Où sommes-nous

Retrouver la valeur des choses

Partir et voyager à vélo, c’est se donner le temps d’aller lentement, de porter sur notre environnement un regard différent, de visiter un pays avec ses attractions touristiques ainsi que le reste, souvent moins attirant, En approchant de la Cappadocemoins spectaculaire, moins charmant, mais qui est souvent plus proche de ce qui en fait sa réalité quotidienne. Ainsi, avant de pénétrer dans un lieu féérique, nous avons le temps de nous imprégner de ses abords, banlieues industrieuses et délaissées pour les grandes villes, Paysans du coinrues cernées de garages auto, un peu comme si le village duquel nous approchons n’avait pas encore lavé ses mains pleines de cambouis, décharges à ciel ouvert qui brûlent sur les bas-côtés de la route. DSC_0619Nous pouvons aussi nous imprégner de la campagne et de sa douceur, plus calme, moins tape-à-l’œil, que le spot mondial qu’elle recèle. Pas de cars de touristes, pas de baraques à souvenirs made in China, souvent des larges étendues cultivées, Dans les rues de Diyarbakırparfois couvertes de coquelicots si nous pédalons au bon moment. Nous traversons aussi tant de ces petits villages, où seule une mosquée pourrait faire figure d’attraction. Dans la campagne de CappadoceMais, bien souvent, l’intérêt n’est pas là, il se trouve dans les scènes que nous chapardons depuis nos selles, trois gosses qui tapent dans un ballon crevé, une femme qui transport son paquetage en longeant les murs des ruelles, Ekmek, du vrai pain, à nouveauun groupe d’hommes assis sur des petites chaises et partageant le thé, les boulangers qui préparent le pain et dont l’échoppe exhale un fumet tentateur, Entre Varzaqan et Kharvanala vue lointaine de silhouettes courbées sur les cultures, le capharnaüm matinal autour d’un marché, un môme campé sur son âne et qui d’un œil surveille son troupeau tandis que de l’autre, il vous observe passer, hilare bien qu’un peu dubitatif. Et tous ces sourires, tous ces Salam ou autre.

Hello MisterDans les rues de Diyarbakır

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Avant de se séparerIl y aussi le plaisir de croiser un-e autre cyclo qui bien sûr passe dans l’autre sens, de stopper sa course pour quelques instants ou un peu plus, apprendre qui elle ou il est, sa provenance et sa destination, un petit bout de son histoire, échanger deux trois infos utiles, quelques combines, se refiler des morceaux de cartes. Salut JérémieParfois, on trouve le temps de le partager, préparer le repas ensemble, boire une bière en terrasse, visiter le château du coin, apprendre à faire des crêpes en camping. Le temps d’espérer que la rencontre se fera à nouveau, un peu plus tard, dans un avenir semblable ou plus sédentaire. Là encore, la simplicité donne la saveur.

Compagnon de route éphémèreApprentis cyclistes

De temps en temps, nous retrouvons un peu de confort, un certain luxe. Lorsque on bouge tous les jours, on pose sa tente un peu comme cela chante, souvent avec bonheur, mais la toilette est des plus rudimentaires : Camping prés de Yowlagaldiun gant savonneux, quelques litres d’eau froide et on expédie. Alors comment décrire le bonheur de sentir l’eau brûlante de la douche alors qu’on vient de se faire rincer sur les derniers kilomètres ? Cette douche-là vaut tellement plus que les autres, ou plutôt, nous rappelle la chance que c’est de l’avoir à domicile. Comme de pouvoir entrer dans sa cuisine, ouvrir son frigo, y choisir les ingrédients pour le repas du soir. Se glisser dans les draps de son lit sans avoir à soufflerToilette, à l'abris des regards indiscrets dans le matelas pour ne pas sentir les cailloux dans le dos. Poser son postérieur sur le trône sans s’inquiéter de son hygiène intime, être assis plutôt qu’accroupi. S’assoir autour d’une table si possible en bonne compagnie. Bien plus que ça, pouvoir appeler ses amis et sa famille quand on veut pour se retrouver et passer du temps ensemble !

