Où sommes-nous

Le pigeon voyageur et les singes chapardeurs d’Ulu Watu

2 novembre. Journée d’attente à Denpasar, avant le départ pour Singapour. Libérés des vélos, nous profitons de ce dernier jour à Bali pour nous rendre au sud de l’île, au temple d’Ulu Watu. Un des monuments importants de l’hindouisme balinais bâti au-dessus d’un a-pic rocheux d’une centaine de mètres. En bas, les rouleaux viennent se fracasser sur la paroi abrupte. L’endroit est magnifique, offrant contrastes entre la mer bleu azur et la roche noir, entre le grondement du ressac et le calme du temple, entre la verticalité de la falaise et l’immensité de l’océan qui s’ouvre. Décrit comme cela, rien à redire, même les touristes se font discrets. Alors, qu’est ce qui cloche ?

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Une fois de plus, la combinaison d’un tourisme excessif et de la cupidité humaine. Une bande de singes habite les lieux, sans doute depuis belle lurette. De petits singes, pas vraiment impressionnants, à peine 50 cm de haut ; les plus jeunes d’entre eux seraient même attendrissants, “mignons” diraient certaines. Sauf qu’il ont une fâcheuse tendance à vouloir attraper tout ce qui dépasse du touriste, mais nous sommes prévenus, pancartes, mises en garde orales à l’entrée. Bref, nous ne risquons pas de nous faire avoir, nous sommes avertis. Nous nous approchons prudemment du groupe de singes quand  l’un d’entre eux saute d’un arbre par surprise, se retrouvant sur le cou de Manon et lui attrapant la chevelure. In extremis, elle parvient à s’extirper de la prise sans perdre quoi que ce soit dans la bataille. Aucune griffure, pas de bobos, juste une belle frayeur. Nous regroupons nos affaires et gagnons une situation mieux protégée, pas question de se faire avoir une deuxième fois.

La deuxième fois, ce sera pour les japonaises de service qui se pointent alors. Malgré les avertissements, elles sont complètement gagas devant les petits quadrumanes. Il faut avouer que c’est facile, pourtant, nous ne sommes pas vraiment des amis des bêtes. Comme vous l’imaginez, se produit alors l’inévitable, un petit malin a fait discrètement le tour des touristes, grimpe sur une barrière, puis se projette sur sa victime lui ôtant son couvre-chef, un chapeau de paille bon marché. La propriétaire ne semble pas s’inquiéter outre mesure de cette perte, au contraire elle s’en amuse beaucoup engrangeant force clichés au passage. Une bonne histoire à raconter au retour (pour nous aussi d’ailleurs).

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Puis vient le tour des européennes, les femmes étant manifestement les proies favorites de nos chers cousins. Mêmes conditions, même effet, cette fois c’est une paire de lunettes de vue qui y passe, et le vol se fait sans délicatesse : la monture déformée, un verre perdu. Un peu plus tard, c’est une petite fille qui y laisse sa paire de tongs. Et la liste doit s’allonger pendant que nous palabrons.

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Alors couronnons le tout. Un endroit relativement touristique, un lieu de culte important pour les Balinais (qui subissent les mêmes désagréments), comme se fait-il que ces menus forfaits ne soient pas déjà réglés. Il est sans doute aisé pour les gens du coin de faire déguerpir une bande de singes. “Impossible, c’est un endroit sacré, pas touche aux animaux”, nous a justifié un des gars du coin, le lance-pierres à la ceinture. Mouais… nous savons bien que la manne financière que représente le tourisme est un appât trop fameux pour interdire quelques arrangements avec les règles, mêmes sacrées. La réponse, telle que nous l’avons observée, nous a été servie sans attendre. Dans les secondes qui suivent chaque délit, un local posté dans les parages se pointe avec quelques fruits ou cacahuètes à la main servant de monnaie d’échange pour le singe, de la monnaie de singe ça s’appelle;). Il récupère alors l’objet subtilisé avec une grande facilité : l’animal se montrant soudainement bien plus docile, il ouvre une large bouche et laisse tomber sa proie.

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Puis vient la phase de négociation. L’objet est rendu à son propriétaire en échange d’un petit pourboire, il faut bien payer la nourriture ! Ah oui, mais là ce n’est pas assez : “More, more”, jusqu’au prix final fixé par le sauveur. Une somme rondelette que crachent gentiment les pigeons arnaqués. L’affaire nous apparait clairement. Cette bande de gugusses peu scrupuleux élève et dresse les singes au vu et su de tous. Les cages sont à deux pas et des restes de nourritures jonchent le sol avec abondance. Nos petits compagnons obéissent fidèlement à leurs maîtres qui peuvent prospérer grâce à ce commerce crapuleux mais juteux. Renseignements pris, cette pratique scandaleuse est connue des habitants du coin, preuve que le système doit être largement rentable.

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Nous quittons les lieux pas mécontents d’avoir assisté à ce cirque tout en ayant échappé de justesse à l’arnaque !

La morale ? Un pigeon averti en vaut deux ! T’as beau savoir, tu vas cracher double ;)

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1 commentaire pour « Le pigeon voyageur et les singes chapardeurs d’Ulu Watu »

  • stop
    mission accomplice stop grace a votre flair légendaire vous avez pu comprendre le stratagème de l’arnaque de singe qui faisait rage sur ce site depuis trop longtemps déjà stop
    les preuves photographiques que vous nous ramenez sont sans équivoque stop faut pas vous prendre pour des singes stop
    bravo les voyageurs
    attention les prochaines missions seront difficiles, aussi si vous les acceptez vous devrez faire face a des combines encore plus vicieuses ou tout est permis pour plumer le touriste
    j’en conclus que vous préférez rouler que de vous faire rouler. stop.