses suspendus au-dessus des fourneaux finissent d’achever ce tableau arcimboldesque.

Resto à YanyuanDSC02616

Les clients autour de nous, tous Chinois, nous observent avec curiosité et s’amusent de nous voir les imiter. Ils n’hésitent pas à nous interroger dans une langue qui nous reste parfaitement absconse, mais une question revient souvent, notre provenance. “Fa-Gua” (France), terme qui vient ensuite ponctuer leurs discussions ; nous sommes manifestement le sujet de conversation pendant quelques minutes. A l’écart, certains s’attroupent autour de nos montures, détaillant les spécificités de nos machines : sacoches, compteurs, carte routière accrochée au guidon (qui semble souvent relever du casse-tête chinois), avec une mention spéciale pour les sonnettes dont la trompette jaune ! Les voilà occupés jusqu’à notre départ.

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DSC02624Nous sommes installés autour d’une large table ronde. Les chinois ont pour habitude de commander plusieurs plats et de les partager entre tous les convives, et, plutôt que d’exécuter des contorsions pour pincer entre leurs baguettes le grain de riz gisant dans une assiette à l’autre bout de la table, DSC02549il leur suffit de faire tourner – noooon, pas les serviettes !!! – un large plateau de verre rotatif permettant à chacun de se servir sans solliciter ses voisins ! Pour notre part, nous ne sommes que deux, mais le nombre de plats a tendance à bien s’accumuler sur notre plateau de verre : bœuf ou poulet au poivron, juliennes de pommes de terres poêlées, épinard ou chou au wok ou en soupe, raviolis fris, omelette variées ; ces mets “délicatement” pimentés, évidement accompagnés de riz blanc… à volonté.

Au bord du lac Lugu, le repas du soirGargotte à raviolisEt voilà le travail !

Après de tels festins, croyez-nous, c’est un supplice de repartir sur nos vélos le ventre blindé ! Maaaaais on s’y fait !

Pour finir, une petite devinette … Quoikonamangé dans cette petite souplette ?

C'est quoi ?

En quête de hauteur

La route ballote sacrément, le chauffeur ne fait pas dans la douceur. Coups de frein nerveux, virages brutaux, nous nous réveillons de nombreuses fois avant d’arriver à Dali. C’est là que nous allons enfin solliciter de nouveau nos mollets à la découverte de cet empire immense et intriguant qu’est la Chine. Le temps qui nous est imparti ne nous permettra d’en découvrir que quelques miettes … peut-être les meilleures ?

Sur la route vers le Lac LuguDSC_0503

Rempart du vieux DaliDu 27 au 31 janvier. Dali. Cette petite ville fortifiée campée entre montagnes enneigées et le lac Erhai nous plonge dans une ambiance hivernale. Ca y est ! Nous voilà enfin emmitouflés dans nos bonnets et nos écharpes, une buée encore discrète sort de notre bouche lorsque nous respirons et les nuits sont vraiment fraiches. Vieille ville fortifiée de DaliNous faisons quelques pas dans les rues bordées de maisons traditionnelles et clinquantes, au petit marché local où quelques clichés se confirment : à l’ombre de leur chapeau chinois, les vendeurs proposent des produits en tout genre, de nombreux légumes inhabituels, des poissons et de gros crapauds s’agitant dMarché du vieux Dalians leur bassine, des œufs aux formes et aux couleurs suspectes, multitudes de nouilles … Nous flânons tranquillement pour nous imprégner de cette atmosphère sereine. Dans un square,A Dali, jeux populaires chinois des grappes de gens sont réunis, courbés au-dessus de tables. Debout derrière eux, d’autre les observent, commentent la partie de dominos, de cartes, ou de dames qui se déroule sous leurs yeux. Des images de Sofia nous reviennent à l’esprit : ambiance calme et conviviale.

