Où sommes-nous

Tien-tien et Manou au Sichuan

10 février. Luding. Nous voici donc en selle. Le temps est maussade et ce début de vallée qui doit nous donner accès au Sichuan tibétain n’est vraiment pas très plaisant. Si l’article précédent vous a dépeint un tableau peu reluisant de notre passage ici, il convient de vous livrer les quelques trésors que nous y avons amassé.

En chemin vers Kangding, une "petite" famille d'accueilDont acte. Nous nous échappons de cette “zôôône” et empruntons un chemin de traverse pour monter vers Kangding. En route, nous sommes hébergés par une grande famille. Une adresse très chaleureuse, idéale pour goûter les pates de poulet au piment et la soupe sucrée d’œufs pochés en guise de petit déjeuner. Nous repartons, l’estomac quelque peu brassé, mais nous engrangeons les dénivelées à mesure que nous perdons des degrés Celsius. Partagés entre le froid de plus en plus mordant et l’effort source de transpiration, nous finissons notre ascension avec bonnet, gants, écharpes aux extrémités et T-shirt détrempé sur le dos. Un vrai bonheur, de quoi attraper la mort comme on dirait dans les chaumières.

La ville de Kangding n’est pas particulièrement charmante, mais nous y sentons se rapprocher le Tibet. Nous n’y trouvons pas Tintin mais le reste y est : quelques maisons traditionnelles, des drapeaux à prière s’effilochant sur toutes les montagnes alentours et deux monastères imposants perchés aux abords de la ville. En pénétrant dans le temple Jingang…. nos yeux s’écarquillent et nous nous empressons de faire tourner les moulins à prière. Un bâtiment massif trône devant une large cour sous un ciel rayé par les drapeaux multicolores.

Temple JingangTemple JingangPrès du temple Jingang

Il renferme en son sein … un bouddha, entouré de décorations à profusion. Nous ne boudons pas notre plaisir à déambuler dans les coursives, mais l’endroit est étrangement calme, comme déserté. Seule une vieille femme maintient activement la rotation d’un gros moulin, creusant inlassablement le sillon qui l’entoure tout en l’accompagnant de prières.

Dans le coeur du monastèreNous poursuivons nos découvertes au monastère Nanwu, principale lamaserie de la région. Guidés par un murmure grave et régulier, nous pénétrons au cœur de l’édifice. Un moine nous invite à pousser la porte, puis il soulève une large tenture et nous introduit dans la pièce centrale du monastère. Une atmosphère solennelle nous enveloppe et nous transporte dans nos Mesdames et messieurs, le gong !bande-dessinées d’enfance. Osant à peine, nous sommes encouragés par les sourires et les signes de tête. A pas de velours, nous longeons les murs et prenons place discrètement sur quelques cousins. Au centre, les moines sont réunis en une large assemblée. Il portent les Moine Gelugpabonnets jaunes typique de la secte des Gelugpa, le principal courant du bouddhisme tibétain. Le gong vient rythmer les prières monocordes qui résonnent, psalmodiées par les voix graves des moines et soutenues par le son de la corne. Un dernier coup annonce la fin de la cérémonie. Tout le monde se précipite à l’extérieur pour se distraire, se sustenter, les jeunes plaisantent et se prêtent aux portraits, les téléphones mobiles sortent des robes. Cet univers de sacré n’est pas, lui non plus, épargné par la modernité.

DSC_0829Kangding est à 2600m ; le lendemain au réveil, partagés entre stupeur et excitation, nous découvrons les rues couvertes d’une mince couche de neige. Il nous faut faire 20 km d’une descente “rafraichissante”. Nous nous calfeutrons : doudounes, gore-tex, moufles et cagoules. Echaudés par quelques glissades passées, nous effectuons nos premiers coups de pédales sur la neige. A peine sortis de la ville, la routes est à nouveau sèche et à peine plus bas, la fraîcheur bien supportable. Pas de quoi fouetter un chien en définitive.

13 février. Danba. C’est pour nous le deuxième pont avec la culture tibétaine. Après un arrêt au poste de soudure local (c’est ça d’être un lourd), nous circulons dans les montagnes environnantes. Une jolie balade à travers les villages traditionnels qui se composent de solides bâtisses ; de vraies petites forteresses assorties de leurs tours de guet, des maisons au toits plats et crénelés, bâties avec des pierres massives, chacune soigneusement ornée de boiseries peintes en de multiples couleurs.

Tours de guet de SuopoFenêtre tibétaineDSC_0857

On sent qu’elles sont conçues pour tenir le siège face à l’hiver rigoureux. Dans une guesthouse, on nous offre le couvert. Le lendemain, quittant la ville, nous sommes surpris par une procession : toute la panoplie des costumes tibétains défile devant nous, au pas. Quelle en est la raison ? Mystère, mais nous sommes ravis de cette profusion de chapeaux, de fourrures, de broderies, de colifichets.

