Où sommes-nous

Yogya, looose-control

“Quand on pense à Java”, c’est à ses monuments inscrits au patrimoine de l’Humanité et à ses énormes volcans formant la ceinture de feu sur la côte sud de l’île. Enfin, maintenant qu’on a vu tout ça, on y pense.

Du 14 au 17 octobre. Centre de Java. Nous débarquons à la gare de Yogjakarta (prononcer Djogdja), avec nos vélo emballés dans de larges boîtes en carton, nos dix sacoches en plus et la petite guitare dans son étui doré par la couverture de survie qui l’entoure. Il ne manque plus que la Peugeot 504 et nous partons pour le bled. Mais nous nous contentons de descendre du train, épreuve que nous ne réussissons qu’avec l’aide des porteurs de la gare. Grâce au réseau BiketoWork, nous sommes attendus par Pakjo, qui bien sûr est venu nous chercher avec … son vélo. Mais il a du bon sens et trouve la solution, nous chargeons les deux vélos sur … un autre vélo, enfin sur un triporteur, puis chacun d’entre nous fait de même et nous voilà calés à l’avant de ces tricycles, poussés à travers Yogya par de pauvres équilibristes perchés sur des selles trop hautes pour leurs courtes jambes.

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Nous avons vraiment échangé la casquette du cyclotouriste contre le bob du touriste-promené. DSC_0026-1Mais sous l’impulsion de Pakjo, fou de vélo, nous montons les bicyclettes le soir même et partons pour une virée dans Yogya by night. Quel bonheur de sentir à nouveau le cuir des selles sous nous fesses ! Nous déambulons à travers les vieux quartiers entourant les différents palais de la vieille capitale de royaumes javanais. La balade est un enchantement, le séjour s’annonce plutôt bien.

Ville à l’histoire multi-centenaire, entourée de plusieurs monuments et temples de renommée mondiale et baignée dans un environnement naturel très riche, Yogya possède de nombreuses ressources touristiques et culturelles. Nous comptons bien exploiter au mieux les trois jours à passer ici pour en profiter pleinement. Mais dès le lendemain, tout se corse !

Situation initiale : comme points clés, nous avons décidé de visiter les temples de Prambanan et de Borobudur et d’assister aux effusions du volcan Merapi, le plus actif de toute l’île ; tous ces sites s’éparpillant à quelques dizaines de kilomètres du centre de la ville. Elément déclencheur : Pakjo, en bon directeur de l’office du tourisme (ça c’est du contact valable), nous fait quelques suggestions quant à la façon d’employer notre temps et nous propose d’autres centres d’intérêts. En bon cycliste, il nous sort également ses cartes de la région. Voyons maintenant la succession des péripéties.

Le jour suivant notre arrivée, nous attaquons de façon matinale par la location d’un scooter ; ici, la circulation est moins débridée qu’à Jakarta, mais il faut quand même garder les yeux grands ouverts, garde son calme et se faufiler dans les interstices laissés libres par le flot des deux roues qui parait ne jamais s’arrêter. Ça roule jusqu’à Prambanan. Nous arrivons avant la foule des touristes et partons à l’assaut des six tours spectaculaires qui forment le principal temple du site.DSC01924C’est un véritable jeu que d’y grimper, de décoder les représentations hindouistes, puis de circuler sur les différents plateaux de ces pyramides sculptées et maintes fois rebâties en raison des tremblements de terre successifs. Le dernier en date (en 2006), a causé des dégâts importants et des armées de tailleurs s’activent aux abords. Seule déception la grisaille persistante qui gâche un peu les photos.

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Sur les conseils de notre hôte, nous embrayons sans tarder en direction de Kaliurang, point de vue imprenable sur le Merapi, pour profiter sur place d’un coucher de soleil inoubliable, suivi du spectacle des émissions rougeoyantes du monstre. Ça c’est dans le texte ; en guise de soirée mémorable, nous récoltons une averse monumentale pendant le trajet en scooter. C’est la mousson … en fin d’après midi, impensable de voir un coucher de soleil ou quoi que ce soit du genre. Et ça dure ! Nous sommes trempés comme des soupes, gelés jusqu’au os, demi-tour, on rentre au bercail.

