Où sommes-nous

Les Rhodopes, à la croisée des rencontres

DSC_0025-2Du 19 au 26 septembre. Nous voici repartis sur nos montures favorites, bien décidés à pédaler ferme, pour cette dernière semaine en Bulgarie. Celle-ci, nous allons la passer dans les Rhodopes, massif montagneux situé au sud de Rila, peuplé de lacs et parsemé de petits villages et dont les altitudes varient entre 600m en fond de vallée et presque 3000m au point culminant. Cette semaine va se montrer fertile en rencontres.

Dès le passage à Razlog, nous ressentons un changement d’atmosphère. Le pays est toujours aussi vert et gorgé d’eau – nous trouvons des fontaines à tous les carrefours -, mais nous voyons beaucoup de personnes travailler aux champs, femmes et hommes, avec des méthodes manuelles (fauchage, charrue, ramassage…). En Bulgarie les inégalités entre populations rurales et urbaines sont criantes. D’autre part, les clochers ont fait place a des minarets. De ce côté, l’explication est évidente et nous sera confirmée par Emile à Dospat, nous venons d’entrer en terre d’Islam. Dans cette région, la religion du Coran est pratiquée par la grande majorité des habitants.

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Cependant, la frontière n’est pas si nette qu’elle nous est apparue, dans de nombreux villages, se trouve une mosquée ainsi qu’une église. D’après tous les Bulgares avec qui nous pouvons en discuter, la religion ne pose pas de problèmes et n’est pas un instrument pour séparer les populations. On est avant tout Bulgare. De même, il existe quelques villages habités par une grande majorité de Turc, mais la cohabitation avec les Bulgares se fait naturellement. Cette situation est ancienne et ceci explique peut-être cela.

20 septembre. Après quelques journées à pédaler en franchissant de modestes cols pour reposer la mécanique, enfin nos jambes quoi (voir l’article Pédalage en stand by), nous arrivons à Velingrad, ville thermale, où nous sommes alpagués par un sympathique habitant du nom de Vasco, lui-même cyclotouriste de son état. Celui-ci s’occupe d’une organisation ayant en charge la protection d’un site naturel situé sur notre route. Cela tombe à merveille, Vasco nous recommande auprès des ses amis qui sont sur place.

Du 21 au 23 septembre. Nous voilà embarqués en direction de Tchateuma, petit groupe de maisons forestières sur la rive du lac Golyam Beglik.

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DSC_0094-1Nous sommes accueillis sur place par un groupe de jeunes baba-cool qui cohabitent de loin avec quelques bûcherons, mélange parfois surprenant. Mais leur hospitalité est sans pareil, nous sommes immédiatement mis à l’aise par de grandes platrées de frites maisons ainsi que de grandes rasades de bière. Ils nous offrent un lit pour la nuit, il ne nous en faut pas plus pour nous sentir à la maison et nous décidons derechef de modifier notre itinéraire futur pour passer un peu de temps dans ce petit coin de paradis. D’autant que leur petite cahute qui sert de cuisine est très conviviale.

DSC_0050-2 A l’extérieur

DSC01041A l’intérieur

Au matin, nous sommes réveillés avec délice par les rayons du soleil qui commencent à lécher la surface du lac et le bout de nos duvets.

DSC_0059 Vue de la maison

DSC_0082 Vue depuis la maison

DSC01053Au programme de la journée, restez ici, mais surement pas ne rien faire. Le contrat est établi: nous décidons de leur filer un coup de main, ils nous nourrissent. Le travail ne manque pas, il y en a pour tous les goûts. On commence par l’équipement: une laaarge blouse, des gants, un pulvérisateur dans une main, et le pinceau dans l’autre, Etienne est prêt pour peindre les cabanes au fond du jardin. La douche et les WC(qui servent déjà… sympa). DSC01054Un coin, une masse, et une hachette, Manon s’attaque de son coté à la fente de buches, sous le regard d’abord moqueur puis surpris d’Alexander.

En attendant, notre hôte nous prépare une bonne soupe lentilles/patates et sa petite sauce poivron/ail qui va bien caler nos estomacs. En temps normal, il s’en suivrait une petite sieste. Mais le temps et les bons moments passent trop vite, alors le repos sera pour plus tard.

Nous enfilons chacun un gilet de sauvetage, puis nous embarquons tous les trois sur un magnifique canoë. Nous voilà partis au grés des vaguelettes du lac pour une petite heure de balade. Nous sommes entourés de forêts de sapin à perte de vue. DSC_0096La saison estivale est terminée et les berges du lac sont désertes. Seul un pêcheur immobile attend patiemment, ainsi que quelques cormorans qui survolent le lac. De retour à la “maison”, nous enchaînons avec un petit parcours d’accro-branche installé à proximité… juste au dessus de la niche du gros chien fou de nos amis! Les installations nous interrogent sur leur fiabilité, mais le parcourt a l’air sympa et nous décidons d’en profiter avec un petit nœud au ventre. Il n’est pas très tard mais le soleil n’est plus bien chaud, et surtout l’eau de la chauffée durant la journée ne pas pas nous attendre bien longtemps.

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Le soir, Alexander, notre compagnon d’aventures du moment, nous mitonne une soupe roborative, de quoi se sentir au chaud pour la soirée en admirant les magnifiques lumières du soleil couchant. DSC_0069-1Les discussions sont très chaleureuses malgré quelques difficultés à se comprendre. Alexander a un anglais très gestuel mais, heureusement, sa bonhomie communicative lui permet de transmettre ses sentiments sans détour.