Nous profitons de cette petite visite pour apprécier notre premier contact direct avec la cuisine chinoise. Autant vous dire que nous n’y sommes pas allés de main morte, voilà ce que c’est de répéter qu’ “il faut vivre l’instant présent comme si c’était le dernier”. Baozi, petits fourrés à la viandeNous avons testé raviolis à la vapeur, Baozi (petits pains farcis de viande et de légumes), crêpes de riz à la crème de cacahuète et sésame, patates frites au piment, feuilletés au lait de chèvre … ou de yak, pâtisseries diverses et variées, soupes de nouilles. Et tout cela en seulement … une journée ! Mais uniquement pour être en mesure de vous raconter fidèlement, tels Marco Polo (hem…), la culture chinoise. Fourbis de bonnes résolutions, nous nous plongeons dans notre guide linguistique pour mémoriser quelques rudiments de conversation. Hummm … avez vous déjà tenté d’apprendre le chinois?  Nos ambitions ont subitement été revues à la baisse. Nous nous contentons pour aujourd’hui de bien prononcer le mot “Zàijàn” (au revoir). 

Trooop bon !Nous traversons une campagne assez tranquille et de nombreux villages. A ce stade, la circulation n’est pas pesante. Nous nous arrêtons au grés des odeurs aillées pour un bol de soupe, une poêlée de légumes ou une crique (bonne surprise, la crique est une spécialité locale). Peu à peu, le relief devient plus escarpé, et qui dit escarpé, dit montées, tout mollet de cycliste vous le dira. Premier soir, nous nous trouvons vers 2500m d’altitude lorsque la nuit s’approche. C’est là que vous nous imaginez, aventuriers que nous sommes, dans notre tente à endurer de froides nuits : “Les pauvres petits, ils doivent se les geler”, “Ont-ils un équipement suffisant pour Shaxi, porte estle froid ?” … de notre côté, nous avons bien apprécié … les couvertures électriques dans de petits hôtels de bords de route, plutôt douillet ! Nous approchons même la neige, au point que, dans un virage un tantinet verglacé, Manon se prend d’une envie de flirter avec le goudron. A Shaxi, ancienne cité caravanière de la route du Thé et de chevaux, nous sommes charmés par les vieilles maisons, la place pavée et le vieux théâtre. Encore quelques coups de pédales, et nous arrivons près d’un immense lac bordé par les superbes montages blanches du Yùlong Xueshan (5500m), de larges champs d’arbres roses (je ne sais pas leur petit nom), et Lijiang.

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Gorges du saut du tigreDu 1er au 3 février. Lijiang. Nous prendrons le temps de visiter l’endroit à notre retour d’expédition : deux jours de randonnée aux Gorges du saut du tigre. Situées à 80km plus au nord, ces gorges prennent en étau le plus grand fleuve de Chine, le Yangzi. Un corridor somptueux à la végétation mi-bambous mi-sapins et encadrée pGorges du saut du tigrear des sommets culminants à plus de 5000m. Nous nous élevons progressivement au dessus des gorges sur un chemin taillé à la dynamite, le long de lignes électriques, de tuyaux d’irrigation et de publicités pour les guesthouses peintes à même la roche. La vue sur le Yùlong Xueshan et ses voisins n’en reste pas moins sublime. Sans doute nos montagnes alpines nous manquent-elles, Yulong Snow mountaincar nous avons de temps en temps le sentiment de nous retrouver dans la vallée de La Grave, face à la Meije. Loin de nous l’idée de nous lancer à l’assaut de ces sommets acérés aux parois lisses et abruptes… peut-être le terrain idéal pour des pros de la grimpe. Dommage, nous sommes de pauvres cyclistes ;)

Dans les rues du vieux LijiangA Lijiang, le touriste vient pour déambuler dans les ruelles pavées de la vieille ville, pour se laisser porter par son atmosphèreDSC_0360 médiévale, ses maisons de bois encerclées par de petits canaux. Ca bouillonne de péquins chinois charmés par le vieux quartier traditionnel exclusivement composé de boutiques bien achalandées mais avantageusement restaurées. C’est ici que vivent Hutch et ses “colocataires” chez qui nous passons quelques jours. Hutch est un homme remarquable, pas seulement parce qu’il a eu la gentillesse de nous accueillir chez lui ;) mais surtout parce qu’avec ses 71 ans, il continue de parcourir le vaste monde sur son vélo. Promis, juré, nous aussi nous aurons la même pêche à son âge ! La Hutch Team

