Où sommes-nous

Tranche de Chine, en vrac

Baaahh la Chine, baaaaaaahhh les Chinois :

  • La pollution des villes et même des campagnes ; atmosphérique bien sûr avec des milliards de tonnes de charbon brûlées chaque jour pour chauffer motoriser les Chinois et alimenter leur industrie qui nous fournit à bon marché. Difficile de voir le soleil à Chengdu, il fait toujours gris, ou presque ; les ordures dispersées à vau-l’eau, jetées par la fenêtre des véhicules sans le moindre sentiment de culpabilité ; la pollution sonore encore plus, faites les taire, mais faites les taire quelqu’un bon sang de bonsoir ;
  • Se faire esquinter les vélos dans le train (on reste polis, saperlipopette !) : rétro, compteur, sonnette, trompette, cassé, volé, bravo les cheminots chinois et merci ;
  • Le truc qui peut vous faire sortir de vos gonds, c’est ce petit rire moqueur qu’ils vous réservent en cas de problème, un moyen de cacher leur incompréhension et leur propre malaise ;
  • Pour une expérience sensible de la pudeur à la chinoise, voir l’article précédent sur les toilettes “C’était la guerre des tranchées” ;
  • Comment font-ils pour détruire à ce point la nature, même dans les endroits les plus magnifiques, ils n’hésitent pas à bétonner, tuyauter, électrifier pour le confort du touriste, chinois le touriste ; on ne s’en plein pas toujours, mais à ce point là !
  • Et la cigarette ! Au secours, les pompiers, un masque à oxygène, j’étouffe, je meurs. Ils n’ont pas de notion de pureté de l’air ou quoi ? En tout cas pas si c’est celui du voisin. Vingt-quatre heures dans un bus avec les chauffeurs qui allument clope sur clope, mais ils sont fous ces Chinois, manquerait plus qu’ils crachent partout ! Ca c’est fait ;
  • Pour le campeur, ce n’est pas non plus le paradis, l’herbe s’y fait rare, le cailloux anguleux, la pente pentue, alors on toque à la porte, mais la barrière de la langue aidant, il est souvent ardu de trouver un toit, ou alors, le Chinois se montre hospitalier mais intéressé… et c’est pareil pour l’auto-stoppeur ;
  • La politesse, parlons-en ! Pour faire la queue, on se met en tas et le plus fort passe en premier. Remarquez, quand nous avons compris le truc, nous nous sommes mis très rapidement à être en tête de file ; et dans la rue, c’est la fureur de vivre, je passe, je passe et je n’esquive pas … PAN le coup d’épaule, et là aussi, on se met à gagner assez vite, au petit jeu de plus bourrin tu meurs, nous ne sommes pas les plus maladroits, gnark gnark ;
  • Et puis ils sont partout ! Pas moyen d’être tranquille, on se demande si la politique de l’enfant unique a fait effet, bon en fait si, hormis chez les minorités, les familles ont rarement plus d’un enfant, ce coup de poignard aux droits de la femme a eu des effets manifestes, le plus frappant pour les touristes moyens c’est la quantité invraisemblable d’enfants gâtés et le culte qui leur est voué, surtout au garçons, surprenant ! Les fils uniques, la pire engeance qui soit ;
  • Parlons un peu de politique pour fâcher tout le monde ; la Chine n’a rien d’un territoire ni d’une population uniformes, et pourtant à Pékin, quelques illustres imbéciles s’évertuent à créer un animal unique et imaginaire dans un pays immense et disparate, le Chinois de Chine. Alors la colonisation poursuit son chemin à grands renforts de milliards, de voies ferrées, de barres de béton immenses et hideuses et surtout de drapeaux rouges ; comme le dit la sagesse “populaire” (de Chine ?), “on n’arrête pas le progrès”.
  • Pour ce qui est de la circulation sur les routes ou dans les villes chinoises, vous savez tout puisque vous avez déjà lu les quinze articles précédents qui en traitent ;
  • Mais que fait la police ? Je vous le demande. Elle enquiquine du cycliste ! Elle contrôle, elle enregistre, elle fait tourner en bourrique, puis elle expédie par le bus ;
  • Ahh ces Chinois, nous aurons eu du mal à encaisser leur brusquerie ; avec nos petits cerveaux douillets d’occidentaux anesthésiés, nous nous sommes souvent sentis déconsidérés, égratignés, écorchés, agressés, manqué de respect quoi ! Choc des cultures ? Pour sûr ! Nous en avons pris pour notre grade, de quoi se donner un bon coup de fouet et nous faire réfléchir.

Aaahh la Chine, aaaaaahhh les Chinois :

  • Les grands espaces, les déserts, les montagnes, les lacs, les rivières (c’est pas non plus le Connemara) ; un territoire d’une variété exceptionnelle avec des paysages à couper le souffle : les gorges du saut du tigre, les hauts-plateaux du Sichuan, le Taklamakan, le Muztagata !
  • Les spécialités culinaires succulentes pour une bouchée de pain : baozi, soupes de nouilles fumantes et garnies, raviolis fris ou à la vapeur, pains ouïgours, préparation à la viande mouton : riz pilaf, pains fourrés … Pendant deux mois, nous nous en sommes mis plain la panse avec un plaisir toujours renouvelé ;
  • Attraper les odeurs de feu de bois à l’entrée des villages, des fois l’odeur de charbon aussi, c’est la Chine quand même ;
  • Déambuler dans les ruelles proprettes du vieux Dali ou du vieux Lijiang ;
  • Les inscriptions en Chinglish, une traduction locale de diverses inscriptions dans un anglais plus qu’approximatif et parfois comique ; un petit florilège, rien que pour vos yeux : à la poste de Kashgar figure un “comprehensive counter”, sur un site religieux “dangerous rooms, pay attention to safety”, sur une barrière dominant un précipice “no climbing over, please cherish your life”, aux abords d’un chantier “unopen for safe problems”, que penser de la “prohibition of riding a bike downhill” ? Et dans les rues de Lijiang, l’inscription qui figure ci-dessous :

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  • Se glisser à pas feutrés dans une lamaserie du Sichuan et écouter les bonnets jaunes ânonner leurs prières avec des voies de stentor ;
  • Faire ses premiers tours de roue sur les routes enneigées ;
  • Apprécier le sourire des flics qui vous paient à bouffer parce qu’ils vous ont embêtés, forcés qu’ils sont d’appliquer des règlements à la c..hinoise ;
  • Battre des records de température négative, engoncés dans les les cagoules et les doudounes ;
  • Dormir chez les fermiers en dominant le Yangzi, être accueillis par une famille adorable près de Kangding, se faire accoster en permanence par les curieux ;
  • Respirer l’air pur des hauteurs du lac Karakul, écouter la nature paisible en contemplant l’écrin du lac Lugu ;
  • Humer l’avant-goût d’Asie Centrale, une odeur de pain s’évaporant des fours des boulangers ouïgours ; goûter leur nans au sésame, au pavot, à l’oignon, au mouton ;
  • Se promener dans les rues d’Urumqi dans une ambiance sibérienne, chargée de la vapeur des échoppes puis s’élancer sur les trottoirs enneigés, zou les glissades ;
  • Photographier des yaks en pagailles en train de brouter paisiblement l’herbe rase des hauts steppes ;
  • Laisser les raisins secs de Turpan envahir votre bouche de leur goût sucré ;
  • Sauter dans une flaque de boue pour éviter de justesse de se faire bousculer par mouton au cul gras, une brochette sur pates ;
  • S’amuser des culs-nus des minots entrevus par leurs pantalons qui baillent au quatre vents (n’y voyez aucun mal ou voyeurisme, c’est la technique locale pour éviter les couches et c’est à mourir de rire) ;
  • Flirter avec le Tibet, les drapeaux à prière, faire tourner les moulins ;
  • Jouer les Indiana Jones et brasser des quantités de neige à la recherche d’une arche perdue ;
  • S’arrêter le matin, pour déguster une soupe fumante et sentir le soleil réchauffer vos orteils refroidis ;
  • Reparlons un peu de l’écologie : nous avons beau avoir en horreur tous les 4×4 et autres grosses bagnoles, et le pays en est pollué, nous n’avons jamais vu autant de véhicules électriques dans les villes, la voiture personnelle reste un luxe inaccessible pour 90% de la population, et le co-voiturage est systématique (de l’auto-stop payant en somme) ; de quoi donner des leçons à encore bien des pays ;
  • Se repaître de la variété des visages, s’immerger dans un melting-pot culturel, avoir levé un coin du voile sur l’immensité de ce pays et la diversité de ses peuples.