Le lendemain, la mise en route est relativement longue ; une fois de plus, il est difficile de quitter un endroit où nous nous sommes sentis autant à notre aise. De plus, nous devons déplorer la première crevaison du voyage, gageons que ce soit la dernière. DSC01115Nous reprenons la route sur un chemin plus que chaotique, suivi d’une route à l’image du réseau bulgare. De grandes sections roulantes qui alternent avec des zones au bitume craquelé et parsemé de larges bassines comme autant de pièges à contourner. A Dospat, nous retrouvons Emile (merci les motards), bulgare musulman ayant à son arc nombre de langues européennes, et avec qui nous évoquons les relations entre les différentes composantes de la population bulgare. D’après lui, comme d’après tous les Bulgares que nous rencontrons, la situation est très apaisée et tout le monde semble cohabiter dans la paix. Une longue histoire de mélange qui permet de gommer les tensions sans effacer les différences.

DSC_0030-3Du 24 au 27 septembre. La dernière partie du périple nous conduit à travers des montagnes calcaires au reliefs modérés. Nous y croisons la route de quelques jeunes écoliers avant de découvrir les grottes de Yagodina et de Trigrad, spectaculaires pars leurs formations séculaires et leurs dimensions. Puis nous entamons une grande descente en direction de Plovdiv, la deuxième ville du pays. Au détour d’un virage, nous faisons une halte au monastère de Bogorodichno où nous faisons une rencontre des plus touchantes. Dans ce lieu, au calme typique des lieux de cultes, vit le Père Antim. Celui-ci est habitué à recevoir la visite de nombreux amis de passage et semble réputé pour son ouverture et son humanisme. A peine entrés, il nous suggère avec insistance de rester avec ses amis pour partager le repas. Difficile de refuser, il est tout juste midi et nous venons de pédaler durant un bon moment, mais surtout, son visage affable et accueillant élimine les doutes subsistants quant au chemin qu’il nous reste à parcourir (nous devons prendre le train le lendemain à Plovdiv). Nous nous attablons donc avec un plaisir non dissimulé pour engloutir, après le bénédicité rituel, quelques kebapche (saucisses de viandes hachées mélangées) accompagnées d’olives et de tomates désormais habituelles ainsi que de grandes gorgées de rakia fait maison, apéritif traditionnel assez costaud à base de raisin. Nous sommes vite calés, mais ce n’est qu’un début. Les plats arrivent sur la table lentement mais avec une régularité à toute épreuve. Pèle-mêle, ce sont du poissons grillé, des fruits, des piments, de la friture… et un nombre considérable de bouteilles de vin qui s’enchaînent. Notre hôte semble vouloir saluer la présence de Français à sa table en égrenant les cépages bulgares comme les perles d’un chapelet. DSC_0081-2Evidemment, il est de notre devoir de faire honneur. Si bien qu’à 19h nous sommes toujours à table, grisés par la douceur de l’endroit et les nombreux toasts portés à la santé d’on ne sait qui, car nous trinquons à chaque visiteur arrivant à la table. En effet, Père Antim reçoit de nombreuses visites tout au long de la journée et chaque nouvel arrivant prend sa place autour de la table commune qui est, à présent, achalandée comme une boutique stambouliote. C’est à ce moment que nous rendons les armes, dans un état de douce euphorie. Mais hors de question de quitter les lieux, nous allons simplement prendre nos quartiers dans le monastère. Père Antim nous aménage une petite pièce où nous allons sombrer dans les bras de Morphée sans attendre.

Le lendemain, nous nous réveillons lorsque les premiers rayons de soleil éclairent le monastère. Nous sommes attendus par notre hôte à la table du petit déjeuner avec le lait de chèvre de la ferme et un petit café sympathique. DSC_0085 Cette fois, il n’y a plus personne pour traduire les paroles du Père ni les nôtres, mais la chaleur de son regard et la bonté qui émanent de cet homme nous touchent profondément. Au moment de le quitter, il nous dépose dans les bras une cargaison de paquets remplis de victuailles. Quelle générosité ! Nous avons passé avec lui une petite journée et nous voilà repartant comblés. C’est Noël avant l’heure ! Nous sommes rêveurs, sa chaleur est si communicative, lui qui mène une vie des plus simples. Son image et les moments passés auprès de lui resteront à coup sûr un viatique inestimable pour la suite de notre voyage.

DSC_0115 27 septembre. Plovdiv. Dernière escale bulgare avant de monter dans le train et de tirer encore plus à l’est. Nous passons un après-midi à flâner dans la vieille ville, à travers des ruelles encadrées d’anciennes maisons aux couleurs vives et tout en poussant nos attelages, comme des malheureux, sur de bons gros pavés mal jointés et clairement impraticables pour nous. DSC_0174En fin de soirée, nous voilà installés dans une couchette du Balkan Ekspress, ayant pour nouvelle destination cette grande cité si fertile pour l’imaginaire,

Istanbul.

2 commentaires pour « Les Rhodopes, à la croisée des rencontres »

  • chantal

    A travers vos yeux, nous profitons de paysages dont nous n’aurions pu imaginer la richesse, à travers vos coeurs, nous partageons de profondes émotions, à travers vos esprits, nous reconnaissons les clins d’oeil humoristiques. Les « pages » d’histoire nous offrent également une connaissance que nous n’aurions pas connu seuls. Bref, même à des lieux, vous arrivez à nous faire sentir proches de vous.
    Pour toute cette richesse, à notre tour de vous envoyer ce que l’on peut vous offrir : de grosses grosses bouffées de courage et d’amour.
    Bonne route pour Istanbul, « nous vous y attendons » avec impatience…

  • vince

    et bien, que de rencontres ! vous devez parler courament le bulgare maintenant. gros bisous à tous les deux et merci pour toutes ces superbes photos. Et buvez une bonne rasade de bière à notre santé (là aussi je suis sur que vous devez faire de jolies rencontres ambrées, ça aide à pédaler ?)