Procession tibétaineProcession tibétaineProcession tibétaineProcession tibétaine

Sur la route vers JinchuanNous roulons encore quelques jours, allant de chortens (stupas tibétains) en temples, stoppant dans des villes où nous faisons, à chaque fois, office d’attraction locale. Le dialogue s’établit toujours difficilement mais surtout avec la jeunesse Sur la route vers Ma Erkangqui s’essaie alors aux bribes d’anglais étudiées. Ou bien, nous rencontrons une professeur d’Anglais dont le niveau (pas vraiment meilleur que le notre) et l’accent à couper au couteau nous causent quelques difficultés. Et pourtant, ici, elle a clairement sa place, affichant une maîtrise de la langue de Shakespeare bien supérieure à la moyenne.

C’est là que nous vivons nos premières tribulations avec la police chinoise. Sur la route, un demi-tour nous est imposé pour cause d’enregistrement obligatoire au village précédent. Revenir en arrière, difficile à accepter pour le cycliste, mais la manoeuvre est de courte distance et le fonctionnaire se fait largement pardonner par la suite en nous offrant un roboratif repas de midi. Et oui, on ne se refait pas. Le soir même, à Ma Erkang, c’est la fin des réjouissances, la police locale nous fait tourner en bourrique pendant des heures pour tenter de nous trouver un hôtel à chaque fois bien trop onéreux. Nous ne sommes pas des touristes chinois que diable !Même en hiver il y a de quoi se nourrir Une fois débarrassés de leur encombrante compagnie, nous trouvons ce qu’il nous faut en moins de dix minutes. Mais ce n’est pas finit. Le lendemain, nous avons de nouveau à faire à eux car nous devons prolonger nos visas. Peine perdu, LE fonctionnaire en charge ne travaille pas ce jour là, il suffit de revenir le lendemain et de patienter une petite semaine. Quand on connait le charme bétonnesque de la ville, on forme vite le projet de déguerpir pour aller se faire prolonger ailleurs ! Mais, mais, mais … il nous rattrapent peu avant de partir : il faut se faire … enregistrer avant de partir. DSC02618OK, photocopies, blabla, allez, on se tire. Ah oui mais non ! Quoi encore ? Pas possible de prendre la route jusqu’à Chengdu, elle va être fermée dans deux jours, donc il faut attendre la réouverture, c’est à dire … mi-avril !!! QUOI !!!!! Ou bien, prendre le bus … ah bon, ben on va plutôt rester deux mois à Ma Erkang à faire connaissance avec la police locale et tailler le bout de gras trempé dans une soupe de nouilles. Allez, jette ton vélo dans la soute, ON SE CASSE !

Dégats du tremblement de terre de 2008Bon, la fin de cette aventure Sichuanesque nous laisse un peu sur notre faim. Calés dans le car, roulant vers Chengdu, nous ruminons nos envies de revenir pédaler vers ces hauteurs. Peu à peu, nous nous prenons à apprécier le départ précipité : la route que nous devions emprunter et qui défile sous nos yeux est défoncée, et la vallée complètement chamboulée par le tremblement de terre dévastateur de 2008. Ils n’avaient peut-être pas tort ces messieurs de la police …

Pour conclure, nous passons une semaine au chaud, à Chengdu, chez Dhane Blue un couchsurfer patenté et en compagnie de Margo et Ben, deux autres cyclotouristes, à se faire des gueuletons d’enfer : petit déj’ gargantuesques,Alentours de Chengdu pour une balade à vélo avec Margo et Ben repas crêpes, pizzas maisons, chili con carne… et à faire un peu de vélo et quelques messages sur le blog pour vous. Quand même ! Dernier fait d’arme dans la région, acheter des billets de train pour nous et nos vélo à destination d’Urumqi, dans le grand nord-ouest. Et là c’est du lourd ! Mais … patience … éhéh …

 

Au fait, la devinette ?? Dans la bonne souplette (voir un petit tour en cuisine), il y avait :

C'est quoi ?Alors ?Et oui ! Ca vous dit de ronger les ongles ?

Et oui, ce sont des pattes de poulet, ils adorent ça les chinois, mais pas nous !

 

PS : Manou pardonne nous ce petit emprunt en titre d’article ;)

2 commentaires pour « Tien-tien et Manou au Sichuan »

  • Manou

    Pas de souci pour le « petit emprunt »; le titre n’a que plus aiguisé ma curiosité ! ;)

    bises les amis !
    Manou

  • rachel

    les pattes de poulet c’est presque pareil!
    au moins ça réchauffe!( vous devez avoir « la chair de poule » dixit oliv !)
    bisous a vous de la part de bruno, marie-jo, oliv, rachel, jean-louis ( tout le monde est à aix pour fêter l’âge avancé d’oliv!)
    ps: oliv a beaucoup aimé votre carte pour son anniv, merci bôcou!