Où sommes-nous

Dans le pire du milieu

“Vos photos, elles font voyager …”. On ne se lance pas des fleurs, c’est vous qui le dites, enfin vous êtes nombreux à nous complimenter et c’est vrai qu’on les aime bien nos photos. Mais vous imaginez bien qu’on ne va pas vous montrer toutes les horreurs que l’on croise, et pourtant, ça ne manque pas. DSC_0040Alors pour une fois, on vous montre l’arrière-cour du voyage, parce qu’ici, dans l’empire du milieu, on a trouvé du lourd dans l’affreux !

Tout d’abord, le contexte: le Sichuan, cette région sur les contreforts de l’Himalaya avec, à l’est, Chengdu sa capitale et à l’ouest, de hautes montagnes qui s’étendent jusqu’au Tibet. Nous avons choisi de pédaler à la lisière entre les deux pour rester dans les limites du raisonnable : c’est l’hiver, ça pelle, pas question de monter à 4000 mètres ! Imaginez des lacs, de hautes plaines, des rivières azurées entourées de sommets dépassant 6000m, embrassés par un ciel d’un bleu profond. Imaginez des centaines de villages et de temples tibétains disséminés dans les vallées, des troupeaux de yaks dispersés dans de vertes prairies, des moines en tuniques rouges safran, des hommes et de femmes vêtus de leurs habits et de leurs coiffes traditionnels aux couleurs vives. Dans ce cadre magnifique ayant inspiré grand nombre de poètes et de chanteurs chinois il y a bien des années, les temps modernes ne semblent pas vouloir préserver cet environnement tel quel.

Nous voici à Xichang, une “petite” ville du Sichuan au sud de Chengdu. Le bus part pour Luding, un peu plus au nord. Le temps brumeux et humide ainsi que les portions de route esquintée nous font apprécier de parcourir ces kilomètres dans un bus. Dans un cadre plutôt hostile, nous reprenons nos vélos pour entamer la deuxième partie de notre voyage dans cette région. Sur les routes du Sichuan, en direction de DanbaAux pieds de montagnes de plus en plus hautes, nous remontons la vallée de la Dadu He. La vue est inoubliable ; pas le genre de paysages devant lesquels nous nous arrêtons pour en apprécier tous les détails, mais plutôt ceux que le touriste cherche à éviter. Dans une grisaille bien installée, une succession impressionnante de chantiers tapisse le fond de la vallée la faisant ressembler à un bac à sable dévasté après le passage des enfants.

Des véhicules de chantiers œuvrent dans tous les sens poursuivant des objectifs encore insaisissables. Quelques chantiers de barrages ponctuent régulièrement les cours d’eau. Des “villages-provisoires” faits de rangées de cabines démontables, Dans la belle vallée de Shimianainsi que de nouvelles villes aux immeubles de béton sont installés un peu partout. Au milieu de ce chaos, de nombreuses portions de routes en construction serpentent d’une rive à l’autre de la vallée, perchée de temps à autres sur d’immenses pilotis, traversant consciencieusement et à maintes reprises les grosses montagnes environnantes. Celles-ci aussi semblent souffrir de ces aménagements dévastateurs :Sur les routes du Sichuan, en direction de Danba quelques pans entièrement raflés, des tunnels qui semblent percer chaque versant de façon aléatoire ! … Haaaa… les tunnels ! … Vous vous imaginez le subtil plaisir avec lequel nous enchaînons les portions de bitume dans ces tubes trop nombreux et encore inachevés. Nous nous engouffrons dans ces bouches sombres peu éclairées, prêts à respirer une bonne dose de carbone saturée de poussière. Sur les routes du Sichuan, en direction de DanbaL’impression de perdre des heures de vie à mesure que nous respirons est vite relativisée lorsque nous croisons quelques employés balayant quotidiennement la chaussée de leurs immenses balais ou grimpant sur leur échafaudage pour achever de construire des bifurcations du monstre souterrain. A peine sortis de l’un d’entre d’eux, nous nous engouffrons à nouveau dans un autre quelques mètres plus loin. Nous sommes écœurés de voir à quel point ce bout de nature a pu être ravagé !

DSC_0095-1Après avoir parcouru plusieurs dizaines de kilomètres nous sortons enfin de cette crasse pour découvrir avec bonheur de beaux villages traditionnels tibétains. Mais le pouvoir chinois a envahi le Tibet il y a plus de 60 ans, et, si nous l’avions oublié, la seule traversée de cette zone DSC_0096périphérique nous le rappelle en permanence : de nombreux drapeaux rouge avec faucille et marteau sont brandis au sommet des habitations et de nouvelles constructions inesthétiques prolifèrent, tentant souvent avec maladresse d’imiter le style Tibétain.

Ceci n’est pas un portrait très flatteur de l’endroit. Pourtant, nous avons pu y goûter la richesse et la magnificence de la culture tibétaine, mais seulement du bout des lèvres (on vous en parle dans quelques jours). De quoi nous insuffler une sévère envie de revenir, sans tarder, pour explorer les terres plus reculées. Peut-être en été ;)

3 commentaires pour « Dans le pire du milieu »

  • Enfin un article sincère et pas surfait. Un peu de réalité éclaboussant votre blog. A vous lire je crache la poussière et mes yeux me piquent. Pour la première fois en vous lisant, j’ai monté mon thermostat numérique de 2°C et j’ai bu un verre d’évian car moi aussi j’ai une vie saine et je n’ai pas regretté de ne pas vous avoir proposé de vous accompagner dans cette province chinoise qui, avant votre article, bénéficiait encore d’une vierge critique, parsemée d’attirance inexpliquée dont toutes les contrées lointaines bénéficient souvent trop. Votre contrée imprononçable en est la preuve géographique.
    J’espère que vous avez trouvé le bout du tunnel et la sortie du chantier géant.

    ici aussi, ils creusent un tunnel, mais je suis sur que vous serez heureux de le prendre à vélo !

  • EVELYNE DE DBAO

    Je reviens régulièrement vers votre site pour voir où vous en êtes et ce que vous découvrez au fur et à mesure de vos coups de pédales.Moi qui voyage beaucoup en Asie depuis de nombreuses années, je revois plein d’endroits où j’ai passé des vacances et j’en découvre plein d’autres qui me donnent envie de repartir! Mais voilà, il me faut attendre la fin de l’année scolaire…en attendant je remplis les bulletins trimestriels et ça c’est pas drôle du tout.Je partagerai bien vos repas chinois, j’ai adoré les villages tibétains et l’esprit zen qui va avec.
    Bon courage pour la suite de votre voyage. Je vous souhaite de faire encore plein de belles rencontres et de belles photos.Profitez de ce beau périple.
    Pour infos, nous faisons notre week-end chorale à la fin du mois…
    Ciao; Evelyne(prof d’EPS)

  • Luc

    Ah lala les tunnels ça a vraiment du etre galère.
    Vous mangez des jiaozi ? les raviolis? ummmm