Visages de Chine1

Qu’allaient-ils faire dans cette galère ?

10 mars. Nous quittons Kashgar, en selle pour atteindre la frontière kirghize. Nous savons que la route sera de bonne qualité et le relief peu tourmenté. C’est sans compter sur les aléas du voyage et de la météo.

Au nord de Kashgar, cimetière chinoisA Kashgar, la température est douce, le climat déjà printanier. La première journée de vélo nous conduit dans de larges vallées aux montagnes sableuses. A mesure que nous avançons, nous prenons un peu d’altitude, mais très progressivement. En direction de KayratkenEt la neige vient recouvrir les sommets qui nous environnent, nous offrant un panorama splendide cependant que la route reste sèche. Alors que nous atteignons l’objectif de la journée, mon dérailleur se met à crisser, puis à craquer, puis la roue se bloque Dérailleur cassé !dans un vacarme. Je stoppe net, c’est la casse. Galèèèèèère ! C’est le genre de pièce que nous ne trimballons pas en double dans notre trousse de réparation et trouver cela en pleine campagne chinoise, bonjour. DSC03234Cela nous vaut un aller-retour à Kashgar en taxi et, oh miracle, nous y trouvons un marchand de vélo qui peut nous fournir exactement le même modèle de dérailleur. Le temps de tout mettre d’aplomb et nous retournons au pointChez le chauffeur de taxi à Kayratkan, près de la chaleur du poële où se trouve le matériel, installés pour une nuit chez notre chauffeur de taxi. Nous n’avons même pas perdu de temps dans l’opération. Biwéj (Bien joué pour les néophytes) !

Mais dans la nuit, ce sont mes entrailles qui prennent la suite, je vous épargne les détails, si bien qu’au petit matin, je suis dans une forme … petite petite petite. En direction de WuqiaS’y ajoute un léger vent de face, qui ne paie pas de mine pour le piéton, mais de quoi miner vos forces une fois sur la bicyclette. Alors dans ces cas-là, on met “tout à gauche”* comme on dit dans le Grupetto, puis on tente de prendre patience, on se raisonne, on écoute sa petit femme plus tempérée, puis on se résigne. A Wuqia, Manon fait le tour de la ville en compagnie de la police locale pour trouver une chambre à un tarif abordable. Après avoir fait des pieds et des mains à l’accueil, c’est chose faite. Je me glisse avec délice dans la chaleur du lit, au programme : dormir.

En direction de Wuqia

Au réveil, c’est à nouveau le meilleur ami du cycliste (à part le chien, et le chauffeur de taxi) qui nous réserve une surprise. Un vent à décorner les bœufs souffle sans relâche en direction de l’est, et nous allons vers … l’ouest bien sûr. Et la forme est toujours moins que moyenne. Nous partons quand même affronter Eole.

Nous luttons en permanence pour ne pas faire d’écart, ne pas tomber. De grosses bourrasques nous font chavirer régulièrement. Nous avançons au ralenti. Le moral est … bon on ne vous fait pas un dessin. Aire de campingHeureusement l’asphalte est bonne et les côtes pas trop méchantes. Au milieu de l’après-midi, nous avons parcouru 26 km de quasi-plat en 2h46 de pédalage entrecoupées d’innombrables pauses. Prenez vos calculettes : 9 km/h de moyenne (sans compter les pauses). Biwéj ! De quoi fermer le clapet d’un joyeux pinson au printemps. Nous sommes à Kansu, pas moyen de crécher, apparemment la police n’est pas loin et interdit aux étrangers de dormir chez l’habitant. Pas d’hôtel à touriste, circulez plus rien à voir. Il va falloir se résoudre à planter la tente sur les cailloux des alentours. Je suis ravi, mes tripes ne me laisse pas de repos, le vent se maintient avec une constance admirable, Aire de campingça sent la nuit de … euh romantique sous la tente. Il manque la cerise sur le gâteau : le porte-bagage avant de Manon vient de lâcher, un œillet de fixation s’est descellé. Youpi ! Nous bricolons avec des serflex en attendant de trouver un poste de soudure. Puis nous allons nous trouver une aire de camping, pas trop dégueu pour le coup.

Après une nuit où le thermomètre vient flirter avec les -5°C à l’intérieur de la tente, nous semblons avoir un peu récupéré. La lumière sous la toile nous indique que le soleil donne. En effet, il illumine le brouillard qui nous entoure. Comprenez bien, maintenant que je me sens de profiter du paysage, ben le voilà qui se planque. J'en peu pu, j'en peu puPas de souci, j’ai de l’humour, j’apprécie la blague. La météo est parfois bien capricieuse. En route mauvaise troupe, la frontière se tient encore à distance respectable. Nous prenons notre mal en patience, en s’aidant parfois avec un peu de musique sur les oreilles, un soutien inestimable grâce auquel les kilomètres défilent sensiblement plus vite. Au moins un yak, ça ne crève pas !Peu avant Ulugchat, l’étape du soir, une petite crasse nous surprend ; trois fois rien, une broutille pour des cyclotouristes “confirmés”, une crevaison causée par un banal clou. De quoi pimenter un peu cette journée qui nous semblait par trop monotone au vu des précédentes. Mes douleurs intestinales tenaces nous incitent à trouver un toit pour la nuit, ce qui s’avère possible. Un peu de confort sommaire : pas d’eau, pas d’électricité, pas de WC, un toit quoi, pour un prix exorbitant ; on ne va les traiter d’escrocs, mais bon … si quand même. Escrocs !

En direction d'UlugchatLe lendemain, la situation se réitère : nous pédalons dans la brume, juste de quoi nous ôter le plaisir de profiter du décor environnant. Qu’importe, nous sommes partis pour un voyage à vélo, pas pour voir du paysage, grrrr… Allez, ce n’est plus le moment de lâcher le morceau, en fin d’après-midi nous atteignons Erkech-Tam, un vague bled essentiellement composé d’un poste frontière. Il est temps de se soumettre aux formalités douanières : En direction d'Erkech-Tamremplir le formulaire, montrer son passeport, décrocher les sacoches pour les faires passer dans le détecteur, montrer son passeport, raccrocher les sacoches, montrer son passeport, montrer son passeport, montrer son passeport. Sans exagérer, en cumulant les deux postes frontière (chinois et kirghize), nous avons eu à produire nos documents 13 fois. Mais nous voilà de l’autre côté, délivrés de la malédiction, finis les embarras. Nous allons pouvoir profiter du parcours à venir … ça c’est ce qu’on se plaisait à croire … mais le plus gros morceau reste devant nous, et très bientôt devant vous, en vidéo. Alors rendez-vous dans quelques jours pour le feuilleton de l’année : “Into the Erkech-Tam” !

 

*Tout à gauche : expression typiquement vélocipédique qui signifie emmener la chaîne sur le petit plateau et le plus grand pignon de façon à obtenir un développement minimal de la transmission et fournir le moindre effort pour effectuer un tour de pédales. En conséquence, la vitesse de progression s’en trouve réduite à sa plus lente expression. Exemple, dans le Grupetto, Vivi dit à Xavi : “Après le col de Suscousse et le Xatard, il reste le col de Lutérus, je suis épuisé ! Je met tout à gauche, tant pis pour les délais”.

