Où sommes-nous

Tranche de Chine, en vrac

Baaahh la Chine, baaaaaaahhh les Chinois :

  • La pollution des villes et même des campagnes ; atmosphérique bien sûr avec des milliards de tonnes de charbon brûlées chaque jour pour chauffer motoriser les Chinois et alimenter leur industrie qui nous fournit à bon marché. Difficile de voir le soleil à Chengdu, il fait toujours gris, ou presque ; les ordures dispersées à vau-l’eau, jetées par la fenêtre des véhicules sans le moindre sentiment de culpabilité ; la pollution sonore encore plus, faites les taire, mais faites les taire quelqu’un bon sang de bonsoir ;
  • Se faire esquinter les vélos dans le train (on reste polis, saperlipopette !) : rétro, compteur, sonnette, trompette, cassé, volé, bravo les cheminots chinois et merci ;
  • Le truc qui peut vous faire sortir de vos gonds, c’est ce petit rire moqueur qu’ils vous réservent en cas de problème, un moyen de cacher leur incompréhension et leur propre malaise ;
  • Pour une expérience sensible de la pudeur à la chinoise, voir l’article précédent sur les toilettes “C’était la guerre des tranchées” ;
  • Comment font-ils pour détruire à ce point la nature, même dans les endroits les plus magnifiques, ils n’hésitent pas à bétonner, tuyauter, électrifier pour le confort du touriste, chinois le touriste ; on ne s’en plein pas toujours, mais à ce point là !
  • Et la cigarette ! Au secours, les pompiers, un masque à oxygène, j’étouffe, je meurs. Ils n’ont pas de notion de pureté de l’air ou quoi ? En tout cas pas si c’est celui du voisin. Vingt-quatre heures dans un bus avec les chauffeurs qui allument clope sur clope, mais ils sont fous ces Chinois, manquerait plus qu’ils crachent partout ! Ca c’est fait ;
  • Pour le campeur, ce n’est pas non plus le paradis, l’herbe s’y fait rare, le cailloux anguleux, la pente pentue, alors on toque à la porte, mais la barrière de la langue aidant, il est souvent ardu de trouver un toit, ou alors, le Chinois se montre hospitalier mais intéressé… et c’est pareil pour l’auto-stoppeur ;
  • La politesse, parlons-en ! Pour faire la queue, on se met en tas et le plus fort passe en premier. Remarquez, quand nous avons compris le truc, nous nous sommes mis très rapidement à être en tête de file ; et dans la rue, c’est la fureur de vivre, je passe, je passe et je n’esquive pas … PAN le coup d’épaule, et là aussi, on se met à gagner assez vite, au petit jeu de plus bourrin tu meurs, nous ne sommes pas les plus maladroits, gnark gnark ;
  • Et puis ils sont partout ! Pas moyen d’être tranquille, on se demande si la politique de l’enfant unique a fait effet, bon en fait si, hormis chez les minorités, les familles ont rarement plus d’un enfant, ce coup de poignard aux droits de la femme a eu des effets manifestes, le plus frappant pour les touristes moyens c’est la quantité invraisemblable d’enfants gâtés et le culte qui leur est voué, surtout au garçons, surprenant ! Les fils uniques, la pire engeance qui soit ;
  • Parlons un peu de politique pour fâcher tout le monde ; la Chine n’a rien d’un territoire ni d’une population uniformes, et pourtant à Pékin, quelques illustres imbéciles s’évertuent à créer un animal unique et imaginaire dans un pays immense et disparate, le Chinois de Chine. Alors la colonisation poursuit son chemin à grands renforts de milliards, de voies ferrées, de barres de béton immenses et hideuses et surtout de drapeaux rouges ; comme le dit la sagesse “populaire” (de Chine ?), “on n’arrête pas le progrès”.
  • Pour ce qui est de la circulation sur les routes ou dans les villes chinoises, vous savez tout puisque vous avez déjà lu les quinze articles précédents qui en traitent ;
  • Mais que fait la police ? Je vous le demande. Elle enquiquine du cycliste ! Elle contrôle, elle enregistre, elle fait tourner en bourrique, puis elle expédie par le bus ;
  • Ahh ces Chinois, nous aurons eu du mal à encaisser leur brusquerie ; avec nos petits cerveaux douillets d’occidentaux anesthésiés, nous nous sommes souvent sentis déconsidérés, égratignés, écorchés, agressés, manqué de respect quoi ! Choc des cultures ? Pour sûr ! Nous en avons pris pour notre grade, de quoi se donner un bon coup de fouet et nous faire réfléchir.

