Où sommes-nous

Une drôle d’entrée en matière

1er juin. Doǧubayazit. Nous sommes en Turquie depuis trois jours. Aujourd’hui, lorsque nous nous réveillons, tout est réuni pour faire une magnifique journée de vélo : il fait un temps superbe, le ciel est bleu et nous révèle la silhouette parfaite du mont Ararat, le géant de neige qui domine les centaines de kilomètres à la rondeCampagne, sur fond d'Ararat ; la région n’a rien à envier à nos alpages : de vases étendues verdoyantes bordées de collines à la pierre volcanique colorée ; la route est bonne, peu fréquentée et la température est agréable. Il ne reste qu’à grimper sur les pentes du col qui nous fait face. Quel est le grain de sable qui vient gripper une machine si bien huilée ? En peu de temps, quelques événements nous donnent envie de fuir l’endroit aussi vite que possible.

Nous avons à peine débuté l’ascension qu’un bruit retentit sur la chaussée. Village pas coolA une cinquantaine de mètres, trois gosses gardent un troupeau de moutons, ou devraient. Leur occupation est en fait centrée sur leurs frondes et les voilà en train de nous lancer des cailloux gros comme le point et avec une précision étonnante. Descendre de vélo et brailler suffit à les faire décamper. Nous poursuivons notre chemin sur le goudron fondu qui vient engluer nos pneus tandis que les camions roulant à vive allure nous doublent en faisant retentir les célèbres klaxons de bonjour.

Un peu plus loin, d’autres gamins nous interpellent par de sympathiques “hello, hello” ponctués par des “money, money”, fait qui avait complètement disparu depuis l’Asie du sud-est. Manon apprécie la caillasse jetée sur ses sacoches après son passage, dans le dos évidemment, c’est tellement plus facile. Au moment de traverser un village, trois gros molosses l’encerclent, des Sales cabots, kangalskangals, chiens de troupeau réputés pour leur agressivité. Unique solution, descendre du vélo puis s’éloigner en marchant à côté. Nous remettons ça avec des gosses qui nous attendent sur le bord de la route, les mains recroquevillées sur des pierres. Je leur fais lâcher, mais ce n’est pas assez. Lorsque Manon passe à leur niveau, ils réclament des sous, des cigarettes, lui chipent le torchon qui sèche sur le porte-bagage avant de l’arroser d’un jet de graviers, le tout sous la bienveillance des parents complètement indifférents à nos vitupérations. On adore !

DSC_0013Couronnons la montée avec le plus affreux. Au moment de doubler un camion arrêté sur le bas côté, Manon a tout le loisir d’observer le conducteur qui en est descendu pour se livrer à des occupations obscènes ostensiblement. Où sommes-nous tombés ? Nous peinons à croire que ce soit la règle générale et pourtant, en moins d’une heure, nous venons de faire une sinistre moisson d’échanges avec les locaux. Heureusement, nous croisons trois gones souriants et enthousiastes de nous voir passer. Fin de la montée, peinard !Puis un camion nous double lentement, juste de quoi attraper les poignées à l’arrière de la remorque et se faire emmener sur les deux derniers kilomètres du col. Au sommet le chauffeur nous offre une bouteille de coca et son large sourire. Il fallait bien ça pour nous remonter le moral et profiter de la vue magnifique qui nous entoure.

Col Tendurek Geçidi, 2644 m

Que se passe-t-il ici, est-ce le hasard qui “s’emmêle”, faut-il attribuer ces démonstrations d’hostilité aux tensions entre Kurdes et Turcs ou plus simplement au manque d’éducation de ces gosses qui grandissent entre eux en gardant les troupeaux ?

Descente du col, les coulées de lave pétrifiées

Faut-il décrire la suite de la journée ? Peut-être, car il reste quelques couleuvres à avaler. La descente mémorable entre les coulées de lave pétrifiées nous fait presque oublier les mésaventures de la matinée. Mais à Çaldıran, bourgade animée, les embûches réapparaissent. Nous y faisons quelques achats pour les repas à venir ; au moment de payer, le primeur a remplacé deux belles tomates, choisies par nos soins, par deux vertes sûrement insipides. Drôle de commerce ! Peut-être est-il de mèche avec la bande de jeunes qui tourne autour de nos bicyclettes. Quelques secondes d’inattention et lorsque nous remontons en selle c’est mon compteur qui a disparu. Les “sauvageons” (J’aimerais bien voir Chevènement conserver son sang-froid à ce moment !) ont filé et nous ne reverrons plus leurs trombines. Terminons prestement pour quitter ce bled ; nous faisons le plein d’eau chez un bistrotier. Le môme qui nous a montré le robinet réclame ensuite cinq liras (2,5€). Il lâche rapidement l’affaire devant ma tête exaspérée. “Tamam, tamam” (“C’est bon, c’est bon”). Allez on s’casse !

Quelques dix kilomètres plus loin, nous sommes surpris par un énorme mâtin qui surgit de derrière une maison. Je me crispe sur les freins, mauvaise idée ! Manon, postée juste derrière moi, ne peut m’éviter et fait une belle cabriole sur le goudron. Je fulmine contre cet imbécile de clébard ou plutôt contre ses imbéciles de maîtres qui ne sont pas foutus de lui apprendre à distinguer un gentil cycliste d’un dangereux brigand. Heureusement, rien de cassé, la famille s’attroupe et l’un des mioches lance à la cantonade “Money, money”. Je bondis, tandis que le père essaie de me tempérer avec son visage rigolard en m’expliquant que ce n’est qu’un enfant et qu’il faut le comprendre. Ben voyons, son enfant réclame de l’argent et il trouve ça normal l’animal ! Allez, on s’casse !

Chutes de MuradiyeCamping à Muradiye

La fin de journée approche et ce n’est pas dommage, nous espérons en rester là pour les emmerdements. Juste un petit bonus pour se régaler. Au moment où nous trouvons le lieu de camping, assez sympa, la roue de madame est à plat. Chouette, un peu de bricolage, rien de tel pour se décrisper les zygomatiques ! Il y a des jours, on préférerait se trouver dans les embouteillages, en route pour le turbin, … euh, pas sûr !

PREUVE !!!

2 commentaires pour « Une drôle d’entrée en matière »

  • armelle

    Bonjour Manon et Etienne,

    Pas de chance pour vous, ce jour-là.
    Nous avons une toute autre image de la Turquie, mais peut-être est-ce lié à la région parcourue. Quand nous étions en Cappadoce, nous n’avons rencontré que bienveillance, chaleur, gentillesse. L’habitude du tourisme, peut-être ?
    Je vous souhaite de rencontrer des conditions plus aimables.
    Armelle

  • Grande Soph

    Coucou !

    Je fais juste une rapide incursion sur votre blog pour souhaiter un très bon anniversaire à Etienne !
    En espérant que cette journée soit à la hauteur de l’événement ! ;)

    Bises à vous deux