Trilogie en Kashgarie, partie 3

A nous les grands espaces.

8 mars. Ca y est, c’est aujourd’hui qu’on fout le camp … pourtant, il fait bleu se matin, après une semaine de grisaille … et les Roulemaloute nous l’ont bien dit : “Le truc con, serait de quitter Kashgar sans aller voir le lac Karakol … Non, ce n’est pas qu’un lac, il est au pied du Muztagata, ce qui change tout.” Et c’est vrai qu’on a bien envi de le voir ce lac entourés de sommets de plus de 7000m.

En route pour le lac KarakulAprès quelques tergiversations, nous planquons tout le matos dans la consigne de l’hôtel, puis nous sautons dans un bus. Si on omet les gougnafiers de Chinois qui crachent, qui grognent, qui fument, le trajet est grandiose, de bout en bout ! Au terme d’une immense ligne droite, des montagnes énormes se dessinent en toile de fond, émergeant peu à peu de l’atmosphère troublée. En route pour le lac KarakulPuis la route s’enfonce et serpente entre les massifs qui se dressent autour de nous. Nous jouons à l’essuie-glace avec la vitre du camion : “Vas-y ouvre – photo – Ferme – Vas-y ouvre – photo – Ferme …”. DSC_0313Le ciel est maintenant épuré de la pollution de Kashgar, d’un bleu vif, délimitant avec netteté les sommets qui nous dominent de plusieurs milliers de mètres. Et plus le bus progresse, plus les couleurs se font variées, renforcées par le blanc éclatant de la neige. Nous piaffons de ne pas pouvoir nous arrêter pour mieux profiter de la vue. Un peu plus loin, Sur la route entre Karakul et Kashgarc’est un paysage de dunes qui apparaît, saisissant, surréaliste à cette altitude ; pendant un temps nous sommes transportés dans le sud de la Bolivie (où nous étions il y a deux ans). Encore après, nous arrivons enfin au lac tant convoité : recouvert de glace, mais cerné de yaks, paisibles et entouré par le Kongur Shan et le Muztagata. Deux géants de plus de 7000m sur lesquels coulent d’énormes glaciers.

DSC_0323-1Autour du lac Karakul, vue depuis le poste de police

Autour du lac Karakul C’est parti pour la balade sur la plage, enfin frisquet quand même la fin d’après-midi, nous sommes tout de même à 3600m d’altitude, alors le pull autour du coup, on oublie, on va plutôt enfiler le bonnet, les moufles et la doudoune ; là, voilà, maintenant on peut se Les yaks de Karakulconsacrer à la lumière de fin de journée et engranger quelques centaines de photos. Ca va être sympa à trier tout ça ! Allez, ce n’est qu’une fois. C’est bien joli tout ça, mais où qu’on va dormir ce soir ? En arrivant, Un tour de moto a Karakul, pour une nuit chez l'habitantnous sommes vu proposé de passer la nuit chez l’habitant, avec repas local et thé au beurre de yak et nuit sur les tapis près du poêle alimenté à la bouse de yak. C’est sans compter sur l’intervention de la police locale qui nous fait gentiment mais très fermement comprendre que Chez l'habitantce ne sera pas possible. Pourquoi ? Parce que, c’est comme ça t’en a des questions toi ! Et m… ! Il ont le don ceux là ! Il n’y a plus qu’à faire du stop sur la route, où plus un véhicule ne circule. Alors, on discute avec le flic, DSC_0353on gesticule, on fait du cinéma, on plaisante (tout ça en chinois, qu’est ce que vous croyez) et puis on finit par arriver à se faire payer le trajet gratos jusqu’à la ville suivante où on avait l’intention d’aller le lendemain. Bien vu l’autruche !

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Nous nous retrouvons à scruter les cimes enneigées au moment du coucher de soleil depuis la cabine d’un camion au son de musiques locales braillées par l’autoradio. Au chaud ! On est bien, finalement plutôt content de l’affaire. Notre excursion se conclue le lendemain par un petit tour dans la ville de Tashkorgan, elle aussi située entre de superbes massifs. Allez on rentre à Kashgar, un coup de stop, encore gratos ; ça c’est goupillé, bien joué Gaston ! On s’est vraiment régalé de bout en bout.

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Vive Kashgar, nous remontons sur les bicyclettes satisfaits. Cap à l’ouest, encore et toujours.

Trilogie en Kashgarie, partie 2

Rhouch, rhouch ! Laissez passer, laissez passer !

Marché aux bestiaux de Kashgar6 mars. 11 heures. Nous suivons le flot des charrettes, des tracteurs, des attelages aux remorques chargées de bêtes. Tous convergent vers un capharnaüm grouillant : Marché aux bestiaux de Kashgarle marché aux bestiaux de Kashgar. Chaque dimanche s’y retrouvent tous les paysans et négociants de la région venus pour marchander tout ce qui a quatre pattes et produit du lait. On y trouve aussi les bouchers de la ville venu s’approvisionner en viande fraiche et grasse.

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Marché aux bestiaux de Kashgar, cordonnierNous entrons dans la zone périphérique, alléchés par les odeurs de viande grillée. Nous circulons entre les étals des rémouleurs, des cordonniers, des barbiers. Sur une piste déjà bien foulée par les bottes et les sabots, nous nous mêlons à la foule pour pénétrer au cœur du bazar. Ici, c’est “pousse-toi de là que je m’y mette”, Marché aux bestiaux de Kashgaril faut avancer au pas de course pour ne pas nous faire piétiner et ne pas compter sur les avertissements des conducteurs de charrettes. Ca gueule de partout ; il en arrive de toutes parts et pas seulement des tendres : des taureaux, des vaches, des chèvres, des ânes, des moutonsTâtage de cul de différentes races, des chameaux, chacun tentant de gagner la parcelle qui lui est réservée, mené par son propriétaire. Il faut passer à tout prix. Bêtes et propriétaires s’entremêlent, attendant de faire affaire ; on brasse du billet, on discute les prix, on se raconte les dernières nouvelles du village en petit comité. Les acheteurs potentiels vérifient la marchandise : état de la dentition, densité “postérieure”. Observage de dentitionDans un coin du marché, des dizaines de boules de laine s’alignent et passent une par une entre les mains de “coiffeurs” armés de paires de ciseaux puis en DSC03043ressortent toutes nues (on se croirait dans un dessin animé). Dans ce salmigondis, le va-et-vient permanent des bêtes à vendre et des bêtes vendues maintient une intensité impressionnante.

Marché aux bestiaux de KashgarMarché aux bestiaux de KashgarBrochette de culs tondus

Marché aux bestiaux de Kashgar, chachliksTelles de petites fourmis désemparées, nous nous perchons sur un terre plein nous permettant de contempler la scène d’en haut. Le tableau est saisissant de vie et d’authenticité. Nous avons le sentiment d’être parachuté à une autre époque. Sur un coté du marché, un alignement de tables et de chaises permet à qui veut de se sustenter : chachliks (brochettes traditionnelles), pains fourrés à la viande de mouton, laghman (pâtes étirées), portions de pastèque, soupes en tout genre… tout ce qu’il faut pour conclure de bonnes affaires !

Marché aux bestiaux de KashgarEtals de nourriture : pains à la viande de mouton, gras mais savoureuxRiz, pain et mouton

Un peu plus loin, l’humeur est au “jeu”. Attirés par des attroupements nous nous approchons et nous glissons entre les spectateurs. Contrairement aux Ouïgours agglutinés en cercle ou perchés sur les installations proches pour Marché aux bestiaux de Kashgar, combats de chiensmieux apprécier le show, nous sommes légèrement refroidis : deux chiens type pitbull (j’y connais rien) s’affrontent en duel, encouragés par leurs maîtres à l’affût de leur moindre mouvement. La foule autour s’excite à la tournure du combat, les paris vont bon train, chacun encourage son poulain. Les deux bêtes s’amochent sévèrement, la tête DSC_0518ensanglantée, ils ont la permission de cesser leur duel. Un peu plus loin, déjà un nouveau cercle se crée autour de deux autres victimes, tandis que le nôtre se défait rapidement, laissant apparaître les derniers échanges de billets pariés. Un peu de cruauté en guise de distraction…

Nous quittons le marché aux bêtes de Kashgar brassés et transportés par ce mélange intense de couleurs, d’odeurs, d’impressions. En à peine deux heures écoulées, nous avons le sentiment d’avoir fait un voyage à part entière.