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Raté pour le Mérapi au soleil couchant ! Qu’à cela ne tienne, nous allons retenter le coup … le matin, mais dans le sens inverse : visions nocturnes puis lever de soleil.

DSC_0200 Le lendemain donc, après un sommeil des plus courts – soirée en goguette pour une fête de quartier traditionnelle – nous nous levons en pleine nuit, grimpons sur les scooters. Nous profitons alors des rares heures où les rues sont désertes, plaisir inestimable de rouler en ligne droite sans garder les mains crispées sur les poignées de freins. Après une heure de croisière, nous arrivons au parking, une fois de plus frigorifiés. De là nous sommes sensés randonner une heure avant d’atteindre le point de vue. Armés de nos lampes frontales, nous empruntons un excellent chemin. DSC01943Puis nous tombons sur le point de vue après une bonne rando de … deux minutes. Résultat, nous avons une heure d’avance sur l’horaire, il fait nuit noire et ça caille ! Petite inquiétude, nous n’apercevons aucune lueur venant de ce qui nous semble être le volcan, tout juste un large cône élevé qui se dessine en ombres chinoises. Par contre il parait se situer bien proche de nous, on en frissonne. Entêtés, nous patientons pour profiter de l’inénarrable lever de soleil. Et c’est beau … euh, perso, j’ai pas du bien regarder parce que je me souviens pas. Au petit jour, nous apercevons enfin le Merapi, qui s’avère être beaucoup plus éloigné que prévu, en retrait derrière un petit cône de verdure, résidu volcanique nettement moins impressionnant à la lumière du jour. DSC_0249Le Merapi, lui, a la cime prise dans les nuages et de coulées de lave ou autres productions magmatiques, point du tout. Là c’est vraiment grillé pour notre panorama-spectacle ! On déclare forfait, il est 5 heures, on a sommeil, on s’casse ! Notre matinée est tout juste sauvée par la rencontre de quelques singes chapardeurs qui réussissent à nous donner le sourire.

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Pourtant, la journée ne fait que commencer et nous réserve encore bien des surprises. Plutôt que de rentrer, nous filons plein sud pour visiter Imogiri, un ancien cimetière royal, site unique en son genre, d’après notre guide local. DSC_0293En effet, c’est unique, ce n’est ouvert au public que deux matinées par semaine et coup de bol, c’est pas aujourd’hui, c’aurait été trop facile. Nous prenons quand même le temps de faire le tour du site car faute de visite, il fait beau – traduisez, il ne pleut pas – alors après deux heures de scooter, on va quand même se dérouiller les jambes. DSC_0309On commence vraiment à s’encroûter ! Sur le retour, nous avons enfin un peu de chance, nous retrouvons le quartier de la vieille ville, un peu par hasard, et pouvons visiter son cimetière royal et quelques riches habitations à la décoration intéressante.

Mais attendez, ce n’est pas fini. Des fois, on croit sortir son pied d’une bouse sans voir qu’on vient de poser le deuxième dans une autre bouse… C’est maintenant le début de l’après-midi et cette fois le coup de pompe est sévère. Il convient de se reposer car ce soir, c’est la grande fête annuelle de Yogya, événement à ne rater sous aucun prétexte, défilés de chars, feux d’artifice et tous les habitants de la ville au rendez-vous. Cette fois c’est du solide, Pakjo n’est pas le seul à nous avoir mis la puce à l’oreille alors nous avons confiance. Nous retournons donc chez lui pour nous accorder une sieste réparatrice. Les montres sont réglées, nous tombons comme des masses. A 21h, Manon se réveille, panique à bord, ça fait deux heures que nous devrions déjà être dans les rues. Nous giclons du lit et sortons pour constater les dégâts. C’est la ruée à l’extérieur, chaque ruelle est bondée et nous ramons désespérément à contre sens. DSC_0360 Une fois dans Malioboro, l’artère principale, nous guettons les animations, mais … c’est fini … en fait, chacun rentre chez soi et nous nous retrouvons coincés dans une horde de gens et de scooters, complètement désabusés. Très grosse déception qui s’accentue lorsque nous repassons dans nos têtes le film de la journée. Nous avons beau nous dire que le voyage est extraordinaire, il est parfois difficile de relativiser.

