Où sommes-nous

Trilogie en Kashgarie, partie 1

Nous voilà arrivé dans cette région mythique pour le cyclotouriste. Kashgar, installée entre les massifs des Tian Shan et des Pamir, sise au bord du Taklamakan, immense désert terriblement inhospitalier. Kashgar, cité millénaire à la croisée des routes de la Soie. Ici, les cyclo se retrouvent, venant d’est ou d’ouest, parfois du sud, souvent au terme ou au commencement d’épopées héroïques : la traversée d’un désert plat, aride et interminable, le franchissement de massifs par des cols aux altitudes invraisemblables.

Pour nous, ce sera le départ d’une bonne tranche d’aventure. Mais avant cela, nous nous sommes payés trois bonnes portions de dépaysement. Du rafraichissant, de l’odorant, de l’émerveillant !

Les aventuriers de l’arche perdue.

5 mars. Les rues sont encore calmes, plongées dans la nuit, et pourtant il est 9 heures du matin, mais Beijing time et Pékin est bien loin. En heure locale, il serait plutôt 7 heures, Xinjiang time. Les boulangers remplissent les fours de charbon jusqu’à la gueule, il faut que la chaleur tienne la journée. Quatre petits pains dans le sac, nous grimponsDSC_0439 dans la voiture, “c’est parti mon kiki !” Aujourd’hui nous partons en balade avec l’intention de découvrir l’arche de Shipton, vraisemblablement la plus haute du monde, qui nous a été vantée par Jamie, écrivain auto-stoppeur croisé quelques jours plus tôt à Urumqi en compagnie de Danilo, voyageur allemand. Nous sommes tous les quatre accompagnés par Iman, guide local. Une journée pleine de rebondissements nous attend.

DSC_0463 (2)La première interrogation survient lorsque nous quittons la route principale pour 18 km d’une piste s’échappant vers les montagnes enneigées. Nous apprenons là que notre véhicule n’est pas un 4×4. Il en a pourtant la forme, la taille, les pneus, un genre de 4×4 canada-dry avec … seulement deux roues motrices à l’arrière, le pire pour rouler sur la neige. Mais le chauffeur a des chaînes … mais pas vraiment l’intention de les mettre. Après plantage, poussage, nous nous montrons convaincants. Expédition pour l'arche perdueNous enfilons les chaînes, c’est reparti mon kiki. Rapidement la progression se complique, et les quelques bergers croisés sont assez dissuasifs par leurs indications, et le temps tourne : il est midi passé mais nous nous enfonçons toujours plus avant vers les montagnes jusqu’à buter vers un troupeau de chèvres.

Expédition pour l'arche perdueAprès un temps de réflexion, nous décidons de poursuivre à pied. Il semble que seuls quatre kilomètres nous séparent de l’extrémité de la piste, après quoi quatre autres kilomètres restent à parcourir dans la neige pour atteindre notre but. A confirmer. Nous parcourons la première section en moins d’une heure et, encouragés par ce rythme rapide, nous attaquons la suite confiants. Il faut alors faire une trace dans 40 cm d’une neige assez légère. Apparemment, l’objectif se rapproche et nous sommes toujours dans le Expédition pour l'arche perduetemps. Mais marcher dans la neige fraîche ce n’est pas la même histoire, cela fatigue son petit monde, et la montre tourne. Cependant, nous sommes sur le bon itinéraire, suivis par un local qui confirme depuis l’arrière. Le relief s’accentue autour de nous ; peu à peu, les vallées se resserrent, un vrai décor de cinéma se dévoile sous nos yeux. Cependant, l’épaisseur de neige augmente, dépassant désormais nos genoux. Il est bientôt 16h, plus que temps de faire demi-tour pour retrouver la voiture. Pourtant nous sentons que nous touchons au but.Expédition pour l'arche perdue

Expédition pour l'arche perdueAu fond d’une gorge … des échelles à moitié couvertes de neige. C’est là que le local de l’étape nous gratifie de la surprise du chef. Après avoir marché deux heures derrière nous qui faisions la trace, il nous double pour se poster au pied des DSC03004échelles et réclamer … 20 Yuans (2 euros) par personne, car ces échelles lui “appartiennent”. Comme la montagne sans doute ! Le genre d’intervention qu’on adore. La tournée sera finalement pour notre guide. Nous poursuivons avec impatience. Les échelles alternent avec des goulets étroits gavés de neige dans lesquels il fautMême s'il faut ramper, on y arrivera se contorsionner ou ramper pour éviter de s’enfoncer jusqu’au épaules. Nous nous arrachons encore une demi-heure, puis nous débouchons dans un cul-de-sac. Mais la récompense se tient à notre gauche ; fermant le vallon, se dresse l’arche tant convoitée. Nous tenons notre trophée et, avec lui, le billet de retour.

L'arche de Shipton

DSC_0566 (2)Après quelques congratulations respectives, nous faisons le chemin inverse déjà bien entamés par l’aller. En fin de journée, nous parvenons à la voiture, les pieds un peu … humides. Nous grimpons dans le véhicule, heureux de nous serrer au chaud et de sombrer dans les limbes de la fatigue. Best regards, Mister Shipton, nous l’avons trouvé votre arche.

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L’arche de Shipton cache une histoire digne des vrais récits d’alpinisme. Pour en savoir plus, un peu de lecture.

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