 

Au fait, le chat de la guesthouse d’Urumqi, comment s’appelait-il ?

Pas Indien, pas Elisabeth, pas Adolph, mais presque, c’était le Hitler Cat, c’est malin, pauvre bête !

Trilogie en Kashgarie, partie 1

Nous voilà arrivé dans cette région mythique pour le cyclotouriste. Kashgar, installée entre les massifs des Tian Shan et des Pamir, sise au bord du Taklamakan, immense désert terriblement inhospitalier. Kashgar, cité millénaire à la croisée des routes de la Soie. Ici, les cyclo se retrouvent, venant d’est ou d’ouest, parfois du sud, souvent au terme ou au commencement d’épopées héroïques : la traversée d’un désert plat, aride et interminable, le franchissement de massifs par des cols aux altitudes invraisemblables.

Pour nous, ce sera le départ d’une bonne tranche d’aventure. Mais avant cela, nous nous sommes payés trois bonnes portions de dépaysement. Du rafraichissant, de l’odorant, de l’émerveillant !

Les aventuriers de l’arche perdue.

5 mars. Les rues sont encore calmes, plongées dans la nuit, et pourtant il est 9 heures du matin, mais Beijing time et Pékin est bien loin. En heure locale, il serait plutôt 7 heures, Xinjiang time. Les boulangers remplissent les fours de charbon jusqu’à la gueule, il faut que la chaleur tienne la journée. Quatre petits pains dans le sac, nous grimponsDSC_0439 dans la voiture, “c’est parti mon kiki !” Aujourd’hui nous partons en balade avec l’intention de découvrir l’arche de Shipton, vraisemblablement la plus haute du monde, qui nous a été vantée par Jamie, écrivain auto-stoppeur croisé quelques jours plus tôt à Urumqi en compagnie de Danilo, voyageur allemand. Nous sommes tous les quatre accompagnés par Iman, guide local. Une journée pleine de rebondissements nous attend.

DSC_0463 (2)La première interrogation survient lorsque nous quittons la route principale pour 18 km d’une piste s’échappant vers les montagnes enneigées. Nous apprenons là que notre véhicule n’est pas un 4×4. Il en a pourtant la forme, la taille, les pneus, un genre de 4×4 canada-dry avec … seulement deux roues motrices à l’arrière, le pire pour rouler sur la neige. Mais le chauffeur a des chaînes … mais pas vraiment l’intention de les mettre. Après plantage, poussage, nous nous montrons convaincants. Expédition pour l'arche perdueNous enfilons les chaînes, c’est reparti mon kiki. Rapidement la progression se complique, et les quelques bergers croisés sont assez dissuasifs par leurs indications, et le temps tourne : il est midi passé mais nous nous enfonçons toujours plus avant vers les montagnes jusqu’à buter vers un troupeau de chèvres.

Expédition pour l'arche perdueAprès un temps de réflexion, nous décidons de poursuivre à pied. Il semble que seuls quatre kilomètres nous séparent de l’extrémité de la piste, après quoi quatre autres kilomètres restent à parcourir dans la neige pour atteindre notre but. A confirmer. Nous parcourons la première section en moins d’une heure et, encouragés par ce rythme rapide, nous attaquons la suite confiants. Il faut alors faire une trace dans 40 cm d’une neige assez légère. Apparemment, l’objectif se rapproche et nous sommes toujours dans le Expédition pour l'arche perduetemps. Mais marcher dans la neige fraîche ce n’est pas la même histoire, cela fatigue son petit monde, et la montre tourne. Cependant, nous sommes sur le bon itinéraire, suivis par un local qui confirme depuis l’arrière. Le relief s’accentue autour de nous ; peu à peu, les vallées se resserrent, un vrai décor de cinéma se dévoile sous nos yeux. Cependant, l’épaisseur de neige augmente, dépassant désormais nos genoux. Il est bientôt 16h, plus que temps de faire demi-tour pour retrouver la voiture. Pourtant nous sentons que nous touchons au but.Expédition pour l'arche perdue

Expédition pour l'arche perdueAu fond d’une gorge … des échelles à moitié couvertes de neige. C’est là que le local de l’étape nous gratifie de la surprise du chef. Après avoir marché deux heures derrière nous qui faisions la trace, il nous double pour se poster au pied des DSC03004échelles et réclamer … 20 Yuans (2 euros) par personne, car ces échelles lui “appartiennent”. Comme la montagne sans doute ! Le genre d’intervention qu’on adore. La tournée sera finalement pour notre guide. Nous poursuivons avec impatience. Les échelles alternent avec des goulets étroits gavés de neige dans lesquels il fautMême s'il faut ramper, on y arrivera se contorsionner ou ramper pour éviter de s’enfoncer jusqu’au épaules. Nous nous arrachons encore une demi-heure, puis nous débouchons dans un cul-de-sac. Mais la récompense se tient à notre gauche ; fermant le vallon, se dresse l’arche tant convoitée. Nous tenons notre trophée et, avec lui, le billet de retour.

L'arche de Shipton

DSC_0566 (2)Après quelques congratulations respectives, nous faisons le chemin inverse déjà bien entamés par l’aller. En fin de journée, nous parvenons à la voiture, les pieds un peu … humides. Nous grimpons dans le véhicule, heureux de nous serrer au chaud et de sombrer dans les limbes de la fatigue. Best regards, Mister Shipton, nous l’avons trouvé votre arche.

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L’arche de Shipton cache une histoire digne des vrais récits d’alpinisme. Pour en savoir plus, un peu de lecture.

Melting-pot givré

Un mélange saisissant.

26 février. Urümqi, Urumchi, Wulumuchi, Wulumuqi, Wushi ou comme il vous plaira. Nous descendons du train en provenance de Chengdu, avec, dans nos bagages, tout un univers : les faciès ronds au yeux bridés, pour chapeaux, des casquettes communistes, une langue omniprésente et inaccessible aux idéogrammes indéchiffrables, les temples multicolores, les toits de tuiles, un monde de discipline, de compétition, une cuisine faite de nouilles, de soupes, de riz, une religion omniprésente le bouddhisme, un culte de Mao encore bien présent …

Vue sur UrümqiL’énorme pas de géant accompli grâce au train nous propulse aux confins de cet univers dans une ville devenant le creuset d’un melting-pot fascinant. Urumqi est la capitale d’une immense province, la plus grande par la taille, la plus occidentale du pays, essentiellement un immense désert traversé par les Routes de la Soie : le Xinjiang, la “Nouvelle Frontière”. Ancienne cité-étape de ces routes, Urumqi se trouve enlisée entre des zones désertiques impitoyables, torrides Toute la ville est gelée, des agents armés de pelles un peu partoutl’été comme la dépression de Turpan où le thermomètre peu monter à presque 50°C et glaciales l’hiver comme les Tian Shan, massif où le thermomètre descend allégrement sous les -50°C. Urumqi possède d’ailleurs une particularité géographique assez remarquable. Elle est la ville la plus … réponse plus bas.