Le soir du réveillon du nouvel an chinois, nous traversons la vieille ville qui parait être en plein léthargie. Nous qui avions prévu d’être en Chine spécialement pour l’occasion, nous sommes surpris et un peu déçus. Nous guettons, mais les boutiques sont en majorité fermées, les rues semblent s’être vidées, comme si le froid régnant en cette saison avait glacé toute animation. Puis à minuit, c’est l’explosion ! Une multitude de pétarades retentit à travers la ville, des feux d’artifices apparaissent au-delà des toits et cela dure sans discontinuer pendant près d’une heure avant que tout ne retombe dans le silence nocturne. Voilà c’est le nouvel an chinois, une grande communion pétaradante où petits et grands Stigmates du nouvel anallument les mèches soufrées. D’ailleurs, plus on est grand, plus le pétard est gros, plus le vacarme est retentissant. En fait, nous avions été prévenu, c’est une fête qui se déroule dans les chaumières, en famille, et il n’y a rien de spectaculaire sinon la quantité de poudre brûlée à travers tout le pays. Le lendemain, nous trouvons des confettis rouge vif dans les moindres recoins de la ville, certains lieux sentent encore la poudre. Et durant le mois suivant, nous serons régulièrement surpris par les claquements d’une grappe de pétard, jusqu’à Chengdu où, le soir de notre arrivée, des feux d’artifice innombrables bien qu’individuels éclairent les quatre coins de la ville.

Inutile de vous préciser qu’à l’heure où raisonnent les pétarades, nous sommes sagement installés au rang … du fond … de nos duvets. Les feux d’artifice, ça n’est pas pour nous (voir Yogya loose controle) et puis un cycliste, ça se couche avec les poules, non mais !

DSC_0478Du 4 au 7 février. La route se poursuit en direction du Lac Lugu. Ses charmes nous ont été vantés maintes fois auparavant. Ce qui l’a moins été, ce sont les 10 km de montée en route pavée qui mènent au col à 3500m précédant l’arrivée. La route de la mort, si si, les photos le prouvent, c’est pas du chiqué !DSC02405 Bon d’accord on n’a encore rien vu, mais jusqu’à ce jour, c’est une des parties à classer sur le podium de nos difficultés. To be continued… Pour notre plus grand plaisir, la majeure partie de la route s’est révélée magnifique, assortie d’une superbe descente dominant le fleuve Yangzi, Le grand fleuve chinois … on l’a déjà dit ? C’est pour voir si vous lisez tout. L’arrivée vers le Lac est tout bonnement somptueuse, qui dit col à 3500m, dit ras-le-bol des pavés … euhhh non, dit vue imprenable sur le lac aux eaux étincelantes avec coucher de soleil en prime faisant flamboyer les montagnes environnantes. Il faut quand même trouver la motivation quelque part, nous ne sommes pas simplement masochistes. DSC_0544

Le lac nous offre une journée divine à parcourir son pourtour, flânant d’un Chinois jusqu'au bout de doigts !point de vue à l’autre, stoppant au gré des photos à prendre … en compagnie des touristes chinois, on se prendrait presque pour Alain Delon des fois. La cerise sur le gâteau, c’est l’entrée au Sichuan – province frontalière  – et la découverte de la culture bouddhiste tibétaine, avec les chortens, les drapeaux à prière multicolores. Mais ça c’est une autre histoire ;)

Arrivée en bouddhisme tibétain !!!

D’un extrême à l’autre dans l’empire du milieu

26 janvier. Nous y voilà, aujourd’hui nous pénétrons sur ce territoire mystérieux et fantasmatique. Nous sommes impatients de savoir de quoi il retourne, de battre en brèche les idées reçues, de se confronter nous-même à cet immense pays qu’est Zhongguo (prononcer Jong-gwoh), littéralement terre du milieu : la Chine !

Boten, un avant-goût de Chine Avant même d’avoir franchi la frontière sino-laotienne, nous changeons radicalement de décor : dès la ville de Boten, côté laotien, à 2 km de la frontière, nous avons quitté le sud-est asiatique, cette ville a manifestement été bâtie par des Chinois. Aucune erreur possible, nous passons d’un pays qui nous apparait soudainement dans toute sa pauvreté à une opulence affichée en multicolore. La césure se prolonge au passage de la douane. Côté laotien : un simple baraquement poussiéreux garni de fonctionnaires armés de tampons ;A la douane chinoise de Boten côté chinois : un énorme bâtiment climatisé de verre et d’acier, carrelage impeccable, bosquets soigneusement entretenus et des automates douaniers qui vous parlent …. en Français ! Effet garanti. De l’autre côté, les routes sont impeccables, les moindres parcelles des montagnes environnantes sont exploitées, et de hautes constructions colorées et bien alignées nous rappellent l’arrivée sur Istanbul.

