Où sommes-nous

Au Cambodge en famille, par Marie-Jo

Pour cet article, nous laissons la plume à Marie-Jo.

Manon & Etienne partent un an. Cela risque d’être long pour nous alors nous décidons vite de profiter de l’occasion pour les rejoindre à mi-parcours. Ce sera pour nous, Olivier, Rachel, Nicole, Marie-Annick, Bruno et moi, un grand voyage. Le rendez-vous a été fixé à Siem Reap, ville inconnue de nous tous avant que Manon & Etienne nous disent que c’est la ville de séjour de tous les touristes qui visitent Angkor.

DSCN6936 28 décembre. Arrivée au petit aéroport de Siem Reap, premières impressions : Manon & Etienne nous attendent, bronzés, en pleine forme ; grand soleil, des arbres en fleurs, de nouvelles odeurs. Trois tuk-tuk nous emmènent dans une guesthouse confortable et accueillante à huit dollars la nuit. Nous sommes d’emblée dans un autre monde. Seules les guirlandes électriques et les sapins de Noël qui décorent les magasins et les hôtels nous rappellent que nous sommes à la fin décembre et qu’en France, c’est toujours l’hiver.

Les trois premiers jours sont consacrés à la visite d’Angkor, glorieuse capitale de l’empire Khmer pendant 500 ans. Deux millions de visiteurs par an. Nous essayons d’ éviter la foule. Ce ne sera pas possible pour les temples les plus visités comme celui d’Angkor Vat, mais l’émerveillement devant tant de beauté et de talent artistique nous fait vite oublier que nous ne sommes pas seuls.

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DSC01506Seuls les chinois et les japonais qui prennent systématiquement la pose devant tous les monuments nous agacent un peu. Nous découvrons aussi sur le site d’Angkor des centaines d’enfants qui nous assaillent avec des cartes postales, des livres ou des foulards à vendre. Difficile de résister. Nous finissons par leur acheter quelques bricoles.

PSE : distribution de riz aux familles en compensationQuelques jours plus tard nous retrouvons cette situation à Phnom Penh et nous apprendrons par quelques associations de défense des enfants qu’il ne faut surtout pas encourager ces pratiques. Ces associations se battent pour les sortir des rues et les scolariser. Pour cela il faut aussi “dédommager” les parents de ce manque à gagner en leur donnant de l’argent et du riz. Il s’agit bel et bien d’une situation d’exploitation des enfants avec maltraitance possible en cas de gain insuffisant.

DSC_0098Cette mendicité omniprésente dans les grandes villes du Cambodge nous interroge. Les deux associations que nous avons rencontrées (“Pour un Sourire d’Enfant” et “Child Save”) et qui gèrent chacune près de 2000 enfants peuvent redonner de l’espoir. Mais le phénomène a l’air de s’étendre, alors que les 4X4 flambants neufs prolifèrent dans le pays. Ce genre d’inégalités nous révolte mais nous gardons un sentiment d’impuissance.

Le Cambodge est en fait un pays qui a du mal à se relever d’une longue période de guerre suivie d’une tragédie ou la folie et la cruauté ont atteint l’inimaginable. Entre 1975 et 1979, les Khmers rouges ont exterminé, directement en torturant et assassinant et indirectement par la déportation et le travail forcé, plus de deux millions de leurs concitoyens, le tiers de la population cambodgienne à l’époque. Pour tous les gens de notre génération, cette histoire est très présente dans nos mémoires : une longue guerre menée par les Français, puis les Américains ; les Américains mis au ban de l’opinion mondiale perdant la guerre au Viet-Nam et au Cambodge ; les Khmers Rouges entrent dans Phnom Penh. Suivra ensuite la désillusion pour les gens de gauche en Europe, une inquiétude grandissante sur ce qui se passe à l’intérieur du pays désormais fermé à tous les étrangers. Les témoignages des rares Cambodgiens qui ont réussi à franchir les frontières sont alarmants. L’évidence est arrivée lors de la libération du pays par les troupes vietnamiennes : les Khmers Rouges ont commis dans leur propre pays une abomination, un auto-génocide.

Phnom Penh, S21 ou Tuol SlengPhnom Penh, S21 ou Tuol SlengPhnom Penh, S21 ou Tuol Sleng, "Ne pas rire"

Après Siem Reap, notre passage à Phnom Penh devait obligatoirement comporter une visite du musée du génocide : S21, un ancien lycée que les Khmers Rouges avaient transformé en centre de torture. La visite fut rude mais nécessaire. “Plus jamais ça” avait-on dit après la découverte des camps de concentration nazis. Ce ne fut malheureusement pas le cas, il faut toujours garder à l’esprit que les êtres humains sont capables du pire.

Nous voulons rester optimistes, le Cambodge peut se relever en s’appuyant sur l’activité touristique, une des principales ressources du pays. Nous avons été touchés par ce peuple attachant, au passé prestigieux, puis douloureux qui peine à se reconstruire.

Nouvel an familial à Siem Reap

En voilà une belle bande de touristes ;)