C’est sûr, tout n’est pas rose chez les cyclos. Il y a les galères, les incidents, les pneus crevés alors qu’on en a ras la casquette. Il y a ces montées interminables, ces routes vraiment dégueulasses Au moins un yak, ça ne crève pas !où il n’y a rien mais rien à voir, les camions infectes qui trimballent des yaourts sur des millions de kilomètres, les imbéciles qui veulent vous écrabouiller comme un vulgaire canidé. Il y a les regards suspects, les odeurs de poubelle, les nuits sur des terrains pourris. Puis aussi le quotidien qui des fois vous pèse en même temps que de penser à tout ceux que l’on sait laissés à la maison. Alors on lève le casque, on regarde la route un peu plus loin devant, on jette un œil sur la carte et on voit que la route n’est pas si longue. Alors profitons encore de ces derniers kilomètres de lenteur avant que tout ne s’accélère…On va là où il n'y a plus de neige

8 commentaires pour « Retrouver la valeur des choses »

  • reygrobellet

    c’est vrai, votre retour est proche et nous sommes aussi impatients que vous de vous retrouver à nos côtés.
    Impatients, c’est certain… mais pas nécessairement pressés, puisque votre arrivée marquera le terme de cette première aventure. Le terme aussi du plaisir chaque fois renouvelé de vous lire à 11 heures du soir avant d’aller se coucher, après une grosse journée de boulot ou un beau week-end.
    En définitive, nous aimons vous savoir proches mais aussi lointains car vous nous avez largement prouvé que la distance n’éloigne pas forcément. Belle réussite !

    Bises, à bientôt.

    Jean-Philippe

  • Marie-Jo

    des galères, on n’en doute pas !!! mais, avec notre petite expérience de cyclotouristes, le sentiment qui domine quand on vous lit, c’est l’envie. Merci de nous avoir fait partager toutes ces ambiances. Et … à tout de suite !

  • Marie-Hélène

    bonjour, chers cyclos.
    je viens de rattraper mon retard dans la lecture instructive et si agréable de vos articles … et toujours cette envie provoquée par vos textes et vos photos, de découvrir un jour ces sites merveilleux et leurs habitants. Merci pour ces beaux instants d’évasion avidemment lus après une (rude) journée de labeur!! et puis c’est comme une impression de ne pas vous avoir quittés durant tous ces kms!
    Un grand merci aussi pour votre carte expédiée d’Ephèse!
    Votre grand périple touche à sa fin, et avec lui ces moments de lecture… mais heureuse de pouvoir bientôt vous faire une bien grosse bise pour de vrai!!
    à trrrrrrrès bientôt!
    marie-h

  • Laurent du ski

    Bonsoir à tous les deux. On sent poindre une certaine nostalgie à l’idée du retour. Comme on vous comprend. en dépit des galères er des toilettes pas propres quelle belle aventure. Nous aussi nous sommes tristes de voir bientôt cette petite lucarne vers un ailleurs se refermer. Cette fenêtre qui nous donnait un peu l’impression de voyager et de découvrir avec vous des endroits ou des moments insolites comme le rap dans le bus d’étudiants au pays des Mollahs!! Un grand merci encore pour ces échanges et à très bientôt.
    Laurent et les cafistes qui boivent régulièrement une bière en pensant à vous

  • Xavier et Maude

    encore un article qui me touche beaucoup tant je partage vos écrits. pour en avoir déjà parle ensemble, vous savez combien j aime a penser que le voyage aide aussi a savoir ce qu’on a et apprécier peut être encore plus la vie quand on ne voyage pas. si cet article ressemble a une conclusion, je la trouve belle et je vous souhaite du fond du coeur de vivre avec autant de passion, d’enthousiasme et de sens du partage les nouvelles aventures qui vous attendent, celles parfois aussi belles et simples qu’on ne sais plus les savourer.
    merci merci pour avoir tenu ce blog du bout de ce petit clavier au fond de la tente lorsque la batterie flanchait !

    Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l’un pour donner, l’autre pour recevoir.(goethe)

    …et j’ai parfois eu l’impression d’être sur le porte bagage !

    a très vite !!!

  • Berrnard Plaisantin

    Manon, Etienne,

    Bravo, Bravo, Bravo.
    Quelle belle philosophie sur votre voyage. Merci d’avoir pris le temps de nous adresser une carte d’Ephèse que nous avons visitée il y a 2 ans lors d’un pélérinage sur les pas de St Paul, mais dans des conditions plus confortables que celles que vous avez choisies.
    Quelle belle leçon vous nous donnez.
    Nous vous embrassons et serons heureux de vous retrouver.

    Hélène et Bernard

  • Et la bonne petite raclette qui se rapproche qui se rapproche qui se rapproche…. hein?

  • Etienne (Guillier)

    Salut Manon et Etienne.

    On pense à vous qui devez remonter l’Italie. Je pense pas que ce soit la meilleure partie du voyage. On se demande quand est ce que vous revenez sur Lyon. Si il y a quelque chose d’organisé ? Nous on part vendredi en Inde mais on est sur Sainté Lyon ces jours-ci.

    Bon courage pour la suite. A bientôt.
    Etienne et Amélie.