By night, ambiance givréeAmateurs que nous sommes, nous y débarquons saisis par un froid sibérien, légèrement habillés, comme nous l’étions au départ. Mais ce sont aussi des odeurs de brochettes de mouton qui nous accueillent et cela résonne comme un son nouveau. En quelques jours nous nous ouvrons à une autre culture. Loin des idées reçues, cette une ville, dont le nom signifie “pâturage idyllique”, est d’une modernité étonnante.  La ruée vers l’or noir en a fait une citée en plein essor, Urümqi, parc publiclargement développée, peuplée de buildings et largement colonisée par les populations de la chine orientale. Mais nous ne sommes pas loin du grand frère russe et le plan de la ville en porte l’empreinte : de larges avenues encadrées de buildings staliniens, une architecture moscovite, des parcs publics où l’ont peut s’adonner aux joies du patinage sur les lacs gelés.

Pourtant elle reste la capitale du Xinjiang, terre des Ouïgours, dont la langue fait le mélange du turc, du russe, du mongol, du chinois, En Français, en Ouigour ou en Chinois ?du kirghiz, de l’ouzbek, de l’ourdou, et de l’arabe. Après avoir été écrite dans l’alphabet latin, elle se calligraphie maintenant avec l’alphabet arabe. On compte en turc ou presque, Bière se dit Pive comme en bulgare, Bonjour se dit “Asalamu aleykum”… Nous tendons l’oreille et les paroles se font plus gutturales,Les pains ouigours, au sésame, aux oigons, ou aux graines de pavos rocailleuses. Sur les enseignes apparaissent alphabets arabes, cyrilliques, idéogrammes chinois. Carrefour, notre enseigne nationale, en est témoin. Les faciès sont multiples, turques, russes, persans ; des visages cuivrés, des yeux ouverts, la moustache est de retour en même temps que des voiles, des toques, des chapkas, des calots musulmans ; dans les rues, les devantures chinoises garnies de baozi alternentLe pulao (riz pilaf), spécialité ouïgoure avec les étals des boulangers ouïgours débordant de pains ronds au cumin ; le mouton est cuisiné à toutes les sauces, garni de riz pilaf ; sur les trottoirs, dans un froid de canard (ou de mouton), les étalages captivent avec leurs dizaines de variétés de raisins secs de noix, des dates, des figues séchées, des pistaches par monceaux ; des minarets apparaissent derrière les tours.

Le pain et son dévoreurUne bonne partie de la population d'Urümqi est OuigourMarrons chauds, maïs, ou patates chaudes... de quoi se réchauffer les papilles par -15°

Loin de nous l’idée de rejeter ce que nous avons vécu peu de temps avant en Chine, au contraire, ce mélange est plein de saveurs, nous offrant mille variations de visages, d’odeurs, de goûts, une multitude de couleurs allant d’une extrémité à l’autre de la palette asiatique et nous sommes plus que conquis par ce mélange. Quel amusement que de voir des couples chinois danser un genre de mazurka sur des vocalises orientales aux rythmes technoïdes. Quel plaisir de voir les inscriptions déclinées dans toutes ces écritures, se laisser saliver avant de choisir le type de cuisine désiré allant d’un boui-boui à l’autre.

A cet instant, tout un univers qui s’ouvre à nous. Nous regardons désormais vers l’ouest, en direction de notre Orient, des pays des Mille-et-une-nuits…

Ah oui, la devinette, on ne va pas vous laisser mariner jusqu’au prochain article ! Déjà que vous avez fait l’effort de lire celui-ci complètement. Et bien, Urumqi est l’endroit le plus continental qui soit, autrement dit, elle est la ville la plus éloignée d’un océan à 2250 km de ??? Et bien c’est la devinette suivante, à vos claviers ;)

Une autre ! Une autre !

Bon d’accord …

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… tentez de trouver le nom de ce chat qui nous a bien fait marrer dans une guesthouse d’Urümqi.

Il faut attendre …

Allez chercher une tasse de café, coupez la radio, installez vous confortablement dans votre fauteuil, le train va partir.

Billet pour 50 heures de galère, 3335 km19h00 pétantes ! Le train s’ébranle avec la ponctualité d’une horloge suisse. Destination : Urumqi à 3026 km de Chengdu notre point de départ, ce qui signifie 50 heures de trajet ininterrompues ; nous allons traverser la Chine du sud vers le nord ou d’est en ouest. Un voyage ferroviaire comme celui-là, nous n’en avons jamais connu, ni d’aucune autre sorte. Mais il vous manque quelques précisions indispensables pour mieux en cerner l’ambiance. Faisons un petit retour dans le temps.

Dès le début de la matinée, nous avons déposé nos vélos et les trois-quarts des bagages au service de fret. Nous les avons accompagné du vœu de les retrouver en l’état et aussi tôt que possible. Puis c’est l’attente. A quelle sauce serons nous mangés ? Le parvis de la gare est une marée humaine en perpétuel remous. Nous observons le ballet des véhicule au dépose-minute … complètement congestionné le ballet ; la multitude des lignes de passagers qui attendent aux billetteries … enchevêtrée la multitude ; les processions dociles s’écoulant à travers les portiques de sécurité … impénitentes les processions. Nous progressons peu à peu dans cette nuée, jusqu’à la salle d’attente, l’avant-dernière étape : patienter derrière les grilles aluminées menant au quai et se positionner pour le galop final. Gare ferrovière de ChengduUn groupe s’ébroue et toute la mêlée s’agite se serrant au plus près de la grille, crispée, espérant le coup de feu. La pression monte. Soudain, une porte s’ouvre, puis deux, puis trois, les fauves sont lâchés. La meute vient s’étrangler sur les barreaux. On rue dans tous les sens, on tire, on pousse, on se cabre. Une fois la ligne de départ franchie, nous détalons jusqu’au quai où le train est déjà pris d’assaut par les hordes de voyageurs en partance.

Désarmés, nos montons dans le premier wagon venu, ou plutôt, nous nous débattons pour y pénétrer et, tournant la tête vers l’allée centrale, nous assistons à une lutte acharnée pour l’espace. Train pour UrumqiL’intelligence collective est définitivement anéantie. Chacun se démène pour transpercer un amoncellement de corps et de paquets d’une densité incroyable. Cinq à six personnes au mètre cube exécutent un gymkhana exténuant. La sueur perle à tous les fronts, certains esprits s’échauffent, on marque son territoire autant que possible. Train pour UrumqiNous avançons péniblement dans la rangée, observant autour de nous : des dizaines de personnes sont debout, les autres agglutinées sur les banquettes. Il nous faut abandonner tout espoir de ne pas sentir un bout de chaire étrangère contre la notre. Il faut attendre un peu, pour trouver notre place. Les gens circulent encore en tous sens. On organise les porte-bagages, on bourre, on tasse, on déplace. Les corps s’agglomèrent en d’oppressantes étreintes. Il faut attendre …

19h00 pétantes ! Le train s’ébranle. Rien ne va changer. Nous renonçons à l’idée de trouver une Train pour Urumqi, départ du trainplace assise dans ce salmigondis, chacune est âprement défendue. Nous qui pensions trouver un espace libre où nous installer, un coin de rangée, un bout de wagon où reposer nos postérieurs, peine perdue ! Nos malheureux tickets de “place-debout” sont tout juste bons à nous offrir de rester debout ! Il faut attendre … Urumqi … dans deux jours … et deux nuits !

A peine le train est-il en mouvement que les tables se garnissent de sacs recelant des trésors pour le voyageur chinois. Yaourts, thermos de thé brûlant, liqueurs fortement alcoolisées, morceaux de viandes graisseuses, cartilagineuses, à sucer, ronger, croquer, biscuits multicolores, graines de tournesol à décortiquer puis crachouiller. Train pour UrumqiD’un côté, on trinque, de l’autre, on nourrit le gamin fesses à l’air. Les blisters passent de main en main : nouilles-minute, pates de poulet ; on se racle la gorge bruyamment, on crache les résidus sur le sol, les emballages terminent à la fenêtre. Un charriot opulent tente de se frayer un chemin dans la rangée obstruée, puis un autre, puis un autre. Et nous jouons la sérénade du piston : accroupi-debout-accroupi-debout. Quelques arrêts en gare sont l’occasion de redynamiser les convections intra-wagonniennes un temps assoupies, tout le monde monte, personne ne descend (à l’occasion, une valise mal calée tente une chute à l’improviste).

