Où sommes-nous

Istanbul, projetés dans le grand bain

DSC0124228 septembre. Petit matin. Le padam padam (du train cette fois) nous fait ouvrir les yeux sur les derniers kilomètres de campagne parcourus en Thrace – extrémité orientale de l’Europe – avant de pénétrer dans la grande banlieue d’Istanbul. Le soleil se lève à peine et nous passons la tête par la fenêtre du wagon-lit. Nous prenons l’air frais en pleine face ; les odeurs, les images qui se bousculent dans notre tête font grandir notre impatience de connaître cette grande métropole, la première d’Europe. DSC01246Les cités résidentielles aux grandes tours dupliquées en “x” exemplaires font place à une banlieue bruissante et bouillonnante. Les voies du train s’emmurent peu à peu entre les immeubles, jusqu’à l’arrivée à Sirkesi la gare de la rive occidentale. Le temps de décharger les vélos sur le quai et nous voilà au bord du continent, les deux pieds sur la terre de Constantin, Justinien, Mehmet le Conquérant et Soliman le Magnifique réunis.

DSC_0526A peine sortis, nous sommes happés par l’air marin, les odeurs des marchands de kebab en tous genres, les pots d’échappement de la circulation grouillante, par les bruits des klaxons, le grondement du tram et le foisonnement des piétons qui s’entremêlent à ce tohubohu. Une grande claque !

DSC_0388Surtout ne pas résister, se laisser aspirer et flotter dans les courants multiples de cette agitation, se laisser mener de Charybde en Scylla et séduire par les sirènes, puis s’assoir à la terrasse du premier Döner qui vous charme. Nous engloutissons un Tavuk Döner (sandwich au poulet) en guise de petit déjeuner avant de replonger dans une apnée à durée indéterminée tels des Don Quichotte errant dans cette mer sur nos montures inadéquates. DSC_0544Très vite, les regards sont saisis par de grandes lances dressées vers le ciel. Chaque mosquée cherche la première à capter l’attention en pointant un doigt impératif et l’œil rebondit de l’un à l’autre de ces minarets innombrables.

Descendus à Eminönü, nous arrivons au bord de Haliç, la Corne d’Or, large bras de mer qui vient pénétrer la rive occidentale de La Ville, séparant le quartier-musée historique de SultanAhmet du débridé Beyoǧlu (prononcer Beyohlou), haut lieu des nuits stambouliotes. Pour réconcilier ces deux univers aux caractères trempés existe Le Pont, le pont de Galata. Un voyage en soi que d’en faire la traversée.

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Les yeux doivent perpétuellement jongler entre les foyers d’attraction, tournants en tous sens comme ceux d’un enfant dans un magasin de jouets, allant des pêcheurs alignés en rangs de sardines aux boutiques dégueulantes de produits hétéroclites, en passant par les trajectoires entrecroisées des ferrys ainsi que les formes dessinées par des édifices empilés, puzzle insoluble. Flottant dans cette atmosphère rugissante et fourmillante, nous peinons à atteindre la rive opposée, scotchés.

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Déjà, nous croisons les premiers visages avenants et curieux. DSC_0284L’hospitalité turque se devine derrière les sourires et ne demande qu’à se faire connaître. Nous remontons les côtes ardues du quartier de Galata, bousculés par les scooters et les taxis beuglants, jusqu’à une haute tour de pierre multi-centenaire qui est l’emblème de ce vieux quartier italien en pleine mutation. Il est parmi les plus dynamiques d’Istanbul. Anciennement populaire, il est en train de devenir le fer de lance de l’art contemporain turc ainsi que le lieu favori d’une jeunesse bourgeoise et branchée, jugée décadente voire provocatrice par certaines populations traditionnaliste précédemment installées ici. DSC_0257Ce qui a déjà suscité quelques échauffourées (pour en savoir plus, lire le blog d’Amaury ou cet article du Monde). Nous y retrouvons Amaury, le plus jeune frère de Mathilde, venu passer une année d’études à l’Université de Galatasaray (du nom du prestigieux lycée français fondé en 1868 par le sultan Abdülaziz, à proximité). Avec sa co-locatrice Ceyda (Djeida), ils ont la gentillesse de nous accueillir chez eux pendant notre semaine stambouliote. Nous allons pouvoir abandonner nos chères bicyclettes, complètement inadaptées dans cette ville aux rues pavées, aux nombreuses collines et au trafic incessant et anarchique. A nous les visites, les balades, les photos par centaines et les délices multiples d’Istanbul.

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