Le deuxième effet saisissant se situe du côté – si vous nous suivez de puis longtemps vous allez deviner –, du côté des papilles. Nous avions tant entendu sur les préparations culinaires surprenantes voire rebutantes de ce pays que nous étions parés pour le pire. Mais c’est avec délice que nous avons pu tester la cuisine du Yunnan : nous avons vu réapparaître poivrons, légumes frais à foison, viandes goûteuses, patates bien assaisonnées avec bien sûr des nouilles, mais trop bonnes !!! Peut-être dirions-nous que nous n’avons pas mangé aussi bien et si peu cher depuis le début du voyage.

Et voilà le travail !A la gare de bus Jinghong, un anglais et deux polonais

A Jinghong, avant de reprendre le busBaozi, petits fourrés à la viande

Pour finir notre bascule, il ne restait qu’à se confronter aux transports. Dans le but de rejoindre le nord du Yunnan, nous avons pris des bus près de la frontière. Nous avons enchaîné deux jours et une nuit de bus entrecoupés d’acrobatiques chargements-déchargements pour passer d’un bus à l’autre. Dans le bus pour DaliNous avons fait halte à Jinghong puis Kunming, deux villes chinoises, deux exemples de la démesure du développement de cette énorme puissance. La deuxième, avec ses millions d’habitants, est la capitale de province, desservie par plusieurs gares routières gigantesques. Si vous connaissez, ça vaut bien la gare de la Part-Dieu, les trains en moins mais plutôt des trains de bus, plusieurs centaines, sagement alignés dans l’attente d’un départ ponctuel (l’antithèse du Laos en la matière). DSC02113Les premiers contacts avec les locaux sont variables, entre négociation rugueuse pour faire admettre les vélos dans la soute du car et sourires échangés au-delà de la barrière de la langue. De ce point de vue, nous allons vite tâcher d’apprendre et de comprendre quelques rudiments de mandarin pour éviter de foncer droit dans la “muraille”.

Avant de nous lancer à l’assaut des montagnes du Sichuan occidental, nous voilà plongés dans un bain radicalement différent du précédent, qui nous sort du train-train. Une bousculade déstabilisante et exaltante.

Un avant-goût de Chine

Avant de vous raconter notre Chine, nous vous laissons mariner un peu.

25 janvier. Nous voilà à la veille d’entrer en Chine. Et pourtant en quittant les pays d’Asie du sud-est, nous avons déjà accumulé un paquet d’idées reçues à l’encontre de l’empire du milieu et de ses habitants.

Attention, esprits trop ouverts et redoutant les clichés ou caricatures, s’abstenir.

DSC00354Leur nourriture : des soupes de nouilles parfumées dans lesquelles flottent quelques morceaux de cochon immangeables, dans le genre dur au mâchage et qu’ils avalent bruyamment en faisant un maximum de projections.

DSC_0318Leur business : tout ce qui rapporte, ils possèdent toutes les affaires rentables, ils sont durs en négociation et ne comptez pas leur décrocher un sourire tant que vous n’avez pas fait commerce avec eux. Ils sont en train de coloniser le monde avec leurs produits de m… qu’on est bien contents d’acheter chez nous.

DSC00353Leur personnalité : peu amènes, focalisés par le business (voir le point ci-dessus) et par eux-même ; n’ont aucune considération pour tout ce qui n’est pas chinois.

Leur situation : ils sont partout, ont déjà acheté la moitié de l’Asie du sud-est et ne vont pas tarder à faire de même avec le reste du monde, tout le monde le dit d’ailleurs, si c’est pas une preuve ça !

Bon, il faut avouer que nous avons été largement séduits par les quartiers chinois de Singapour, de Melaka, de Bangkok, que leurs sens du commerce nous a déjà permis de compléter notre équipement parfois “égaré” mais surtout que nous ne connaissons rien à rien à cet immense pays et à ses habitants.

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Voilà, avec tout ce qu’on raconte sur eux et ce que nous avons vu depuis le départ – il est incontestable que l’importance des communautés chinoises installées dans tous les pays que nous avons traversé est faramineuse – nous avons maintenant envie de nous faire notre avis in situ, avec des vrais Chinois de Chine, savoir ce qu’ils mangent comment ils vivent et qui ils sont. Surement bien plus que “chinois” en tout cas !