DSC02764La nuit s’approche, les cartes sont distribuées. Sur les banquettes, on patiente, on joue, on moule son popotin dans son siège et celui du voisin. Dans la rangée, on se cale, on s’observe,  chacun joue des coudes, des genoux et du postérieur pour dégager sa niche. Une vraie partie d’échecs ayant pour enjeu la liberté des ses propres mouvements. Chacun avance ses pions savamment ou brutalement, c’est selon. Peu à peu, les discussions cessent. DSC_0010Nous maintenons une position à l’égyptienne, les muscles noués, le dos endolori. Le rythme des passages ralenti, offrant un peu de répit pour s’installer : le nombre de coups de pieds reçus diminue. Nous finissons plus ou moins accroupis, pliés en douze, tentant de s’assoupir. La nuit passe par grappes de vingt minutes, en variant maintes fois l’assise. A deux heures du matin, un agent armé d’un haut-parleur se plante au milieu de la voiture, débitant une litanie qui semble ne jamais finir. Quelques passagers maugréent, puis cela prend fin comme c’est arrivé, dans des vapeurs ensommeillées.

Train pour Urumqi, situation normale pendant qu'on rouleAu petit jour, le manège reprend de plus belle : corps, charriots proposant des brouets peu appétissants. C’est aussi l’heure d’aller faire la queue pour les toilettes. Il y en a deux à chaque extrémité du wagon, mais le temps nécessaire aux ablutions matinales de chacun provoque des congestions massives sur les plateformes déjà encombrées par les “voyageurs-debout”. On progresse à pas de fourmi, profitant à l’avance des subtiles fragrances émanant des cabinets. On appréciera tout particulièrement les gougnafiers qui en profitent pour fumer leur clope du matin, sans se presser voyons !

DSC02740Retour au centre du wagon, il faut se faire à nouveau une place, puis attendre, encore … Les trois-quarts du trajet sont à venir (pas de l’article rassurez vous). Les heures s’égrènent lentement, rythmée par les passages des charriots qui, tels des brise-glace, fendent la masse des voyageurs. Les employés rabattent les clients de leur voix stridente. Leur va-et-vient commence à 6h00, cinq passages dans un sens (à plein), cinq passages dans l’autre sens (à vide), on charge puis on y retourne. Et tout cela jusqu’à 23h00. Ils ont du mérite les employés … même si on les maudit.

Train pour UrumqiAu dehors, la terre défile, des zones urbaines sinistres cèdent la place à de grandes landes désertes et rocailleuses, le tout pris sous la chape d’un ciel morose. Le train trace la ligne d’horizon entre ces océans de gris et de beige. Il faut attendre … la prochaine occasion de casser une graine, cela occupe, comme de répondre à l’attention de nos voisins, C'est l'heure de la salade de tomatessusciter les questions, les sourires, les rigolades. La curiosité des Chinois est sans pudeur mais toujours sympathique, presque naïve. Régulièrement, un petit coup de balai dans la rame permet d’y voir clair et de récupérer la partie des déchets qui n’a pas été virée par dessus bord et qui vient joncher le sol. Pas vraiment du luxe ! Pour passer le temps, il y a toujours le rituel aller-retour aux WC, ou bien aller chercher de l’eau chaude à la bonbonne, de quoi maintenir l’activité dans le wagon jusqu’à ce que la nuit approche.

Après le grand déballage des victuailles, retour au calme. A nouveau, on s’imbrique, on se ratatine sur le sol et on ferme les yeux, avec la fatigue accumulée en plus. Nous sommes encore dans la rangée, avec un peu moins d’espace cette fois-ci, DSC02779mais toujours autant de coups reçus ; la nuit est plus longue, plus pénible. Il faut attendre … le réveil du wagon et la première occasion de s’asseoir sur un siège, en particulier grâce à la bienveillance de Li Yan, un de nos jeunes camarades d’aventure. Il se fait vite notre parole malgré son incapacité à aligner deux mots d’anglais et la notre de chinois. Nous mimons, dessinons pour tenter de répondre à la curiosité de l’assemblée qui nous encercle à plusieurs reprises. Au dehors, toujours plus de caillasse, de terre et de désolation. De quoi considérer notre situation sous un jour plus positif : Train pour Urumqi et ça se bat encore pour le bout de grasdans le train, il fait bon, on peut se nourrir, les km s’accumulent rapidement. De l’autre côté de la vitre, un froid de canard, aucun signe de vie et des distances démesurées. Il faut attendre … la prochaine halte prétexte offert à la moitié masculine du train pour aller s’intoxiquer consciencieusement sur le quai. Pour l’autre moitié, un laps de temps salvateur durant lequel on se lève, on s’étire, on s’étend, on se distend.

Le train stoppe à Turpan. Cela ne vous dit, rien, mais pour nous cela signifie un changement radical. Plus de la moitié des voyageurs se bouscule à la porte du wagon, laissant quantités de places inoccupées. De plus, il ne reste que deux heures de trajet. Qui descendra le premier ??La fin du marathon s’approche à grands pas. Nous goûtons à ces derniers moments dans le train avec un plaisir de pacha : nous avons une banquette pour deux, nous pouvons circuler librement dans l’allée. Une dernière surprise nous attend. Quelques dizaines de kilomètres avant la destination, le paysage blanchit radicalement, le froid s’abat violemment sur le pays, pénétrant jusqu’à l’intérieur de la voiture. Les derniers occupants du train se couvrent chaudement, les capuchons sont de sortie. Nos voisins rient doucement en observant nos accoutrements d’estivants. De fait, à peine descendus, nous grelottons, la vapeur gèle sur les moustaches, nous sommes scotchés par le froid glacial qui nous accueille.

Bienvenue à Urumqi, – 20°C !

Va donc, eh, patate !

DSC02645Ahh, la Chine, ses routes, ses chantiers, ses camions, ses chauffards. Dans cette circulation d’engins crachant leur épais nuage noir, comment ne pas vous parler de la circulation et des méthodes de conduites chinoises? Il faut les voir doubler dans n’importe quelle situation : virages, côtes, rétrécissements, qu’il y ait quelqu’un en face ou non, ou bien stationner où ça les arrange, dans des endroits les plus invraisemblables, ou les plus dangereux, et bien souvent juste devant nous, s’engager sur la route sans donner le moindre regard sur les véhicules pouvant potentiellement déjà circuler (c’est une vérité frappante !), Et un peu de Kartprendre une voix en contre sens parce que c’est surement plus pratique ainsi… Entre les deux roues qui circulent en tout sens, très confiants ou inconscients, les taxis qui, imperturbables, suivent leur objectif à toute berzingue comptant sur la courtoisie des autres pour éviter tout carnage, et de tous les klaxons ou ”virez de là j’arrive !” émis par chacun d’eux, croyez nous c’est l’instinct de survie qui nous fait nous en sortir vivant !