Sous le coup, perdus au milieu de la foule, nous ne faisons pas long feu, de quoi rallonger la liste des boulettes. Rapidement de retour à la maison, nous n’aurons droit qu’au bruits de pétard du feu d’artifice tirés quelques minutes plus tard et nous ne verrons rien des différents spectacles qui se déroulent au palais du roi de Yogyakarta. On les accumule !

Mais demain est un autre jour, tiens, parlons-en ! Au programme de ce troisième jour, nous avons inscrit la visite du temple de Borobudur, le plus fameux de toute l’Indonésie. Mais plutôt que d’y aller en bus, on va la jouer écolo suivant la proposition de Pakjo de nous y emmener à vélo, accompagnés de quelque uns de ses amis. Départ prévu en début d’après-midi. D’ici là, repos, cartes postales et balade pépère dans le centre. Peu avant le rendez-vous, que va-t-il se passer ? Allez vous commencez à connaître la région. Et oui, c’est l’après-midi donc, mousson oblige, il se met à pleuvoir, à verse ! Merci Popeye tu nous la copiera ta balade.

Nous décidons cette fois de prendre le taureau par les cornes. Sans attendre, nous grimpons dans un bus, puis, après quelques circonvolutions, nous posons le pied à Borobudur sous un ciel chargé mais sans pluie et pouvons dépenser nos 15$ chacun pour entrer. Il n’est pas trop tard, nous avons encore suffisamment de temps pour profiter du site. Heureusement, ce monument vaut le détour, une large construction pyramidale surmontée de plusieurs dizaines de cloches qui renferment des Buddhas observant avec sérénité toutes les directions alentours.

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C’est un vrai défi d’y faire des photos sans que n’apparaisse un touriste Indonésien dessus. Très nombreux sur le site, il donnent le sentiment d’y venir avec une seul intention : rapporter La photo preuve de leur présence sur place, ou plutôt Les photos, multipliant les combinaisons à l’infini. Une vraie mise à l’épreuve pour le photographe soucieux de la virginité de ses clichés. Vous voyez de qui on parle. Le truc : faire le tour du monument, dont la façade arrière est quasi-désertée. On respire !DSC02012

Reste une dernière épreuve à affronter sur le chemin du retour. Nous quittons les lieux à la fermeture et là surprise, plus de bus. Soit c’est taxi (très cher), soit il faut négocier avec les locaux habitués à la situation et qui attendent les pigeons gentiment. Nous optons pour la deuxième option et nous arriverons finalement dans la nuit à Yogya après un peu de moto, de bus local bondé puis de taxi, le tout en payant plus cher que l’option numéro un. Bien joué !

Elément de résolution : enfin ! Nous filons à la gare illico-presto, achetons immédiatement deux billets de train pour Probolinggo, départ la nuit même. Nous avons tout juste le temps de rentrer, s’arroser d’un seau d’eau fraîche (mandi = douche locale), empaqueter nos vélos et jeter tout notre bazar dans trois cyclo-porteurs dans le sens inverse.

Lundi 18 octobre, 01:30. Situation finale : le train entre en gare avec une heure de retard. Nous nous calons dans des sièges confortables, basculés au maximum. Bouchons dans les oreilles, plaid sur les genoux. Nous roulons en direction des majestueux volcans à l’est de Java et la nuit va nous apporter de nouvelles pages blanches à écrire.

Que s’est-il passé avec notre cher Pakjo ? Difficile de le blâmer pour tous ces ratés ; nous avons quand même passé chez lui trois jours durant lesquels il s’est montré toujours prévenant et nous devons reconnaître un certain manque de bon sens quant à notre organisation. Surement beaucoup d’incompréhension… Ça fait aussi partie du voyage ;)

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