Où sommes-nous

Au coeur du chiisme

4 mai. Iran. La nuit va bientôt tomber. Nous sommes en Iran depuis quatre jours, quatre jours dans un paysage de plaines arides. Nous venons d’arriver dans le saint des saints, le principal lieu de pèlerinage du chiisme, l’une des deux branches de l’Islam. C’est dans un petit village que l’Imam Reza, un des personnages majeurs de ce courant religieux, fut assassiné pour devenir martyr et faire du même coup de ce petit village une énorme ville organisée autour du sanctuaire renfermant le tombeau de l’imam révéré : Mashhad.

Mausolée de l'Imam Reza avec Tayyebe et Saeed, tchador obligatoireNous nous engouffrons dans l’immense parking sous-terrain du mausolée. Ce qui se passe au dessus de nos têtes reste encore mystérieux. Avant de mettre le pied sur l’escalator qui nous mènera dans ce lieu de pèlerinage, nous revêtons les tenues exigées : Etienne se contente de cacher ses jambes, pour ma part, me voici “déguisée” en fantôme noir parmi tant d’autres. Nous passons à la fouille (pas d’appareil photo, pas d’explosif, pas de terroriste), puis nous débouchons sur une large place entourée par une succession d’arches décorées de mosaïques en céramique et de miroirs ; au-dessus, un imposant dôme brille de mille feux dorés.

Dôme surmontant le mausoléeAujourd’hui c’est la fête commémorative de Fatima, la sœur du Prophète. Les fidèles arrivent des quatre horizons de l’islam, le lieu revêt une importance particulière pour les Chiites (adorateurs de l’Imam Ali, gendre du Prophète) sans être délaissés par les Sunnites (qui révèrent Abou-Bakr, cousin du Prophète). Nous nous mêlons à la masse, guidés par Saeed et sa femme Tayeb. Des groupes de prières se sont formés, et l’appel du muezzin raisonne du haut des minarets qui nous entourent. Nous pouvons palper la ferveur qui s’exprime en chaque endroit du site.

Cours Azadi, entrée du sanctuaireLe flot des pèlerins se dirige vers le sanctuaire au centre du mausolée, nous aspirant dans un dédale de salles et de cours. Les salles sont immenses, chaque parcelle est décorée, des mosaïques, des marqueteries, et des milliards de miroirs étincellent. A l’extérieur, toutes les décorations sont finement sculptées puis recouvertes d’or. Devant la magistrale porte ouvrant l’accès au tombeau de l’Imam Reza, nous devons nous scinder, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, pas de mélange au moment d’approcher du tombeau.

Dans le saint des saints, ça s'agite, au fond le tombeauPuis nous pénétrons dans l’édifice principal. Tout est disproportionné, les fidèles trop nombreux tentent difficilement de progresser vers le tombeau. C’est un peu la bousculade, et tout le monde est logé à la même enseigne : les enfants et les vieilles femmes se font bousculer par le flot trop dense. Nous approchons du cœur du mausolée, le tombeau de l’Imam magnifiquement décoré, à l’instar de la salle qui l’entoure. C’est la cohue, chacun tente à tout prix de toucher ou de baiser la grille qui protège le tombeau, ne serait-ce qu’en l’effleurant de sa main, ou par l’intermédiaire de son enfant porté à bout de bras ; à se demander si l’on va en ressortir indemne. Je suis moi-même saisie par l’émotion qui submerge les femmes qui m’entourent. De nombreux fidèles gémissent, les larmes roulent sur les visages, les mains jointes viennent embrasser les visages.

Tayyebe et SaeedChacun à sa raison pour venir se prosterner sur le lieu où l’imam disparut plus de mille ans auparavant. Demander le pardon pour des fautes commises, demander la bénédiction, la chance pour une union ou une naissance, accomplir son chemin de croyant ou peut-être participer aux pleurs de cette foule en quasi-folle. Qu’on soit musulman ou non, difficile de ne pas être bouleversé tant par la beauté des lieux, que par la ferveur quasi délirante des fidèles. Nous restons abasourdis par la grandeur qui s’exhale d’un monument pareil, incrédules devant ce que l’homme, animé par la foi, est capable de bâtir.

On voit tous les tapis et c'est beau, isn't it ?Dehors, la nuit est tombée, et les spots d’éclairage rendent le lieu encore plus féérique. La cours qui s’ouvre devant nous est magnifique, entièrement recouverte de tapis sur lesquels les hommes d’un coté et les femmes de l’autre s’installent pour la prière du soir. En peu de temps la place est comble. A l'heure de la prièreAu rythme de la prière qui retentit, 3000 à 4000 personnes s’inclinent et s’agenouillent sous nos yeux. Nous restons là, tentant de nous imprégner de cette ambiance si particulière et éloignée de notre quotidien. A travers nos esprits non-croyants, nous ne mesurons certainement qu’une mince part de ces moments, mais il n’en resteront pas moins fort en émotion.

Nous ne pouvons retenir une interrogation : comment peut-on croire que bâtir de tels chefs d’œuvres ouvre les portes d’un paradis ou d’une vie meilleure après la mort, tandis que les sacrifices consentis pour la religion se font au détriment de nombreux besoins élémentaires ? Il reste certain que les dieux auront au moins poussé l’homme à édifier, siècles après siècles, des joyaux dont la beauté dépasse l’imagination. Et ceci, nous en profitons avec ravissement !Inspiration divine ?

1 commentaire pour « Au coeur du chiisme »

  • joël

    Salut tous les deux!
    Ici c’est le gîte d’Aire de Côte. On a découvert votre site un peu tard mais on se rattrape. Pedro et Valette nous en avait beaucoup parlé et on est franchement pas déçu. Vous nous faites rêver, vibrer (soyons originaux!)… vous voulez pas continuer un peu plus longtemps?
    Bises