Chengdu

Leur “mélodieuse sonnette au doux chant” incessant ? On vous en a déjà parlé ? Vous-êtes sûrs ? Pas grave, on r’met ça ! On en rajoute une couche, car de leur coté, ils ne lésinent pas à ce sujet, et ils n’ont pas besoin d’être nombreux pour user nos nerfs. Sans parler du nombre de décibels certainement interdits en France tellement c’est assourdissant et pouvant, à coup sûr, causer l’arrêt du cœur. Tout prétexte est bon pour actionner leur monstrueuses alarmes par l’intermédiaire d’une manette trop accessible et trop facile à enfoncer. On vous donne quelques motifs “justifiant” de tels agissements :

  • Prévenir qu’ils arrivent juste avant un virage, ok, on est d’accord c’est aussi pour notre sécurité. Compter en moyenne 3 coups de klaxon.
  • Prévenir qu’ils arrivent et qu’en tant que cyclistes, nous ferions mieux de ne pas trop prendre de place sur la chaussée. Compter en moyenne 5 coups de klaxon, avant, pendant et après nous avoir doublés.
  • Nous saluer, nous féliciter, ou nous encourager. Là nous sommes partagés entre les engueuler et leur sourire pour les remercier. Compter en moyenne 2 coups de klaxon.
  • Pour écarter de leur chemin chiens, poules, vaches, cochons, chèvres, ou autre spécimen à pattes. Compter seulement 1 coup de klaxon, mais qui dure plus ou moins longtemps en fonction du temps de réaction de l’individu. Et quelques fois, c’est long !
  • Pour écarter de leur chemin les nombreux piétons qui, en ville,  traversent la route sans se soucier le moins du monde de la circulation. Compter seulement 1 coup de klaxon, mais qui dure plus ou moins longtemps en fonction du temps de réaction de l’individu. Et quelques fois, c’est long !
  • Pour saluer le conducteur qui vient en sens inverse. Compter seulement 1 coup de klaxon, là, ils sont sympa.
  • Pour rien, juste comme ça. Compter 1, 2, ou 3 coups de klaxon, c’est suivant l’humeur du moment.

ChengduAlors ? Un petit pétage de feuilles et de nerfs en vélo sur les routes chinoises, ça vous dit ? Pour peu que vous soyez dans une situation conjuguant les 7 cas ci-dessus, soyez parés de vos boules Quiès pour ne pas succomber aux 16 coups de klaxon provenant de l’unique véhicule qui vous double ! De plus sachez que les boules Quiès protègent les tympans, mais pas les nerfs !!!

Alors c’est peut être plus sécurit d’avoir reçu un bon enseignement du code de la route tel que le notre, mais ce qui est sûr c’est que circuler en leur compagnie nous rend étrangement nerveux, au point de les traiter de toutes sortes de noms d’oiseaux.

Tien-tien et Manou au Sichuan

10 février. Luding. Nous voici donc en selle. Le temps est maussade et ce début de vallée qui doit nous donner accès au Sichuan tibétain n’est vraiment pas très plaisant. Si l’article précédent vous a dépeint un tableau peu reluisant de notre passage ici, il convient de vous livrer les quelques trésors que nous y avons amassé.

En chemin vers Kangding, une "petite" famille d'accueilDont acte. Nous nous échappons de cette “zôôône” et empruntons un chemin de traverse pour monter vers Kangding. En route, nous sommes hébergés par une grande famille. Une adresse très chaleureuse, idéale pour goûter les pates de poulet au piment et la soupe sucrée d’œufs pochés en guise de petit déjeuner. Nous repartons, l’estomac quelque peu brassé, mais nous engrangeons les dénivelées à mesure que nous perdons des degrés Celsius. Partagés entre le froid de plus en plus mordant et l’effort source de transpiration, nous finissons notre ascension avec bonnet, gants, écharpes aux extrémités et T-shirt détrempé sur le dos. Un vrai bonheur, de quoi attraper la mort comme on dirait dans les chaumières.

La ville de Kangding n’est pas particulièrement charmante, mais nous y sentons se rapprocher le Tibet. Nous n’y trouvons pas Tintin mais le reste y est : quelques maisons traditionnelles, des drapeaux à prière s’effilochant sur toutes les montagnes alentours et deux monastères imposants perchés aux abords de la ville. En pénétrant dans le temple Jingang…. nos yeux s’écarquillent et nous nous empressons de faire tourner les moulins à prière. Un bâtiment massif trône devant une large cour sous un ciel rayé par les drapeaux multicolores.

Temple JingangTemple JingangPrès du temple Jingang

Il renferme en son sein … un bouddha, entouré de décorations à profusion. Nous ne boudons pas notre plaisir à déambuler dans les coursives, mais l’endroit est étrangement calme, comme déserté. Seule une vieille femme maintient activement la rotation d’un gros moulin, creusant inlassablement le sillon qui l’entoure tout en l’accompagnant de prières.

Dans le coeur du monastèreNous poursuivons nos découvertes au monastère Nanwu, principale lamaserie de la région. Guidés par un murmure grave et régulier, nous pénétrons au cœur de l’édifice. Un moine nous invite à pousser la porte, puis il soulève une large tenture et nous introduit dans la pièce centrale du monastère. Une atmosphère solennelle nous enveloppe et nous transporte dans nos Mesdames et messieurs, le gong !bande-dessinées d’enfance. Osant à peine, nous sommes encouragés par les sourires et les signes de tête. A pas de velours, nous longeons les murs et prenons place discrètement sur quelques cousins. Au centre, les moines sont réunis en une large assemblée. Il portent les Moine Gelugpabonnets jaunes typique de la secte des Gelugpa, le principal courant du bouddhisme tibétain. Le gong vient rythmer les prières monocordes qui résonnent, psalmodiées par les voix graves des moines et soutenues par le son de la corne. Un dernier coup annonce la fin de la cérémonie. Tout le monde se précipite à l’extérieur pour se distraire, se sustenter, les jeunes plaisantent et se prêtent aux portraits, les téléphones mobiles sortent des robes. Cet univers de sacré n’est pas, lui non plus, épargné par la modernité.

DSC_0829Kangding est à 2600m ; le lendemain au réveil, partagés entre stupeur et excitation, nous découvrons les rues couvertes d’une mince couche de neige. Il nous faut faire 20 km d’une descente “rafraichissante”. Nous nous calfeutrons : doudounes, gore-tex, moufles et cagoules. Echaudés par quelques glissades passées, nous effectuons nos premiers coups de pédales sur la neige. A peine sortis de la ville, la routes est à nouveau sèche et à peine plus bas, la fraîcheur bien supportable. Pas de quoi fouetter un chien en définitive.

13 février. Danba. C’est pour nous le deuxième pont avec la culture tibétaine. Après un arrêt au poste de soudure local (c’est ça d’être un lourd), nous circulons dans les montagnes environnantes. Une jolie balade à travers les villages traditionnels qui se composent de solides bâtisses ; de vraies petites forteresses assorties de leurs tours de guet, des maisons au toits plats et crénelés, bâties avec des pierres massives, chacune soigneusement ornée de boiseries peintes en de multiples couleurs.

Tours de guet de SuopoFenêtre tibétaineDSC_0857

On sent qu’elles sont conçues pour tenir le siège face à l’hiver rigoureux. Dans une guesthouse, on nous offre le couvert. Le lendemain, quittant la ville, nous sommes surpris par une procession : toute la panoplie des costumes tibétains défile devant nous, au pas. Quelle en est la raison ? Mystère, mais nous sommes ravis de cette profusion de chapeaux, de fourrures, de broderies, de colifichets.

Procession tibétaineProcession tibétaineProcession tibétaineProcession tibétaine

Sur la route vers JinchuanNous roulons encore quelques jours, allant de chortens (stupas tibétains) en temples, stoppant dans des villes où nous faisons, à chaque fois, office d’attraction locale. Le dialogue s’établit toujours difficilement mais surtout avec la jeunesse Sur la route vers Ma Erkangqui s’essaie alors aux bribes d’anglais étudiées. Ou bien, nous rencontrons une professeur d’Anglais dont le niveau (pas vraiment meilleur que le notre) et l’accent à couper au couteau nous causent quelques difficultés. Et pourtant, ici, elle a clairement sa place, affichant une maîtrise de la langue de Shakespeare bien supérieure à la moyenne.