Aaahh la Chine, aaaaaahhh les Chinois :

  • Les grands espaces, les déserts, les montagnes, les lacs, les rivières (c’est pas non plus le Connemara) ; un territoire d’une variété exceptionnelle avec des paysages à couper le souffle : les gorges du saut du tigre, les hauts-plateaux du Sichuan, le Taklamakan, le Muztagata !
  • Les spécialités culinaires succulentes pour une bouchée de pain : baozi, soupes de nouilles fumantes et garnies, raviolis fris ou à la vapeur, pains ouïgours, préparation à la viande mouton : riz pilaf, pains fourrés … Pendant deux mois, nous nous en sommes mis plain la panse avec un plaisir toujours renouvelé ;
  • Attraper les odeurs de feu de bois à l’entrée des villages, des fois l’odeur de charbon aussi, c’est la Chine quand même ;
  • Déambuler dans les ruelles proprettes du vieux Dali ou du vieux Lijiang ;
  • Les inscriptions en Chinglish, une traduction locale de diverses inscriptions dans un anglais plus qu’approximatif et parfois comique ; un petit florilège, rien que pour vos yeux : à la poste de Kashgar figure un “comprehensive counter”, sur un site religieux “dangerous rooms, pay attention to safety”, sur une barrière dominant un précipice “no climbing over, please cherish your life”, aux abords d’un chantier “unopen for safe problems”, que penser de la “prohibition of riding a bike downhill” ? Et dans les rues de Lijiang, l’inscription qui figure ci-dessous :

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  • Se glisser à pas feutrés dans une lamaserie du Sichuan et écouter les bonnets jaunes ânonner leurs prières avec des voies de stentor ;
  • Faire ses premiers tours de roue sur les routes enneigées ;
  • Apprécier le sourire des flics qui vous paient à bouffer parce qu’ils vous ont embêtés, forcés qu’ils sont d’appliquer des règlements à la c..hinoise ;
  • Battre des records de température négative, engoncés dans les les cagoules et les doudounes ;
  • Dormir chez les fermiers en dominant le Yangzi, être accueillis par une famille adorable près de Kangding, se faire accoster en permanence par les curieux ;
  • Respirer l’air pur des hauteurs du lac Karakul, écouter la nature paisible en contemplant l’écrin du lac Lugu ;
  • Humer l’avant-goût d’Asie Centrale, une odeur de pain s’évaporant des fours des boulangers ouïgours ; goûter leur nans au sésame, au pavot, à l’oignon, au mouton ;
  • Se promener dans les rues d’Urumqi dans une ambiance sibérienne, chargée de la vapeur des échoppes puis s’élancer sur les trottoirs enneigés, zou les glissades ;
  • Photographier des yaks en pagailles en train de brouter paisiblement l’herbe rase des hauts steppes ;
  • Laisser les raisins secs de Turpan envahir votre bouche de leur goût sucré ;
  • Sauter dans une flaque de boue pour éviter de justesse de se faire bousculer par mouton au cul gras, une brochette sur pates ;
  • S’amuser des culs-nus des minots entrevus par leurs pantalons qui baillent au quatre vents (n’y voyez aucun mal ou voyeurisme, c’est la technique locale pour éviter les couches et c’est à mourir de rire) ;
  • Flirter avec le Tibet, les drapeaux à prière, faire tourner les moulins ;
  • Jouer les Indiana Jones et brasser des quantités de neige à la recherche d’une arche perdue ;
  • S’arrêter le matin, pour déguster une soupe fumante et sentir le soleil réchauffer vos orteils refroidis ;
  • Reparlons un peu de l’écologie : nous avons beau avoir en horreur tous les 4×4 et autres grosses bagnoles, et le pays en est pollué, nous n’avons jamais vu autant de véhicules électriques dans les villes, la voiture personnelle reste un luxe inaccessible pour 90% de la population, et le co-voiturage est systématique (de l’auto-stop payant en somme) ; de quoi donner des leçons à encore bien des pays ;
  • Se repaître de la variété des visages, s’immerger dans un melting-pot culturel, avoir levé un coin du voile sur l’immensité de ce pays et la diversité de ses peuples.

Visages de Chine1

1 commentaire pour « Tranche de Chine, en vrac »

  • Marie-Jo

    Bravo pour ces textes et ces réflexions truculentes ; on voit que les efforts physiques pour vaincre les « éléments » n’ont pas entamé votre sens critique ! Bises