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Un dernier coup de griffe hivernal

Fête de Nooruz21 mars. Osh. Voilà le printemps, appelé ici Norouz, la fête du nouvel an. Nous flânons dans les rues ensoleillées d’Osh avec les familles endimanchées qui viennent profiter des attractions de la journée, dont une grande roue aux craquements peu engageants. De nombreux badauds s’y pressent grimpant de façon apparemment désordonnée. Nous aussi, nous aussi, nous sautons dans une nacelle mais en quelques secondes tout le système s’arrête, Grande roue à Osh, pas trop branlantenous avons déséquilibré la savante répartition des poids sur la roue et les vieux pneus fusés ne maintiennent plus la rotation. Fête de NooruzIl faut bien toute la science de l’employé pour redistribuer les clients, relancer la machine et nous permettre d’apprécier la vue, qui n’a en fait rien d’inoubliable. Il ne nous reste qu’à nous mêler à la foule pour assister au spectacle de danses kirghizes et au ballet des officiels tous affublés du traditionnel ak kalpak, le chapeau national. Mais après cette parenthèse délicieuse, l’hiver nous réserve un dernier coup de griffe.

Réservoir de Toktogul22 mars. Nous repartons en direction de la capitale, Bishkek. La route que nous empruntons est en fait la route principale du pays qui relie le sud et le nord, séparés par une barrière montagneuse assez massive. Dans un premier temps, le soleil est de la partie et nous retrouvons les joies du pédalage dans la douceur et de camper sous les étoiles.

Vallée de la NarynAu bord du réservoir de Toktogul

Nous longeons des lacs de barrage aux eaux turquoises, les paysages sont superbes. Mais cela ne dure pas bien longtemps car nous devons franchir deux cols qui dépassent 3000m. Ala-bel AshuuEt qui dit 3000m, dit “ça caille” de nouveau, à quoi s’ajoute la neige qui se met à tomber. Rouler sur la neige, nous l’avons fait la semaine précédente, mais rouler sous la neige, voilà du nouveau. Nous pouvons cocher maintenant ! Imaginez, l’intérêt de gravir ces satanés cols, pour … ne rien voir du tout en arrivant au sommet. La descente se fait emmitouflés dans les doudounes.

 

En fin d’après-midi, nous roulons toujours, la lumière baisse et la neige est partout, pas moyen de trouver un carré d’herbe dégagée. C’est à ce moment que nous apercevons une roulotte abandonnée sur le bord de la route.Vive la roulotte A l’intérieur, nous trouvons un bric-à-brac de planches, tuyaux de poêle et couvertures poussiéreuses. Nous le dégageons rapidement et quinze minutes plus tard, l’endroit est fin près pour nous accueillir pour la nuit. Le poêle est en route, les flammes crépitent, la chaleur se diffuse, et la fumée monte … à vive allure. Cinq minutes plus tard, nous suffoquons. Dîner aux chandelles dans la roulotteLa roulotte est envahie d’un épais nuage gris. C’est opération portes-ouvertes, nous bourrons le poêle de neige pour éteindre le désastre. Nos vêtements trempés et mis à sécher sont de vrais jambons fumés. Pas de feu pour ce soir, mais qu’importe, nous sommes au sec alors que la neige continue à tomber.

Le lendemain, le temps est le même, plafond nuageux gris et bas (pas de contrepèterie belge). Sans scrupule, nous optons pour l’auto-stop, méthode qui marche assez bien dans le pays. J'aime camper dans la boueNous franchissons le deuxième col plus rapidement que jamais et nous retrouvons de l’autre coté, sous un ciel plus clément. Pas pour longtemps non plus ; le soir nous plantons la tente dans un champ bien terreux et le matin le réveil se fait sous la pluie, dans la boue. On aime, on se régale ! Chez CharlieOn enfile les K-way pour une dernière partie section de pédalage sous les intempéries. Enfin, Bishkek, notre destination. Se glisser dans la chaleur du logis de Charlie qui nous y accueille. Haro sur la douche, bande de crotteux !

En quinze jours, nous venons de traverser l’hiver, un bel épisode de notre périple dont nous gardons en tête la splendeur des paysages et la gentillesse des habitants. Nous reviendrons rencontrer les cavaliers-bergers des jailoo et dormir dans les yourtes, mais en été.

2 commentaires pour « Un dernier coup de griffe hivernal »

  • ANNE MARIE

    Je reviens d’une semaine au Maroc (visite villes impériales…en voiture ! et oui on est moins sportifs dans la famille !) et je viens de voir vos vidéos au col Erkech-Tam et alors là…chapeau pour vos exploits ! Bravo pour la performance sportive surtout avec un froid pareil. Et le paysage, grandiose. Encore bravo et bonne chance pour la suite de votre voyage. biz.
    A.Marie (alto)

  • Boubou

    Etienne,

    Tu nargues ta girl-scout préférée, mais elle a le bon réflexe en disant « faudrait aller voir si ça fume la haut »
    Si ça fume pas, c’est donc que ça va enfumer…..
    Tous aux abris…..