C’est là que nous vivons nos premières tribulations avec la police chinoise. Sur la route, un demi-tour nous est imposé pour cause d’enregistrement obligatoire au village précédent. Revenir en arrière, difficile à accepter pour le cycliste, mais la manoeuvre est de courte distance et le fonctionnaire se fait largement pardonner par la suite en nous offrant un roboratif repas de midi. Et oui, on ne se refait pas. Le soir même, à Ma Erkang, c’est la fin des réjouissances, la police locale nous fait tourner en bourrique pendant des heures pour tenter de nous trouver un hôtel à chaque fois bien trop onéreux. Nous ne sommes pas des touristes chinois que diable !Même en hiver il y a de quoi se nourrir Une fois débarrassés de leur encombrante compagnie, nous trouvons ce qu’il nous faut en moins de dix minutes. Mais ce n’est pas finit. Le lendemain, nous avons de nouveau à faire à eux car nous devons prolonger nos visas. Peine perdu, LE fonctionnaire en charge ne travaille pas ce jour là, il suffit de revenir le lendemain et de patienter une petite semaine. Quand on connait le charme bétonnesque de la ville, on forme vite le projet de déguerpir pour aller se faire prolonger ailleurs ! Mais, mais, mais … il nous rattrapent peu avant de partir : il faut se faire … enregistrer avant de partir. DSC02618OK, photocopies, blabla, allez, on se tire. Ah oui mais non ! Quoi encore ? Pas possible de prendre la route jusqu’à Chengdu, elle va être fermée dans deux jours, donc il faut attendre la réouverture, c’est à dire … mi-avril !!! QUOI !!!!! Ou bien, prendre le bus … ah bon, ben on va plutôt rester deux mois à Ma Erkang à faire connaissance avec la police locale et tailler le bout de gras trempé dans une soupe de nouilles. Allez, jette ton vélo dans la soute, ON SE CASSE !

Dégats du tremblement de terre de 2008Bon, la fin de cette aventure Sichuanesque nous laisse un peu sur notre faim. Calés dans le car, roulant vers Chengdu, nous ruminons nos envies de revenir pédaler vers ces hauteurs. Peu à peu, nous nous prenons à apprécier le départ précipité : la route que nous devions emprunter et qui défile sous nos yeux est défoncée, et la vallée complètement chamboulée par le tremblement de terre dévastateur de 2008. Ils n’avaient peut-être pas tort ces messieurs de la police …

Pour conclure, nous passons une semaine au chaud, à Chengdu, chez Dhane Blue un couchsurfer patenté et en compagnie de Margo et Ben, deux autres cyclotouristes, à se faire des gueuletons d’enfer : petit déj’ gargantuesques,Alentours de Chengdu pour une balade à vélo avec Margo et Ben repas crêpes, pizzas maisons, chili con carne… et à faire un peu de vélo et quelques messages sur le blog pour vous. Quand même ! Dernier fait d’arme dans la région, acheter des billets de train pour nous et nos vélo à destination d’Urumqi, dans le grand nord-ouest. Et là c’est du lourd ! Mais … patience … éhéh …

 

Au fait, la devinette ?? Dans la bonne souplette (voir un petit tour en cuisine), il y avait :

C'est quoi ?Alors ?Et oui ! Ca vous dit de ronger les ongles ?

Et oui, ce sont des pattes de poulet, ils adorent ça les chinois, mais pas nous !

 

PS : Manou pardonne nous ce petit emprunt en titre d’article ;)

Dans le pire du milieu

“Vos photos, elles font voyager …”. On ne se lance pas des fleurs, c’est vous qui le dites, enfin vous êtes nombreux à nous complimenter et c’est vrai qu’on les aime bien nos photos. Mais vous imaginez bien qu’on ne va pas vous montrer toutes les horreurs que l’on croise, et pourtant, ça ne manque pas. DSC_0040Alors pour une fois, on vous montre l’arrière-cour du voyage, parce qu’ici, dans l’empire du milieu, on a trouvé du lourd dans l’affreux !

Tout d’abord, le contexte: le Sichuan, cette région sur les contreforts de l’Himalaya avec, à l’est, Chengdu sa capitale et à l’ouest, de hautes montagnes qui s’étendent jusqu’au Tibet. Nous avons choisi de pédaler à la lisière entre les deux pour rester dans les limites du raisonnable : c’est l’hiver, ça pelle, pas question de monter à 4000 mètres ! Imaginez des lacs, de hautes plaines, des rivières azurées entourées de sommets dépassant 6000m, embrassés par un ciel d’un bleu profond. Imaginez des centaines de villages et de temples tibétains disséminés dans les vallées, des troupeaux de yaks dispersés dans de vertes prairies, des moines en tuniques rouges safran, des hommes et de femmes vêtus de leurs habits et de leurs coiffes traditionnels aux couleurs vives. Dans ce cadre magnifique ayant inspiré grand nombre de poètes et de chanteurs chinois il y a bien des années, les temps modernes ne semblent pas vouloir préserver cet environnement tel quel.

Nous voici à Xichang, une “petite” ville du Sichuan au sud de Chengdu. Le bus part pour Luding, un peu plus au nord. Le temps brumeux et humide ainsi que les portions de route esquintée nous font apprécier de parcourir ces kilomètres dans un bus. Dans un cadre plutôt hostile, nous reprenons nos vélos pour entamer la deuxième partie de notre voyage dans cette région. Sur les routes du Sichuan, en direction de DanbaAux pieds de montagnes de plus en plus hautes, nous remontons la vallée de la Dadu He. La vue est inoubliable ; pas le genre de paysages devant lesquels nous nous arrêtons pour en apprécier tous les détails, mais plutôt ceux que le touriste cherche à éviter. Dans une grisaille bien installée, une succession impressionnante de chantiers tapisse le fond de la vallée la faisant ressembler à un bac à sable dévasté après le passage des enfants.

Des véhicules de chantiers œuvrent dans tous les sens poursuivant des objectifs encore insaisissables. Quelques chantiers de barrages ponctuent régulièrement les cours d’eau. Des “villages-provisoires” faits de rangées de cabines démontables, Dans la belle vallée de Shimianainsi que de nouvelles villes aux immeubles de béton sont installés un peu partout. Au milieu de ce chaos, de nombreuses portions de routes en construction serpentent d’une rive à l’autre de la vallée, perchée de temps à autres sur d’immenses pilotis, traversant consciencieusement et à maintes reprises les grosses montagnes environnantes. Celles-ci aussi semblent souffrir de ces aménagements dévastateurs :Sur les routes du Sichuan, en direction de Danba quelques pans entièrement raflés, des tunnels qui semblent percer chaque versant de façon aléatoire ! … Haaaa… les tunnels ! … Vous vous imaginez le subtil plaisir avec lequel nous enchaînons les portions de bitume dans ces tubes trop nombreux et encore inachevés. Nous nous engouffrons dans ces bouches sombres peu éclairées, prêts à respirer une bonne dose de carbone saturée de poussière. Sur les routes du Sichuan, en direction de DanbaL’impression de perdre des heures de vie à mesure que nous respirons est vite relativisée lorsque nous croisons quelques employés balayant quotidiennement la chaussée de leurs immenses balais ou grimpant sur leur échafaudage pour achever de construire des bifurcations du monstre souterrain. A peine sortis de l’un d’entre d’eux, nous nous engouffrons à nouveau dans un autre quelques mètres plus loin. Nous sommes écœurés de voir à quel point ce bout de nature a pu être ravagé !

DSC_0095-1Après avoir parcouru plusieurs dizaines de kilomètres nous sortons enfin de cette crasse pour découvrir avec bonheur de beaux villages traditionnels tibétains. Mais le pouvoir chinois a envahi le Tibet il y a plus de 60 ans, et, si nous l’avions oublié, la seule traversée de cette zone DSC_0096périphérique nous le rappelle en permanence : de nombreux drapeaux rouge avec faucille et marteau sont brandis au sommet des habitations et de nouvelles constructions inesthétiques prolifèrent, tentant souvent avec maladresse d’imiter le style Tibétain.

Ceci n’est pas un portrait très flatteur de l’endroit. Pourtant, nous avons pu y goûter la richesse et la magnificence de la culture tibétaine, mais seulement du bout des lèvres (on vous en parle dans quelques jours). De quoi nous insuffler une sévère envie de revenir, sans tarder, pour explorer les terres plus reculées. Peut-être en été ;)